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Le manteau blanc de Montaigne

Il y a quelques années, alors que je traversais une situation difficile, où des montagnes de problèmes compliqués me pesaient sur le cœur comme une dalle, j’avais pris pour habitude de me répéter avant de dormir, demain est un autre jour.

J’essayais de distinguer dans cette montagne de problèmes, ceux qui devaient être traités maintenant et ceux qui pouvaient attendre un autre jour. À chaque jour suffit sa peine, dit un autre dicton du même acabit. Je faisais un tri pour diminuer l’altitude de cette montagne sinon impossible à franchir. Et cela devint une hygiène de chaque soir.

Regarder ce qui peut attendre et prendre les choses les unes après les autres plutôt que toutes de front. Faire une liste de ce qui est urgent et de ce qui peut attendre plus tard… Et puis un jour, alors que je regardais encore plus attentivement, je m’aperçus qu’aucun de mes problèmes, pourtant bien sérieux et bien urgents, n’avait à être traité dans l’instant.

En effet, aucun d’eux ne me pesait autrement que par l’idée que je me faisais des conséquences les plus immédiates. J’avais peur des conséquences. L’idée que je me faisais des conséquences était ce qui me pesait. En fait, la montagne de problèmes qui pesait comme une dalle, n’était qu’une montagne d’idées que je me faisais.

Quelqu’un m’a dit que Montaigne aurait écrit (il me manque la référence. Si vous l’avez, merci de la laisser dans les commentaires.) : Ma vie a été pleine de terribles malheurs dont la plupart ne se sont jamais produits.

Montaigne avait remarqué que lorsqu’on a un problème que l’on dirait bien concret – par exemple une facture impossible pour notre budget – ce qui pèse, ce sont toutes les pensées qui nous viennent alors. Et rien d’autre. La lettre est bien réelle, mais ce qui pèse c’est ce que nous associons à ce papier : toutes sortes de pensées désagréables.

Comment vais-je faire ? Qu’est-ce qui va se passer ? Et le jour où le délai de paiement sera arrivé, ce qui pèsera c’est d’imaginer que nous allons être saisis de notre mobilier… Et le jour où les huissiers arriveront effectivement pour prendre les plus précieux objets que nous possédons, ce qui nous pèsera, ce sera la pensée terrible de savoir ce que nous allons devenir.

Ces situations sont bien réelles et inconfortables, mais elles ne pèsent par ce que nous imaginons de la suite. Nous sommes projetés dans le futur et avons bien du mal à en rester à ce qui est maintenant. Car maintenant, nous avons juste reçu un commandement de payer…

 Au même moment, nous nous rendons dans le passé : nous nous souvenons de situations semblables et la répétition de ces situations qui nous pèse également.

Alors, une hygiène essentielle lorsque nous avons un problème, est de prendre conscience que nous pensons trop vite et trop loin. Trop loin vers le futur et le passé. Nous associons des pensées automatiquement et nous les suivons plus que nous ne les maitrisons. Nous les suivons en oubliant une chose : de rester dans le présent. Nous souffrons parce que nous ne sommes pas dans le présent. Nous souffrons de notre incapacité à résister aux pensées automatiques qui nous conduisent trop loin.

Du coup, nous ne voyons plus la situation telle qu’elle est, mais telle que nous croyions qu’elle pourrait devenir. Nous interagissons avec une anticipation irréelle. Nous interagissons avec une répétition tout aussi irréelle, car ce qui a été n’est pas complètement comme ce qui est maintenant. C’est juste semblable, analogue, proche, mais pas identique.

Alors comment faire pour en rester à ce qui est ?

Devenir le maitre de ses pensées ! Devenir le maître chez soi !

Essayez de repérer, quand elles vous traversent, les pensées qui vont trop loin. C’est à dire celles qui vous parlent d’après et d’avant. Et ces pensées, observez-les sans les suivre : identifiez les. Devenez l’observateur de vos pensées plutôt que leur esclave.

 

Exercice : J’essaie de repérer les pensées qui vont trop loin, au point de me faire croire à je ne sais quelle catastrophe en préparation, ou à la récurrence de je ne sais quel événement.

J’élargis mon regard pour essayer d’embrasser toutes les pensées à la fois. Je deviens l’observateur de mes pensées. Je remarque qu’il est difficile de renoncer à les suivre, mais que si j’y parviens, mes pensées se calment. Du coup, plutôt que de me focaliser sur des problèmes, je deviens disponible pour percevoir des solutions.

Ce qui est difficile dans cet exercice, c’est de s’y mettre ! C’est comme apprendre à marcher sur une corde raide. On perd l’équilibre souvent. Mais plus on essaie et plus cela devient simple.

 

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