La censure dont il va être question ici, dépasse de loin ce que les autorités peuvent exiger d’examens préalables aux publications, aux spectacles ou aux émissions. Elle ne se borne pas aux limitations arbitraires ou doctrinales qui pourraient provenir de l’État ou de l’Église.

Elle est plus universelle que ça : nous allons parler de la censure ordinaire, de celle que chacun exerce et qui provient de nos propres limitations.

Comme ceux qui ont un pouvoir, vivent les mêmes limitations que tout le monde, ils peuvent, du fait de leur position, conférer à la censure une force que les autres ne peuvent lui donner. Mais nous allons voir que nous sommes tous des censeurs. À notre insu, nous sommes tous à la même enseigne.

 

Photo : Atelier Photo

 

La censure est un mécanisme de défense sensé nous protéger de la peur dans laquelle certaines situations nous placent, faute de pouvoir les accueillir en pleine clarté. Contrairement à ce qui se dit parfois à son sujet, elle n’a rien d’arbitraire. Elle est bien au contraire absolument logique. Les manières que nous avons de nous protéger de la peur, sont logiques. Même si la peur nous conduit à agir d’une façon souvent irrationnelle, cette irrationalité à pour logique de vouloir éloigner ce qui fait peur.

 

C’est ce que fait la censure. Ce qui lui permet d’exister, c’est notre incapacité à nous tenir dans ces situations qui font peur, c’est notre vacuité, notre difficulté à être présents. C’est lorsque nous dormons à nous-mêmes, quand nous manquent les ressources nécessaires à la présence, la censure se met en place.

 

Quatre ressources fondamentales sont au cœur de ce sujet :

  • LA STABILITÉ INTÉRIEURE

La stabilité intérieure est comme un axe intérieur qui se tient au milieu des paradoxes et des sentiments contradictoires. Elle nous permet de rester paisible dans la tempête sans pour autant que soit anesthésiés les sentiments. Bien au contraire, lorsqu’on est stable intérieurement, la vie des sentiments devient plus riche, car plus libre. Il n’est pas besoin de rationaliser ou d’écraser sous une couche de réflexions rassurantes ce que l’on ressent, puisque l’on est stable.

Si la stabilité intérieure nous manque, nous devenons esclaves de nos émotions. Plutôt que d’avoir en soi une assise stable qui permet de supporter l’amplitude des sentiments, nous avons des coups de gueule et des coups de cœur. Nous sommes dominés par nos états intérieurs et n’estimons vrai que ce qui nous est sympathique. Du coup, nous montons cette vérité en certitude inoxydable, en dogme. Nous ne sommes plus capables de soutenir aucun paradoxe et refusons les débats contradictoires. Nous décrétons que ce qui ne va pas dans notre sens n’est pas vrai.

 

C’est une première forme de censure. Elle nous appelle à trouver la stabilité intérieure.

 

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  • LA MESURE INTÉRIEURE

La mesure intérieure est une ressource permettant de vivre qu’il y a entre chaque chose, entre chaque seconde, un intervalle ample et profond. Il y a du temps entre chaque seconde et de la place entre chaque détail que nous percevons.

 

Photo : µµ

Si la mesure intérieure nous manque, nous devenons esclave de nos perceptions qui nous happent. Comme la profondeur nous manque, ce que nous percevons se retrouve sur le même plan, sans aucune hiérarchisation. Nous perdons de vue l’ensemble et au lieu de percevoir les phénomènes de la nature, nous ne voyons plus que des détails, des informations pixélisées que nous essayons de remettre en ordre. L’ordre du monde ne nous apparait plus dans sa beauté et nous essayons stérilement de donner au monde un ordre qui nous convienne. Au lieu d’accueillir la réalité dans sa profondeur, nous usons de Photoshop et donnons au monde notre ordre subjectif. La beauté devient pour nous une abstraction personnelle et nous repoussons ce qui n’entre pas dans nos critères de beauté.

 

C’est une deuxième forme de censure. Elle nous appelle à prendre le temps de nous approfondir dans ce que nous percevons.

 

En suivant ce lien, vous trouverez un article, au sujet de la mesure intérieure, qui pourrait vous intéresser.

 

  • L’ENGAGEMENT POUR UNE TÂCHE DANS LE MONDE.

L’engagement pour une tâche dans le monde est la ressource qui permet d’avancer pas à pas, sans oublier à chaque pas, que le projet que l’on porte est en train d’advenir.

 

Photo : Jerome Bon

Si la capacité de nous engager pour une tâche dans le monde nous manque, nous oublions le pas à pas et nous projetons dans le résultat espéré, en voulant l’atteindre le plus vite possible. Du coup, nous rencontrons toutes sortes d’obstacles, car la projection que nous avons du résultat, va être mise à l’épreuve du réel.

 

De plus, en nous projetant ainsi, nous nous identifions au projet. Nous devenons l’objet de notre engagement. Nous œuvrons pour nous-mêmes et tenons les autres pour des adversaires, des ennemis, des rivaux. Nos valeurs et nos droits deviennent la justification de nos actes. Nous combattons ceux qui ne les partagent pas. Dans la mesure où ils ne sont pas utiles à notre projet, nous devenons incapables d’accueillir les projets que d’autres promeuvent.

 

C’est une troisième forme de censure. Elle nous appelle à découvrir la force de nous engager au-delà de notre bénéfice personnel, pour un projet dans le monde.

 

En suivant ce lien, vous trouverez un article, au sujet de l’engagement pour une tâche dans le monde, qui pourrait vous intéresser.

  • LA CONFIANCE EN LA VIE.

 La confiance en la vie n’est pas cette autosuggestion que tout ira bien. La confiance se vit au présent : elle offre de pouvoir accueillir ce qui arrive comme cela arrive. La confiance ne classe pas les évènements en bons ou mauvais, elle les reçoit comme l’annonce d’un changement, d’un devenir, d’un avenir qui s’approche.

Photo : Gyoji_Shukke

Si la confiance en la vie nous manque, l’avenir nous fait peur et nous nous agrippons à des valeurs auxquelles nous nous identifions. Nous nous identifions à des valeurs qui nous rassurent et nous assemblons avec ceux qui partagent les mêmes, tandis que ceux qui oseraient les remettre en question deviennent, pour nous, des profanateurs. Au Moyen-âge, on les aurait brulés sur la place publique. Aujourd’hui, on les bannit, on les fait taire, on ne les publie pas. C’est là qu’apparaît le discours politiquement correct, qui, en lissant le langage, essaie de ménager les susceptibilités d’individus devenus incapables de se supporter.

 

C’est une quatrième forme de censure. Elle nous appelle à découvrir la confiance en la vie.

 

En suivant ce lien, vous trouverez un article, au sujet de la confiance en la vie, qui pourrait vous intéresser.

 

 

 

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