Le confinement sans fin –

On confine et on déconfine et on reconfine et on décide de l’interdiction des rassemblements de plus de 6 personnes, puis de 15, puis de 10. On décide également d’un couvre-feu à 20 heures puis à 18h puis à 19h30 mais à partir de telle date, dans les zones orange ce sera seulement les jours impairs… (je vous laisse ajuster ces données selon le pays où vous vivez) avant de reconfiner complètement…

Il n’y a aucune espèce de rapport entre ces mesures à géométrie variable et les données de la science. Par exemple, le Professeur John Ioannidis du MIT de Cambridge, une référence en matière de Professeurs puisque c’est l’un des épidémiologistes le plus cité au monde, a publié en janvier 2021 les résultats d’une étude (voir au bas de l’article) montrant qu’il n’est pas possible de mettre en évidence que les mesures de confinement aient apporté un bénéfice. Vous avez bien lu. Il ne lui est pas possible de mettre un quelconque bénéfice au crédit de cette mesure. On me dira que c’était important pour désengorger les hôpitaux, mais il est justement désormais démontré que ce ne sont pas ces mesures qui peuvent le permettre. Non seulement elles sont probablement inopérantes, mais encore elles entrainent bien plus de problèmes que le coronavirus lui-même (problème de santé, mais aussi des problèmes sociaux de tout genre, en particulier économiques). Et pourtant les gouvernements écoutent les marchands de vaccins et non pas ce Professeur renommé, ni d’autres Professeurs d’ailleurs, que l’on dénigre sur les plateaux de télévision. C’est un drôle de monde qui semble avoir perdu le sens commun.

Nos gouvernements semblent ne plus parvenir à raisonner, ou bien peut-être raisonnent-ils en termes de peur et de conflits d’intérêts. En tout cas, ils sont eux-mêmes gouvernés par quelque chose qui les dépasse et ne font que réagir aux données qu’ils reçoivent.

 

J’aimerais désormais partager avec vous une réflexion née de la démarche Saluto. Cette réflexion s’appuie sur notre façon de vivre la temporalité.

 

Voyez-vous, nous avons du temps une expérience chronologique : les effets d’une cause sont temporellement placés après celle-ci. Ainsi, les causes des problèmes que l’on traverse semblent devoir être cherchées dans un passé plus ou moins proche et la sortie du problème semble devoir passer par la disparition de ces causes. Un coronavirus apparait : il faut le détruire.

Mais cette logique a ses limites. Car lorsque l’on identifie la cause d’un problème, on omet de regarder les causes en amont. Il y a toute une chaine de causalité en amont, un faisceau de causalité, devrais-je dire. Agir sur une cause sans agir sur les causes responsables de la mise en place de celle que l’on a identifiée, ne peut mener à rien de très efficace, puisque sans fin se remettra en place ce contre quoi on lutte.

Pour bien faire, il faudrait pouvoir trouver la cause première, mais, vous en conviendrez, la cause première est une abstraction. Il faudrait, pour la trouver, remonter au début de tout, au début du temps… Si on le faisait, on en viendrait sans doute à se dire que la cause première de tous nos problèmes, c’est d’être en vie. Alors faut-il arrêter de vivre pour ne plus avoir de problèmes ? C’est un peu l’esprit des mesures imposées !

 

En tout cas, sans aller jusqu’à la cause première qui a abouti à l’émergence du SARS-Cov-2, que se passe-t-il quand on lutte directement contre lui ?

 

Je vous donne un exemple préliminaire : si je diagnostique une pneumonie lobaire aigüe chez quelqu’un et que j’identifie à l’origine de cette pneumonie, un pneumocoque, je peux décider de détruire le pneumocoque. Normalement, si l’antibiotique est efficace, les symptômes de pneumonie devraient disparaitre. Mais ce faisant, je ne dois pas oublier que mon action ne prend pas en compte les raisons pour laquelle ce pneumocoque a pu prospérer dans ce poumon. Elle ne prend pas en compte le fait que le système immunitaire de ce patient était affaibli et qu’il n’a pas pu se défendre contre le pneumocoque. Mon action reste donc subordonnée à ce qui a affaibli l’immunité. Elle s’insère dans une chaine de causalité et en fait donc le jeu.

 

Comme elle lui reste subordonnée, elle en fait le jeu.

 

De fait, en prescrivant un antibiotique, j’assomme peut-être le pneumocoque mais je nettoie également la flore intestinale qui est un lieu important de l’apprentissage immunitaire. Je soigne une pneumonie et affaiblis en même temps l’immunité, préparant une éventuelle rechute. Je ne dis pas qu’il ne faut pas utiliser d’antibiotiques. Je dis seulement que nos actions, en s’intéressant aux causes que l’on identifie dans le passé, ne prennent pas en compte les causes plus en amont et font d’une manière ou d’une autre le jeu de ce qui posait problème.

Dans le cas de l’antibiotique, affaiblissant au moins transitoirement l’immunité, on fait le lit d’autres problèmes. C’est ce que vivent bon nombre d’enfants qui présentent, à force de traitements affaiblissant leur immunité, des bronchites à répétition ou d’autres choses moins sympathiques.

 

Photo : TheDigitalArtist

 

Pour la même raison, dans le cas d’une épidémie, l’énergie que l’on dépense à vouloir éradiquer un virus, ne peut que faire le jeu de ce qui était à la cause de cette épidémie.

 

Les mesures que l’on prend produisent des effets dans la droite ligne de ce que l’on voulait combattre.

 

Ces effets induits sont de même nature que ce que l’on combat et s’expriment sur le même plan (effets dits paradoxaux : on met en place quelque chose qui aggrave ce que l’on voulait voir s’améliorer) ou sur un autre plan (une sorte de métamorphose du problème).

 

Effets sur le même plan :

 

Par exemple, il est maintenant avéré que l’utilisation de l’antiviral Remdesivir détermine de nouveaux variants. De même, les mesures de thérapie génique, en introduisant un matériel génétique dans le cytoplasme cellulaire, font de ces cellules un potentiel lieu de recombinaison virale (pour peu que la personne vaccinée entre en contact avec un autre coronavirus ou un virus proche de cette famille virale). Ce phénomène est rare, mais quand on vaccine à tour de bras, il devient plausible d’obtenir ici ou là, une recombinaison problématique, un patient zéro d’une nouvelle épidémie. Est-ce que ce qui se passe en ce moment au Chili, pays qui a vacciné plus de 30 % de sa population et qui pourtant doit reconfiner tout le monde du fait de l’émergence d’un variant résistant aux vaccins actuels, en est l’illustration ?

(Quoi qu’il est soit, les coronavirus mutent de façon significatives une à deux fois par mois, tandis qu’il faut bien plus pour vacciner tout le monde…)

C’est sans fin. Dans la logique actuelle, le confinement peut être sans fin.

 

Effets sur un autre plan :

 

En médecine, on appelle ce phénomène bien connu « effet secondaire ». Ailleurs on parle d’effets collatéraux.

Les effets secondaires sont l’expression de la résurgence du processus pathologique que l’on voulait combattre, sous une autre forme symptomatologique : un autre symptôme pour un même problème que l’on n’a pas regardé globalement.

Par exemple, on veut sauver des vies et des millions de gens meurent d’autres pathologies parce qu’ils n’ont pas pu consulter ou n’ont pas osé le faire de peur « d’attraper » le coronavirus. Sans compter les suicides directement imputables à ce qui se passe depuis plus d’un an. On constate en consultation des dépressions, des troubles du comportement, des troubles du développement chez les enfants… La liste des dommages collatéraux est longue.

On essaie de préserver la société des effets d’un virus et l’on enfonce la même société dans un désordre économique sans précédent. Du coup, on prend des mesures pour sauver l’économie en injectant des milliards et, ce faisant, on déprécie en même temps la monnaie jusqu’à une inflation aujourd’hui inévitable.

 

Mais un paramètre manque à ce que je viens d’exposer.

 

Ce paramètre, c’est ce qui fait notre particularité humaine.

Nous ne sommes pas des êtres purement chronologiques !

Le serions-nous, nous resterions indéfiniment soumis à tout ce qui a précédé. Les informations que nous recevons conditionneraient nos actions. Nous ne ferions que réagir et serions donc absolument prévisibles. Notre peur nous obligerait à tout faire pour la calmer. La peur de la mort nous conduirait à tout faire pour faire disparaitre la mort (ou, en attendant, à souhaiter ne pas avoir à la vivre consciemment). Tout faire pour ne pas mourir du coronavirus (qui, ne l’oublions pas, ne tue que 0,5% des personnes infectées (Institut Pasteur), donc à peu de chose près autant que la grippe).

Nous serions de parfaites créatures disposées à nous confiner jusqu’à ce que mort s’en suive. Nous n’aurions aucune espèce de courage, car si nous n’étions que soumis à une antériorité, il faudrait que les obstacles disparaissent d’abord pour avoir du courage ensuite.

Or nous avons le choix de ne pas suivre ces peurs

Nous avons le choix de ne pas suivre ces peurs, de les regarder, de les vivre sans tout faire pour courir aux abris. Nous avons la possibilité de nous mettre en lien avec ce qui est plutôt que de nous retirer dans des postures défensives.

Nous pouvons nous exercer à être en paix en nous liant à tous les possibles, même avec la possibilité de mourir.

Nous lier à ce qui est, à ceux qui sont là, plutôt que de nous retirer, effrayés quand le voisin ne porte pas de masque en papier.

Ce choix de rester avec la peur et de la traverser nous hisse hors d’un enchainement logique. Nous sommes, lorsque nous découvrons en nous ce qui permet de ne pas réagir, en dehors de ce qui nous conditionne à agir dans une certaine direction, en dehors d’un enchainement de cause à effets, bref, en dehors de la chronologie.

La part de nous qui est capable de courage, de confiance, ne s’explique pas depuis une antériorité. Elle n’est pas logique. Il n’est pas logique de découvrir la confiance quand tout va mal. Quand tout va mal, il est logique de voir l’avenir très sombre et quand on peut mourir, et que l’on aime la vie, il est logique de tout faire pour éviter la mort.

L’endroit à partir duquel on peut accueillir la possibilité de mourir et vivre en paix, n’a rien de logique, car il n’est pas à chercher dans une chronologie : rien de ce que nous avons vécu ne conditionne cette ressource confiante. Rien dans la biologie, l’éducation, le milieu. Cette ressource est à rendre présente malgré ce que l’épreuve nous pousse à faire.

Cette ressource ne vient pas du passé, mais de l’avenir. Elle s’approche de nous et nous avons à la rendre présente.

C’est parce que nous avons à la rendre présente que nous avons peur en attendant qu’elle le soit. En fait, toutes ces mesures de confinement ne sont là que pour nous dire que nous avons à découvrir la confiance et le courage.

Tandis que l’épreuve nous pousse à tout faire pour faire disparaitre ce qui nous fait peur, cette ressource nous invite à nous lier à l’épreuve, à la vivre vraiment et à grandir.

Tant que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour faire disparaitre les épreuves, se représentent d’autres épreuves de même nature, jusqu’à ce que nous ayons découvert l’endroit à partir duquel il est possible de traverser l’épreuve plutôt que la faire disparaitre.

D’autres épidémies, d’autres maladies, d’autres confinements sans fin, d’autres raisons de souffrir, d’autres crises économiques, etc.

Il ne s’agit pas de vouloir faire disparaitre l’épreuve, mais de la traverser !

Ne pas attendre que l’épreuve se termine, mais vivre, vivre maintenant, dans ce qui est, avec ce qui est !

Comment faire ? Comment s’exercer à cette confiance inconditionnelle ?  Vous trouverez un exercice adapté en suivant ce lien.

Voilà ce que j’avais aujourd’hui à partager et je vous laisse avec Sénèque qui écrivait :

« La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie.»

 

 

Bien à vous.

 

Guillaume Lemonde

 

 

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Assessing mandatory stay‐at‐home and business closure effects on the spread of COVID‐19

Abstract https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/eci.13484/

Background and Aims – The most restrictive nonpharmaceutical interventions (NPIs) for controlling the spread of COVID‐19 are mandatory stay‐at‐home and business closures. Given the consequences of these policies, it is important to assess their effects. We evaluate the effects on epidemic case growth of more restrictive NPIs (mrNPIs), above and beyond those of less‐restrictive NPIs (lrNPIs).

Methods – We first estimate COVID‐19 case growth in relation to any NPI implementation in subnational regions of 10 countries: England, France, Germany, Iran, Italy, Netherlands, Spain, South Korea, Sweden and the United States. Using first‐difference models with fixed effects, we isolate the effects of mrNPIs by subtracting the combined effects of lrNPIs and epidemic dynamics from all NPIs. We use case growth in Sweden and South Korea, 2 countries that did not implement mandatory stay‐at‐home and business closures, as comparison countries for the other 8 countries (16 total comparisons).

Results – Implementing any NPIs was associated with significant reductions in case growth in 9 out of 10 study countries, including South Korea and Sweden that implemented only lrNPIs (Spain had a nonsignificant effect). After subtracting the epidemic and lrNPI effects, we find no clear, significant beneficial effect of mrNPIs on case growth in any country. In France, for example, the effect of mrNPIs was +7% (95% CI: −5%‐19%) when compared with Sweden and + 13% (−12%‐38%) when compared with South Korea (positive means pro‐contagion). The 95% confidence intervals excluded 30% declines in all 16 comparisons and 15% declines in 11/16 comparisons.

Conclusions – While small benefits cannot be excluded, we do not find significant benefits on case growth of more restrictive NPIs. Similar reductions in case growth may be achievable with less‐restrictive interventions.