L’INCERTITUDE ET LA LIBERTÉ

 

 

Rien n’est moins certain que l’avenir ! À travers la crise sanitaire contemporaine nous vivons depuis 2020 une remise en question de nos certitudes. Tout ou presque tout a été remis en question. Sans même parler des vacances programmées au bord de la mer et qui sont tombées à l’eau, ce sont les revenus et la pérennité de nombreux emplois qui sont en question. De quoi sera fait demain ? Pourrons-nous exercer notre activité encore dans quelques mois ? Pourrons-nous voyager, aller rendre visite à nos proches ? Pourrons-nous développer ce que nous avions pourtant si bien commencé ?

 

Le déconfinement estival annoncé, cette année comme l’an passé, donnent de l’espoir. Mais les coronavirus étant connus pour leur saisonnalité, comment sera l’automne ? Ne faudra-t-il pas re-re-re-reconfiner ?

 

Les prétendus vaccins (“prétendus”, car il s’agit en fait de manœuvres à visée génique et non de vaccins) apporteront-ils la solution espérée ? Actuellement rien n’est moins sûr. Les nouveaux variants apparaissant par exemple au Chili ont conduit ce pays à un reconfinement total alors qu’un tiers de sa population avait déjà reçu le vaccin. Comme les manœuvres géniques peuvent favoriser de nouvelles combinaisons virales et permettre l’émergence de nouveaux variants, la « vaccination » ne va-t-elle pas installer une situation dont on ne pourra plus sortir ? L’avenir le dira. Mais en attendant, les temps sont incertains et l’incertitude non pèse à tous, évidemment.

 

Alors quoi ?

 

Intensifier toutes les mesures déjà mises en place, les assignations à résidence, les couvre-feux, les distanciations, alors qu’il a été démontré par les chercheurs du MIT de Boston que la progression des courbes épidémiologiques ne sont pas influencées par ces mesures ? Mettre en place un passeport sanitaire pour encore mieux contrôler les mouvements de population ?

 

Beaucoup d’entre-nous sont prêts à n’importe quoi pour un peu de certitudes…

 

D’ailleurs nous souhaiterions tous pouvoir y voir plus clair… une boule de cristal pour savoir quand tout rentrera enfin dans l’ordre serait bienvenue, n’est-ce pas ?

 

POURTANT, JE VOUS INVITE À REFLECHIR À CECI :

 

Qu’est-ce que serait un avenir certain ?

 

Un avenir certain, ce serait un avenir dans lequel ce que l’on prévoit se réalise.

S’il était absolument certain, cet avenir ne laisserait aucune place aux imprévus. Il n’y aurait pas d’inquiétudes.

 

Ce serait un avenir dans lequel on aurait la sécurité de ne voir rien bouger autrement que de la façon dont on l’aurait décidé. Bref, un avenir certain serait un avenir sans surprises (ni mauvaises, certes, mais ni bonnes non plus). Il ne déborderait pas au-delà des possibilités envisagées.

 

On resterait avec ce qu’on connait. On resterait avec le passé, immuable, enchainant les causes aux conséquences devenant elles-mêmes les causes de futures conséquences. Rien ne changerait jamais. On serait enfermé dans un monde immobile.

 

Nous avons évidemment besoin que certaines choses soient certaines afin de prévoir par exemple le lendemain. Mais l’aspiration à la sécurité d’une prévisibilité absolue, c’est la fin de toute créativité, de toute initiative personnelle, de toute expression originale, de toute inventivité…

 

Un monde sûr est un monde de contrôle où nos actes sont dictés par un protocole.

Les chinois expérimentent avant nous ce monde prévisible et rassurant avec leur crédit social. Si vous êtes vaccinés, vous avez la possibilité de prendre le train, l’avion et d’aller dans un hôtel. Si vous avez déjà pris l’avion cette année, contribuant à la pollution de la planète, vous devez attendre l’an prochain pour un prochain voyage. On sait à quoi s’en tenir. Tout est prévu.

 

Ainsi, ces temps d’incertitude, tout en nous conduisant à vouloir y voir plus clair, sont aussi des temps qui nous offrent l’opportunité de nous exercer à vivre dans les incertitudes, c’est-à-dire à devenir inventifs, originaux, entreprenants, créatifs…

 

L’inconfort qu’apportent les incertitudes vient de ce que rien de ce que l’on connait ne peut nous soutenir. De fait, cet inconfort est le décor d’un jeu nouveau, dans lequel nous pouvons apprendre à nous appuyer sur l’inconnu, c’est-à-dire nous ouvrir à ce qui se trouve au-delà de nos habitudes, de nos connaissances, de nos sympathies, de nos valeurs. Cela demande de la confiance, du courage, du recul, de la stabilité…

 S’ouvrir à autre chose qu’à ce que l’on connait, c’est s’ouvrir au monde, aux autres, à la transcendance (à ce qui est au-delà du perceptible et des possibilités de l’intelligible) ; c’est s’ouvrir à l’avenir, qui par nature est incertain. Seul le passé est certain. Lorsque l’on peut prévoir ce qui se passera, c’est que l’on prolonge le passé vers plus tard. On devrait alors parler de FUTUR. Le futur, c’est la prolongation du passé vers demain. Mais l’avenir, lui, advient. Il s’avance vers nous, imprévisible.

S’ouvrir à l’inconnu, c’est rencontrer les autres, alors que tout est fait pour que les rencontres soient empêchées ; honorer chaque moment avec chacun, c’est-à-dire faire honneur à l’avenir en chacun ; et donc à ce qui en chacun est créateur, acteur, libre d’improviser. Honorer la rencontre, c’est accueillir l’autre dans tout ce qui fait son originalité. À une époque où l’on a tendance à mettre les gens dans des catégories et à mener des combats communautaristes, c’est découvrir que nous sommes tous uniques.

S’ouvrir à l’inconnu, c’est apprendre à marcher avec son projet et à avancer pas à pas sans se projeter soi-même dans un résultat. Découvrir que ce sont nos projets qui s’approchent de nous à mesures que nous décidons du prochain pas et non nous-mêmes qui forçons le passage vers eux avec nos agendas organisés et nos bizness plans.

 

S’ouvrir à l’inconnu, c’est s’ouvrir à ce qui est plutôt qu’à ce que l’on aimerait qui soit ; et à partir de là, inventer une nouvelle réalité, la laisser advenir pas à pas.

 

Si nous y parvenons, nous sommes libres. Libres comme l’acteur qui improvise.

 

Nous n’avons pas à lutter avec notre époque et ce qui se met en place, mais à traverser la peur que l’incertitude provoque en nous. La vraie lutte se trouve à cet endroit. C’est une lutte pour la présence à ce qui est et non contre ce qui nous empêche de faire comme on a toujours fait… Il ne s’agit pas de lutter contre ce qui nous fait peur, car la peur est sur le seuil de l’avenir qui se présente.

 

La peur est sur le seuil de l’avenir qui se présente.

 

Vouloir tout faire pour ne plus avoir peur, c’est se fermer à l’avenir.

Bien des gens se vaccinent par peur de ne plus pouvoir voyager. D’autres ne se vaccinent pas par peur des effets secondaires. Nous n’avons pas à juger de ça, mais à découvrir que la peur est là pour s’offrir comme un terrain de jeu à partir duquel nous pouvons nous ouvrir à l’avenir.

Malgré les contraintes, tout est possible si l’on parvient à se tenir dans la peur sans vouloir la faire disparaitre à tout prix.

La confiance, le courage, le recul que l’on peut trouver face au chaos du monde, la stabilité intérieure, se découvrent au milieu de la peur. Non pas quand on fait disparaitre la peur, mais au milieu d’elle.

 

L’incertitude et la peur qu’elle provoque, sont le prix de la liberté.

 

Guillaume Lemonde

 

 

 

 

 

 

 

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