L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir des ressources permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources fondamentales encore à venir et permettre d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

LA NOUVELLE RELIGION SANITAIRE

Depuis toujours probablement, les repas de famille peuvent s’envenimer à l’évocation d’idées politiques ou religieuses. Quand on souhaite arriver au fromage sans encombre, on évite tout simplement d’aborder certains sujets, ou alors avec beaucoup de précautions. Aujourd’hui, à côté de la politique et de la religion, les raisons de conflits se sont enrichies d’un nouveau thème : les vaccins. Il y a les « pour » et les « contre », ceux qui font confiance et les sceptiques. Il m’a même été rapporté que tel parent ne parle plus à ses enfants jugés égoïstes de ne pas participer à l’effort collectif ; et que tel autre leur en veut de se mettre en danger inutilement, en allant se faire vacciner sans connaitre les bénéfices et les risques de ces nouveaux produits. Mais tout en ayant changé la raison des brouilles, on reste au même niveau que ce que Marcel Pagnol évoque dans ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il parle de son père, instituteur à l’école laïque de la République, provoquant l’oncle Jules, catholique.

Ce qui me surprend (et ne devrait peut-être plus me surprendre…), c’est qu’avec la vaccination nous avons un sujet qui, à la différence de la politique et de la religion, est un pur produit de la recherche scientifique et qui donc devrait permettre des débats factuels. Nous devrions pouvoir en parler selon les données de la science. Pourtant, nous raisonnons (si l’on peut encore appeler ça du raisonnement) en termes de confiance ou de scepticisme… La peur est aux manettes (peur qui peut prendre bien des aspects, comme la peur de la mort, la peur pour les autres, la peur de ne plus pouvoir voyager, celle d’être contrôlé par un État totalitaire, celle que l’on ne s’en sorte jamais…) Si bien que la confiance que l’on cherche à avoir et le scepticisme qui lui est corolaire, peuvent également prendre diverses figures et s’exprimer de toutes sortes de façons.

Mais la confiance ou le scepticisme que l’on éprouve à l’endroit des vaccins, n’ont rien à faire avec une démarche scientifique.

 

Elles ont leur place dans la religion, mais pas dans la science. Si l’on se doit de mettre en doute les résultats des recherches, ce n’est pas pour combattre les croyances des autres, mais pour apprendre à s’en tenir aux faits. Or là, on s’en tient essentiellement à du sentiment : si tel intervenant fait bonne impression, on a confiance en ce qu’il dit. Tel autre semble avoir un égo démesuré ou une barbe un peu trop longue et on n’est plus capable de l’écouter. Les faits semblent ne plus importer. On juge. Or nos jugements se trouvent là où l’on n’est plus capable de penser ce qui est. Ils remplacent notre faculté de pensée. De plus, en jugeant, sans nous en apercevoir, nous tordons les faits et gardons ceux qui nous conviennent, afin de faire triompher son camp (bien souvent très inconsciemment et de bonne foi – la foi étant d’ailleurs aussi une affaire de religion).

Avant 2020, je ne comprenais pas pourquoi le sujet de la vaccination était tellement sensible en médecine. L’épidémie de coronavirus m’a fait comprendre que le vaccin, comme le goupillon ou un parti politique, promettent un avenir meilleur : la vie comme avant, le Paradis, la lutte finale. Ce sont des sujets d’espoir. Ils nourrissent l’espoir qui lui-même est lié à la peur. C’est parce que nous avons peur que nous nourrissons un espoir et c’est parce que nous nourrissons un espoir que nous avons peur qu’il ne se réalise. Mais souvent nous n’en avons pas conscience et nous défendons nos points-de-vue et jugeons ce que nous entendons pour nous protéger de ce qui pourrait mettre nos espoirs en danger.

Telle infirmière anti-vaccin est morte de la covid aux USA. Les partisans (terme politique) du vaccin s’en saisissent. Telle personne âgée est décédée dans les 7 jours suivant une vaccination mal supportée. Les partisans anti-vaccins s’en saisissent tout de suite.

Si les vaccins sont un tel sujet de conflits, c’est que nous espérons tous quelque chose et que nous avons donc des valeurs à défendre. Or, s’il y a des valeurs universelles, il n’existe pour autant aucune valeur qui ne soit universellement partagée.

Les conflits commencent là où l’on a un espoir à défendre et une peur à combattre.

 

Et l’on a des espoirs à défendre quand on ne parvient pas à avoir confiance en la vie. La confiance étant cette activité permettant de se tenir avec ce qui est et non avec ce que l’on voudrait qui soit. C’est une activité intérieure qui n’attend rien de particulier. (Elle n’a donc rien de fataliste, le fatalisme étant à rapprocher de l’espoir, puisqu’ils sont tous les deux une attente passive que quelque chose de particulier.)

Alors je vous invite à identifiez vos espoirs, et vos peurs qui sont en dessous : c’est le premier pas sur le chemin de la concorde. Parlez de vos peurs entre vous. Acceptez que vous puissiez en avoir, car c’est au moment où l’on se croit sans peur, que les peurs se déguisent en principes moraux qui nous ferment à la pensée de ceux qui ne portent pas les mêmes idées que les nôtres. C’est à ce moment-là que l’on se met à juger les scientifiques sur tout autre chose que les faits qu’ils énoncent. Les opinions se forment ainsi.

Comme la presse fonctionne avec les peurs et les espoirs qu’elle se donne de nourrir, elle alimente en même temps les conflits. Elle prend parti pour les peurs et les espoirs majoritaires et les pensées qu’elle relaie finissent par aller toute dans le même sens. Il n’y a plus d’opinions contradictoires qui puissent s’exprimer, ou alors très périphériques au vrai sujet, pour entretenir l’illusion.

Les débats étant inexistants, ils sont remplacés par une politique de purge de l’information. Un journal, comme Le Monde met en place un comité de lecture nommé Decodex, censé dire ce qui est une bonne information. Selon le Decodex une bonne information doit avoir un intérêt pour le public (qui décide de l’intérêt ?), doit être factuelle (qui décide des faits que l’on retient), doit être vérifiée, c’est-à-dire sourcée (qui décide de la qualité de la source ?).

 

Mais nous sommes appelés à prendre conscience que ce n’est pas un Decodex qui permet de protéger la vérité, mais le débat contradictoire qui confronte des faits en laissant s’exprimer des sources différentes et opposées. Pour l’instant, les scientifiques qui posent des questions au sujet de la politique vaccinale, se trouvent à ne pouvoir s’exprimer que sur les réseaux sociaux. Et pour peu qu’ils soient invités sur des chaines qualifiées de complotistes, ils perdent leur crédit auprès des gens. Je pense en particulier au Pr McCullough, une sommité aux USA. Il a suffisamment de notoriété pour avoir été amené à témoigner sous serment auprès du congrès américain au sujet des traitements possibles de la Covid-19. Pour vulgariser le résultat de ses recherches, à côté des publications dans des journaux de références (mais lus que par des médecins), il y a fait une vidéo sur YouTube, citant 4 graphiques tirés de ses propres articles publiés dans des journaux médicaux de référence. Pourtant, cette vidéo a été censurée par YouTube… Elle ne va pas dans le sens de ce qu’il convient de penser… Ce médecin a récemment été interviewé sur un média de réputation complotiste. Est-ce que cela va enlever quelque chose à ce qu’il dit ? Cela ne devrait pas, si on s’en tient à ce qu’il dit… Vous trouverez son intervention en suivant ce lien. (activez les sous-titres en français).

En empêchant le débat contradictoire, par exemple en empêchant certaines personnes de s’exprimer aux heures de grande audience (au prétexte que ces personnes ne sont pas fréquentables ou raisonnables ou que sais-je encore), on œuvre contre la recherche de vérité.

Et en œuvrant contre la recherche de vérité, on nourrit les opinions et les jugements qui séparent.

Au lieu de se rencontrer dans des débats contradictoires peut-être musclés mais faisant avancer la connaissance, on se déchire dans des joutes partisanes stériles.

Accepter les faits qui mettent en danger les espoirs que l’on a, serait le minimum. Apprendre à penser la pensée des autres. À cette occasion, faire la différence entre une pensée (qui se déploie) et une opinion (qui classe et est déjà aboutie par nature). Découvrir que les pensées pour lesquelles on a une sympathie ou une antipathie, ne sont pas des pensées que l’on est en train de penser, mais que l’on est en train de reléguer au rang d’opinions qui confortent nos espoirs ou leur contreviennent.

Voilà quelques points sur lesquels il serait possible de placer notre attention.

Ne pas collaborer à nos espoirs et à nos craintes, mais résister d’une attention sincère…

Cela s’exerce.

Guillaume Lemonde

 

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