QUELLE RESSOURCE DÉCOUVRIR AU COEUR DES ÉPIDÉMIES

Les épidémies, par nature, sont des phénomènes sociaux.

Elles circulent à travers les partages, les accolades, les poignées de mains… Elles s’épanouissent dans la proximité et débordent largement les destins individuels. Chacun est concerné par le phénomène épidémique ; chacun est interpelé par ce qui se passe. Bientôt, on l’observe facilement, chacun peut devenir méfiant à l’endroit de son semblable.

Bien-sûr, les médecins qui nous gouvernent à travers les conseils scientifiques, prennent des mesures qui, pour le bon sens, peuvent sembler cohérentes : si les épidémies se propagent à travers les rencontres, interdisons les rencontres… Interdisons les réunions de familles, les visites aux amis, les salles de spectacles, les restaurants, les magasins trop exigus. Interdisons aux personnes âgées vivants dans des maisons de retraites de recevoir leurs proches. Le contact avec un virus pourrait leur être fatal… Évidemment, diront certains. Il est bien sûr nécessaire de savoir comment protéger les plus fragiles. Mais peut-être n’est-ce pas en interdisant les visites.

Si l’on prend au sérieux le fait que les épidémies ne sont pas des phénomènes individuels, comme pourrait l’être une allergie, un ulcère de l’estomac ou une arthrose de hanche, mais qu’elles concernent la société, alors ce sont les liens sociaux qu’il s’agit de soigner.

En assignant à résidence une population pour empêcher la propagation d’une épidémie, on se comporte, à l’égard de la société, comme un médecin qui, pour empêcher la propagation d’un cancer, déciderait d’achever son patient. Assurément le cancer ne prospèrerait plus, mais à quel prix…

Alors soigner les liens sociaux durant une épidémie, qu’est-ce que cela signifie ?

Quel remède va-t-on pouvoir utiliser ?

Chaque personne, atteinte d’une maladie de nature épidémique, doit être évidemment soignée individuellement. Elle est individuellement atteinte par un phénomène social. Les médecins déterminent les traitements efficaces au cas par cas, et il se trouve que, contrairement à ce qu’affirment les multiples campagnes de dénigrement, instrumentées par des intérêts financiers[1], il y a des traitements efficaces.

Mais la question qui se pose ici est de savoir ce que chacun d’entre-nous pourrait offrir à la santé de l’organisme social. Si la rencontre est le lieu qui permet aux épidémies de prospérer, comment puis-je devenir moi-même un remède pour la rencontre ?

MAIS D’ABORD, QU’EST-CE QUE LA SANTÉ ? QU’EST-CE QUE LA MALADIE ?

Communément, les maladies sont assimilées à des dysfonctionnements. Elles évoquent une panne plus ou moins grave qu’il s’agit de réparer. Tout est alors entrepris pour supprimer le désagrément et, si possible, ce qui l’aura causé. Lorsqu’on y parvient, on estime avoir soigné. Pour ce faire, notre médecine s’est dotée d’un magnifique arsenal de médicaments capables de supprimer toutes sortes de désagréments. À dire vrai, les progrès de la pharmacologie réalisés depuis cent ans sont impressionnants.

Cependant, lorsque l’on considère la maladie comme une panne…

Lorsque l’on considère la maladie comme une panne, quelque chose de particulier se produit à l’endroit de la santé : elle nous apparait comme un état que l’on souhaiterait invulnérable. Dans une compréhension mécaniste de la chose, on en vient même à souhaiter que la machine biologique puisse devenir inaltérable et on se prend à vouloir la blinder, la protéger avec des artifices compensant ses faiblesses constitutionnelles. Les vaccins entrent dans cette logique. Ils sont le blindage d’une santé que l’on prend pour un rouage fragile[2].

C’est un point de vue, celui qui cherche, en amont des crises, les causes qui les ont provoquées, et en amont des maladies, les facteurs pathogènes. Chaque évènement étant causé par un événements lui étant antérieur, on cherche cette antériorité pour la combattre. L’épidémie passe par un virus : on combat le virus. Elle passe par la relation : on combat la relation.

On veut supprimer la maladie, l’épreuve, la crise, tout ce qui pourrait déranger.

Ce point de vue a cependant des conséquences.

Lorsque l’on voit la maladie comme ce qui corrompt la santé, on ne peut pas penser la santé comme fondée en elle-même, mais comme dépendante de l’absence de facteurs pathogènes.

De même, le bien-être ne peut se concevoir sans l’absence de tout ce qui pourrait être perturbant. Bref, on voit l’humain essayant de s’affranchir de ce qui pourrait apporter un désagrément. Il se coupe du monde et des autres et de soi-même. Il rêve d’un monde où tout est à sa place, un monde stérile et sans surprises.

Poussez un peu plus loin, la biologie vous semblera insuffisante. La mort, désagrément ultime, devra être supprimée… Les enfants devront être « fabriqués » en laboratoire, afin de leur transmettre un ADN sans faille. Finalement il faudra remplacer la matière biologique putrescible par des machines inoxydables. Le transhumanisme est l’aboutissement de ce point de vue.

Essayons de prendre au sérieux la chose suivante :

Lorsque l’on espère un monde dans lequel tout pourrait être fait pour qu’il n’y ait plus de maladies ni de crises, on espère un monde où les humains deviennent des machines. On espère un monde avec des codes QR, des implants et toutes sortes et des pièces de rechange. On se comporte comme une mécanique.

Et c’est bien normal, puisqu’en essayant d’expliquer ce qui arrive exclusivement à partir d’une antériorité, c’est l’humain lui-même que l’on voit comme un produit, celui d’une antériorité : un code génétique, une histoire de famille, un contexte socio-économique ont contribué à le « construire ». Étant fondé en une antériorité, il ne se vit pas comme fondé en lui-même. Il est déresponsabilisé de tout ce qui pourrait lui arriver. S’il tombe malade, c’est à cause d’un patrimoine génétique déficient, ou d’un virus, ou de quelqu’un qui le lui a apporté. Dans un monde comme celui-ci, c’est toujours à cause des autres qu’on a un problème.

Observons un instant les moments où nous nous disons que c’est à causes de certaines personnes que ce qui est mis en place ne fonctionne pas… Observons que nous raisonnons alors comme des machines qui voudraient voir le monde mieux programmé, mieux organisé. Et que tout le monde se conforme aux mesures, comme les éléments dociles d’une grande et belle mécanique.

On prend alors pour de la solidarité ce qui n’est en fait qu’un conformisme saturé de la peur de tomber malade, ou de voir la crise perdurer… 

POUR AUTANT, FAUT-IL QUE LES CRISES DEMEURENT ?

Et d’abord, qu’est-ce qu’une crise, si ce n’est un événement qui remet en question ce que l’on connait et donc ce qui vient du passé. Une crise est un événement qui nous pousse hors de nos façons de « fonctionner ». Nous n’avons, lors d’une crise, plus rien à quoi nous accrocher. Les crises remettent en question ce que nous avions mis en place dans le passé et donc ce qui, en nous, pourrait se comporter comme un automate : les habitudes, les réflexes, les automatismes, sont remis en causes par les crises.

Les crises secouent l’automate, pour voir s’il y a quelqu’un d’autre dedans…

Elles sont un appel à autre chose. À quelque chose de nouveau.

C’est même parce que quelque chose de nouveau est en train d’advenir qu’une crise se fait !

AINSI, NOUS POUVONS EXPLIQUER LES CRISES ET LES MALADIES DEPUIS DEUX POINTS DE VUE

Depuis le passé, nous recherchons dans le contexte un facteur déclenchant. Quelque chose, en amont, a déclenché le problème que nous rencontrons et nous traquons cette chose de façon à ce que le problème disparaisse. Ce point de vue, non seulement respectable, mais encore essentiel à notre vie quotidienne, est celui de la logique. Il permet de fonctionner au mieux dans le monde. C’est un point de vue important car il permet les automatismes nécessaires à un quotidien bien huilé.

Mais nous avons vu où cela nous conduit lorsque nous appliquons ce point de vue d’une manière unilatérale à l’humain lui-même. Cela conduit à voir l’humain comme le produit d’un contexte et d’une biologie, soumis à leurs déterminismes. Cela conduit à voir l’humain disparaitre, dans la tentative transhumaniste de faire disparaitre toute donnée biologique et contextuelle potentiellement perturbante.

Depuis l’avenir : expliquer une crise depuis l’avenir, c’est voir que quelque chose d’absolument nouveau est en train d’advenir et de remettre en question le déterminisme du passé. Une ressource nouvelle est appelée à devenir présente et c’est parce qu’elle n’est pas encore présente qu’une crise se forme. La ressource devenue présente permettrait de traverser la crise.

Depuis l’avenir, il ne s’agit pas de faire disparaitre la crise, mais de la traverser !

Traverser ce qui nous détermine.

Dans une crise, ce qui nous détermine, c’est par exemple la peur. La peur nous demande avec insistance de tout faire pour la calmer. La haine également. Elle nous demande avec insistance de l’assouvir.

Comme elles nous déterminent, la peur et la haine font de nous des mécaniques.

Nous leur répondons mécaniquement.

Traverser une crise, c’est traverser la peur et la haine.

Non pas les faire disparaitre, mais se tenir au cœur de ce qui s’est mis en place et rencontrer la peur et la haine sans les fuir ni leur succomber. Cela demande de se lier à ce qui s’est mis en place. Non pas rêver d’un monde vide de ce qui pourrait faire peur, mais se tenir dans le monde tel qu’il est, en lien avec ce qui est.

Rencontrer les autres et non pas les mettre à l’écart.

Depuis l’avenir, dire que les épidémies sont des maladies sociales, signifie qu’elles sont causées par la nécessité d’une ressource à découvrir. Une ressource agissante socialement. Tant que cette ressource n’est pas présente, nous avons l’illusion que l’autre est le problème. Nous avons peur de l’autre et nous méfions de lui. Quand elle le devient, l’autre est l’endroit d’une rencontre, au présent.

QUELLE EST CETTE RESSOURCE ?

Cette ressource est ce qui permet de ne pas succomber à la peur de ce qui agit depuis le passé, c’est-à-dire à l’enchainement mécaniques qui lie les causes aux effets. Avec cette ressource on ne rend pas les autres responsables de ce qui arrive. Si on tombe malade, ce n’est pas parce que quelqu’un nous a refiler un virus, mais parce que l’on est tombé malade… On renonce également à espérer que ce que nous faisons pour les autres nous soit compté en crédit.

Je pense aux médecins… Je comprends tellement bien que l’on puisse avoir peur d’être infecté par un malade… Et pourtant, sans traverser la peur de tomber malade “à cause” d’une personne malade, comment rencontrer cette personne et l’aider elle-même à traverser ce qu’elle vit ?

 Avec cette ressource, plutôt que d’imaginer que l’autre puisse être responsable de notre maladie, on peut vivre la rencontre au présent. L’autre, au présent, n’est pas un vecteur de maladie. Il est là, pour lui-même, un univers à rencontrer et la maladie s’offre comme une occasion de traverser la peur et la haine.

 Envier, souhaiter, attendre, sont des travers de ce qui en nous est mécanique et dépendant du bon vouloir des autres.

 S’engager pour les autres sans rien attendre d’eux, ni rien souhaiter, ni rien espérer pour soi en retour, c’est ce qu’une épidémie nous demande d’apprendre. Juste donner du temps, de l’aide, du soutien, du silence, du partage…

 Donner et, renonçant à attendre un retour, vivre que plus grand se donne dans la rencontre. On est récompensé au centuple par la joie et la chaleur qui sont là. Et par bien plus. On est récompensé justement parce que l’on n’attend aucune récompense.

 L’épidémie qui pousse tant de gens à espérer que reviendra le monde d’avant (le passé), est l’occasion de s’éveiller à cette ressource. Cela procède d’un choix. C’est libre. Une telle ressource ne peut pas être provoquée par la crise. Le serait-elle, qu’elle serait le produit mécanique de la crise et n’apporterait rien de nouveau dans le monde. Or, cette ressource s’approche depuis l’avenir et vient s’exercer dans le présent des rencontres.

Ce que nous vivons aujourd’hui, la peur des autres, du monde et de ce qui pourrait encore arrivé, est l’ombre portée de cette ressource qui aspire à être découverte. Elle ne veut pas le monde autrement, mais habiter le monde tel qu’il est.

Cette ressource, c’est l’amour.

Guillaume Lemonde

 

[1] Il vous faut savoir que l’AMM (autorisation de mise sur le marché) des vaccins actuels, est conditionnelle, car ces vaccins n’ont pas terminé le processus de validation. La condition, pour qu’ils puissent être d’ores et déjà commercialisés, est qu’il n’existe pas d’autres traitements efficaces. Admettre que des traitements puissent l’être, c’est risquer de voir les vaccins ne plus pouvoir être vendus avant la fin des essais cliniques. C’est pourquoi vous avez été témoins de ces polémiques entourant diverses personnalités préconisant certains médicaments. Je vous laisse imaginer les intérêts en jeux et les guerres de publications qui se font dans les grandes revues médicales : des publications honnêtes rencontrent des publications financées par ceux qui vendent les vaccins, tandis que des médecins viennent en parler sur les plateaux de télévisions sans qu’aucun journaliste ne s’enquière de savoir s’ils ont des conflits d’intérêts.

[2] Et il est vrai que nous sommes fragiles devant la fièvre jaune, par exemple…

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