Il est naturel de croire que pour servir un projet, il faille s’opposer à ceux qui semblent empêcher sa réalisation… C’est pourtant une illusion absolue. Agir pour un projet ou contre ses adversaires, n’est pas équivalent. Même si extérieurement ces deux attitudes se présentent comme complémentaires, elles s’annulent en regard de l’avenir : lorsque nous agissons contre ce qui semble empêcher un projet de se réaliser, lorsque nous essayons de vaincre un adversaire, nous sommes engagés dans une lutte où nous mesurons notre force à celle d’un autre. Et du coup, nous n’agissons plus pour notre projet, mais pour nous-mêmes. Nous agissons pour notre réussite et peut-être même pour notre survie. Nous en faisons une affaire personnelle.

En fait, c’est parce que nous ne sommes pas assez engagés pour un projet plus grand que nous, que nous en faisons une affaire personnelle. Nous œuvrons pour nos propres intérêts, pour vaincre, pour faire respecter nos droits. Le projet que l’on dit avoir, n’est alors qu’un prétexte nous permettant de nous affirmer. Il y a un abîme entre un pour et un contre.

En écrivant ces lignes, je me souviens d’un vieux Monsieur

(le même vieux Monsieur que je cite dans l’article Mon ignorance est devenue colossale).

Je me souviens de ce Monsieur à qui je rendais visite régulièrement dans les années 90. Un jour il m’avait raconté qu’il y avait, pendant la guerre, ceux qui étaient contre l’envahisseur nazi et ceux qui étaient pour la France. Et ce n’était pas la même chose, insistait-il, en brandissant l’index au dessus de sa tête ! Tandis que les premiers s’installaient dans un rapport de force évidement en leur défaveur, et finissaient par capituler et même à collaborer avec l’ennemi, ceux qui étaient pour la France luttaient sans intérêt personnel.

 

Et comme ils luttaient sans intérêt personnel, ils n’avaient rien à perdre. D’ailleurs, comme leurs opinions politiques et leurs valeurs n’entraient pas en ligne de compte, ils se fichaient également de savoir si leurs camarades de combat étaient communistes, gaullistes, ou d’un autre parti. Qu’est-ce que cela pouvait bien faire ? [1]

Je repense souvent à ce vieux Monsieur, qui, à sa manière, avait saisi l’écart existant entre l’affirmation de soi et l’engagement pour plus grand que soi. Lorsque par exemple un adversaire vient contrecarrer nos projets, sommes-nous capables, plutôt que de protester contre lui, de nous concentrer sur ce qui est important pour cette situation ? Si l’on souhaite ouvrir l’avenir, il est essentiel de s’engager pour quelque chose qui dépasse nos intérêts personnels et non de lutter contre ce que l’on estime mauvais pour soi.

Cela demande bien-sûr beaucoup plus de courage, de persévérance et de force,

car cet objectif est plus lointain que l’obstacle qui se dresse juste devant nous. Mais il est essentiel de ne pas perdre de vue l’objectif que l’on se donne Or on le perd assurément de vue si l’on attache trop d’importance aux résultats de nos actions personnelles et trop peu à l’action qui est en train d’être accomplie pour plus grand que nous. Car l’objectif advient à travers le pas que l’on fait maintenant et non dans la représentation que l’on se fait du résultat.

[1] Citation évidemment écrite de mémoire…

Churchill[1] avait compris cela lui aussi lorsqu’il disait :  

« C‘est une erreur de regarder trop loin en avant. Un seul maillon de la chaîne du destin peut être manipulé à la fois. »

(Cette citation évoque le pas à pas dont il était question plus haut)

« Le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » 

Ou encore :

« Le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal : c’est le courage de continuer qui compte. »

Et ce courage de continuer, on le trouve en avançant pas à pas, conscient que l’objectif auquel on se donne, est déjà en train de s’approcher à chacun d’eux. Les obstacles sont des opportunités pour repréciser l’objectif et non des difficultés en soi. La difficulté vient de notre incapacité à remettre en question le chemin pour arriver à notre objectif :

« Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté. »

[1] Winston Leonard Spencer-Churchill (Extrait de la fiche Wikipédia) :

Homme d’État britannique, né le 30 novembre 1874 au palais de Blenheim (Woodstock, Oxfordshire, Royaume-Uni) et mort le 24 janvier 1965 à Londres. Sa ténacité face au nazisme, son action décisive en tant que Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945 durant la Seconde Guerre mondiale, joints à ses talents d’orateur et à ses bons mots, en ont fait un des hommes politiques du XXe siècle les plus reconnus. Ne disposant pas d’une fortune personnelle, il tire l’essentiel de ses revenus de sa plume. Ses dons d’écriture seront couronnés à la fin de sa vie par le prix Nobel de littérature. Il est également un peintre estimé.

LA NON-VIOLENCE

Ce qui vient d’être exposé est parfaitement illustré par Gandhi.

Vous vous souvenez peut-être de la taxe sur le sel que les Anglais imposaient aux Indiens. Au lieu de lutter contre les Anglais, Gandhi[1] s’était mis en marche vers la mer pour lui-même aller récolter le sel… Et cela avait fait toute la différence. Cela avait permis l’avenir, c’est à dire du changement. La non-violence dont Gandhi avait la maîtrise, trouve son fondement dans cet engagement pour un objectif plus grand que soi, que l’on atteint pas à pas, sans se focaliser sur le résultat.

On ne parvient pas à la non-violence en luttant contre la violence qu’on peut avoir en soi. Ce serait faire de soi-même un ennemi. Ce serait se faire violence. Cela reviendrait à vouloir éliminer ce qui fait de nous des êtres uniques. Il faudrait, pour éliminer la violence qui est en nous, éliminer la capacité de dire Je.

En fait, la non-violence n’est possible qu’en se saisissant d’une tâche dans le monde. Il s’agit de déplacer son centre de gravité à l’extérieur de soi, c’est à dire de ne pas s’identifier avec cette tâche. Et cette tâche devient alors le centre de gravité de nos actes. Pour Gandhi, ce centre de gravité était l’Inde elle-même. Et l’essentiel était de marcher pour l’Inde, ici et maintenant, pas à pas. C’était plus essentiel que le résultat de la marche.

[1] Mohandas Karamchand Gandhi (Extrait de la fiche Wikipédia) :

né à Porbandar (Gujarat) le 2 octobre 1869 et mort assassiné à Delhi le 30 janvier 1948, est un dirigeant politique, important guide spirituel de l’Inde et du mouvement pour l’indépendance de ce pays. Il est communément connu et appelé en Inde et dans le monde comme le Mahatma Gandhi (du sanskrit mahātmā, « grande âme »), voire simplement Gandhi.

Voilà pour aujourd’hui.

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Bien à vous

Guillaume Lemonde