Minority Report, ou Rapport minoritaire, est une nouvelle de Philip K. Dick, adaptée pour le cinéma en 2002 par Steven Spielberg.

 

En 2054, grâce à trois individus pouvant lire le futur proche (les précogs), l’unité spéciale de la police, Précrime, arrête les meurtriers avant que leurs crimes ne soient commis.

Un jour, le chef de l’unité Précrime reçoit des précogs une vision le concernant : dans moins de 36 heures, il aura assassiné un homme qu’il ne connaît pas encore et pour une raison qu’il ignore…

 

Ceux qu’on arrête n’ont pas violé la loi.

-Mais ils vont le faire. Les précogs ne se trompent jamais.

-Mais ce n’est pas l’avenir, si on l’empêche…

 

Si les criminels sont arrêtés avant d’avoir commis leur crime, ils ne sont plus criminels. Alors pourquoi devraient-ils être arrêtés ?

Tel est le paradoxe à la base de cette histoire.

Si l’on avait les moyens les plus absolus de prévoir tout ce qui allait se passer, subsisterait-il une marge d’erreur ? Pourrait-on connaitre l’avenir avec certitude ?

Et si l’on pouvait connaitre l’avenir avec certitude, dans quelle mesure aurions-nous encore un libre-arbitre ? S’il était possible de connaitre à l’avance les actes de tout un chacun, cela signifierait que nous serions le jouet des circonstances, incapables de changer le cours des choses. Nous serions prédéterminés.

Spinoza qualifie le libre-arbitre d’illusion. « Les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs désirs mais ignorants des causes qui les déterminent. »

 

« L’homme soumis aux sentiments ne dépend pas de lui-même mais de la fortune, dont le pouvoir sur lui et tel qu’il est souvent contraint de faire le pire même s’il veut le meilleur ». Éthique, IV, Préface.

Seulement, est-ce l’ignorance qui fait de nous des êtres non-libres ? Est-ce la raison qui nous rend libre ? Avons-nous besoin de connaitre les causes des désirs qui nous asservissent ?

Dans Minority Report, Philip K. Dick répond d’une façon magistrale.

Le héros ne va pas se sortir du pétrin dans lequel les circonstances l’ont fourré par l’entremise de sa raison et d’une quelconque réflexion. Il ne va pas d’abord chercher les causes qui le déterminent à vouloir venger la mort de son fils, mais habiter sa volonté : là où tout le pousse à tuer un homme supposé avoir enlevé et assassiné son enfant, il va éprouver qu’il a le choix… Et ce choix ne nait pas d’un raisonnement mais d’un renoncement. Il va découvrir qu’il existe en lui un espace, à partir duquel il est possible de renoncer à assouvir la haine.

Tu as le choix ! S’entend-il dire avant d’appuyer sur la détente.

 

Renoncer à assouvir la haine ou à calmer la peur, est un acte de liberté absolue. Le libre arbitre, qui se traduit d’ailleurs en anglais par free will et en allemand freier Wille, soit littéralement, volonté libre, ne procède pas de la raison mais de la volonté, libre de la peur et de la haine qui nous gouvernent.

Et ce renoncement est l’expression la plus intime de notre humanité.

Merci à Philip K. Dick pour cette magnifique histoire et à Spielberg de l’avoir mise en scène.

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Guillaume Lemonde