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Résumé : Lors d’un entretien, que ce soit un entretien d’accompagnement biographique ou thérapeutique, nous sommes amenés à entendre des souvenirs. Mais que faisons-nous de ces souvenirs ? À quoi devrions-nous être attentifs pour ne pas subir un effet de Larsen psychique ?

 

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– Je vous ai dit que mon père était un coureur de jupons ? me demande un homme à l’humeur joviale. Sans attendre ma réponse, il poursuit : Un jour, ma mère me présente à une de ses amies. J’avais quoi, sept ans ? – Fais un bisou à la dame, me dit-elle. Moi, je ne voulais pas. Elle insiste et me demande pourquoi je ne veux pas. – Parce que l’autre jour, quand papa lui a fait un bisou, elle l’a giflé ! Je vous laisse imaginer le malaise. En tout cas, j’ai compris que dans la vie, pour s’en tirer, on a besoin d’une bonne dose de dérision.

En entendant cette histoire, je repense à une femme qui m’expliquait que sa vie n’avait été qu’une longue vallée de larmes parce que sa mère avait trompé son père.

Ça m’a tellement déçue… Je me suis sentie coupable. C’est incompréhensible cette culpabilité. Comme s’ils ne s’aimaient pas à cause de moi.

La juxtaposition de ces deux témoignages est troublante : est-ce que la raison pour laquelle cette femme et cet homme ont réagi si différemment aux écarts d’un de leur parent, est l’écart lui-même ou autre chose prenant le souvenir de cet écart comme prétexte ?

Le problème avec les souvenirs, c’est que nous les croyons capables de nous renseigner sur l’origine des problèmes que nous rencontrons. Or, quand ils nous reviennent en mémoire, ils sont comme les vagues que nos mouvements provoquent lorsque nous nageons dans un lac : elles sont centrées sur nous. Elles se propagent depuis l’endroit où nous nous trouvons et forment des cercles concentriques qui se répondent : les vaguelettes que nous apercevons au loin, reflètent notre façon de nager. Elles ne sont pas à l’origine de notre façon de nager.

En se souvenant de l’adultère de sa mère, cette femme perçoit au loin, dans les vaguelettes les plus anciennes, le reflet de ses difficultés actuelles. Et comme l’adultère est le plus ancien reflet qu’elle puisse apercevoir, elle en fait l’origine de ses problèmes. Or l’origine de ce souvenir est à chercher aujourd’hui dans sa façon d’être en lien à la vie. C’est cela qui détermine l’importance qu’elle accorde à ce souvenir en particulier.

Il est urgent de comprendre que les souvenirs qui nous reviennent sont les reflets dans le passé des expériences que nous faisons aujourd’hui. Ils sont la conséquence et non la cause de ce que nous vivons maintenant. Autrement dit, notre façon de nous souvenir d’un événement de notre enfance dépend de notre façon d’être aujourd’hui dans la vie.

Des faits se sont produits, mais c’est la façon d’être aujourd’hui dans notre vie qui nous fait voir tel ou tel aspects de ces souvenirs.

C’est pourquoi il n’est pas pertinent de chercher dans le souvenir d’anciens traumatismes ce qui pourrait expliquer nos difficultés actuelles. En revanche, la façon d’en parler révèle notre actuelle sensation profonde.

C’est le point central de cet article. Il est développé dans une brève vidéo intitulée « Le larsen psychique ».

Quand on prend le souvenir comme la source du problème vécu aujourd’hui et non comme la conséquence de ce que l’on vit aujourd’hui, on produit un “larsen psychique”.

C’EST AU PRÉSENT QUE NOUS AVONS À TRAITER LES SOUVENIRS.

Nous avons à nous intéresser au présent de la nage de celui qui provoque toutes ces vagues s’éloignant au loin ; au présent de la nage de celui qui rencontre ici et maintenant les vagues qui reviennent à lui, après avoir rebondi sur le bord (la métaphore a ses limites…). C’est au présent qu’il s’agit de faire quelque chose pour qu’un jour le lac se calme. Plus on trouve de l’assurance à la nage et plus il est simple de rencontrer l’agitation du lac. La paix du lac est à chercher au présent.

La plupart du temps, nous prenons nos souvenirs pour de vieilles choses, que l’on classe en bonnes ou mauvaises, selon que notre passivité en supporte ou non la présence. Pourtant, la « mauvaise » vague qui nous fait boire la tasse, n’est qu’une vague qui a rencontré un nageur qui s’ignore.

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Quand le nageur est présent à son affaire, il ne connaît que des vagues toujours assez bonnes pour son crawl ou sa brasse. Pour lui, le lac est comme il convient. S’il maîtrise la plongée, il peut même découvrir, dans les profondeurs, une zone bien loin de l’agitation de surface. Une zone paisible. Derrière chaque souvenir, même les plus difficiles, existe une telle zone. Seulement, pour ne pas boire la tasse en cherchant cet endroit, l’activité du souvenir demande, comme pour la nage, un apprentissage.

Il s’agit d’être présent à son affaire. Comment pourrions-nous sans cela nous élancer avec confiance ? Comment pourrions-nous sans cela, aller plus loin que là où nous avons pied et découvrir des bancs de poissons et la lumière qui joue dans les algues ?

Ce qui fait qu’un souvenir est bon, n’est pas le plaisir que nous avons éprouvé lorsque nous avons vécu ce dont nous nous souvenons.

Si ce ne devait être que le plaisir d’alors, j’ai le regret de vous annoncer que votre souvenir est mort. Il est passé. Il est tombé au rang des nostalgies. Ce n’est qu’une vague sans nageur. Il appartient à un musée, comme l’une de ces vieilles momies dont on devine la gloire sous la poussière.

Ce qui fait qu’un souvenir est bon, c’est la quantité de vigilance que nous sommes capables d’éveiller pour plonger en lui avec confiance.

Le souvenir est une affaire de présence. Le passé qui s’offre à nous, est de toute façon lu au présent. Lorsque la vague, ayant rebondi au bord du lac, nous revient et pourrait nous faire boire la tasse, c’est maintenant que nous la rencontrons. Alors toute la question est de savoir si nous sommes assez présents à nous-mêmes pour la rencontrer.

Parvenons-nous à lire nos souvenirs au présent ? Quand je dis lire, je ne dis pas interpréter, avec une grille de lecture. Au présent, on n’interprète rien du tout. L’interprétation s’appuie sur un référentiel, c’est à dire sur un modèle conservé du passé. Nous ne sommes pas présents à nous-mêmes lorsque nous interprétons. Plutôt que de dire qu’un souvenir est lu au présent, peut-être vaudrait-il mieux dire, qu’il est nagé au présent. Oui, c’est cela : un souvenir se nage. Et alors, quel que soit le souvenir, le nageur qui s’efforce de plonger en lui a devant lui tous les possibles, toutes les destinations, tous les jeux, tout l’avenir.

Le lac s’est formé il y a des dizaines de milliers d’années et pourtant, c’est aujourd’hui que nous nageons en lui et que les poissons que nous allons rencontrer s’approchent de nous. Si nous visitons notre vie comme nous plongeons dans un lac, nous découvrirons peut-être les poissons qui s’approchaient déjà de nous autrefois, mais que nous n’avions pas vus. Ce sont les mêmes poissons.

Ainsi, chaque évènement passé peut devenir l’endroit de tous les possibles, alors que nous étions trop peu présents à nous-mêmes à l’époque pour le vivre ainsi. Si nous apprenons à devenir présents aujourd’hui, nous vivrons cette présence jusqu’au cœur de nos souvenirs. Nous éprouverons un élargissement intérieur plein de présence. Et notre passé, si besoin était, avec le lac se calmera.

ALORS, COMMENT EXERCER CETTE PRÉSENCE ?

 

De nombreux articles ont été écrits à ce sujet.

Je vous laisse consulter la page Saluto-exercices en suivant ce lien.

Vous y trouverez, entre autres articles, les quatre suivants, que j’ai choisi pour vous :

En vous souhaitant une bonne lecture et de bons moments d’exercices.

GL