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En cette saison de COVID-19, prenons un peu d’altitude. Que nous apprennent les épidémies ? Serait-il possible de comprendre ce que les épidémies ont à faire avec notre humanité ? Ne sont-elles vraiment qu’un dérangement fâcheux, un problème à balayer, ou sont-elles inhérentes à notre progression, comme la pierre sur laquelle on peut s’appuyer pour se hisser d’une marche sur un chemin de montagne ?

 

Prenons déjà le temps de lire le livre de Saluzzo Jean-François, Des hommes et des germes :

 

« Il semble que les premières épidémies datent de la domestication. Entre 8500 ans et 1000 ans avant notre ère, 22 espèces animales au moins ont été domestiquées par l’homme :

le mouton (8500 ans avant J.C.),

le chien (8400 ans avant J.C.),

la chèvre (7500 ans avant J.C.),

le cochon (7000 ans avant J.C.),

le bœuf (6500 ans avant J.C.),

l’âne, le dromadaire et le cheval (3000 ans avant J.C.), etc.

 

Cette domestication s’est réalisée principalement sur le continent eurasien. Beaucoup de germes vont ainsi passer de l’animal à l’homme et, bientôt privés de leur réservoir animal, ils devront circuler sur un mode épidémique. Progressivement, une frange importante de la population va devenir immune. Les germes circuleront alors surtout chez les jeunes enfants. À ces époques apparaissent les premières maladies infectieuses de l’enfance, comme la rougeole, les oreillons ou la variole ».[i]

Nous connaissons aujourd’hui les liens qui unissent les bovins avec la tuberculose, les porcs asiatiques avec la grippe saisonnière, etc.

De même, les données du séquençage génétique révèlent que le virus COVID-19 est proche d’autres CoV circulant dans des populations de chauves-souris du genre Rhinolophus (rhinolophes).

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Les peuples qui traversèrent le détroit de Behring pour coloniser le continent américain, il y a environ 12000 ans, n’avaient pas connu la révolution agricole et ses germes. Avant l’arrivée des conquistadors, il ne semble pas qu’il ait existé d’épidémies sur ce continent. Les historiens attribuent cette absence à la faiblesse de la domestication des animaux. Seuls le cobaye domestique semble avoir joué un rôle dans la transmission de la maladie de Chagas. Les lamas et les alpagas en semi-liberté ne paraissent, quant à eux, pas avoir eu un impact important. Lorsqu’au XVIème siècle, le Nouveau monde entre en contact avec l’Ancien, il doit s’ajuster soudain à une étape qui lui est encore inconnue. Cela s’accompagne de dramatiques épidémies qui font disparaître une grande partie de la population amérindienne.

Si la domestication des animaux a rendu possible le passage de nombreux germes à l’homme, la sédentarité humaine va également permettre un lien plus étroit avec d’autres animaux : tant que l’homme se déplaçait en permanence d’un campement à un autre, il était difficile pour un moustique de s’adapter à cet hôte nomade. Maintenant que l’homme se fixe dans des villages, certaines espèces de moustiques vont se lier à lui et manifester une antropophilie stricte. Parmi ceux-ci Anophèles gambiae, vecteur du paludisme et Aedes aegypti, vecteur des arbovirus (fièvre jaune, dengue).

Ainsi, les animaux s’entraident pour venir au contact des êtres humains.

 

Les moustiques sont en quelque sorte des ambassadeurs. Ils partagent ce rôle avec d’autres arthropodes hématophages, tels que les phlébotomes, les tiques, les taons, les punaises, les puces, qui nous adressent un message lors de leurs repas sanguins. C’est par ce biais que nous rencontrons certains rongeurs et la fièvre de Lassa, le rat musqué et la fièvre d’Omsk, les singes et la fièvre jaune…

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Alors que nous apprennent les épidémies ?

 

Sachant que les épidémies sont nées avec la domestication, il est important de réaliser quelle révolution intérieure a permis cette découverte de la domestication et de l’élevage : nous avons en commun avec les animaux d’avoir un espace intérieur qui nous domine lorsqu’il s’emplit de peurs ou de haines. Être capable de domestiquer un animal, d’être le maître d’un autre être sensible et d’en prendre soin, implique que l’on puisse se tenir soi-même au milieu de son propre espace intérieur, être maître chez soi, en soi. En tout cas, la possibilité de devenir maître chez soi, c’est-à-dire de ne pas se laisser déterminer par la peur, la haine et toutes sortes de sympathies ou antipathies, trouve sont origine à cette époque. Et c’est parce que cette possibilité est apparue que la domestication est devenue possible.

Lorsque nous parvenons à être le maître chez nous, c’est-à-dire à ne pas nous laisser guider par nos peurs et nos haines, nous pouvons agir plutôt que réagir. Nous ne sommes à ce moment-là plus égocentré dans un besoin de faire disparaitre ce qui nous dérange, mais ouvert à ce qui nous entoure. L’individu que nous sommes devenus en compagnie de la peur et de la haine, peut s’universaliser. 

 

 

(à ce sujet un article au sujet de la mondialisation qui est l’absolu opposé d’une universalisation)

 

 

Ainsi, nous devons aux animaux que nous avons domestiqués, une aide à devenir présents à nous-mêmes. Ils sont nos éducateurs. Nous leurs sommes redevables de ce progrès intérieur. Sommes-nous conscients de la responsabilité que nous avons à leur égard ?

 

 

Les épidémies sont là pour nous le rappeler :

 

En effet, elles constituent une universalisation provoquée par le monde animal : une ouverture à la périphérie (le propre de n’importe quelle épidémie), mais accompagnée de peur. Les épidémies sont donc le témoignage d’une universalisation qui se fait alors que nous ne sommes pas présents à nous-mêmes. Plutôt qu’une universalisation qui s’offrirait à notre présence, elles sont une universalisation à laquelle nous invite le monde animal.

 

Elles nous invitent à regarder ce qui n’a pas vraiment progressé. Elles nous touchent d’autant plus que nous sommes restés naïfs (c’est-à-dire comme le nouveau-né, au début d’un chemin) ; car pour qu’il y ait épidémie il faut bien que la population exposée soit non immune ou « naïve », c’est-à-dire qu’elle ne soit pas immunisée contre l’agent infectieux. En d’autres termes, lors d’une épidémie, toute une population est encore occupée à domestiquer, à humaniser un même aspect de sa nature animale.

Par exemple, lorsque le SIDA est apparu, (on sait aujourd’hui que ce virus est lié aux chimpanzés et aux gorilles), il s’est propagé en Europe à toute allure dans les dark-rooms, ces endroits obscurs où s’échangeaient des rapports sexuels avec des partenaires inconnus. La rencontre par essence la plus intime, remplacée par un plaisir sans amour. Aujourd’hui, le SIDA nous demande à prendre conscience du chemin de l’autre. Il nous demande de nous intéresser à l’autre et de prendre l’engagement de vraiment nous lier. On pourrait dire que cette humanisation est une attente que les singes ont envers l’homme.

De même, nous pourrions nous interroger sur la mission de la grippe saisonnière que nous adresse le porc chinois depuis la fin du XIXème siècle ; sur celle de l’érythème migrant faisant intervenir les cerfs et les tiques depuis 1909 en Europe ; ou sa variante américaine, la borréliose décrite à Lyme dans le Connecticut en 1979 et faisant intervenir les daims ; ou encore sur celle de la peste noire du XIVème siècle proposée par les rats du Yunnan, qui accompagnaient un siècle auparavant les cavaliers mongols envahissant l’Europe…

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Les vaccins protègent de certains de ces germes, mais ils n’ont pas vertu à rendre les humains plus humains.

Ils évitent juste qu’un animal nous surprenne alors que nous n’étions pas préparés à le rencontrer. Aussi l’usage des vaccins devrait-il être accompagné d’un cheminement intérieur : si je me vaccine, je porte une responsabilité vis-à-vis du monde animal : j’estime pouvoir me passer de ses leçons et je dois alors me demander comment habiter la part animale en moi (ma sensibilité, mes désirs, mes peurs, mes haines, mes doutes, etc.) de manière à pouvoir me lier à ce qui m’entoure. En humanisant notre propre espace intérieur, nous travaillons en définitive à la cohérence du lien aux autres êtres humains, aux animaux, et à la nature entière.

Les maladies contagieuses disparaissent d’elles-mêmes au moment où des populations découvrent de nouvelles façons de vivre ensemble et de s’ouvrir au monde. Un nombre incalculable de maladies ont ainsi disparu. Ce fut le cas de la Suette, qui fit des ravages en Angleterre et en France, jusqu’au au tout début du XXème siècle ou encore de l’encéphalite léthargique que l’on n’a plus rencontrée depuis 1926.

L’éradication vaccinale suit quant à elle, une autre logique.

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Bien sûr, les campagnes de vaccinations tentent elles-aussi de responsabiliser chacun en expliquant que l’on se vaccine également pour protéger les autres. Mais cela se fait à l’insu de l’être et de ses progrès.

Nous avons à mettre en place des attitudes pédagogiques qui apportent à l’enfant que l’on vaccine ce que les animaux ne peuvent plus lui transmettre. Depuis le début du XVIIIème siècle et l’invention de la vaccination par Jenner, cela n’a pas pu se concrétiser. Il est urgent d’y réfléchir.

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L’humanité poly-vaccinée n’aurait-elle pas à élaborer quelque chose en contrepartie ?

Pour se protéger de toutes ces catastrophes humanitaires que constituent beaucoup d’épidémies, l’humanité hypothèque son avenir. Il ne s’agit pas du tout de faire ici le procès de la vaccination, mais celui d’un usage irresponsable, car sans contrepartie, de cette mesure préventive. En se fermant aux animaux, on s’interdit d’apprendre à s’ouvrir au monde et à s’éveiller à la confiance en la vie.

D’ailleurs, la prescription d’un vaccin est motivée essentiellement par la peur.

En nous fermant au monde animal et aux épidémies qu’il nous propose, c’est à notre espace intérieur et sa sensibilité que nous nous fermons. Nous façonnons une société froide, stérile, morte, où la tête domine. Une société à l’image des virus ou des cancers. Le progrès ne se comprend plus comme une avancée intérieure sur un chemin en quête de liberté et d’amour, mais comme un phénomène extérieur à l’être humain : il tient essentiellement dans un téléphone portable et un ordinateur branché sur internet.

Mais les animaux malmenés, ne sont pas en reste. Ils nous adresseront de nouvelles maladies d’autant plus compliquées à éradiquer et d’autant plus mortelles que nous persisterons à ne pas apprendre notre humanité.

L’humanité n’est en marche que par le détour du chemin de chacun. Et si nous sommes responsables de chacun des pas que nous posons, nous le sommes également pour l’univers entier.

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GL

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[i]  Saluzzo Jean-François, Des hommes et des germes, PUF, 2004, P.22 et suivantes.