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Comment reprendre sa vie en main ? Cette question, je l’entends fréquemment à mon cabinet. Elle arrive dans un sursaut qui marque l’amorce d’un éveil. Face à un destin incompréhensible, elle est comme un appel à l’aide après avoir constaté que quelque chose nous avait échappé. Ceux qui la formulent sont à la recherche d’un moyen pour réveiller complètement ce qui doit l’être, et qui soit évidemment efficace, tout comme peut l’être un somnifère pour s’endormir.

La réponse à cette question, si elle se trouvait, serait assurément l’occasion d’une bonne résolution, comme au jour de l’an, quand l’on se promet que tout pourrait changer si l’on faisait ceci ou cela (mais se tient-on aux bonnes résolutions ?)

Cependant la réponse ne se trouve pas. Quand on demande à Google : Comment reprendre sa vie en main ? on découvre une impressionnante liste de sites, chacun y allant de ses conseils et apportant sa contribution. Vu le nombre de gens qui cherchent et le nombre de sites qui traitent de la question, force est de convenir que l’on cherche toujours ! La réponse reste un mystère.

Dans ces conditions, je ne prétends pas apporter la réponse que personne n’aurait trouvée, celle qui mettrait tout le monde d’accord et qui pourrait se transmettre facilement au point que plus personne n’aurait à se demander : Comment reprendre sa vie en main ?

***

En revanche, je me demande s’il se serait possible que la question soit mal posée.

Peut-être que cette question ne correspond pas à la réponse qui demande d’être découverte.

J’ai l’impression que les réponses attendent dans l’ombre qu’on les nomme avec des questions appropriées. Mais si la question n’est pas la bonne, rien ne peut venir.

Alors se pourrait-il que la formulation de la question soit la raison pour laquelle aucune réponse satisfaisante semble n’avoir été formulée ?

Voyons plutôt :

VOULOIR REPRENDRE SA VIE EN MAIN SUPPOSE QUE LA VIE NOUS AIT ÉCHAPPÉ.

Vouloir reprendre sa vie en main suppose que la vie nous ait échappé. Cela suppose qu’elle mène sa vie, sans nous. Un peu comme un animal domestique retourné à la vie sauvage. Tel un chat haret que l’on ne peut plus facilement appâter.

 

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La vie nous a échappé et ne se comporte plus comme nous aimerions.

N’est-ce pas troublant de réaliser que dans la question : Comment reprendre sa vie en main ? il y a une inquiétude de domestication ? C’est comme si on voulait imposer à la vie un comportement différent, plus approprié à nos attentes. Elle semble être devenue indocile et ne nous va pas comme ça. On s’installe dans un rapport de force, celui qui voudrait soumettre la vie devenue indocile.

SI L’ON VEUT REPRENDRE SA VIE EN MAIN, C’EST QUE L’ON EST EN LUTTE AVEC ELLE.

Mais en se mettant en lutte avec elle, cela ne va pas être simple d’en faire une amie… Qui veut d’un compagnon de route qui lutte avec lui ?

Nous nous retrouvons devant un paradoxe : quand l’on veut reprendre sa vie en main, on lutte contre la vie et quand on lutte contre la vie, on ne peut pas la faire sienne.

Lutter contre la vie ? Nous le faisons dès qu’elle ne nous va pas comme elle est. Nous luttons la plupart du temps contre elle : dès que nous fuyons dans des plus ou moins bons rêves :

  • Quand je serai à la retraite j’aurai enfin le temps…
  • Quand j’aurai plus de volonté, je rangerai ma maison…
  • Un jour, je réaliserai ce projet qui me tient à cœur…
  • Je m’en veux tellement de ne pas avoir fait ça quand j’étais encore jeune…
  • Si j’avais su, je ne serais pas allé à cette réunion…

LA VIE, C’EST MAINTENANT QU’ELLE SE VIT.

La vie, c’est maintenant qu’elle se vit. Elle ne nous échappe pas, c’est nous qui nous échappons vers le futur dans des rêves, des projections. Vers le passé dans des regrets, des nostalgies.

Nous sommes comme des voyageurs du temps, des voyageurs imprudents qui veulent changer le cours des choses en allant dans le passé et en se disant : si j’avais su, si j’avais pu… Mais les nostalgies signifient que nous luttons contre ce qui est et que nous nous échappons hors de la vie. Pareil pour les rêves dans lesquels nous nous projetons, tout en oubliant que c’est dans le pas que l’on pose maintenant que les plus grands projets sont en train de se réaliser.

Bref… Si la vie est dans le maintenant, comment s’éveiller au maintenant de la vie ? Ce serait la question à se poser. Comment s’éveiller à maintenant…

COMMENT S’ÉVEILLER À MAINTENANT ?

Le « maintenant » est entre le futur (qu’on le redoute ou qu’on le convoite) et le passé (que l’on regrette négativement ou positivement).

Cela semble évident, n’empêche que cela va mieux en le disant, car habituellement, cet entre-deux, nous le fuyons comme la peste. Nous jouons à saute-mouton avec le maintenant. Nous cherchons les raisons pour lesquels nous vivons tel ou tel problèmes, regrettons de ne pas avoir agi autrement et, aussitôt, imaginons les conséquences.

Mais à quel moment sommes-nous véritablement entre le passé et le futur, entre les deux, sans basculer d’un côté ou de l’autre ?

IL Y A LÀ MATIÈRE À UN EXERCICE D’ÉVEIL.

Suite à ce qui vient d’être dit, si on se demande comment reprendre sa vie en main, on peut commencer par cesser de chercher les moyens de le faire et s’exercer à être présent dans la vie. S’éveiller à elle.

 

Ce que je vais vous proposer n’est franchement pas compliqué. Ce qui est compliqué, c’est de se tenir à le faire régulièrement. Comme tout exercice, en somme ! Il ne s’agit pas d’une recette qui ouvre les portes d’un mieux en quelques fois, mais d’une hygiène intérieure à faire sienne sur la durée.

 

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L’EXERCICE SE DÉROULE EN TROIS TEMPS : passé – futur – maintenant

–       Dans un premier temps,

consacrons-nous au passé : la situation actuelle que nous ne voulons plus, nous pèse depuis le passé. Si cela nous pèse, c’est parce que cela dure depuis un certain temps et que nous ne voulons plus de cette situation. La situation actuelle est comme un passé qui perdure. C’est comme un mauvais rêve dont on voudrait s’éveiller. C’est un cauchemar dont on voudrait s’échapper. Alors prenons le temps pour bien sentir comment cela fait quand on se dit, cette situation est comme ça. Je suis dans cette situation. Ce cauchemar est ma réalité.

–       Dans un deuxième temps,

il s’agit de se mettre en lien avec l’autre côté : le futur que l’on rêve, ce que l’on aimerait. Peu importe quel aspect du futur on choisit. Ce qui importe c’est de choisir quelque chose. Il sera possible demain de choisir autre chose. Simplement choisir quelque chose que l’on souhaite dans le futur et rester avec ça pendant un moment. C’est comme mettre en face du passé qui pèse, un autre rêve. Quand je me dis que je voudrais reprendre ma vie en main, je m’imagine quoi ?

Restez avec cette représentation. Représentez-vous pleinement ce que vous aimeriez, le temps de bien sentir comment cela fait de se dire, cela existe. Comment est-ce que je me sens quand je me dis : ce que je me représente là, est la réalité. Toutes sortes de sentiments viennent. Peut-être un soulagement, une joie.

Ainsi, nous avons fait deux expériences. Ce sont deux rêves, l’un pesant venant du passé et l’autre agréable venant du futur. Ce sont deux expériences qui n’ont rien à faire avec la réalité, rien à faire avec maintenant : l’un est un futur que l’on rêve, l’autre un passé qui nous pèse.

–       Dans un troisième temps,

ayant rêvé le futur et ressenti comme le passé pèse, je vous propose de très activement laisser résonner les deux expériences ensemble. Le mental va nous crier que cela n’est pas possible. Il n’est pas possible de vivre les deux en même temps. Cependant, il est possible de laisser ces deux rêves résonner ensemble, tout comme on peut se remémorer le goût d’une salade de thon prise en entrée en même temps que le goût du chocolat qui vient au désert ! Essayez, c’est possible. C’est étrange, mais possible.

Alors, de la même manière, laisser ces deux expériences cohabiter, sans les opposer. Sans vous dire que l’une est mieux que l’autre. Juste les laisser résonner ensemble et vous tenir entre les deux, dans l’intervalle qu’elles forment.

Cet intervalle impossible du point de vue du mental, fait sortir du rêve… Dans cet intervalle on s’éveille à la réalité.

 

 

Avec le temps,

 

peut-être même dès la première fois, vous allez vivre quelque chose de d’abord ténu, mais suffisamment nouveau pour être perceptible : un apaisement. Un silence apaisé. Une présence forte, attentive, paisible. Les sens s’éveillent à ce qui vous entoure et vous êtes là, sans attente particulière et pourtant complètement actif dans cette non-attente. Cela est confiant et disponible. Engagé et déterminé, sans objectif. Tout semble possible dans cet instant. Et cet instant dépend de l’attention que l’on porte aux trois phases de cet exercice.

 

Voilà pour aujourd’hui. N’hésitez pas à revenir dans les commentaires, si quelque chose n’a pas été compris dans le déroulé de ce que je vous propose d’expérimenter.

 

À bientôt

 

GL