Une vidéo au sujet de l’effet Larsen

J’ai mis longtemps à réaliser que les souvenirs ne sont que des reflets. Ils ne sont que des échos de ce que nous vivons aujourd’hui.

Lorsque Proust savoure une madeleine, ses souvenirs répondent à la madeleine. Ils ne disent rien de ce qui est à l’origine de la saveur de cette madeleine. Bien au contraire, c’est la saveur de la madeleine qui est à l’origine de ces souvenirs et qui les réveille !

En affirmant qu’à travers les souvenirs que nous avons de notre vie, de notre histoire ou encore de celle de notre famille, nous pourrions trouver les raisons de nos névroses, nous pervertissons la nature des souvenirs. Nous mettons une cause là où il n’y a qu’une conséquence et nous nous enfermons dans une analyse à l’envers.

Si nous souffrons de trop manger, nous pouvons nous souvenir qu’un aïeul avait souffert de privations. Mais cela n’explique rien ! Si nous manquons d’argent, nous pouvons évoquer  un ancêtre qui a fait faillite. Cela n’explique rien non plus! Si nous donnons du crédit à ces liens de causalité à l’envers, nous mettons en place, entre maintenant et les souvenirs qui nous viennent, une boucle fermée. Nous provoquons un Larsen psychique.

Le Larsen, c’est ce sifflement désagréable qui se produit quand on dirige le micro vers le haut-parleur. Il capte un son qui a déjà été émis. Il capte, en quelque sorte, un son passé. Un Larsen, c’est le bruit que fait le passé quand on lui donne l’importance qu’il ne devrait pas avoir.

Alors nous essayons d’éloigner, voire de supprimer le haut-parleur. Nous essayons de supprimer les influences néfastes des ancêtres.

Pourtant, comment sort-on d’un Larsen ? Non pas en supprimant le haut-parleur, mais en dirigeant le micro ailleurs que vers le haut-parleur ;

en cessant de faire du haut-parleur la source du son ;

en cessant de rendre nos aïeux responsables de ce que nous vivons ; en devenant enfin présents.

Et alors, ça n’importe plus d’imaginer que les malheurs d’un aïeul ait pu préparer les miens. Ce qui importe, c’est de ne pas oublier que c’est moi qui tiens le micro !

Je suis à la source de mes souvenirs. Si je me souviens des mésaventures de cet aïeul, c’est que j’ai tout en moi pour le comprendre, tout en moi pour me lier à lui. Et c’est cela qui importe.

 

 

 

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