Il y a peu, lors d’une visite au Québec, une amie me parlait du programme Massage école. Elle enseigne dans l’école Waldorf de Waterville et me racontait avec enthousiasme les belles expériences qu’elle rencontre depuis qu’elle a mis en place cette pratique pour ses élèves.

Si je vous en parle ici, sur le site Saluto, c’est parce que le programme Massage école illustre parfaitement deux des quatre ressources fondamentales que le pédagogue peut solliciter pour l’enfant.

Je développerai ce point dans la seconde partie de cet article.

LE PROGRAMME MASSAGE ÉCOLE

 Le MISP (Massage in Schools Program), a été instauré en 1999, par Mia Elmsäter (suédoise) et Sylvie Hétu (québécoise), issues du monde de l’éducation. Il s’agit d’un programme de massage entre enfants. Il s’adresse aux enfants de 4 à 12 ans. Il existe également un programme spécifique et simplifié pour des enfants plus jeunes.

 

 

Mis tout d’abord en application dans les écoles du Royaume-Uni, le programme Massage école a obtenu un franc succès.

Aujourd’hui, il est pratiqué dans plus de 1300 écoles à travers le monde.

Des instructeurs sont formés dans une vingtaine de pays, dont le Canada, la Suède, la France, la Belgique, le Portugal, l’Irlande, la Suisse, le Japon, l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, Singapour…

Je vous invite à consulter le site de l’association en suivant ce lien.

Mon amie m’expliquait que le protocole ou la “Routine” est composé de 15 gestes simples

dont l’apprentissage se fait progressivement, généralement en 5 séances de 30 minutes, à raison d’une fois par semaine. Chaque geste est associé à une image pour que l’enfant puisse facilement le mémoriser.

En fonction de l’espace disponible, les enfants sont assis à califourchon sur leur chaise ou par terre, ils restent habillés et travaillent en binômes.

Les gestes se font sur les vêtements et sur le dos, la tête, les épaules, les bras et les mains.

Les enfants se demandent la permission avant de commencer et se remercient après le massage.

L’enseignant ne masse pas les enfants, seuls les enfants se massent entre eux : l’adulte montre les mouvements et guide les enfants.

L’enseignant est invité à refaire faire les mouvements à ses élèves pendant la semaine (idéalement tous les jours toujours à la même heure) afin de bien mémoriser les gestes appris au cours des séances.

Lorsque la “Routine” est maitrisée, elle s’effectue en une dizaine de minutes.

J’ai repris ces précisions du site de Claire Tromas auquel vous accèderez en suivant ce lien.

 

LA PRATIQUE RÉGULIÈRE DE CE PROGRAMME DE 15 MN, A DES EFFETS TRÈS BÉNÉFIQUES SUR LES ÉLÈVES.

 

*D’après des études réalisées en Suède et au Royaume-Uni

  • Elle exerce un effet calmant et diminue le taux de stress
  • Elle amène un meilleur fonctionnement du système nerveux autonome
  • Elle améliore la concentration et la mémorisation
  • Elle favorise l’empathie
  • Elle encourage la communication et le partage
  • Elle insiste au respect de soi et d’autrui
  • Elle apporte détente
  • Elle permet une meilleure gestion émotionnelle (en diminuant l’agressivité)
  • Elle renforce l’estime de soi

 

 

 

LE PROGRAMME MASSAGE ÉCOLE À LA LUMIÈRE DE LA SALUTO

1-    Le petit enfant

Lorsque l’enfant vient au monde, son corps n’est évidemment pas achevé. Les tissus conjonctifs, les os, le système glandulaire, l’immunité et bien d’autres choses sont encore en cours de maturation. Les neurologues nous disent même que c’est seulement vers 6 ans et demi[1] que cette maturation structurelle du corps se termine, avec l’achèvement des voies extra-pyramidales. Il reste, vers 6 ans et demi, encore beaucoup à acquérir, mais en ce qui concerne la structure, tout est là.

 

Ce fait nous indique en tout cas que pour le jeune enfant, jusqu’à 6 ans et demi, le corps est structurellement, encore dans l’avenir. La formule est probablement étrange. Pourtant, ce qui donnera un jour une assise, une stabilité, une inertie, une protection à l’espace intérieur, n’est pas encore complètement présent. Le jeune enfant, tout ouvert à la périphérie, est sensible et influençable. Son espace intérieur n’est pas encore centré.

 

Bien des enfants ayant dépassé les 6 ou 7 ans, bien des adultes, ont gardé de cette première période de l’enfance un peu de la structure de leur corps physique dans l’avenir. Ils leur manque le lest et la stabilité qu’il pourrait leur offrir. Ils restent sensibles, rencontrent des difficultés à ne pas se laisser entrainer par des sentiments trop ouverts, se laissent chavirer facilement. Comme ils ne sont pas stables, ils cherchent cette stabilité comme ils le peuvent. Ils montent dans la tête pour rationaliser et essayer de calmer les sentiments qui les ballottent. Tout comme le marin accroché au bastingage voudrait que la tempête cesse, ils voudraient que les sentiments ne les atteignent plus.

C’est ainsi que par manque de stabilité intérieure, on peut devenir froid, rationnel, distant, réfléchi et analytique. On peut devenir également agressif, si les pensées auxquelles on s’agrippe sont remises en question.

 

Alors imaginez ce que cela peut faire d’être touché et de sentir les limites d’un corps trop peu habité.

Sentir les limites du corps physique et rendre présente cette expérience. Cela offre un chemin pour découvrir une réelle stabilité intérieure. Le contact physique est essentiel dans la petite enfance. Les câlins, les massages, ouvrent une porte pour accueillir plus facilement ce qui de l’avenir se prépare : une stabilité intérieure qui ne passe pas par la tête.

Plutôt que d’être bloqués par la tête, les sentiments vont pouvoir devenir larges et différenciés, sans que nous n’encourions le risque d’être chavirés ni blessés par eux.

Les enfants ont besoin de ce contact. Je connais un petit garçon très intelligent qui reprend son souffle après une journée d’école, grâce à un contact enveloppant et tranquille. Sans cela, il perd pied et se fâche de fatigue…

Avec ce qui précède, on comprend aisément que le programme massage école (d’après les études réalisées en Suède et au Royaume-Uni) :

  • permette une meilleure gestion émotionnelle (en diminuant l’agressivité),
  • favorise l’empathie,
  • encourage la communication et le partage.

 

2-    L’écolier

Le corps est structurellement achevé autour de 6 ans et demi. Ce qui présidait à son organisation, les processus vitaux qui étaient actifs pour faire apparaitre un germe dentaire ou structurer un foie, un rein, un poumon, sont désormais disponibles pour autre chose. Ces forces structurantes dans le corps deviennent forces structurantes en dehors du corps : elles deviennent les représentations que nous avons à disposition. À mesure que notre corps se structure, le nombre des représentations que nous avons à disposition pour penser le monde, s’accroit.

De quoi sont faites nos représentations, de quelle substance sont-elles tissées ? Elles sont faites de ce qui autrefois structurait un foie, un rein, un poumon… (R. Steiner).

Ainsi, à 6 ou 7 ans, une bonne part de la vitalité corporelle a cessé d’agir dans le corps. C’est pourquoi le corps est plus minéral, moins vital. L’espace intérieur a acquis des limites, mais en se minéralisant, ce même espace a encore une profondeur à trouver.

Faute de profondeur, on perçoit plein de petits détails sans hiérarchisation. Et l’on veut mettre de l’ordre dans ce désordre. On fait des listes – qui, de dinosaures, qui, de voitures. On collectionne des vignettes de footballeurs, de Pokémon, selon les modes… On devient un petit encyclopédiste.

Bien des adultes ont gardé de cette période de l’enfance une difficulté à s’approfondir et ne perçoivent, au lieu de la profondeur des phénomènes, qu’une foule de détails dérangeant. Ils se comportent comme le visiteur d’un musée qui ne pourrait prendre du recul devant une œuvre magnifique et s’en approcherait pour regarder à la loupe les traits du pinceau. Il en trouverait certains réussis et d’autres moins bons. Il voudrait remédier à cela. Plutôt que de percevoir l’ordre du monde, il voudrait imposer le sien, passant à côté de ce que ses sens lui offriraient de percevoir.

En l’absence de profondeur, on ne peut assimiler. On est comme un puits ensablé. On range, on ordonne, on classe vite tout ce qui nous entoure, pour ne pas se laisser envahir. On devient efficace pour fonctionner encore plus rapidement, on s’agite, on stresse devant le moindre petit désordre.

Alors imaginez ce que cela peut faire de vivre des moments où l’on a le temps d’avoir le temps. Des moments où l’on a le temps de prendre soin de quelque chose ou de quelqu’un. Cela donne le temps à l’eau de remonter dans le puits ensablé par trop d’informations. Le temps d’assimiler… Cela apporte, ainsi que le programme Massage école :

 

  • un effet calmant (diminue le taux de stress),
  • un meilleur fonctionnement du système nerveux autonome (directement corrélé aux processus vitaux)
  • une amélioration de la concentration et de la mémorisation,
  • de la détente.

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Si vous êtes enseignant, je vous invite à vous intéresser au programme Massage école. C’est un trésor.

Voilà pour aujourd’hui. Si cet article vous a plu, vous pouvez le partager avec vos amis. Vos commentaires seront bienvenus en bas de page.

Bien à vous,

G Lemonde

[1] Ces voies neurologiques sont celles qui permettent à l’enfant de « faire les petites marionnettes » sans bouger les coudes.