Dans son roman, Les Misérables, Victor Hugo nous raconte qu’à la fin de l’année 1815, Jean Valjean fut libéré du bagne de Toulon. Sans ressources, il trouva le gite et le couvert chez Mgr Myriel, évêque catholique du diocèse de Digne. Il trouva également la promesse de quelques richesses en avisant l’argenterie du prélat. Il lui vola des chandeliers, s’enfuit, mais fut repris par les forces de l’ordre et présenté à l’évêque qui déclara ne pas avoir été volé. Les chandeliers étaient un don.

Il disculpait ainsi l’ancien forçat qui fut remis en liberté.

Ce que Mgr Myriel offre à Jean Valjean, bien plus que des chandeliers, c’est sa confiance.

Cette scène des Misérables fonde tout ce qui va suivre. Elle offre à Valjean sa rédemption, laquelle se poursuit dans le reste de l’œuvre. À l’annonce de la mort de l’évêque, Jean Valjean devenu notable sous le nom de Monsieur Madeleine, prendra le deuil.

 

LA CONFIANCE DE Mgr MYRIEL

Jean Valjean est-il digne de confiance ? Compte tenu des circonstances et du pédigrée de Jean Valjean, l’évêque ne devrait-il pas se méfier ? Comment pourrait-il encore espérer quelque chose de bon d’un tel homme ? En lui donnant une main, ne va-t-il pas y laisser un bras ?

Ces questions sont bien naturelles. Dans d’autres situations, elles pourraient conduire à établir un contrat qui serait à respecter, de façon à ce que la confiance soit rétablie. Fais tes preuves, et je t’accorderai ma confiance…

Le fameux contrat de confiance dont l’enseigne Darty a fait son slogan. Mais, comme le dit Julia de Funès, un contrat de confiance est un non-sens. C’est même un oxymore ! Un contrat est l’exact inverse de la confiance. Avec un contrat on essaie de rendre le futur cohérent, alors que la confiance se lève au milieu du risque.

Lorsqu’une personne est fiable, il n’est pas besoin de lui faire confiance. C’est bien quand une personne n’est pas fiable que notre confiance est requise.

Imaginer que la confiance n’exclue pas le contrôle, est hypocrite.

LA CONFIANCE N’EST POUR AUTANT PAS UNE PRISE DE RISQUE. ELLE S’OFFRE AU CONTRAIRE AU RISQUE.

À travers la confiance, le risque est intégré comme une possibilité pleinement vécue. La confiance, par essence, est l’accueil de toutes les possibilités, même des pires, au point que le pire n’existe pas, puisqu’il est accueilli aussi bien que le meilleur. Il n’y a pas de pire ou de meilleur lorsque l’on est confiant.

Le meilleur et le pire sont les deux faces que l’on croit reconnaitre à la vie, selon qu’elle nous convient ou nous disconvient. Ce sont des qualificatifs issus de notre manque de confiance. Ce sont les qualificatifs qui se rapportent à nos espoirs.

Lorsque l’évêque accorde sa confiance, il n’espère pas que Valjean se conduira mieux qu’il ne l’a fait jusque-là. Il n’espère pas qu’il se rachète. Il n’espère rien car la confiance s’exerce au présent et ne se projette pas dans un résultat.

Ainsi, l’évêque offre à Valjean bien plus que l’opportunité d’une seconde chance. L’opportunité d’une seconde chance serait un cadeau conditionnel.

Ce qu’il lui offre, à l’instant même où il lui accorde sa confiance, ce sont tous les possibles. Il ouvre devant l’ancien bagnard, tout l’avenir dont Valjean peut se saisir.

C’est pourquoi la confiance que l’on accorde à quelqu’un, offre à celui qui la reçoit, le cadre permettant de découvrir en soi l’espace à partir duquel il est possible d’agir librement. Recevoir la confiance de quelqu’un ne peut pas être contraignant. Car si c’est de la confiance, elle ne sera pas déçue.

AINSI, LA CONFIANCE REND L’AVENIR POSSIBLE.

La confiance rend l’avenir possible. Elle ne s’appuie sur aucune antériorité. Elle s’offre à l’instant où on la donne. Elle ne se commande pas. Elle est un don.

En accordant la confiance, on se met dans une situation asymétrique de vulnérabilité. D’une certaine façon, on prend un risque. Mais ce risque est celui de voir un espoir déçu. Il n’est pas là lorsque l’on a confiance, car la confiance est au présent. Elle est l’attention que l’on porte à l’instant sans besoin d’espérer le meilleur. Il n’y a pas de place pour l’espoir dans la confiance que l’on offre.

Donc, une vulnérabilité qui peut être blessée, mais qui n’est pas altérée par la blessure.

CECI ÉTANT, COMMENT EXERCE-T-ON LA CONFIANCE ?

Si la confiance ne se décrète pas, si elle ne se commande pas, si elle ne repose sur aucune antériorité, il est néanmoins possible de l’exercer, de la rendre présente.

Comment peut-on s’y prendre ?

Je vous invite à prendre un moment pour penser à une personne à qui vous aimeriez accorder votre confiance.

·       Je décide d’envisager que la personne en qui j’ai placé ma confiance ne fera pas ce que j’espère.

Je prends juste un moment pour goûter cette affirmation : elle ne fait pas ce que j’espère. Quelle saveur a-t-elle cette pensée-là ? Où est-ce que je sens ce que ça me fait dans mon corps ? La gorge ? Le ventre ? Le cœur ? Ailleurs ?

Si nous nous en tenions là, nous ne serions pas plus avancés. Il y aurait une sensation désagréable et rien de très aidant pour être confiant, puisque la confiance n’a rien à voir avec espérer. Alors allons plus loin !

·       Je décide d’envisager que la personne en qui j’ai placé ma confiance se comportera comme je l’espère.

Je prends juste un moment pour goûter cette affirmation : elle fait ce que j’espère. Quelle saveur a-t-elle cette pensée-là ? Où est-ce que je sens ce que ça me fait dans mon corps ? La gorge ? Le ventre ? Le cœur ? Ailleurs ?

Si nous nous en tenions là, nous ne serions pas plus avancés. Il y aurait une sensation agréable et rien de très aidant pour être confiant, puisque la confiance n’a rien à voir avec espérer. Alors allons plus loin !

 

·       Je laisse résonner ces deux expériences ensemble.

Je ne balance pas de l’une à l’autre, je vis simplement les deux ensembles.

Ce qui est impossible pour la raison (il n’est pas possible que la personne à qui j’aimerais accorder ma confiance fasse et ne fasse pas ce que j’epère…), l’est tout à fait dans les sentiments que l’on observe. On devient observateur de deux expériences opposées. Dans cet intervalle, on se trouve au présent.

Je vous invite à essayer cet exercice. Prenez le temps de le faire et de le refaire chaque jour. Passez du temps avec cet exercice, plusieurs semaines, pour commencer.

Vous vous apercevrez que la personne qui est au centre de votre attention, est comme pour elle-même indépendamment de ce que vous espérez.

Vous découvrirez en vous que l’activité que vous déployez est paisible. Et cette paix est confiante, réellement confiante. Elle est apte à accueillir ce qui vient comme ça vient. Les évènements en rapport avec cette personne seront ce qu’ils seront. Quelles que soient les difficultés rencontrées, chaque instant permettra de faire des choix ouvrant le meilleur avenir possible.

Et à partir de cet endroit paisible, vous pourrez décider de vous continuer à vous ouvrir à cette personne, ou non.

Bien à vous

Guillaume Lemonde

“Les Misérables” de Victor Hugo, 1er épisode : “Valjean” avec Jean Vilar et Georges Wilson


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