Seul chez soi : https://pixabay.com/fr/users/wflore-11084744/

Début 2020. Le virus continue de se propager à travers le monde. Pour endiguer ce phénomène, de plus en plus d’États se décident pour les mesures de confinement. Près d’un milliard de personnes dans environ 35 pays, sont appelées à rester chez elles par leurs autorités.

Que certains médecins estiment cette méthode pas assez inefficace pour faire barrage à l’épidémie, n’est pas ici le sujet. D’ailleurs, il ne s’agit pas de faire barrage au virus, mais de ralentir sa progression afin de ne pas voir trop de personnes affluer aux urgences.

LE SUJET QUI VA NOUS OCCUPER AUJOURD’HUI EST CELUI DE L’ENFERMEMENT, DE LA RÉCLUSION, DU CONFINEMENT.

Certaines personnes le vivent bien, d’autres très mal. Certaines basculent dans l’anxiété, d’autres dans la dépression. Nous devons recomposer avec un nouveau rythme de vie, avec le vide, le rien à faire, l’ennui. Les travailleurs indépendants ont des soucis d’argent. Les parents occupent des enfants qui ne peuvent pas sortir. On se dit naturellement que certains sont mieux lotis que d’autres. Il est plus facile d’être confiné dans une ferme au milieu des champs, que dans un 25m2 sans balcon en plein centre-ville. Il est plus facile d’être confiné avec quelqu’un que l’on aime qu’avec des personnes que l’on apprécie moyennement. D’ailleurs, le nombre de divorces en Chine a explosé depuis le passage du COVID-19 et le confinement imposé par les autorités. (à moins que ce ne soit un réajustement dû à la réouverture des bureaux après le confinement…)

Mais n’y aurait-il pas un moyen de mettre à bien ce temps offert pour découvrir en soi ce qui peut rester maître du jeu et ne pas dépendre des circonstances, même si elles sont parfois difficiles ?

Devant l’océan : https://pixabay.com/fr/users/stocksnap-894430/

Le confinement est une retraite imposée.

Une retraite, c’est un moment de rendez-vous avec soi-même.

Alors soit on honore ce rendez-vous, auquel cas le confinement imposé devient une retraite consentie, soit on continue à fuir loin de soi-même. Nous avons le choix. À chaque instant nous avons le choix.

Avant cela, nous passions peut-être nos journées à courir d’un rendez-vous à l’autre, finissant même par oublier ce que nous poursuivions. À présent, le monde extérieur n’est plus là pour nous happer de ces multiples sollicitations. Nous n’avons plus de stimuli pour nous occuper. Il y a bien Netflix et les jeux vidéo, mais ça va un moment. Les avions sont descendus du ciel. Les voitures ont déserté les rues. Les jours sont calmes comme des nuits. On entend soudain les oiseaux. Le ciel est pur, la lumière est belle. Il n’y a plus un bruit. Le silence s’est fait.

Dans le silence, ce que l’on entend d’abord, c’est notre activité mentale qui persiste à faire du bruit. Elle est comme un acouphène sifflant d’autant mieux que le bruit ambiant s’est calmé : des pensées se pensent toutes seules en nous et nous occupent.

Elles nous occupaient déjà avant cette retraite, mais la plupart du temps elles s’épuisaient dans des actions de toutes sortes et passaient inaperçues. Désormais, les choses que l’on voudrait faire sont impossibles et les pensées résonnent à l’intérieur d’autant plus fort. Elles protestent et se rebellent contre cette situation. Elles pensent en nous des conséquences à tout cela et nous projettent dans des peurs ou dans des frustrations.

Pour notre activité mentale, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Pour elle les choses seraient toujours mieux à d’autres conditions.

Notre activité mentale nous met en opposition avec le moment présent. Et c’est parce que l’on n’est pas présent que le mental prend se pouvoir sur nous. Le pouvoir de nous occuper avec des problèmes.

Je ne développerai pas plus avant ce sujet : vous pourrez aller plus loin en lisant Un moyen très simple de ne pas avoir de problèmes.

Ainsi que l’article : À quel point sommes-nous présents ?

Lecture canapé : https://pixabay.com/fr/users/stocksnap-894430/

Ici, j’aimerais simplement proposer un exercice pour retrouver un peu de profondeur, un peu de calme et de silence à l’intérieur.

Quand le silence émerge de l’intérieur, tout s’éclaire progressivement et il apparaît comme une évidence que ce que nous cherchions ailleurs est déjà là, depuis toujours. Notre quête frénétique de solutions extérieures nous apparaît soudain comme dérisoire. Il a fallu oser plonger dans ce silence apparaissant comme un grand vide pour découvrir qu’il n’a rien d’un gouffre sans fond, mais qu’il est empli de l’essentiel.

CET EXERCICE S’APPELLE LA LEÇON DE SILENCE :

Notre mère nous donnait cette leçon lorsque nous étions enfants. Mes frères et moi, nous asseyions autour de la table et elle nous demandait de fermer les yeux et d’écouter. Nous taire pour écouter. Et nous avions à entendre tout ce que nous pouvions entendre. L’horloge et son tic-tac ample et chaleureux. Le frigo qui redémarre. Les guêpes dans la treille. Les hirondelles se croisant pour rejoindre leur nid sous le balcon de la voisine. Un tracteur au loin. Le meuglement d’une vache qui appelle la traite. Un coq. Un avion. Une mouche qui insiste pour sortir par la fenêtre. Une guêpe. La respiration de mes frères. La chaise qui grince un peu. Un paysage sonore que nous tentions de saisir dans sa globalité. À peine nous fixions nous sur un bruit, qu’un autre nous en détachait. Et bientôt, en les prenant tous ensemble, sans passer de l’un à l’autre, nous découvrions une profondeur tellement calme et belle et sereine, que nous recommencions ces leçons de silence avec un plaisir renouvelé.

photo

ESSAYEZ CETTE LEÇON DE SILENCE.

Fermez les yeux et écoutez ce qui vous entoure. Quand vous identifiez un bruit, notez sa présence, mais ne restez pas focalisés sur lui. Des pensées vont se présenter. Vous aurez à remarquer qu’il est possible de renoncer à les suivre et de juste écouter. Souvenez-vous de ce bruit lorsqu’il sera passé et écoutez tout le reste en même temps que vous vous souvenez de lui. Ne passez pas d’un bruit à un autre, mais écoutez-les tous en même temps. Ce qui a été entendu a laissé sa trace comme une touche de couleur sur un tableau et le tableau se complète progressivement. Chaque bruit est important. Un bruit fort n’est pas plus important qu’un bruit faible. Un bruit continu ne prend pas plus de place qu’un bruit fugace.

Vous ferez alors l’expérience d’un espace intérieur qui s’élargit, s’approfondit et se calme. Et dans cet espace, au lieu d’une multitude de bruits, c’est un univers sonore qui se révèle et qui parle, quel que soit votre environnement plus ou moins urbain, de la beauté du monde.

Et vous remarquerez que le silence est plein de votre présence qui écoute, en lien avec tout ce qui est. La présence ne se projette pas ailleurs. Elle était prise par les filets du mental et à présent elle se découvre en relation avec le monde. Être en relation n’est alors pas un besoin, mais un choix possible. Vous remarquerez que toutes les activités du quotidien, aussi intenses soient-elles, peuvent être empreintes de ce silence dans lequel nous sommes présents à nos choix, nos intentions. Le silence ne nous isole pas, il nous relie à la vie, au monde, aux autres, si simplement que notre mental ne peut même pas l’envisager.

Le confinement est l’occasion d’une leçon de silence. Je vous la souhaite bénéfique.

Et si vous le souhaitez, revenez partager vos expériences dans les commentaires.

Chaleureusement

Guillaume Lemonde