Depuis bon nombre d’années, probablement depuis les années 60, 70, on a fait du droit des minorités de toute nature, un sujet. Un sujet de révolution sociale, pourrait-on dire. Comme l’expose l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté, les années 1950 avaient montré les limites de la révolution soviétique et il devenait difficile, pour les penseurs de gauche, de s’identifier à ce que Staline en avait fait. Le communisme qui avait été pour bon nombre de gens une grande espérance, se changeait en un enfer sibérien.

 

Dans les milieux intellectuels français on se demandait alors, après avoir défendu la cause du prolétariat, quel pourrait être le nouveau sujet révolutionnaire, sans pour autant le trouver : était-ce le droit des femmes, des minorités ethniques, des personnes handicapées, des aliénés, des détenus ?

 

Tous ces sujets étaient sans rapport les uns avec les autres. Mais ils avaient toutefois un point en commun : celui d’être à la périphérie de l’ordre social.

 

 

IL FALLAIT DONC DÉCONSTRUIRE CET ORDRE SOCIAL

 

À partir des années 80 on se dit qu’il fallait déconstruire cet ordre social ne laissant pas de places aux minorités. Un ordre social qui fut, de ce fait, bientôt vu comme phallocrate, raciste, xénophobe…

 

Cette pensée de la déconstruction fut développée par le philosophe Michel Foucault qui devint, en agrégeant ces subjectivités dispersées, sinon une sorte de nouveau Marx, du moins un maître à penser important. Là où les soviétiques critiquaient le capitalisme, on critiquerait désormais la civilisation occidentale. Il fallait la déconstruire car aliénante pour les minorités. Là où le bourgeois était critiqué, on critiquerait désormais l’Homme blanc et ses privilèges.

 

Cette thèse trouva un écho dans certaines universités américaines, d’où émergea une nouvelle idéologie, celle de la convergence des luttes : comme il y avait différentes minorités, il fallait qu’elles s’appuient les unes sur les autres pour permettre une transformation sociale permanente sous le signe de la déconstruction. Le mot d’ordre ne fut plus de faire accéder le prolétariat au pouvoir, mais les minorités au pouvoir !

 

Lorsque le président Macron évoquait récemment le privilège blanc, il s’appuyait (peut-être à son insu) sur cette idéologie du nouvel ordre diversitaire. Une idéologie selon laquelle les minorités sont victimes d’une majorité privilégiée. Il s’agit donc de défaire cette majorité considérée comme tyrannique…

 

Ceci est aux antipodes de la démocratie telle que nous la connaissons, basée sur la décision de la majorité et l’acceptation de cette défaite par la minorité. Désormais les minorités ne peuvent être défaites car elles sont censées être des victimes de la majorité. On ne peut pas se dresser contre des victimes !

 

 

JE VOUS LAISSE ÉCOUTER L’APPORT

DE MATHIEU BLOCK-CÔTÉ À CE SUJET.

 

Mathieu Block-Côté nous explique que lorsque la souveraineté populaire prend le masque de la tyrannie de la majorité, la démocratie ne peut plus s’exprimer dans le cadre des débats parlementaires. Elle se déplace dans les tribunaux. C’est là que l’on juge les préjugés que la majorité des gens est supposée avoir au sujet des minorités.

 

Ainsi, tandis que les références culturelles de la nation sont « déconstruites », on assiste à la naissance d’un langage devant être adopté si l’on veut montrer sa non-appartenance à la majorité soi-disant haineuse des minorités, et ne pas être attaqué en justice. On assiste également à la naissance d’une écriture adaptée, l’écriture inclusive. Nous nous devons d’être « politiquement corrects ».

 

D’aucun rétorquera qu’il fallait bien s’occuper du droit des femmes, mais aussi du droit des prisonniers, des aliénés, des personnes handicapées, des minorités ethniques, etc. et qu’il y a d’ailleurs encore beaucoup à faire. Certes.

 

 

MAIS EST-CE QUE LES MOYENS QUE L’ON S’EST DONNÉ POUR Y RÉPONDRE OUVRENT OU FERMENT L’AVENIR ?

 

Est-ce que ce sont des moyens qui ouvrent l’avenir, c’est-à-dire qui permettent de faire advenir le meilleur, ou des moyens qui ferment l’avenir en intensifiant finalement ce contre quoi on était supposé lutter ?

 

Reprenons le sujet depuis le début : il y a des minorités. À dire vrai, chaque fois que l’on s’identifie à quelque chose de non majoritaire dans certains cercles, on forme avec d’autres, une minorité. Il y a donc beaucoup de minorités de toutes sortes. Plus l’identification repose sur un point précis et plus la minorité est petite. On le voit avec les mouvements LGBT : avec le temps, de multiples sous-groupes se sont formés.

 

Ces minorités veulent avoir les mêmes droits que tout le monde et se battent pour être reconnues.

 

Mais là est le paradoxe : le droit doit-il être adapté spécifiquement pour respecter les minorités qui le réclament ou bien être le même pour tout le monde ?

 

S’il doit être le même pour tout le monde, nous avons à nous démener pour qu’il soit appliqué de la même façon pour tout le monde, indépendamment du sexe, de l’origine ethnique, de la religion, etc. Indépendamment de la minorité à laquelle on s’identifie. C’est ce que voulait par exemple Martin Luther King. Ses sermons n’étaient pas destinés à promouvoir le droit des afro-américains. Ils étaient là pour promouvoir le droit de tous les américains, quelque soit leur couleur de peau.

 

 

À CE SUJET, L’ARTICLE : COMMENT ÉCHAPPER À LA GÉNÉRALISATION DU RACISME.

 

Martin Luther King avait en vue plus grand que les intérêts de la minorité ethnique à laquelle il appartenait. Il avait en vue toute la société américaine. Il allait vers plus grand que lui-même, vers l’altérité. Il était concerné par la façon dont la justice était rendue pour tout le monde.

 

Chacun a ses spécificités, mais chacun est soumis aux mêmes règles du jeu. Il est alors important de faire respecter les règles du jeu de façon non spécifique. Il est important qu’il ne puisse pas y avoir deux poids deux mesures. Jamais. C’est le principe d’égalité qui devrait régir de ce fait la justice.

 

À l’inverse, en essayant de faire respecter les droits spécifiques d’une minorité, en promouvant par exemple la discrimination positive, la parité et en adoptant un langage policé pour protéger les susceptibilités de chacun, on s’éloigne de l’altérité.

 

On ne rencontre pas l’autre, mais des critères l’identifiant à une minorité. Et l’on agit selon ces critères. Or, agir selon des critères identifiant une personne à une minorité, c’est, selon le niveau identificatoire, agir d’une façon sexiste, xénophobe, raciste…

 

Par exemple, l’écriture inclusive procède d’un sexisme qui ne dit pas son nom. De même, retirer « Autant en emporte le vent » des plateformes de streaming, au motif que l’on y voit des « personnes de couleur » sous la domination blanche, est un racisme qui ne dit pas son nom.

 

En s’identifiant à une minorité, chacun reste dans un quant à soi opposé à l’identité des autres.

 

Alors parviendrons-nous à nous identifier à ce que nous avons d’unique et non à un groupe ? Parviendrons-nous à découvrir que chaque personne est différente ? L’autre est par essence différent (même s’il a la même couleur de peau que la mienne ou le même sexe…)

 

CELUI QUE JE CROIS ÊTRE COMME MOI N’EST PAS L’AUTRE, MAIS UNE PROJECTION SUR L’AUTRE DE CE À QUOI JE M’IDENTIFIE.

 

Et d’ailleurs, si je m’identifie à ce quelque chose que j’ai en commun avec d’autre, alors ce critère ne peux pas désigner qui je suis, mais un groupe anonyme qui me tient lieu d’identité, et qui n’est pas moi.

 

DONC, REPRENONS : CELUI QUE JE CROIS ÊTRE COMME MOI N’EST PAS L’AUTRE, MAIS UNE PROJECTION SUR L’AUTRE DE CE À QUOI JE M’IDENTIFIE, ET QUI N’EST PAS MOI.

 

Tant que l’on ne prend pas conscience de ça, on s’éloigne des autres et c’est la guerre de tous contre tous que l’on prépare.

 

Guillaume Lemonde

 

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