PRIE DIEU, MAIS ATTACHE QUAND MÊME TON CHAMEAU.

Proverbe soufi

 

Une personne que j’apprécie beaucoup, m’apprenait récemment ce proverbe soufi : Prie Dieu, mais attache ton chameau !

 

Cette sentence prête peut-être à sourire. Elle est pragmatique et sonne juste. Pourtant, d’aucun dira, en l’entendant : Homme de peu de foi que celui qui attache son chameau. Pourquoi l’attacher si l’on s’en remet à Dieu ?

 

En fait, cette sentence pleine de sagesse ne devient profondément intelligible que lorsque l’on distingue la différence essentielle qu’il y a entre la confiance et l’espoir.

C’est ce que j’aimerais prendre le temps d’exposer ici.

 

 

LA CONFIANCE ET L’ESPOIR

 

L’espoir nous projette dans un évènement à venir qui nous convient. On a l’espoir que les examens soient couronnés de succès, que l’emploi que l’on convoite ou l’appartement que l’on voudrait acquérir nous soient attribués.

 

L’espoir nous fait attendre passivement un événement particulier.

 

Passivement, car on ne peut pas grand-chose à la tournure des évènements que l’on espère en notre faveur. Tout ce que l’on peut faire, c’est croiser les doigts, toucher du bois, prier. Cela donne l’impression de faire quelque chose, mais cette attente n’en reste pas moins passive, puisque les dés sont jetés. Elle est aussi passive que le fatalisme qui nous fait attendre passivement un événement particulier ne nous convenant pas. Espoir et fatalisme sont de ce point de vue de même nature.

 

La confiance, quant à elle, est une non-attente active.

 

Quelqu’un de confiant est ouvert à tout ce qui peut se présenter. Une personne confiante n’attend rien de particulier. Ce qui arrivera, arrivera et comme rien de particulier n’est attendu, ce qui arrivera sera en ordre. La confiance est une activité ne jugeant pas les événement comme bons ou mauvais. Tout est en ordre dans l’ordre de la vie. Si l’on est actif à pouvoir accueillir pleinement tout ce qui arrive, on ne juge plus la vie en fonction de ce qui nous convient ou de ce qui ne nous convient pas. On l’accueille comme elle vient, sans jugement. Quelqu’un de confiant éprouve la vie apparait comme étant bonne par nature.

 

À ce sujet, je vous laisse découvrir, en suivant ce lien, un conte taoïste qui l’illustre parfaitement.

 

 

 

LA CONFIANCE NE PEUT S’ÉVEILLER QU’AU CONTACT DU RÉEL

 

L’espoir, qui nous projette en dehors de maintenant, se vit en dehors de tout rapport au réel, comme dans un rêve. Il peut être utopique ou un fantasmagorique. La confiance, elle, est éveillée. Elle est au présent.

 

Elle nécessite une confrontation à ce qui est.

 

Ce n’est qu’en se confrontant à ce qui est, et qui ne nous plait pas forcément, que l’on peut découvrir l’endroit à partir duquel on peut renoncer à juger ce qui est.

 

Cet endroit, que l’on découvre en soi, est celui qui peut s’unir à ce qui arrive sans faire des sentiments qui s’imposent, un critère de jugement : que l’on aime ce qui arrive ou qu’on le haïsse, ne change rien à ce qui arrive ; et finalement, ce qui arrive est tout simplement comme cela doit être.

 

C’est cela la confiance : découvrir que ce qui arrive est comme cela doit être.

 

Que ta volonté soit faite, dit la prière.

 

« Que ta volonté soit faite » n’a rien de fataliste, puisque le fatalisme est une attente passive de quelque chose de déterminé, alors que là, on se trouve dans une non-attente active : on est actif à n’attendre rien en particulier.

 

 

MAIS COMMENT DÉCOUVRIR CET ENDROIT À PARTIR DUQUEL ON EST CONFIANT ?

 

Comment accueillir tous les possibles sans les juger en fonction de ce que l’on espère ?

S’exercer à accueillir tous les possibles nécessite que nous nous représentions en plus de toutes tous les espoirs que l’on peut avoir, tous les malheurs possibles.

 

C’est pourquoi, PRIE DIEU, MAIS ATTACHE QUAND MÊME TON CHAMEAU.

 

Espère le meilleur et prévois le pire.

Espère le meilleur et prévois le pire et tiens ensemble le meilleur et le pire. Il ne s’agit pas de se persuader du pire pour y être préparé, mais de se tenir dans un intervalle qui permet d’affermir l’activité intérieure disponible pour tous les possibles. C’est l’intervalle entre les deux qui affermit la confiance.

Et l’on découvre ce faisant, que la prière ne demande plus rien. Elle ne formule pas un souhait (espoir) mais un merci, une louange, de la gratitude. La prière portée par la confiance, est ainsi.

Prier Dieu tout en attachant son chameau, c’est s’exercer à la confiance.

En pratique, il est possible de procéder comme suit :

Plongez dans la sensation que cela fait de se dire : « Ce que j’espère se réalisera ».

Toutes sortes de sentiments peuvent survenir. Il est important, pendant l’exercice, de ne pas réfléchir au sujet de ces sentiments, mais de les vivre : ressentir comment cela fait quand on se dit « Ce que j’espère se réalisera ». Peut-être même à quel endroit dans mon corps, puis-je ressentir ce que cela me fait de me le dire.

Ensuite, ressentez ce que cela fait quand vous vous dites : « Ce que j’espère ne se réalisera pas ». Voyez comment cela fait. Là aussi toutes sortes de sentiments peuvent survenir. Là aussi, il est important de ne pas essayer de les analyser. Juste ressentir comment cela fait quand on se dit cela. À quel endroit dans mon corps, puis-je ressentir ce que cela me fait de me dire : « Ce que j’espère ne se réalisera pas ».

Enfin, pour sortir de la dualité, souvenez-vous des deux expériences en même temps. Laissez ces deux expériences résonner en vous en même temps. La difficulté est de ne pas balancer entre les deux. Essayez de simplement les contempler ensemble, comme si ces deux expériences avaient laissé un écho en vous.

Comme tout exercice, celui-ci est à répéter chaque jour.

Au bout d’un temps, vous remarquerez que vous vous affermissez dans cet intervalle et que cet affermissement est paisible. Et cette paix est faite de la confiance que les choses sont en ordre comme elle sont.

En vous souhaitant une bonne pratique.

Bien à vous

Guillaume Lemonde

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