L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir des ressources permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources fondamentales encore à venir et permettre d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

 

 

 

 

PAS DE LIBERTÉ SANS FRATERNITÉ

Les contraintes dites sanitaires, les assignations à domicile au motif d’un retour de voyage, les passeports sanitaires, les pertes d’emploi, les obligations vaccinales déguisées ou directes, sont là, nous dit-on, pour que nous puissions retrouver la liberté.

J’aimerais vous parler de liberté.

J’aimerais le faire en prenant un peu de recul.

 

On nous explique qu’il faut faire un effort collectif pour retrouver la liberté. Pour être libre, il faudrait moins de contact, moins de rapports humains, moins de liens. L’autre étant dangereux, il faut mettre à distance le frère, la sœur, l’ami, ceux qui ne se plient pas au vaccin. Les montrer du doigt. Parquer les gens qui ne font pas comme tout le monde.

 

Bref, la liberté à la fraternité se retrouvent comme d’habitude en opposition. On sait bien que pour vivre ensemble il faut savoir mettre de côté un peu de liberté. On sait bien que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut sans déranger les autres et que la pleine expression de la liberté de chacun serait dangereuse pour tous. Mais nous remarquons ce que cette opposition entre la liberté et la fraternité à de terrible lorsqu’on la pousse un peu plus loin que les habituelles règles nécessaires au vivre ensemble.

 

Qui n’aspire pas à 100 % de liberté et 100 % de fraternité ?

 

En règle générale, quelques petites concessions suffisent à s’y retrouver avec cette difficile équation. Aujourd’hui la situation va si loin, qu’il n’est plus possible de se contenter de petites concessions.

 

J’ai besoin de poser ici quelques réflexions, de vous les partager.

 

Qu’est-ce qu’une contrainte ?

 

Je me suis posé cette question et sans grande prétention philosophique, je me suis dit qu’une contrainte ne peut exister qu’en réponse à un désir. Si nous n’avions pas de désir, il n’y aurait pas de contrainte.

En même temps, le désir nous offre de nous ouvrir au monde. Imaginez que nous n’ayons aucun désir : nous serions coupés du monde. Nous ne le connaitrions pas. Supprimer le désir, comme le propose certaines orientations spirituelles, ne va pas sans s’éloigner du monde et donc de la fraternité des hommes.

 

Supprimer le désir, le refreiner, vivre dans le contentement, se plier docilement, n’est donc pas le chemin qui permettra de faire vivre en plein la liberté et la fraternité.

 

 

Nous avons donc des désirs et c’est en ordre.

 

Et nous nous projetons dans leur assouvissement. C’est ce qui empêche cet assouvissement qui nous contraint. Or ce qui empêche l’assouvissement de nos désirs, c’est potentiellement absolument tout ce qui existe dans le monde où nous vivons. C’est un peu comme si le grand jardin dans lequel nous évoluons de la naissance à la mort était un jardin de contraintes avec lesquelles nous faisons au mieux de nos frustrations. Il y aura toujours quelque chose ou quelqu’un pour contraindre notre liberté de mouvement, de choix, d’initiative.

Mais ce grand jardin de contraintes est en même temps le grand jardin de la liberté, puisque les contraintes nous éveillent à la liberté.

 

Ceux qui rêvent d’un monde où la technologie supprimerait toute contrainte, même celle de devoir mourir un jour, ont des rêves où non seulement le monde que nous connaissons n’existe pas, mais aussi où la possibilité de s’éveiller à la liberté disparait. Les gens y vivraient comme des automates.

 

 

De ce qui précède je retiens que :

 

si je renonce à mes désirs, je ne suis plus en lien avec les autres ;

si ce sont mes désirs qui me guident, je suis aveugle aux besoins des autres.

 

Alors pouvons-nous vivre pleinement nos désirs sans nous laisser guider par eux (c’est à dire supporter la frustration sans renoncer à ce que l’on désire ; renoncer à la satisfaction immédiate mais non à l’objet) ? Nous tenir au milieu d’eux, sans les chasser, mais avancer avec eux ? Non guidés par eux, mais par ce dont les autres ont besoin ?

 

Le désir deviendrait une caisse de résonnance dans laquelle une place serait faite à l’autre.

Et on découvrirait que la liberté se vit certes dans la possibilité d’exprimer pleinement les besoins que l’on porte voire même les talents que l’on veut déployer, mais que ces talents ne sont là que pour les autres.

Je suis libre quand je suis fraternel. De même, il n’y a pas de fraternité sans liberté[1].

 

 

Alors en ces temps difficiles, quels talents avons-nous à déployer pour les autres ? Les voyages sont rendus difficiles par les contraintes sanitaires, les emplois sont en périls pour certains d’entre-nous. La liberté est contrainte dans le grand jardin que nous traversons de la naissance à la mort. Mais nous pouvons, dans ce jardin de contraintes découvrir qu’il existe un endroit en nous qui aspire à être là pour les autres. Nous pouvons découvrir que nous pouvons être le jardinier.

 

Nous sommes, créature de ce jardin, victime des contraintes extérieures. Nous voudrions supprimer les contraintes.

Jardinier, nous sommes libres d’une autre façon. Une façon qui nous permet d’être autrement plus lié au monde qui nous entoure et aux autres. Uni à ce qui est, agissant maintenant pour ce qui est demandé, sans se projeter dans le désir que les choses se passe comme on le désirerait, mais comme elles doivent advenir. Personne ne peut dire ce qui adviendra, mais chacun peut agir au mieux de ce dont les autres ont besoin, pas à pas, avec ce qui est.

 

Remarquons-nous que cet endroit est tout à la fois 100% libre et 100 % fraternel ?

 Guillaume Lemonde

 

 

[1] Merci à Pietro Archiati pour son ouvrage : Christianisme ou le Christ, EAR, 1996.

 

 

 

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