MARC AUREL, LE PHILOSOPHE, ÉCRIVAIT DANS SES NOTES :

Ne pas dire : « Malheureux que je suis, parce que telle chose m’est arrivée ! Mais au contraire : « Bienheureux que je suis, puisque telle chose mettant arrivée, je persiste à être exempt de chagrin, sans être brisé par le présent, ni effrayé par ce qui doit venir. »[1]

[1] Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, livres IV, XLIX, éditions Flammarion, 1992, P69.

 

LORSQU’IL ARRIVE QUELQUE CHOSE DE DÉSAGRÉABLE,

nous sommes enclins à nous dire que si cet événement n’était pas arrivé, nous irions mieux. L’événement est tenu responsable de notre désagrément. C’est humain.

 

Par exemple, un tel, pour lequel nous avons beaucoup fait, se montre ingrat… L’ingratitude de cette personne nous peine. « Malheureux que je suis, parce que telle chose m’est arrivée ! Si cette personne avait plus de gratitude, je me sentirais mieux… » Dans une telle circonstance, nous essayons de faire entendre raison à cette personne. Si ce n’est pas possible, nous ruminons notre rancœur dans notre coin.

 

Autre exemple : nous avons un métier que nous aimons beaucoup et les circonstances font que nous sommes licenciés. Du fait de notre licenciement, nous perdons l’emploi que nous aimons et nous sommes tristes, déprimés. « Malheureux que je suis, parce que telle chose m’est arrivée ! » Nous nous disons probablement que si le patron avait un peu plus de considération pour ce que nous faisons dans cette entreprise depuis des années, cela irait mieux. Nous allons lui demander un rendez-vous… Peut-être allons-nous même nous saisir d’un syndicat…

 

Nous sommes livrés aux circonstances qui jouent avec nous. Nous sommes dépendants d’elles. Notre bien-être est dépendant de ce que les circonstances s’améliorent. Nous accusons l’ami, le patron ou le destin de nous avoir faire du tort. Et pourtant quelque soit le tort qui nous a été fait, ne sommes nous pas responsables de ce que nous ferons désormais de cette situation ?

 

ALLONS-NOUS RÉAGIR À CE QUI SE PASSE OU AGIR ?

Allons-nous réagir à ce qui se passe ou agir ? Sommes-nous maîtres de la situation ou esclaves ? L’esclave n’a pas le choix. Il dira : « Malheureux que je suis, les circonstances ne me laissent pas le choix. Cette personne ne me laisse pas le choix… »

 

Il est vrai que si l’ami est ingrat, cela me déstabilise et je vais essayer d’agir sur l’ami ingrat, de façon à ce qu’il remarque ce qu’il a provoqué chez moi. Je pourrais ainsi retrouver de la stabilité… C’est en tout cas ce que je me dis probablement.

 

Mais cette situation ne pourrait-elle pas devenir l’occasion de découvrir la stabilité intérieure qui me manque ? Car si je me suis laissé déstabilisé, c’est bien que ma stabilité n’était pas assurée. L’ami ingrat n’a fait que révéler mon instabilité. Il n’est pas responsable de mon état. Découvrir une réelle stabilité intérieure me permettrait de vivre cet événement comme une péripétie sans importance.

 

Si le patron se montre intraitable et me renvoie, n’est-ce pas l’occasion de découvrir la force de m’ouvrir à quelque chose de nouveau ? Ce licenciement ne pourrait-il pas devenir l’occasion de m’ouvrir aux cadeaux insoupçonnés que la vie me réserve ? C’est mon incapacité à m’adapter aux imprévus, qui fait que je m’accroche à ce qui n’est plus.

 

NOUS AVONS LE CHOIX, À TOUT MOMENT

Soit nous restons dans la passivité qui nous rend victime des circonstances et nous disons, « Malheureux que je suis », soit nous nous saisissons d’une ressource intérieure, nous permettant de ne pas subir ce que s’est passé.

 

Ce choix se présente en toute circonstance, pour chacun d’entre nous. Il se présente plus ou moins consciemment comme un moment où l’on prend intérieurement un recul. On s’observe dans la situation. On remarque que l’on est en train de la subir et l’on peut décider d’arrêter de la subir. On se voit avec sa tristesse ou sa colère, on se voit répondre à la peur qui monte pour essayer de la calmer, ou à la haine pour tenter de l’assouvir. On peut continuer de rester déterminé par elles, tout comme on peut également décider de sortir de cette mécanique. C’est en décidant d’en sortir que l’on découvre, selon les circonstances, la ressource qui manque :

 

  • La stabilité dans les sentiments,
  • La confiance en la vie.

 

La première serait bien utile pour vivre l’ingratitude de l’ami sans être bousculé par elle. La seconde est idéale pour rencontrer le coup du sort menant au licenciement.

 

ÉVIDEMMENT, CES RESSOURCES NÉCESSITENT QUE L’ON VEUILLE S’EN SAISIR

Évidemment, ces ressources nécessitent que l’on veuille s’en saisir. C’est en le décidant, qu’elles deviennent présentes. Et quand elles le deviennent, elles ne le sont jamais à moitié. Elles sont là, dans le choix que l’on prend, entièrement.

 

Bien-sur, cette acquisition ne peut pas être gagnée définitivement. La minute d’après, il est possible que nous rebasculions dans notre état d’esclave des circonstances. Mais nous pourrons décider de nouveau d’en sortir.

 

Ces ressources peuvent d’ailleurs faire l’objet d’exercices pratiques.

Plus on s’exerce et plus il est simple de se saisir de ce qu’il faut au bon moment.

JE LAISSE LE MOT DE LA FIN À MARC AUREL :

Plutôt que de dire : « Malheureux que je suis », demande toi la chose suivante, nous dit-il :

« Cet accident t’empêche-t-il d’être juste, magnanime, sage, circonspect, pondéré, véridique, réservé, libre, et cetera, toute vertu dont la réunion fait que la nature de l’homme recueille les biens qui lui sont propres ? Souviens-toi d’ailleurs, en tout événement qui te porte au chagrin, d’user de ce principe : ceci n’est pas un revers, mais c’est un bonheur que de noblement le supporter.»[1]

[1] Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, livres IV, XLIX, éditions Flammarion, 1992, P69.

 

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Bien à vous

GL