En matière d’enseignement, il est un paramètre qui ne devrait pas être oublié. Un paramètre dont il est souvent question, mais qui, sans méthode, ne peut être intégré. Un paramètre que l’on croit pouvoir acquérir par l’étude et la pratique de techniques – ce qui nous fait prendre des postures parfois ridicules et souvent inadaptées à ce que demande la situation. Cette chose, c’est le savoir-être.

Le savoir-être de l’enseignant, du pédagogue, de l’éducateur, du parent.

Souvent, on prend le savoir-être pour une sorte de savoir comportemental, une capacité de produire des actions et des réactions adaptées à l’environnement. On voudrait en faire un savoir-faire relationnel, une connaissance que l’on pourrait apprendre et appliquer. D’ailleurs, les recherches en éducation relatives au savoir-être se donnent aujourd’hui pour objectif de trouver tous les moyens pédagogiques permettant aux apprenants d’acquérir au mieux la maîtrise d’actions et de réactions adaptées à leur environnement.

Cependant le savoir-être, ce n’est pas ça. Ce n’est pas, en ce qui concerne l’éducation, un moyen pédagogique permettant aux apprenants de mieux acquérir ce qu’ils ont à acquérir…

Et ce, pour deux raisons.

La première raison, est que le savoir-être n’est pas un moyen.

LE SAVOIR-ÊTRE N’EST PAS UN MOYEN

Un moyen est utilisé en vue d’un but. Il doit être efficace pour permettre de parvenir à ce que l’on escompte produire. Un marteau est un moyen. Une scie est un moyen. Un moyen, c’est l’outil que l’on saisit pour accomplir quelque chose. Les moyens permettent de Faire quelque chose. Avec le verbe Faire on décrit une action qui se déroule dans le temps. On est dans la chronologie d’un processus qui répond à une cause et vise une conséquence.

Or, Être (du latin esse, racine du mot essence) ne se projette pas vers un but. Être n’est pas dans la perspective d’un résultat. Être est au présent. Être est une fin.

Ainsi, les moyens que l’on se donne, pour remplir au mieux un mandat pédagogique, comme par exemple le discours autocentré, qui consiste à parler en Je, le contrôle comportemental, les techniques de contrôle émotionnel, sont de l’ordre du savoir-faire, pas du savoir-être. Ils sont, avec la didactique, des moyens, des outils, des techniques éducatives.

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Il y a une seconde raison pour laquelle le savoir-être n’est pas, en ce qui concerne l’éducation, un moyen pédagogique permettant aux apprenants de mieux acquérir ce qu’ils ont à acquérir :

En effet, il est important de distinguer le savoir-faire d’un enseignant, dont l’objet le faire – c’est à dire l’enseignement et avec l’enseignement, l’élève, l’apprenant… Et le savoir-être d’un enseignant, qui concerne l’être qui en a la maîtrise – c’est à dire l’enseignant lui-même…

LE SAVOIR-ÊTRE D’UN ENSEIGNANT CONCERNE NON PAS L’APPRENANT MAIS L’ENSEIGNANT LUI-MÊME…

Lorsqu’un enfant a dû mal à apprendre et pose problème à l’enseignant, avant même d’aller chercher des techniques, des méthodes, des conseils, bref, du savoir-faire, n’oublions pas que celui qui a des problèmes avec cet enfant, c’est l’enseignant. Peut-être est-il contrarié, ou même en colère. Il voudrait que l’élève apprenne mieux ou se comporte mieux. Il dira que c’est pour le bien de l’élève. Évidemment. Mais c’est évidemment aussi afin de ne plus avoir de problème avec lui…

On imagine bien que

si l’enseignant était stable intérieurement,

il parviendrait à rester tranquille lorsque l’élève lui répond mal ou ne se montre pas preneur de ce qu’il propose. Il parviendrait à se tenir dans cette tempête. Il ne se laisserait pas déterminé par elle et ne se crisperait pas sur les méthodes pédagogiques qu’il connait.   À ce sujet, un article qui pourrait vous intéresser.

Si l’enseignant était tranquille intérieurement

il aurait la profondeur nécessaire permettant de vivre que tout n’est pas sur le même plan et qu’on a le temps d’accomplir ce qui doit l’être, il parviendrait à être serein au milieu d’un amas d’informations à traiter et de perceptions envahissantes. Il ne se laisserait pas déterminer par ce qu’il doit gérer. Il n’aurait pas à accélérer le mouvement pour avoir le temps de tout faire et pourrait prendre soin de ses élèves et de sa classe plutôt que de juste s’en occuper. Prendre soin demande du temps…

Si l’enseignant avait la persévérance du pas à pas,

Il ne se projetterait pas dans un résultat escompté et parviendrait à avancer avec ce qui se présente. Il ne verrait pas des obstacles là où ne se trouvent en réalité que les péripéties d’un parcours. Il parviendrait à être devant cet obstacle. Il ne se laisserait pas déterminer par lui et n’escaladerait pas en symétrie jusqu’à la punition.

Si l’enseignant était confiant,

Il parviendrait à être avec les événements que la vie propose. Il ne se laisserait pas déterminer par eux et n’aurait pas à les classer en bons ou mauvais selon ses valeurs. Il pourrait accueillir ceux qui ne partagent pas ses valeurs.

Le savoir-être va de paire avec ces quatre ressources fondamentales : la stabilité intérieure, la profondeur intérieure, l’engagement persévérant et la confiance.

Lire à ce sujet La Saluto et les quatre vertus platoniciennes.

Ces ressources peuvent être exercées (voir Formations Saluto), mais non comme moyen pour parvenir à ses fins, mais comme un apprentissage offrant de réellement rencontrer l’élève et non de le réduire à ce que l’on attend de lui.

La difficulté à être présent avec ces ressources, est bien humaine et équitablement partagée entre nous tous. Elle ne peut être résolues par des postures, des outils, des contrôles mentaux et émotionnels.

Utiliser un moyen pédagogique pour changer les choses (savoir-faire), sans vivre ces ressources, c’est vouloir que les choses soient autrement qu’elles ne sont. C’est donc renier l’être qui se saisit de soi-même en s’ouvrant à ce qui est.

En réduisant le savoir-être à un savoir-faire, on passe à côté de l’être qui se saisit de soi-même, mais aussi de celui de l’enfant que l’on ne peut accueillir.

 

C’est pourquoi un savoir-faire pédagogique sans savoir-être nie l’être de l’enfant. Il permet de s’occuper de lui, de l’instruire, mais pas de l’élever, de l’éduquer.

 

Lire à ce sujet La Saluto et les quatre vertus platoniciennes.

 

CERTAINS ENSEIGNANTS, D’UNE FAÇON NATURELLE, ONT CE SAVOIR-ÊTRE.

Certains enseignants, d’une façon naturelle, ont ce savoir-être. Ce sont les pédagogues-nés, ceux que l’on montre en exemple et qui éduquent (educare, de ex et ducare), c’est-à-dire qui conduisent les enfants hors de leur condition naturelle, qui les élèvent à devenir eux-mêmes, à être. On se souvient de Pestalozzi[1]. Il élevait les enfants.

D’autres, avec beaucoup de bonne volonté, instruisent. Ils essaient de remplir de savoir les enfants qu’ils ont devant eux. (Instruire, du latin in, qui signifie dedans et struere, qui a la signification de disposer, d’assembler, de ranger, au sens de disposer de façon homogène, c’est mettre des choses dedans, remplir de savoir. Cela requière du savoir-faire, c’est-à-dire des méthodes pédagogiques, de la discipline.)

Il y a, à cet endroit deux gestes. D’un côté, s’évertuer à vouloir remplir cette jeune personne avec toutes sortes de connaissances, de préceptes. C’est ce que permet un bon savoir-faire pédagogique.

D’un autre côté, élever l’enfant hors des limites de sa condition naturelle, en le percevant à chaque instant dans le plein rayonnement de qui il est.

Les deux vont de pair. Mais assurément le premier sans le second, est un malheur.

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l’école : Nuffer

[1] Johann Heinrich Pestalozzi, né le 12 janvier 1746 à Zurich et mort à Brugg le 17 février 1827. Il était un pédagogue éducateur et penseur suisse, pionnier de la pédagogie moderne. Il est connu pour avoir cherché à appliquer les principes de l’Émile de Rousseau, ensemble de théories novatrices sur l’éducation et la pédagogie publié en 1762.

Pestalozzi influença le philosophe Fichte, qui voulut intégrer la pédagogie à la philosophie transcendantale de la liberté.