Que veux-tu faire plus tard ? https://pixabay.com/fr/users/free-photos-242387/

 

Quand on me posait cette question à quelques mois du baccalauréat, je n’en avais strictement aucune idée ! Les hautes écoles ? Pourquoi pas ? J’aimais la physique, mais j’aimais aussi la philosophie, l’histoire, le français. J’avais grand plaisir à jouer de la musique, peindre, sculpter… Comment savoir ce que l’on veut faire de sa vie ? Quelle drôle de question d’ailleurs. Comme s’il fallait en faire quelque chose et décider une fois pour toute de la suite du chemin. Et par quel genre d’introspection pourrait-on répondre à une telle question ? On ne le peut pas. C’est une grande illusion d’imaginer qu’un projet puisse émerger d’une réflexion. Comment serait-ce possible de se saisir d’un projet dans le monde en écoutant ce que l’on porte en soi de désirs et d’envies ?

Pour se saisir d’un projet dans le monde, ne faut-il pas commencer par aller dans le monde ?

 

Vivre des expériences, entrer dans le réel, c’est cela qui compte. Sortir de ce que l’on connait !

 

Et c’est là la grande ressource éducative de cette période de la vie.

Les jeunes ont besoin de vivre des nouvelles situations. Ils ont besoin que l’on nourrisse leur curiosité du monde. Besoin de croire en ce monde. C’est nocif de leur dire que de notre temps, c’était mieux. Au contraire, il est essentiel qu’ils puissent rencontrer des êtres qui ont foi en ce monde et qui donne le meilleur d’eux-mêmes pour lui.

 

Un échange scolaire à l’autre bout du monde, trois jours d’un stage de survie dans les bois avec un sac à dos trop lourd, un emploi de babysitting, la participation à un camp de marche… Chaque activité sera l’occasion d’une rencontre avec de nouvelles situations et, dans ces nouvelles situations, avec soi-même confronté à certaines limites. C’est ainsi que l’on se saisit de sa volonté. En se confrontant à de nouvelles situations.

 

Ces situations n’ont pas à être orientées sur des sujets particulier,

ni de se trouver dans le thème d’éventuelles professions. Elles ont juste à être rendues possibles par les enseignants ou les parents. Dans certaines écoles, on propose à 15 ans de se lancer dans la réalisation d’une pièce de théâtre. À 16 ans, de partir dans une autre école pendant un semestre et d’accueillir un correspondant pendant le semestre suivant. À 18 ans, de réaliser un chef d’œuvre, un travail que l’on présentera à l’école. Ces expériences sont l’occasion de mettre à l’épreuve sa persévérance. Le projet est proposé et l’on apprend à s’y tenir, à vivre avec lui, jour après jour, pas à pas.

 

Vivre avec un projet jour après jour et faire l’expérience qu’il y a des choses qui seraient à faire aujourd’hui pour lui et que si l’on se projette trop loin dans le résultat escompté, on passe à côté de ce qui est à faire aujourd’hui.

 

On apprend à poser le pas requis aujourd’hui plutôt que de rêver le résultat de demain.

 

Les jeunes ont besoin de rencontrer chez les adultes ce qu’ils sont en train de chercher eux-mêmes :

des compétences acquises à travers un long chemin persévérant – compétences de vie aussi (il a souffert avec courage). Ils ont besoin, eux qui apprennent le pas à pas, de rencontrer des gens engagés avec ténacité, endurance, courage.

 

Ils ont besoin de pouvoir trouver chez l’adulte quelqu’un d’admirable porté par quelque chose de plus grand que soi et de ressentir que l’adulte porte en lui un engagement indéfectible :

« Même si vous faites du bazar, je suis là face à vous, car c’est ce métier que je veux faire ».

« Quoique tu fasses, je serai à tes côtés. »

« Je ne te laisserai pas tomber dans ton projet. »

 

 

 

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Peut-être que ces affirmations sembleront gratuites à quelques lecteurs.

 

Ils rétorqueront que le monde est rude et qu’il est important de vite apprendre à se débrouiller tout seul. Ils diront que si l’on reste aux côtés du jeunes, on ne lui rend pas service : on l’empêche de devenir autonome… Voilà ce que pourrait dire certains lecteurs.

 Mais alors prenons le temps de considérer cet avis conséquemment :

 

Imaginons que personne ne se donnerait à un projet plus grand que soi, plus vaste que tout ce que l’on peut porter d’intérêt personnel. Il n’y aurait donc pas de ces professeurs idéalistes prêts à se donner corps et âme pour leur classe.

 Dans un tel monde, où personne n’avancerait pas à pas avec un projet plus grand que soi, on aurait donc que des projets intéressés. On ne s’engagerait pas pour les autres mais pour soi-même. Dans un tel monde, on se ferait le promoteur de soi-même. On ne se donnerait aucun devoir envers les autres. Bien au contraire, on se battrait pour ses propres droits, contre ceux qui leurs seraient opposés.

 

On rencontrerait les autres soit comme de potentiels rivaux, soit comme des alliés.

 

Et comme on n’aurait pas cet engagement pour plus grand que ses propres intérêts, on n’aurait pas de chemin à parcourir pour rendre ce projet possible : on n’aurait juste soi-même et la promotion de soi-même comme objectif, dans l’immédiateté d’une satisfaction à obtenir à tout prix. La valeur de soi deviendrait un but et un obstacle. Un obstacle, car elle deviendrait la mesure de nos rencontres. La valeur que l’on aurait aux yeux des autres dirigerait notre vie.

 

 

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Tel serait ce monde. Et c’est celui dans lequel vivent les jeunes tant qu’ils n’ont pas découvert cet engagement pour plus grand que leur plaisir personnel.

 

C’est l’âge où on peut se trouver nul et où on voudrait se croire fort. On se mesure, on s’affronte… Et surtout, on se sent seul dans cette quête de soi. On a besoin des autres, des copains, pour se sentir exister. Avoir de la valeur aux yeux des copains. Être populaire, comme on dit aujourd’hui. Ou, pour le moins, populaire pour ses quelques bons amis. Ainsi, la valeur que l’on croit avoir se met comme en travers de notre chemin, à cet âge-là. Et l’on soigne cette valeur comme l’on peut. On se donne des airs, on cherche son style, on se maquille, on se tatoue…

 

Donc finalement, le monde difficile auquel certains voudraient préparer les jeunes en les laissant se débrouiller, n’est que l’ombre portée de leur propre engagement qui s’ignore.

 

Les jeunes ont besoin de vivre des engagements pour des projet plus grand qu’eux-mêmes. Et de rencontrer des adultes qui peuvent leur montrer par leurs actes :

« Quoique tu fasses, je serai à tes côtés. »

« Je ne te laisserai pas tomber dans ton projet. »

 

Et alors, de petits projets en petits projets, de pas en pas, la vie se dessine. Ainsi, ce qui est important n’est pas ce que l’on veut faire plus tard (plus tard, c’est trop loin), mais ce que les rencontres et les situations nouvelles réveillent de projets dont on se saisit maintenant (Un intérêt pour un certain sujet ? Je vais t’aider à aller voir comment c’est), aidé par l’adulte qui offre son attention à ce qui se réveille chez le jeune et qui l’accompagne pas à pas.

Guillaume Lemonde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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