Extrait de “Les paysages de nos quêtes”.

L’essentiel du temps, quand un problème surgit, nous cherchons ce qui a été de travers et identifions toutes sortes de causes : des causes biologiques, héréditaires, pédagogiques, sociales, environnementales,… J’ai une angine parce que j’ai attrapé un virus. J’ai des dettes parce que j’ai trop de charges. Je suis épuisé parce que j’ai trop de travail… Cela se fait tout seul. C’est quasi automatique. Et lorsque nous poussons un peu plus loin et cherchons, à l’aide d’un thérapeute, la cause de la cause, nous nous disons peut-être que tout cela est dû à papa-maman, à leur manque d’affection, à l’enfance terrible que nous avons vécue, aux deuils dans la famille, aux déménagements, à des secrets pesants… Plus en amont encore, nous pourrions déterrer des causes antérieures à celles-là, jusque dans les misères et les conflits non résolus de nos ancêtres. Bref, nous regardons le passé. C’est ce que nous faisons l’essentiel du temps.

Cependant, plutôt que de continuer à conjuguer nos malheurs à l’imparfait, pouvons-nous entrevoir que la cause de ce qui nous arrive, la cause la plus importante d’entre toutes, est probablement encore à venir ? Serait-il possible que nous vivions l’épreuve qui nous occupe, non pas du fait d’un événement antérieur, mais pour quelque chose qui serait placé devant nous ? Serait-il possible que cette épreuve nous offre à travers les doutes, les peurs ou les haines que nous éprouvons, à travers les douleurs, les deuils et les traumatismes, une opportunité de nous exercer à devenir le capitaine du navire dans la tempête, un capitaine finalement excellent et qui aura eu besoin de cette expérience pour se révéler à lui-même ? Allez savoir…

En fait, les deux façons de considérer cette affaire sont possibles et tout est une question d’éveil. Soit nous regardons la tempête qui fait rage et toutes les causes qui ont présidé à son déclenchement, soit nous regardons ce que fera le capitaine.

Lorsque nous oublions le capitaine que nous sommes, nous ne pouvons qu’espérer une tempête pas trop violente et essayer d’en comprendre tous les mécanismes, afin d’y échapper et d’éviter la prochaine. Nous imaginons d’ailleurs que plus nous en saurons et moins nous aurons de mauvaises surprises. Mais par définition, ce qui émerge de l’avenir ne se prévoit pas. Les statistiques, les sondages, les protocoles, les conventions, les plans de développement, les dépistages, les vaccinations sont autant d’illusions rassurantes qui n’empêchent pas que d’un endroit imprévisible surgisse un jour de quoi nous éveiller enfin.

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Vous retrouverez ce passage dans LES PAYSAGES DE NOS QUÊTES en suivant ce lien.

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En petit supplément à cet article, le texte d’une chanson sur le même thème…

À LA BARRE, LE CAPITAINE (Guillaume Lemonde © 2015)

La vie, telle une caravelle,

Se dirige par tous les vents,

Je l’ai appris en navigant.

Qu’une sirène m’ensorcelle

Ou que se lève un ouragan,

J’deviens marin avec le temps.

 

Être le mat qui se balance

Dans une danse immatérielle,

Ne pas oublier l’essentiel.

Et plonger dans les turbulences,

Les débordements torrentiels,

Et se redresser vers le ciel.

 

Être sur le mat la vigie

Qui veille sur les rives promises.

Leur parler jusque dans la nuit,

D’attentes et de surprises.

Tracer un chemin solitaire,

Fendre l’abîme et ses mystères,

Passer l’océan à l’étrille.

Et pour garder avec la Terre

Une relation particulière,

Être sous la coque la quille.

 

Être sur le pont l’équipage,

S’en remettre à plus haut que soi.

Tirer des bords, plein de courage,

Sans jamais perdre foi.

 

Franchir la barrière de corail,

Inventer de nouvelle façon

Une nouvelle direction.

Et devenir le gouvernail

Capable dans une traction

De faire basculer l’horizon.

 

Être à la barre le capitaine

Et découvrir des continents,

De la poupe au mat de misaine,

Jouer avec le vent.

 

Être à la barre le capitaine

Et voguer à travers les ondes,

Se tenir aux rives lointaines

Et au centre du monde.