PASCAL nous dit :

« Le monde est si inquiet qu’on ne pense jamais à l’instant présent, mais à celui où l’on vivra. De sorte qu’on est toujours en état de vivre à l’avenir et jamais de vivre maintenant »

 

 

 

Pascal, Extraits des lettres à Mlle de Roannez, édit. HAVET, p. 499

Photo : Cody Behles Pascal

Pascal[1] décrit là ce qui est propre à notre mental: ne pas être au présent.

Cela vous surprendra peut-être, mais nous ne sommes que bien rarement au présent. Le passé et le futur nous accaparent. À toute occasion, tels des voyageurs imprudents, nous remontons le temps et nous demandons ce qui se serait arrivé si nous avions agi autrement. Nous nous souvenons de situations analogues à celle que nous vivons actuellement. Nous en tirons des conclusions au sujet de ce qui pourrait arriver plus tard. Nous anticipons. Nous nous faisons des films. Si nous y prêtons attention, il est facile de remarquer à quel point le discours mental qui nous parasite est exclusivement tissé de ce genre de pensées. Notre discours mental nous fait glisser dans le passé et le futur. L’instant présent est l’endroit où nous sommes le moins actifs. Pour tout dire, si nous l’étions, ce discours intérieur cesserait.

Comme nous ne sommes pas présents, nous sommes en lutte avec le présent.

Autrement dit, notre discours intérieur est en lutte avec ce qui est. Il veut autre chose que ce qui est. Il ne se satisfait pas de ce qui est :

« J’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc.

Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près. »

Pascal, Fragment Divertissement n° 4 / 7 Éditions de Port-Royal : Chap. XXVI – Misère de l’homme : 1669 et janv. 1670 p. 203-217 / 1678 n° 1 à 3 p. 198-211

***

« La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c’est la plus grande de nos misères.

Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela nous serions dans l’ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d’en sortir, mais le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort. »

Pascal, Dossier de travail Fragment n° 32 / 35 ; Éditions de Port-Royal : Chap. XXVI – Misère de l’homme : 1669 et janv. 1670 p. 216-217 /

1678 n° 3 p. 210-211

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« Tous les hommes recherchent d’estre heureux (…)

C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes jusqu’à ceux qui vont se pendre.»

Pascal, Fragment Souverain bien n° 2 / 2

 

 « Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser.

Nonobstant ces misères, il veut être heureux, et ne veut être qu’heureux, et ne peut ne vouloir pas l’être. Mais comment s’y prendra‑t‑il ? Il faudrait, pour bien faire, qu’il se rendît immortel. Mais ne le pouvant, il s’est avisé de s’empêcher d’y penser. »

Pascal, Fragment Divertissement n° 2 / 7 ; Éditions de Port-Royal : Chap. XXVI – Misère de l’homme : 1669 et janv. 1670 p. 217 / 1678 n° 4 p. 211

***

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application.

Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide.

Incontinent il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir.

Pascal, Pensées diverses II – Fragment n° 25 / 37

 Photo : Eugenio Hansen, OFS. Blaise Pascal, 1623-1662

Notre misère est de nous projeter et de nous voir mort avant de l’être.

Nous luttons contre l’idée et nous divertissons pour ne point y penser.

Si nous pouvions rester dans le silence intérieur, dans un moment où se tait notre activité mentale, nous percevrions ce qui en nous ne se projette pas. Nous découvririons ce qui ne répond pas aux stimulations diverses et ne se laisse pas déterminé par elles.

Cette instance non déterminée par ce qui est avant, ni projetée dans après, est en dehors des nécessités de la chronologie. Cette instance est donc immortelle.

Ainsi, si nous pouvions rester en silence, nous n’aurions pas peur de la mort…

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[1] Note Wikipédia de Blaise Pascal, né le 19 juin1623 à Clairmont aujourd’hui Clermont-Ferrand) en Auvergne et mort le 19 août 1662 à Paris, est un mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français.

Enfant précoce, il est éduqué par son père. Les premiers travaux de Pascal concernent les sciences naturelles et appliquées. Il contribue de manière importante à l’étude des fluides et clarifie les concepts de pression et de vide en étendant le travail de Torricelli. Il est l’auteur de textes importants sur la méthode scientifique.

À 19 ans , il invente la première machine à calculer et après trois ans de développement et cinquante prototypes, il la présente à ses contemporains en la dédiant au chancelier Séguier. Dénommée machine d’arithmétique, puis roue pascaline et enfin pascaline, il en construisit une vingtaine d’exemplaires dans la décennie suivante.

Mathématicien de premier ordre, il crée deux nouveaux champs de recherche majeurs. Tout d’abord, il publie un traité de géométrie projective à seize ans ; ensuite il développe en 1654 une méthode de résolution du « problème des partis » qui, donnant naissance au cours du XVIIIe siècle au calcul des probabilités, influencera fortement les théories économiques modernes et les sciences sociales.

Après une expérience mystique qu’il éprouve en novembre 1654, il se consacre à la réflexion philosophique et religieuse, sans toutefois renoncer aux travaux scientifiques. Il écrit pendant cette période Les Provinciales et les Pensées, publiées seulement après sa mort qui survient deux mois après son 39e anniversaire, alors qu’il a été longtemps malade.