QUEL CHOIX RESTE-T-IL QUAND NOUS N’AVONS PAS LE CHOIX ?

L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir des ressources permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources fondamentales encore à venir et permettre d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

 

 

 

 

 

Je n’ai pas le choix… pourrait-on se dire dans certaines situations.

Je n’ai pas le choix…

Quelques lignes à ce sujet.

Si nous n’avons pas le choix, c’est que ce qui se passe nous détermine. Les circonstances nous dictent ce que nous avons à faire et nous en sommes le jouet.

Je n’ai pas le choix signifie : ce que je fais est décidé par autre chose que moi. Je ne suis pas fondé en moi-même.

Quelque chose me contraint. Seulement, nous nous trompons trop souvent sur la nature de la contrainte. Ou plus exactement, nous en avons qu’une vision absolument unilatérale : nous ne considérons que les circonstances extérieures. Nous imaginons que si elles changeaient tout irait mieux. Évidemment… Si elles changeaient, tout irait mieux. Tout irait mieux pour ce qui en nous n’est pas fondé en soi-même. Tout irait mieux pour le jouet des circonstances que nous sommes. Et ça ne serait pas plus mal.

Cependant n’y aurait-il pas en nous un espace à partir duquel nous pourrions choisir indépendamment des circonstances ?

Imaginez un acteur sur la scène d’un théâtre. Il a des accessoires à disposition, un costume, un éclairage, un partenaire de jeu. Il peut se sentir contraint par eux s’ils ne sont pas à son goût. Le partenaire de jeu ne joue pas comme l’acteur aurait voulu. Les accessoires ne sont pas ceux qu’il aurait voulu. Le costume est moche, l’éclairage l’éblouit. Je n’ai pas le choix… pourra se dire l’acteur. Je suis contraint dans mes mouvements… Ce que je ferai avec ça ne sera pas bon car rien de tout ça n’est bon…  

Mais un acteur peut découvrir qu’il est possible d’improviser dans n’importe quelle circonstance (ce qui est le propre d’une improvisation réussie). Il peut découvrir qu’il existe un endroit fondé en soi-même qui ne dépend pas des circonstances. Dans cet endroit il va découvrir les conditions de sa liberté ; celles qui lui permettront d’improviser librement avec ce qu’il a à disposition. Non pas les conditions extérieures qui dépendent du décor qu’il ne peut pas changer, mais les conditions intérieures.

 

Ces conditions intérieures de la liberté ne peuvent évidemment être découverte que librement.

Elles procèdent d’un choix libre et donc ne dépendant de rien d’autre que de la présence que l’on peut accorder à ce choix. C’est le choix qui reste quand il n’y a plus de choix possible. Le choix d’être non pas le jouet des circonstances, mais fondé en soi-même.

Ce moment de choix se présente lorsque l’on ne peut plus faire autrement que de subir le décor de notre vie : on se sent impuissant à changer quoi que ce soit et dans cette impuissance, on découvre ce qui ne peut plus lutter là contre. Et dans ce qui ne peut plus lutter là contre, on découvre ce qui n’est pas atteint par les circonstances. Il n’y a là aucune fatalité, aucune passivité, juste une présence impuissante qui renonce à essayer de lutter tout en découvrant qu’elle a le choix de ne pas suivre, à l’intérieur, ce qui la contraint.

Il y a une contrainte extérieure contre laquelle on ne peut rien et on découvre qu’il y a une contrainte intérieure, avec laquelle on peut faire quelque chose. Cette contrainte, c’est la peur, qui semble nous obliger à tout faire pour qu’elle se calme.

C’est la haine qui semble nous obliger à tout faire pour qu’elle soit assouvie.

 

Les excuses que l’on se donne pour expliquer que la situation est contraignante et ne peut pas changer, sont toutes, sans exception, soutenues par la peur ou la haine.

Par exemple, la peur que nos choix déplaisent, ou de blesser quelqu’un… La peur de perdre son travail, de ne plus avoir de revenu, de ne plus pouvoir payer les traites de la maison ou l’écolage des enfants… La peur du lendemain, des conséquences à moyen ou à long terme… etc.

Vivre ces peurs, les traverser…

Ce sont ces peurs qui font de notre décor une contrainte apparente.

Nous ne changerons pas les données extérieures comme ça, mais en passant à côté de ce qui en nous peut choisir, sans se laisser prendre par ces peurs, on ne s’en sortira pas.

Le choix qui nous reste, lorsque l’on n’a plus le choix, c’est celui de choisir encore.

 

Alors bien-sûr cela demande d’exercer les conditions de cette liberté intérieure et en particulier :

 

La stabilité

Être attentif à laisser de la place aux sentiments les plus contradictoires. Au lieu d’osciller avec eux entre la sympathie et l’antipathie, laisser ces sentiments opposés résonner ensemble, sans en préférer l’un à l’autre. Se tenir au milieu d’eux, comme un marin dans la tempête bien campé sur ses deux pieds, garde l’équilibre tandis qu’ils oscillent au gré de la houle.

 

La profondeur

Être attentif à percevoir ce qui nous entoure sans focaliser sur un détail en particulier. Tenir tous les détails ensemble avec acuité en renonçant de les organiser selon des critères personnels. Les tenir l’ensemble en conscience. C’est comme écouter un orchestre en prêtant attention à la ligne musicale des violons, tout en écoutant attentivement les violoncelles et les contrebasses. Cette attention est contemplative.

 

Le courage

Être attentif à avancer pas à pas avec son projet sans se projeter dans un résultat. Rendre pas à pas la réalisation du projet possible. Chaque obstacle est l’occasion de poser un nouveau pas dans une nouvelle direction sans oublier le projet. Le projet est déjà entier dans le pas que l’on fait maintenant. Défricher le chemin pour lui : Il s’approche de nous plus que nous n’allons vers lui. C’est comme avancer en montagne et constater que le sommet que l’on va atteindre est déjà complètement dans le pas que l’on fait en ce moment.

 

La confiance

Être attentif à ne rien attendre en particulier. À la différence de l’espoir qui nous fait attendre passivement quelque chose en particulier, on est avec la confiance ouvert à tous les possibles. C’est à ce point que ce qui arrive n’est ni mal ni bien. Cela peut nous faire plaisir ou nous déplaire, mais lorsqu’on est ouvert à tous les possibles, la valeur des événements ne dépend pas de nos critères personnels. On s’aperçoit alors que la vie est bonne quoi qu’il en soit et que ce qui arrive correspond à ce qui doit être. C’est comme voir le soleil se lever alors qu’on tournait en rond.

 

Bien à vous

Guillaume Lemonde