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Dans cet article, je vais évoquer le principe de précaution, le port du masque, et bien d’autres choses.

 

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Lorsque j’étais enfant, il n’y avait pas de ceinture de sécurité obligatoire dans les voitures, pas de sol élastique au pied des toboggans, pas de casque pour aller à vélo, ni de genouillères aux patineurs. Il y avait peut-être plus d’accidents, probablement même, mais ce n’est pas mon propos.

Mon propos est de signifier que notre rapport au risque a changé.

Notre époque est tétanisée par l’angoisse d’à peu près tout. Le climat, le sexe, les OGM, la grippe, le vaccin contre la grippe, et à présent le coronavirus qui pourrait revenir ! Par précaution, on fait porter des masques, même à l’extérieur, alors qu’aucune publication scientifique à ce jour (20.8.20) n’a pu mettre en évidence son utilité à l’extérieur (si vous avez connaissance d’une publication, merci de me donner les références dans les commentaires).

On compte les tests positifs qui sont en augmentation et on aime à se faire peur, oubliant qu’une épidémie s’apprécie aux nouvelles hospitalisations et aux décès, qui eux sont et restent au plancher en Europe.

 

Bref, l’épidémie est terminée en Europe, mais par précaution on teste plus de gens et, bien évidemment, on trouve mécaniquement plus de gens ayant été en contact avec le virus. En somme, le virus circule toujours, mais il a perdu sa virulence. Cependant, ne sait-on jamais, par précaution on porte des masques quand même…

À ce sujet, il est important de noter que les courbes qui montrent une remontée de ces nouveaux cas, sont absolument inutilisables. En effet, les cas détectés en mars, avril, mai, étaient essentiellement collectionnés parmi les personnes arrivant à l’hôpital, alors que maintenant on va les chercher activement là où personne ne présente de symptômes.

Autrement dit, on a changé un paramètre en cours de route. Mais ça ne semble pas embarrasser la déontologie des journalistes en quête de sensationnalisme. Ils évoquent une deuxième vague… Alors qu’on en sait encore rien du tout.

Je digresse…

Revenons au principe de précaution.

Ce principe qui conduit l’exécutif de nombreux pays, à ces mesures, est une disposition qui a été définie et entérinée lors du sommet de Rio de 1992. « Cette disposition expose que malgré l’absence de certitudes, à un moment donné, dues à un manque de connaissances techniques, scientifiques ou économiques, il convient de prendre des mesures anticipatives de gestion de risques eu égard aux dommages potentiels sur l’environnement et la santé. »[1]

 

Plusieurs affaires ont favorisé son déploiement en tant que principe : les OGM, le bisphénol A, le sang contaminé. Ces affaires ont conduit de nombreux pays à inscrire ce principe dans leurs droits nationaux.

Il est vrai que notre pouvoir de nuisance s’est incroyablement accru en quelques décennies. Aujourd’hui, il suffirait d’un trader malveillant ou inconscient pour provoquer une crise économique mondiale. Il suffirait d’une manipulation hasardeuse pour libérer un germe mortel d’un laboratoire. Un chef d’État instable pourrait décider de déclencher le feu atomique.

 

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L’humanité a élaboré des technologies capables d’anéantir son espèce, les autres et la planète entière.

Le futur que l’on se représente collectivement aujourd’hui, n’est pas celui des années 1960, ni même 1980.

 

Au XXème siècle, jusque tard dans le siècle, le futur, et en particulier l’an 2000, était un endroit qui faisait rêver beaucoup de gens. On aurait des voitures volantes, on aurait fait disparaitre le cancer, on aurait tout le confort. À cette époque existait encore la notion de progrès, laquelle invitait à penser que les efforts consentis serviraient à de meilleurs lendemains.

Aujourd’hui, la notion même de progrès a été remplacée par « l’optimisation ». On optimise tout, les processus de décision, de fabrication, les téléphones, les sources d’énergie, les comptes en banques… Optimiser, c’est se prémunir de l’effondrement. C’est lutter contre l’effondrement. Ce n’est pas progresser, mais essayer de rester au top.

 

Et l’on a peur de la chute !

 

Le futur fait collectivement peur aujourd’hui. On est arrivé au sommet de la représentation mentale que nous avions du progrès et nous ne pouvons que redescendre. Crise économique, crise écologique, crise sanitaire, crise planétaire, crise existentielle, mort.

 

Alors le principe de précaution prend le dessus et devient une idéologie opposable à toute action. Quand le futur fait peur, le risque n’est plus vu comme une opportunité, mais comme une menace.

 

LE RISQUE COMME OPPORTUNITÉ  

C’est une chose trop oubliée. Sans risque, pas d’action possible. Sans risque on reste dans le connu et on ne fait qu’appliquer des moyens connus aux conséquences connues. On ne peut donc pas innover, inventer, créer. 

Sans risque, on fonctionne, on exécute, on suit un protocole, tel une machine, sans libre arbitre. L’absence de risque va de pair avec l’absence de libre-arbitre et l’action est remplacée par l’exécution d’une tâche. 

Aspirer au risque zéro, c’est aspirer en réalité à voir l’humain devenir une machine. Un exécutant passif, docile et sans initiative. 

La pensée elle-même, au service du risque zéro, se mécanise. Elle fabrique des processus de décisions auxquels elle se soumet.

 On évoque souvent l’intelligence artificielle qui se perfectionne en prenant des aspects de plus en plus humains. On devrait regarder avec encore plus d’attention l’intelligence humaine qui, dans le même temps, se mécanise. 

Or qu’est-ce qu’une mécanique, si ce n’est un moyen développant des effets attendus. Une mécanique est livrée à une antériorité et lui répond de façon prévisible. 

Ainsi, ce qui est mécanique en l’humain, dépend d’une antériorité et lui répond d’une façon prévisible. Par exemple, la peur soumet la mécanique humaine. Quand on a peur, tant que l’on fait tout pour la calmer, on est soumis à elle.

Le principe de précaution, en essayant de conjurer la peur de l’inconnu, nous sommet à elle en faisant perdre toute possibilité d’initiative. Ou plus exactement, c’est parce que nous sommes appelés à devenir présents à nos initiatives, que nous nous replions (en attendant d’y parvenir) dans des principes de précautions opposables à toute action.

C’est parce que nous sommes appelés à devenir présents, que nous nous replions (en attendant d’y parvenir) dans des principes de précautions.

J’entendais récemment Julia de Funès[2] (qui m’a inspiré cet article) évoquer le fameux amerrissage, en janvier 2009, de l’Airbus A320 sur le fleuve Hudson, face à Manhattan après cinq minutes et huit secondes de vol. Une compagnie de bernaches du Canada avait percuté l’avion, entrainant une panne des deux moteurs au-dessus de New-York. 

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Le protocole bien établi dans ce genre de circonstance, prévoyait de retourner à l’aéroport de départ ou de se dérouter sur l’aéroport le plus proche. Un amerrissage n’était pas au programme, car trop risqué.

Il n’y avait eu jusque-là que deux amerrissages réussis. L’un en 1963, par un pilote russe de la compagnie Aeroflot sur le fleuve Neva, et l’autre en 1956, par un pilote américain d’un Boeing 377 de la Pan Am, au nord-est d’Hawaii.

Pourtant, au-dessus de New York, le pilote Chesley Sullenberger et son copilote Jeffrey Skiles ont décidé d’un amerrissage sur l’Hudson. C’était le risque à prendre. L’Hudson était l’opportunité de leur initiative.

Un très bon film avec Tom Hanks dans le rôle du pilote, a été inspiré par ces faits.

 

Ce film relate les combats juridiques qui s’en sont suivi. Ils tournaient autour de ce risque pris par les pilotes, en rupture de toutes les procédures, alors même que le commandant de bord avait réussi à faire amerrir son avion sans déplorer aucun décès. Il a depuis été démontré qu’en suivant le protocole, le commandant aurait condamné tout le monde à la mort. 

Il y a parfois plus de risque à ne vouloir en prendre aucun et à suivre les protocoles. 

Je me souviens que pendant l’épidémie de coronavirus, on a reproché à un médecin d’utiliser un médicament pourtant bien connu comme efficace dans les maladies virales, au motif qu’aucune étude n’avait établi son efficacité dans cette maladie précise et qu’il pouvait être dangereux à certaines posologies.

Cela faisait penser à un dessin humoristique dans lequel on voyait un personnage en train de se noyer, un autre voulant lui lancer une planche et un troisième faisant remarquer au deuxième, que sa planche n’était pas homologuée.

Quand on lance une planche à quelqu’un, il y a un risque qu’elle lui tombe sur la tête, un risque qu’elle ne flotte pas assez bien, et la possibilité que cela aide mieux que de ne rien faire.

L’action suppose de l’incertitude.

 

Car l’action, à la différence d’une simple exécution mécanique, ne s’appuie pas sur le passé (sur le connu), mais sur l’avenir (sur l’inconnu).

L’action supposant de l’incertitude, suppose donc que l’on puisse accueillir ce qui va se présenter, comme cela se présentera. Elle suppose que nous soyons ouverts à tous les possibles, même au pire (l’échec, la défaite, la mort…), au point que le pire n’existe plus comme tel.

Car lorsqu’on est ouvert à tous les possibles, il n’y a plus de critères personnels permettant de juger si tel évènement est bon ou mauvais. L’évènement est tout simplement ce qu’il est. Et les risques et les opportunités qu’il contient sont à la mesure de ce que nous pouvons accueillir.

 

Lire plus à ce sujet : CHANCE OU MALCHANCE ? une fable taoïste

À ce titre, les masques devenus obligatoires, les mesures de contrôles, les annoncent de vaccins, ne sont ni mauvais, ni bons. Ils sont l’occasion de nous mettre à l’épreuve :

 

Si nous nous comportons comme des machines (soumis par exemple à la peur qui nous contraint), nous verrons des risques et des dangers partout. Nous dénoncerons des scandales et prendrons pour réel ce que nous craignons.

 

Si nous sommes ouverts à la vie, nous percevrons que cette époque est l’ombre portée d’une lumière qui se lève : celle d’un éveil à l’essentiel, à ce qui en nous est libre d’agir, et qui ne se confond pas avec une machine rêvant de risque zéro.

 

Lire plus à ce sujet : « Que faut-il dire aux Hommes ? » Antoine de Saint Exupéry.

 

Bien à vous.

Guillaume Lemonde

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[1] Principe de précaution, fiche wikipedia.

 

[2] Julia de Funès, Absurdités en entreprise.

 

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