Ces derniers temps, nous ne pouvons pas prévoir grand-chose. Nous vivons des temps incertains et avons à nous adapter aux mesures et aux contre-mesures.

 

Faire des projets, des plans, n’est pas facile. On doit programmer puis déprogrammer puis reprogrammer au grès des confinements et déconfinements et reconfinements…

 

Nous aimerions tous, j’imagine, y voir plus clair, savoir de quoi sera fait demain, après-demain et les jours suivants. Nous aurions besoin de quelque certitude afin de pouvoir prévoir.

 

Je pense à toutes ces personnes qui vivent des drames professionnels, ne pouvant rien programmer… À quel moment pourront-elles reprendre leurs activités empêchées. Faudra-t-il s’interrompre de nouveau en automne ? Je pense aux étudiants qui ne peuvent pas trouver de job pour financer leurs études et qui ne savent pas comment s’inscrire pour l’année prochaine. On peut penser à bien du monde qui aurait besoin de pouvoir prévoir de quoi sera fait demain.

 

Mais ce que je voudrais apporter ici, c’est que ces incertitudes nous offrent peut-être l’occasion de découvrir quelque chose d’important…

 

Tant qu’à faire, si nous ne pouvons pas prévoir grand-chose, autant apprendre de cette situation particulière.

 

L’autre jour, je m’imaginais un monde où tout serait prévisible, tout serait certain. Quelle tranquillité ! Quelle sécurité. Les prochains cours programmés pourraient avoir lieu le jour prévu, et de la façon prévue.

 

Imaginez un monde où tout serait certain, tout serait prévisible. Tout ce que l’on aurait projeté arriverait comme prévu.

 

Dans ce monde, demain ressemblerait à ce que l’on avait pensé hier. Demain serait le prolongement d’hier. Il serait fondé sur hier.

 

Mais dans un tel monde, il ne se passerait rien de nouveau. Chaque événement ne serait que la conséquence des évènements passés. Tout se déroulerait logiquement, sans surprise.

 

Sans surprise, cela signifie sans mauvaise surprise, mais également sans bonne surprise.

 

La vie répondrait à nos souhaits. Elle ne déborderait pas au-delà de nos souhaits. Elle serait étroite comme nos souhaits.

 

Ça fait du bien de pouvoir prévoir, et en même temps, il est peut-être bon de comprendre que cela fait du bien, parce que l’on reste dans ce qui est connu : prévoir, c’est réduire un instant la vie à l’étroitesse de ce que l’on peut en comprendre et en accepter.

 

Nous avons deux mots en français pour parler de demain. Le futur et l’avenir. Le futur, c’est ce que l’on peut prévoir. Les futurs époux, par exemple, ont inscrit leurs noms sur les bancs matrimoniaux. Il est donc prévisible qu’ils s’épousent. Le futur, c’est le prolongement du passé. C’est étroit comme ce que l’on connait.

 

Et puis il y a l’avenir. L’avenir, advient. Il s’approche de nous depuis l’autre côté. Il est donc par nature ce qui est imprévisible, incertain, inédit, original… Il déborde au-delà de ce que l’on prévoit.

 

Ainsi, les incertitudes que nous pouvons vivre sont l’occasion de nous ouvrir à l’avenir.

 

Elles nous font toucher à ce qui est en dehors de ce que l’on porte comme projets, comme espoirs, comme référentiels… Elles nous font toucher à plus grand que nous.

 

Avec les incertitudes, nous rencontrons autre chose que nous-mêmes. Nous rencontrons la vie et tous ses possibles, l’autre dans son originalité.

 

On sort d’un référentiel personnel et on découvre des référentiels au-delà de soi.

 

En fait, on pourrait même dire qu’il n’y a pas de transcendance sans incertitudes. Toute notion de transcendance disparait du panorama quand on croit pouvoir tout prévoir.

 

Ainsi, quand nous sommes confrontés à des incertitudes, nous sommes appelés à imaginer l’inimaginable, à oser inventer des solutions inédites, incertaines, originales. Cela demande du courage, de la disponibilité à accueillir ce qui est comme ça vient, de la stabilité…

 

Une métaphore me vient : la tempête à l’issue incertaine donne l’occasion au marin de découvrir en lui cet endroit stable à partir duquel il peut naviguer. Non pas que la tempête éveil à cette stabilité… Le marin préférerait la certitude de pouvoir rentrer au port… Mais la stabilité, le courage, la confiance, s’exercent dans la tempête.

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE