NOS HISTOIRES DE FAMILLE

Pour commencer, posons-nous quelques questions :

Avons-nous la capacité d’accueillir les imprévus ? Quand quelque chose arrive, sommes-nous assez ouverts pour vivre cet évènement tel qu’il se présente et non pas selon ce que nous imaginons qu’il pourrait avoir comme conséquences ?

Pouvons-nous ne pas suivre notre activité mentale, qui voudrait comparer ce qui se passe avec ce qui s’est déjà passé et dérouler en conséquence, toutes sortes de scenarii ? Bref, pouvons-nous rester bien au présent de ce qui se présente ? C’est à dire bien présents, ouverts à tous les possibles, ouverts à l’avenir, sans rien attendre de particulier ? Cette attitude s’appelle CONFIANCE. Sommes-nous capable de confiance ?

 

Ces questions sont fondamentales lorsqu’on s’intéresse aux histoires de famille !

 

  • En effet, comme nous allons le voir, la façon que nous aurons de lire l’histoire de notre famille, dépend directement de la façon que nous avons d’accueillir l’avenir.

Je m’explique : si nous ne parvenons pas à être présents à tous les possibles, notre vie se rétrécit à ce qui est toujours pareil. On ne voit plus que ce qui est toujours pareil. Les journées finissent par se ressembler toutes. La routine nous enferme. On tourne en rond. On a l’impression que les épreuves que nous traversons se répètent.

 

En réalité, les épreuves ne se répètent pas. Nous sommes juste incapables de nous souvenir de ce qui était différent dans chacune d’elles et du coup, nous sommes plongés dans une sorte de nuit où tous les chats sont gris. On ne voit que des analogies et l’on craint la récurrence d’évènements.

 

Quand la confiance nous manque, aussi surement que le soleil absent détermine une nuit profonde, on tourne en rond. On se noie dans des cycles perpétuels, comme ceux de l’eau qui tombe et remonte au ciel.

 

 

  • Le feu du soleil manque : les évènements du passé semblent se répéter, suivant comme l’eau, des cycles infinis.

Lorsque nous nous penchons sur l’histoire de notre famille et croyons découvrir des répétitions de noms, de dates, d’évènements, nous sommes en train d’explorer l’eau du passé. Elle est partout où l’on croit reconnaître une récurrence. Elle est également partout où l’on peut la craindre. Elle provoque des résurgences non seulement dans notre propre existence, mais aussi d’une génération à l’autre.

 

Avec elle, on accorde beaucoup d’importance aux maladies qui se transmettent. Même les traumatismes des ancêtres peuvent laisser des traces jusque dans notre patrimoine génétique. Beaucoup de gens s’intéressent à l’eau du passé dans le cadre familiale. De la génétique, à la psychogénéalogie en passant par l’épigénétique, les méthodes d’investigation sont nombreuses.

 

Mais lorsque l’on est pénétré par l’évidence que ce que j’appelle ici l’eau du passé, ne prend trop de place que parce qu’il nous manque de feu de l’avenir – la confiance en la vie – alors les perspectives thérapeutiques changent radicalement ; et le rapport à l’humain change lui-aussi.

 

 

  • On ne s’en rend pas compte de prime abord, mais quand on s’en tient à l’eau du passé, on passe à côté du cœur le plus intime de ce que nous sommes :

Lorsqu’on s’en tient à l’eau du passé, on ne voit pas l’individu en devenir sur la Terre : on ne perçoit que le produit fini d’une histoire familiale.

 En effet, si l’on prend le temps de remonter de génération en génération, pour suivre ces récurrences jusqu’à leur début, on s’enfonce dans le passé, jusqu’à ces formes de vie très primitives, sorties jadis d’une cellule par hasard. En d’autres termes, avec l’eau du passé nous sommes un produit biologique exposé à un milieu et pris dans le cycle ininterrompu des générations.

 

Comme, de ce point de vue, l’avenir est vide, ce produit biologique semble n’avoir aucun avenir, à moins qu’il ne puisse être réparé ou prolongé artificiellement. Et c’est là qu’interviennent de nombreux scientifiques et autres thérapeutes. Ils réparent ce qui est en désordre et prolongent ce qui faiblit.

 

Par exemple, par le génie génétique certains essayent de réparer les imperfections biologiques. Pourtant on ne peut pas empêcher l’eau de couler. On ne peut pas faire barrage à son flux. Les chercheurs se heurtent à un problème majeur : ils remarquent que toute intervention sur un gène peut provoquer la réaction en chaîne d’autres gènes.

 

C’est le génie de l’eau qui s’exprime ici : chaque manipulation locale provoque des répercutions globales, qui se répandent comme des ronds dans l’eau lorsqu’on y jette de petits cailloux. De même, on ne peut pas se libérer d’une cascade de traumatismes transgénérationnels en remettant aux anciens leurs problèmes : là non plus, l’eau du passé n’est pas remise à sa place en faisant barrage à son flux, mais en accueillant chaque jour comme il vient. (lire à ce sujet Découvrir la salutogénéalogie)

 

  • Plutôt que d’examiner les mécanismes inéluctables qui nous condamnent à subir les effets du passé, il faudrait trouver de quoi se lever chaque matin d’une nouvelle façon.

Cette capacité est portée par la confiance que j’ai appelé le feu de l’avenir. Tel un soleil qui se lève devant nous, il éclaire les ombres de notre passé, et là où tous les chats étaient gris, elle découvre que les récurrences que l’on croit identifier dans notre vie, ou d’une génération à une autre, et celles que l’on redoute, n’ont aucune réalité, lorsqu’elles sont regardées depuis l’avenir. Nous sommes libres de changer le cours des choses.

 

Le témoignage qu’une jeune femme d’une trentaine d’années, m’offrait un jour, est à ce sujet, très parlant. Sa mère était morte, deux ans auparavant, d’une maladie génétique connue pour s’exprimer autour de la quarantaine. Aucun traitement connu. Le diagnostic post-mortem avait évidemment plongé cette jeune femme et sa sœur dans la peur.

 

Elles avaient peur que cette maladie ne les touche aussi. D’autant que l’arrière grand-mère maternelle était morte d’une étrange maladie qui pouvait aujourd’hui évoquer le même problème.

 

La sœur avait souhaité être fixée. Elle avait suivi les conseils médicaux et s’était soumise à des examens génétiques. Mais la jeune femme, qui me racontait cette affaire, avait fait un autre choix :

 

Au début, j’étais tellement angoissée, que je voulais faire le test pour ne plus y penser, me disait-elle. Mais je risquais d’avoir une mauvaise surprise. Je crois que je n’aurais plus eu la force de me réveiller le matin heureuse, comme je le suis aujourd’hui.

 

On m’a dit que c’était important de faire ces examens pour mes futurs enfants, si j’en ai un jour. Aujourd’hui je sais que pour moi, c’était important de ne justement pas les faire. Je n’avais pas assez confiance en la vie pour me permettre de regarder comment le passé aurait pu me rattraper.

 

Ma sœur a fait le test et c’est bon pour elle. Elle est rassurée. C’est comme jouer à la roulette russe… Moi je me suis mise dans une drôle de situation. D’un côté je veux ne pas voir ce qui pourrait me terroriser. De l’autre, ça m’oblige à vivre avec cette peur. Ça m’oblige à la regarder. Je ne peux pas la fuir. Comment dire : je ne peux que la vivre et décider de ne pas être atteinte par elle. Je la regarde, je la sens, je l’éprouve, mais elle ne me prend pas.

 

Et du coup, j’accueille chaque nouvelle journée comme un cadeau. Comme un premier jour. Tout est nouveau à chaque fois. En fait, je suis entre le premier et le dernier jour, chaque jour. Cette situation, qui à l’origine venait de ma peur, me permet de devenir plus présente et d’accepter pleinement que la vie sera aujourd’hui comme elle sera, et qu’elle est comme il faut qu’elle soit.

 

Aujourd’hui, j’accepte tous les possibles, même la maladie, même la mort, et je suis bien mieux qu’avant l’annonce de ce diagnostic.

  • Entendez-vous, dans les propos de cette jeune femme, le feu de l’avenir ? La confiance qu’elle a découverte ? La confiance, ce n’est pas d’imaginer que tout ira bien et qu’il n’y aura pas de maladie. La confiance, c’est de pouvoir accueillir ce qui vient, même la maladie, même la mort. Il n’y a, chez cette jeune femme, aucun fatalisme. Le fatalisme n’est qu’une attente passive.

Cette jeune femme, au contraire, est chaque jour active à ne rien attendre de prédéterminé. C’est cela, la confiance. Du coup, la récurrence possible d’une maladie, sautant d’une génération à l’autre, ne la fait plus souffrir.

 

Nos histoires de familles sont riches en analogies, en récurrences, en répétitions. Mais c’est parce que notre confiance en la vie est faible que ces analogies, ces récurrences et ces répétitions prennent autant de place !

 

Je vous laisse méditer ça.

 

Peut-être voudrez-vous laisser un commentaire après cette lecture.

 

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager avec vos amis.