Saint Antoine de Padoue était un moine franciscain du XIIIème siècle. Il retrouva des manuscrits disparus dans une grotte. Il est prié par les catholiques du monde entier pour éclairer leurs recherches.

– Quand je perds une de mes affaires, je m’arrête et je prie Saint Antoine, me dit une très vielle dame.

– Vous priez Saint Antoine, lui répétais-je pour l’inviter à m’expliquer.

– Je lui dis : Saint Antoine, aide-moi à retrouver ce que je viens de perdre. Et après j’attends. Ma mère faisait déjà comme ça !

– Vous attendez…

– Oui, j’attends ! Je n’y pense plus. Saint Antoine s’en occupe. Si j’y réfléchis de mon côté, je vais m’agiter et cela ne mènera à rien de bon. Là, j’attends et je laisse passer les idées qui me viennent. Vous savez, on se dit, est-ce que j’ai regardé sous le lit ? Est-ce que j’ai regardé dans mon secrétaire ? Eh bien ces idées-là, elles peuvent bien venir… Je ne les écoute pas. Il faut laisser à Saint Antoine de la place pour travailler. La bonne idée qu’il m’enverra, viendra sans que je la cherche.

– Et ça marche ?

– Très bien… surtout quand Saint Antoine n’est pas occupé ailleurs.

 

***

 

QUE VOUS ÉVOQUE LE SAINT ANTOINE DE LA VIEILLE DAME ?

 

À quoi avez-vous pensé en lisant cette histoire ? Prenez un instant.

Laissez résonner ce qui s’est imposé à vous. Était-ce un jugement ? Ce que la vieille dame raconte vous parait-il stupide ? Était-ce un souvenir ? Vous êtes-vous souvenu d’une personne de votre entourage, qui agissait de la même manière ? Vous faites vous-même comme elle ?

 

En tout cas, remarquez-vous qu’à chaque moment des pensées s’imposent et qu’elles nous éloignent ce que l’autre voudrait partager ? Car enfin, ce n’est plus la vieille dame que l’on écoute mais les pensées qui se forment à son sujet. Elles nous accaparent. Certaines sont dures. Elles ont des allures de procureur général.  Elles nous ferment à la rencontre. D’autres sont douces comme du sucre glace. Elles nous font glisser de souvenir en souvenir, jouent avec des résonnances qui se difractent à l’infini. Bref, elles nous mènent par le bout du nez, loin de la personne qui s’adresse à nous. 

 

En écoutant quelqu’un, en regardant un paysage, à tout moment, quand le souvenir d’une situation semblable nous revient, quand une analogie se montre, nous ne sommes nulle part ailleurs qu’avec ce souvenir ou cette analogie. Nous sommes dans ce que nous connaissons et comparons ce qui se présente avec ce que nous connaissons. Mais alors, c’est ce que nous connaissons que nous allons reconnaitre. Ce que nous ne connaissons pas, restera dans l’ombre de cette reconnaissance. Nous passerons à côté.

 

Comment ne pas suivre les pensées qui se présentent ? Comment laisser ces jugements et ces souvenirs être sans penser à leur sujet ? Telle est la question. Cette vieille dame, en priant Saint Antoine, répond à sa manière à cette question. C’est en s’appuyant sur l’idée que Saint Antoine va l’aider, qu’elle parvient à s’arrêter de penser à l’objet perdu et à être disponible à ce qui est plutôt qu’à ce qu’elle aimerait qui soit. Elle ne suit pas le flux des pensées.

– Je n’y pense plus, dit-elle. Saint Antoine s’en occupe. Si j’y réfléchis de mon côté, je vais m’agiter et cela ne mènera à rien de bon.

Saint Antoine est, pour elle ce qui permet, de lâcher les pensées parasites. Il constitue une aide, et donc une sorte de béquille, pour ne pas se laisser emporter par toutes sortes de pensées envahissantes.

Pour rencontrer cette vieille dame véritablement, et non les jugements ou les sympathies qu’on lui accorde, pour la percevoir elle, et non le monologue qui se fait en nous, il serait bon, pour nous aussi, de pouvoir lâcher ces pensées parasites.

La rencontre avec cette vieille dame deviendrait alors un intervalle où plus grand que ce dont on a conscience a priori pourrait se déposer. Mais comment faire silence pour entendre ? Tenir les questions qui nous viennent, sans chercher de réponses ? Offrir à l’autre, à celui que l’on rencontre, d’être non le faire valoir de ce que l’on porte, mais lui-même dans ce qu’il a d’unique ?

Ce sont les thèmes qui sont développés et exercés au cours de la formation de base à la Démarche Saluto, afin de découvrir un rapport nouveau à l’autre, à la vie et à soi-même. Cette démarche exigeante et rigoureuse, nous ouvrant à la réalité de ce qui s’offre, plutôt qu’à ce que l’on aimerait qui soit, est libératrice. Elle laisse advenir ce que l’on ne peut prévoir.

Elle permet de découvrir en soi l’endroit à partir duquel on peut être attentif à ne pas se laisser embarquer par des pensées parasites. Attentif au point qu’il n’est pas besoin de lutter contre elles. Les laisser être et renoncer à les suivre.

Un exercice décrit dans un article que vous trouverez en suivant ce lien, vous donnera de quoi avancer avec cette question.

Bien à vous

Guillaume Lemonde

 

 

 

 

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