L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir une ressource permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources encore à venir et offrir d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

 

 

NOS AÏEUX : RESSOURCES ESSENTIELLES À NOTRE ÉVEIL

 

La compréhension que la Saluto permet d’avoir au sujet des fonctions grands-parentales, nous invite à rencontrer nos aïeux non pas comme source de problèmes transmis d’une génération à l’autre, mais comme des ressources essentielles à notre éveil.

Le point de vue du passé est celui qui voit les causes des problèmes dans le passé. Celui de l’avenir considère ce qui est appelé à s’éveiller.

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Imaginez que nous montions sur scène et que nous estimions que notre costume ne va pas. Nous voulons un autre costume, un plus joli, plus élégant… Nous appelons le costumier, essayons de comprendre pourquoi ce costume est comme ceci et non comme cela, posons une réclamation, espérons qu’un autre nous soit apporté, regrettons que ce ne soit pas possible. Combien de temps allons-nous nous intéresser au costume avant de commencer à faire ce pour quoi nous sommes montés sur scène ? Combien de temps allons-nous regretter le mauvais costume avant de jouer notre rôle.

Avec nos grands-parents, c’est la même chose. Ceux qui sont dans le décor de notre vie sont les meilleurs qui soient, puisque ce sont les nôtres, et qu’ils ont été mis là pour l’improvisation que nous avons à jouer ! Tant que nous ne pouvons pas les accueillir comme ils sont, nous ne pouvons pas commencer notre jeu. Nous restons dans l’ombre du décor, dépendant de lui, incapable de devenir maître de notre vie. Les accueillir, cela veut dire les prendre avec soi, comme on prend avec soi le costume qui nous est donné comme accessoire. Les prendre avec soi, c’est littéralement les comprendre. Mais pas avec la tête. La tête est distante lorsqu’elle réfléchit. Elle n’accepte pas, elle analyse, elle dissèque, elle juge. Il s’agit de les comprendre avec le cœur. Et les comprendre, c’est les aimer. On ne comprend que ce que l’on aime.

Les aimer c’est les regarder et leur dire : je vous vois.

Vous êtes comme moi ! Vous êtes des hommes, des femmes qui comme moi faites un chemin sur la Terre. Vous avez fait ce que vous avez fait, comme moi cherchant à faire au mieux avec ce que vous aviez. Si ce que vous avez fait heurte ma sensibilité ou mes principes moraux, c’est que j’ai à découvrir encore de quoi devenir libre intérieurement.

Un artiste est libre d’improviser avec l’accessoire qui lui est donné, quand il se lie à lui complètement. Il place tout son amour dans cet accessoire. Regardez un film de Chaplin. Vous comprendrez… Il est vrai qu’avec nos grands-parents et ce que nous croyons en savoir, cela est parfois difficile. Certains grands-parents ont peut-être fait des choses que nous estimons impardonnables. Et pourtant, ces choses sont impardonnables aussi longtemps que nous tardons à nous éveiller à notre propre rôle. Ainsi, l’effort que nous avons à faire pour comprendre, c’est à dire pour aimer nos grands-parents, est à la mesure de la ressource qui nous manque pour devenir présents à nous-mêmes.

Cela nous demande peut-être de la stabilité intérieure, une stabilité qui permet de ne pas être bousculé par certains sentiments, par exemple par l’antipathie que pourrait provoquer certaines histoires de famille.

Cela demande de découvrir qu’il est possible de considérer quelqu’un depuis une profondeur intérieure remettant son histoire dans une perspective cohérente. 

Cela demande encore de découvrir l’intérêt de se tourner vers ces personnalités et l’évidence que la vie est bonne. Si certains de ces grands-parents ont pu heurter nos principes moraux, c’est d’abord notre difficulté à ne pas juger qui est mise à l’épreuve. Notre difficulté à les accueillir, tels des êtres en chemin sur la Terre, comme nous le sommes aussi.

L’illusion que nos aïeux pourraient être responsables de ce qui nous arrive est tenace. Elle vient de ce que nous oublions que nous sommes la cause de nous-mêmes.

Lire l’article : Nous sommes la cause de nous-mêmes.

Nous sommes appelés à devenir l’acteur de notre vie.

Lire l’article : Le décor de notre vie.

À ce titre les grands-parents ne sont que les partenaires de notre jeu. Quoi qu’ils aient fait, ils ne sont ni l’auteur de la pièce, ni le metteur en scène.

Même s’ils ne sont pas comme on le voudrait, la qualité de notre jeu ne dépend pas d’eux. Ils ne sont là que pour se proposer à notre improvisation. Ils sont nos maitres en improvisation. Ils nous invitent à faire le choix de découvrir ce qu’il faut de présence pour les rencontrer.

 

Guillaume Lemonde