“L’avenir, tu n’as point à le prévoir” (Saint-Exupéry)

 

L’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le permettre. Cette phrase se trouve dans Citadelle, un roman de Saint-Exupéry. J’ai envie de vous en parler, car elle est pour moi, fondamentale.

1 – Prenez le temps de penser à tout ce que vous pouvez prévoir.

Cela comprend toutes les relations de cause à effet que nous avons apprises depuis le plus jeune âge. Si par exemple je tourne à gauche juste après le frêne à l’orée du bois, je trouverai le même gros rocher qu’hier. Il n’y aucune raison qu’il disparaisse. Il est probablement là depuis des milliers d’années.

 

Eh bien toutes les prévisions qui me permettent de m’orienter et me donnent l’illusion de connaître un peu l’avenir qui m’attend, n’ont pourtant rien à voir avec lui ! Elles appartiennent toutes au passé. Ce que je peux prévoir n’est que du passé que je prolonge et dont je déduis les effets prochains. C’est du passé que je peux même déployer à l’infini, comme le cycle de l’eau, qui perpétuellement, depuis l’origine, s’évapore et retombe en pluie.

 

Ce passé que l’on projette plus loin que maintenant, c’est ce qu’on appelle le futur. Le futur n’est que l’idée que nous nous faisons de plus tard.

 

S’il y avait l’an dernier un tapis de jonquilles dans la forêt, celui que je prévois de retrouver cette année n’est jamais que celui d’il y a un an, réapparu quelques mois plus tard. Je peux me réjouir de le revoir, mais je me réjouis d’abord du retour d’une expérience déjà faite.

 

À chaque fois que nous pensons prévoir ce qui va arriver, nous nous appuyons sur le passé. C’est important de pouvoir le faire, puisque ces récurrences forment le sol sur lequel nous nous tenons.

Mais ce n’est pas l’avenir que nous rencontrons là. Ce n’est que l’idée que nous nous en faisons. Ce n’est que le retour du passé, une récurrence semblable au cycle de l’eau.

 

Par nature, l’avenir est quant à lui imprévu. Il est toujours nouveau, changeant comme une flamme.

 

Suis-je capable de découvrir le tapis de jonquilles que j’ai déjà vu l’année dernière, avec la disponibilité du premier jour ? Suis-je capable de me laisser surprendre par lui ? L’avenir est surprenant. Toujours. Au point qu’on ne peut même pas l’espérer, puisque ce que l’on espère n’est que la projection d’un manque actuel.

 

L’avenir ne découle de rien d’actuel. Il s’approche de nous depuis l’autre côté. Il advient. Il survient. Il est neuf par essence. Notre conscience habituelle en observe l’irruption dans ces hasards qui la bousculent et qu’elle aimerait bien pouvoir expliquer.

 

Et d’ailleurs, dès qu’un imprévu est survenu, il appartient au passé. Il peut alors effectivement être expliqué. On l’explique a posteriori. Mais a priori, l’avenir est imprévisible. Même les statistiques sont impuissantes à prévoir quoi que ce soit.

Le médecin qui explique à une femme enceinte que le risque de fausse couche lors d’une amniocentèse est de 0,06%, confère aux statistiques une fonction magique : elle ne peut choisir ce qu’elle doit faire en se basant sur cette probabilité qui méconnaît en réalité ce que sera l’avenir.

 

Ce que les statistiques permettent de prévoir, ce n’est pas ce qui se passera, mais la possibilité de ce qui pourrait se passer. La possibilité peut être forte, faible, nulle. Cela ne reste qu’une possibilité. Les statistiques ne sont qu’un modèle de possibilités à venir, par définition imprévisibles.

D’ailleurs, n’oubliez pas que les vainqueurs de l’euro-millions étaient tous statistiquement très fortement perdants !

 

Alors sommes-nous capables d’accueillir les imprévus ? Sommes-nous capables d’accueillir ce moment où l’avenir fait irruption dans notre vie ? Là est la question.

L’avenir affleure en permanence. Mais trop souvent, nous ne le percevons même pas. Nous cherchons vite une explication pour prévoir la prochaine fois. Cela nous permet de ne pas avoir peur de ce qui pourrait se passer.

En essayant de savoir ce qui passera, nous voudrions supprimer les mauvaises surprises. Cependant, comme l’avenir est ce qui est toujours nouveau, nous tombons ainsi dans le toujours pareil. Celui d’une vie routinière et sans surprise.

 

2 – L’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le permettre.

Cette citation d’Antoine de Saint-Exupéry (Citadelle) est le motif de la démarche Saluto.

Elle est un appel à s’éveiller à ce qui vient de l’avenir.

 

Exercice :

À chaque fois que je fais un lien entre ce que je suis en train de vivre et le souvenir d’une situation analogue, je prends un peu de recul et je me demande la chose suivante :

En quoi ces deux situations sont-elles différentes ?

 

Ce qui est toujours pareil, c’est ce qui vient du passé.

Ce qui est toujours différent, c’est ce qui vient de l’avenir.

 

Mettons que j’ai eu déjà deux fois une même expérience malheureuse. Le simple fait de voir cette expérience se répéter, m’indique que je me suis enfermé dans le passé. Pour m’ouvrir à l’avenir, c’est à dire à du changement, il serait intéressant de me demander : En quoi ces deux situations étaient-elles différentes ? Comment étais-je à ce moment-là et à celui-ci ? Du point de vue de l’avenir, les récurrences n’existent pas ! Il n’y a pas deux moments similaires.

Cet article vous a plu ? N’hésitez pas à dire ce que vous en pensez dans les commentaires ci-dessous ! Je répondrai à vos questions, dans la mesure de ce que je peux 🙂