Extrait du livre : Découvrir la Salutogénéalogie.

Il est important de comprendre que nos grands-parents, nos aïeux et tous ceux qui les ont précédés ont pour nous ces deux aspects paradoxaux.

  • D’un côté, il y a la personne qui a circulé dans l’histoire avec le temps qui passe.

Elle a dû faire son chemin personnel répondant à ses propres nécessités. Elle s’est confrontée à des ombres et des épreuves. Des secrets, des deuils, des séparations, des tensions de toutes sortes.

Ce côté de la réalité est celui que la tête peut saisir. C’est le côté dont on se souvient ou que l’on nous a raconté. C’est le côté que l’on peut étayer par des recherches généalogiques et sur lequel il est possible de spéculer.

Un être est passé et l’on regarde ce qu’il a fait, ou ce qu’on pense qu’il a fait. Nous sommes du côté de la mythologie familiale et la réalité passe au crible de l’interprétation de chacun. C’est le côté du rêve dont je parlais tout à l’heure, des illusions dont on se berce, des analogies que l’on croit découvrir. Un tel était un saint, un tel était un monstre. Mais il pourrait tout aussi bien s’avérer que le saint n’était pas si saint que ça et que le monstre avait du cœur…

Et puis nos aïeux possèdent un autre aspect. Un aspect polaire :

  • Un aspect venant non pas du passé, mais trouvant sa source dans l’avenir.

Ils incarnent pour nous une fonction grand-parentale. Ils incarnent un principe. Platon aurait peut-être dit un archétype, mais Jung a donné à ce mot un sens qui n’est plus conforme avec l’idée platonicienne de principe actif dans la vie.

Que ce soit la fonction de grand-père maternel ou une autre, il est important de réaliser que la fonction grand-parentale est une réalité dont nous-mêmes sommes à l’origine : c’est nous qui faisons d’eux nos grands-parents, du simple fait que nous existions.

Nous n’étions pas encore nés qu’ils étaient déjà dans cette fonction à venir, du simple fait que nous naîtrions un jour. Que nous soyons nés nécessite qu’ils aient vécu cette fonction, même si nous ne l’étions pas encore à l’époque de leur propre existence. Ils répondent par leur fonction à notre existence et à notre éveil.

 

Ainsi, ce que nos aïeux ont éprouvé leur appartient totalement, mais ce que nous avons à vivre nécessite qu’ils aient vécu telle ou telle épreuve. Le temps s’écoule dans les deux sens. Du passé parle la personnalité, et du futur, la fonction grand-parentale. Et nous nous tenons entre les deux. Cet intervalle créé un paradoxe essentiel à notre éveil.

Le chemin que nous faisons vers nous-mêmes présente certaines difficultés auxquelles une fonction grand-parentale peut répondre. Ainsi, l’aïeul, qui par sa fonction est le plus important pour nous, est déterminé par les épreuves que nous vivons nous-mêmes.

Cet ancêtre se donne alors dans toute son humanité. Il s’offre pour que nous puissions nous éveiller à ce qui nous manque. Il nous fait le somptueux cadeau de son existence.

 

C’est comme dans certains contes : le cadeau qu’il nous fait peut sembler repoussant aux premiers abords. Nous jugeons l’existence de cet aïeul avec de petits critères étroits. Nous éprouvons à son égard une aversion, de l’indifférence ou que sais-je encore… Nous ne voulons pas l’approcher.

Nous ne savons pas comment recevoir le cadeau qu’il nous offre. Nous nous formalisons sur l’emballage et regardons si le nœud est joliment noué ou pas. Nous imaginons que nos problèmes sont dus au fait que le cadeau ne présente pas comme il faudrait. Et ce cadeau, que nous n’avons même pas ouvert, devient un fardeau dont nous aimerions nous débarrasser.

Il est parfois tellement difficile d’être touché par un semblable. Cet ancêtre, que l’on montre du doigt ou que l’on passe sous silence, c’est pourtant notre semblable, qui s’efforce à garder l’équilibre dans les épreuves. Il est tombé peut-être, mais il aspire à la même chose que nous.

Nous sommes liés par la fonction qu’il incarne. Les ombres qu’il nous montre sont de même nature que les nôtres et leurs répondent. Elles enveloppent cette lumière que nous recherchons aussi.

En fait, c’est un rendez-vous avec nous-mêmes que cet aïeul nous propose et ce rendez-vous dépend de notre capacité à le comprendre. Non pas le comprendre avec la tête, mais avec le cœur. Il nous faut nous dépasser et apprendre à l’aimer, lui qui se débattait avec ses ombres.

 

 

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