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Résumé : nous entrons dans la vie non seulement par la porte de la vie mais aussi par la porte de la mort.

 Il y a quelques jours, nous avons fêté (ou pas) le jour des morts. Il a lieu le 2 novembre, au lendemain du jour de la Toussaint.

C’est en l’an 998 qu’Odilon, abbé de Cluny, institua cette journée.

 

Selon le rite catholique romain, il s’agit d’obtenir de Dieu qu’il délivre ou soulage les âmes du purgatoire[1]. C’est donc une fête assez désespérée : en désespoir de cause, on visite les cimetières pour sauver les âmes qui peuvent l’être, espérant que Dieu sera témoin de nos efforts et daigne faire quelque chose pour celles qui sont en perdition…

Dans cette ambiance spéciale s’est greffée la fête Halloween, variante aujourd’hui commerciale d’une fête celte que la Toussaint est venue christianisée.

 

 

J’aimerais toutefois considérer cette commémoration depuis un autre point de vue. Le point de vue de l’avenir et non celui du passé.

 

Le point de vue du passé est celui qui regarde comment la vie se déroule depuis un point dans le passé. C’est le point de vue qui prend la naissance comme porte de l’incarnation.

 

LA PORTE DE LA NAISSANCE

 

Par la naissance nous venons au monde. Nous entrons dans un temps chronologique et l’on peut, de ce point de vue, penser aux gens que l’on a connu. Ils ont parcouru la vie depuis cette naissance jusqu’à la mort. Il y a eu un vieux monsieur qui a longuement vécu et un bébé qui est mort trop tôt…

 

Mais quand on regarde comment quelqu’un a vécu et que l’on suit le fil chronologique de sa vie, on ne voit en fait que l’enchainement des événements d’une biographie, chacun étant expliqué par celui qui l’a précédé. Ce point de vue orienté vers le passé, celui qui pour chaque événement en trouve la cause dans le passé, permet de remonter jusqu’à la naissance et même avant elle jusqu’à la conception… Et même avant ça, jusqu’à la rencontre des parents, la naissance des parents, l’histoire de la famille, etc.

 

En regardant l’incarnation du point de vue du passé, c’est-à-dire depuis la porte de la naissance, on voit comment chaque chose est fondée sur une autre chose antérieure à elle. Depuis cette porte, la personne à qui l’on pense est fondée par la famille qu’elle avait, l’éducation qu’elle a reçue, etc. Elle n’est pas fondée en elle-même. De ce fait, la porte de la naissance ne parle pas de l’être qui a vécu, mais du contexte de sa vie et des conséquences de ce contexte sur la suite.

 

Cela parle du décor de la vie et non de l’acteur qui a fait du mieux possible dans ce décor.

 

Et puis il y a le point de vue de l’avenir

 

 

 

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LA PORTE DE LA MORT

 

Ce n’est pas en regardant l’histoire d’une vie et donc son contexte, que l’on perçoit comment l’acteur a essayé d’être présent au rôle de sa vie. En effet, on ne déduit pas le jeu de l’acteur des accessoires qu’il avait à disposition, ou alors ce n’est plus une improvisation.

Pour percevoir intimement l’être qui a traversé une vie, on ne peut pas s’en tenir à l’histoire de cette vie et de son contexte. 

Ce qui en nous est fondé en soi-même ne peut pas en même temps être fondé en ce qui était avant. Cela ne vient pas de la naissance.

Si par exemple j’ai confiance, cela ne peut pas être causé par ce qui s’est passé jusque-là. Le contexte ne peut pas l’expliquer. Ce serait bizarre d’avoir confiance parce que tout va bien… La confiance ne peut être fondée qu’en elle-même, dans la présence de « Je suis ». La confiance, le courage, l’amour, sont des qualités de « Je suis » qui ne s’expliquent pas chronologiquement, ni par l’éducation, ni par la biologie, ni par rien. De ce fait, « Je suis » est en dehors de toute chronologie.

Dans ce monde où nous sommes incarnés dans un temps chronologique, « Je suis » agit autrement que chronologiquement. Il agit depuis l’autre côté, comme depuis un temps qui vient à nous. « Je suis » dans ce qui advient, dans l’avenir que je rends possible et présent. Et cet avenir, ce qui vient à nous, s’approche de nous depuis l’autre porte, celle de la mort.

Ainsi, il y a deux courants qui se rejoignent au présent. À la convergence des deux, le présent consacré dans chaque rencontre : « Je reconnais chez toi, à travers ce qui est devenu depuis la porte de la naissance, ce qui est en train d’advenir depuis la porte de la mort. Je reconnais ta nature spirituelle ».

Ainsi, lorsque nous commémorons les défunts,

nous pouvons le faire dans le regret et le jugement ou dans l’accueil.

Dans le regret et le jugement quand nous regardons la vie qui s’écoule depuis la naissance. Nous regrettons et jugeons le décor d’une vie auquel nous sommes soumis. L’acteur d’une vie regrette et juge les accessoires qui lui sont donnés, plutôt que de se révéler dans le rôle de sa vie…

Dans l’accueil lorsque nous regardons dans le contexte de cette vie achevée, ce qui a tenté de se révéler à la lumière. La porte de la mort est l’endroit à travers lequel traverse ce qui veut se révéler tout au fil de la vie.

Envisager ce qui advient depuis la porte de la mort, c’est se tenir devant le vide sans regret et sans jugement. C’est accueillir la vie en confiance : elle est pour le mieux comme elle est. En confiance j’accueille tous les possibles, même la mort. Et si j’accueille tous les possibles, alors je n’ai pas à choisir si tel évènements était bon ou mauvais. Je peux me lier à cet événement, tout en découvrant en moi la confiance nécessaire pour m’y lier. Et je peux découvrir la stabilité intérieure nécessaire pour m’y lier.

Ainsi, par la porte de la mort, je suis en lien avec les autres, en lien avec la vie, comme elle est, et non comme je voudrais qu’elle soit. Je la découvre, comme je découvre les êtres qui m’entourent pour qui ils sont, fondés en eux-mêmes et non tel que je voudrais qu’ils soient ou qu’ils aient été.

***

Il y a quelques jours, j’entendais qu’un collège de professeurs d’une école avait pris un moment pour se remémorer les défunts présents dans l’histoire de cette école. D’anciens proches, des professeurs, une élève…

Et je me disais que ce collège de professeurs en lien avec les défunts de son histoire avait développé, pour avoir cette attention, ce qui permet de recevoir les belles impulsions par lesquelles on peut accompagner les enfants dans ce qu’ils aspirent à devenir.

Depuis la porte de la naissance, les enfants sont instruits : on leur apporte de quoi faire dans la vie plus tard… C’est la porte qui est celle du temps chronologique et qui attend que chaque action puisse donner des résultats plus tard. Quand on regarde la vie ainsi, on soigne le contexte que l’on souhaiterait toujours meilleur. Et c’est évidemment important de le faire, mais on ne voit pas alors ce qui est original chez l’enfant et qui ne dépend pas du contexte.

Depuis la porte de la mort, depuis ce qui advient, les enfants sont éduqués. On leur offre de quoi faire advenir qui ils sont.

Lire à ce sujet : “L’éducation passe avant l’instruction : elle fonde l’homme”. Saint Exupéry

 

 

Guillaume Lemonde

 

 

[1] Fiche Wikipédia jour des morts : L’Église accorde, sous les conditions habituelles (cf. Concile Vatican II et la constitution apostolique Indulgentiarum doctrina du 1er janvier 1967), une indulgence plénière applicable aux âmes du purgatoire, à chaque fidèle qui visite dévotement un cimetière et prie pour les défunts, ne serait-ce que mentalement, entre le 1er et le 8 novembre (indulgence gagnable quotidiennement), ou qui le jour des fidèles défunts, ou bien avec le consentement de l’Ordinaire (le dimanche précédent ou suivant), ou le jour de la Solennité de la Toussaint, visite pieusement une église ou un oratoire et y récite le Pater et le Credo.

 

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