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Comment tout a commencé

 

Fin des années 80. J’étais étudiant en médecine, tout fraichement admis en deuxième année. Mannik, une chanteuse dont certains se souviendront, donnait un concert dans la région lyonnaise. Une de ses chansons parlait d’une flamme qui s’éteint. Je ne me souviens plus du titre (si vous le connaissez, dites le moi dans les commentaires. Merci !!!). Cette métaphore m’interpela beaucoup. Je me disais que lorsqu’on allume une bougie, le feu doit être apporté. Il ne vient pas tout seul sur la mèche. Alors, de retour chez moi, je me demandais d’où venait la flamme dont Mannik parlait, et qui s’éteindrait un jour.

Et puis, j’ai pensé à la bougie. Pour recevoir une flamme, on fabrique une bougie. La flamme est la raison de l’existence de la bougie. Elle est une raison dans l’avenir. C’est la flamme qui est première dans l’histoire, me disais-je, pas la bougie… Je me suis donc demandé si la raison de notre vie, la raison de ce que nous vivons, et même les maladies que l’on nous apprenait à diagnostiquer, ne seraient pas, elles-aussi, à chercher dans ce qui se passe après.

Vers la fin de mes études, une rencontre importante vint répondre à cette question. C’était un matin à l’hôpital. Je suivais la visite d’un grand Professeur. Imaginez tout un aéropage de blouses blanches autour du lit d’un patient un peu effrayé. Le Professeur examina la courbe de température, lit le dossier. Et soudain, juste avant de partir, il s’adressa au principal intéressé :

Vous avez de la chance, lui confia-t-il. Notre métier c’est de débusquer l’ombre et de la détruire avant qu’elle ne grandisse. Dans votre cas, nous avons réussi et je peux vous annoncer que vous allez vous en tirer ! Le Professeur sortit, suivi de sa suite. Je restais un instant. C’est un poète, votre Professeur ! me dit l’homme dans son lit. J’aurais pourtant aimé lui répondre que s’il y a de l’ombre, c’est qu’il y a de la lumière. Il ne faudrait pas l’oublier !

Je ne comprends pas, lui répondis-je.

Vous êtes probablement trop jeune. Retournez-vous sur votre vie quand vous serez plus âgé. Vous verrez que la belle lumière que vous aurez découverte en vous, aura rendu nécessaire qu’il y ait eu des ombres à traverser dans votre vie.

Et je repensais à Mannik ! La faculté ne nous enseigne rien au sujet de la lumière qui éclaire la vie depuis l’avenir. Pourtant, cette lumière est essentielle. C’est la lumière de l’être, que l’on découvre avec le temps. Elle s’approche à travers les expériences que l’on traverse. Cette lumière est comme un Soleil. Et c’est parce que le Soleil est encore à venir, qu’il y a des ombres à traverser.

Certes, les maladies, les épreuves, les crises existentielles, peuvent toutes s’expliquer d’après ce qui s’est passé avant. Mais ne pourraient-elles pas également être causées par une aptitude, une ressource qui nous manque encore ? Ne pourraient-elles pas être l’ombre projetée d’un savoir-être en train d’advenir ?

La médecine, comme une torche dans la nuit, parvient à repousser un peu ces ombres. Mais comment rendre le Soleil présent et dissiper ce qui pose problème ? Comment rendre présent les qualités, le savoir être, qui sinon viendront plus tard, quand on se retournera sur notre existence ? Comment reconnaître ces ressources qui nous manquent ? Comment les exercer ?

Pendant quatorze ans, ces questions me conduisirent à essayer de comprendre les grands chapitres de la pathologie humaine. Je constatais que notre médecine lutte contre des symptômes, alors que tous ces symptômes ne sont que la tentative d’équilibrer un manque. C’est le manque d’une aptitude encore à venir qui est à l’origine du symptôme !

Par exemple, dans une allergie, nous essayons d’empêcher le débordement immunitaire métabolique. Mais la cause réelle de l’allergie se trouve dans un manque de défenses aux limites de l’organisme. Plutôt que de lutter contre un symptôme, il me semblait plus intéressant de trouver comment faire advenir cette aptitude.

Une expérience personnelle me fit ensuite rencontrer les théories des transmissions transgénérationnelles. C’était il y a onze ans. Ces théories nous présentent nos aïeux comme étant à l’origine de nos problèmes actuels. Mais je m’aperçus qu’ils peuvent devenir à l’inverse de précieuses ressources, pour peu que nous sachions comment nous relier à eux. Ils ont en quelque sorte une fonction qui porte la lumière depuis l’avenir et chacun des quatre grands-parents a une fonction différente. Je découvrais que les quatre fonctions grands-parentales sont superposables avec les quatre ressources que j’avais étudiées au sujet des pathologies humaines.

Ce domaine de la Saluto, nommé Salutogénéalogie, fut le premier domaine d’application à voir le jour. Il fallait décrire au mieux ces fonctions grands-parentales et savoir reconnaître qui pourrait bénéficier de laquelle. Ces questions furent partagées avec Cyr Boé, un très bon ami.

Les premiers cours virent le jour avec lui. À cette époque, je croyais pouvoir enseigner les fonctions grands-parentales en décrivant ce que nous avions compris. C’était de grandes images édifiantes. Mais je m’aperçus que nous restions, avec ces images, dans la description de symptômes. Nous passions à côté du moment présent, où un être se révèle ici et maintenant à travers un explicite rigoureux.

Je renonçais donc à ces grandes images. Je découvrais dans le concret d’une plage de Bretagne, de quoi aller plus loin. C’était un jour de grande marée, le vent qui soufflait, me bousculait au point que je cherchais la terre. Quand le vent est trop fort, on cherche la terre, me disais-je. Et c’est parce que la terre manque encore que le vent est trop fort pour nous… Ces réflexions collaient avec un des chapitres de la Salutogénéalogie.

Très vite je découvris les quatre paysages fondamentaux, superposables aux quatre fonctions grands-parentales. L’océan, le désert, la montagne et la forêt. Grâce à eux, je distinguais mieux ce qui vient du passé et ce qui vient de l’avenir. Pour l’océan, l’air d’un côté et la terre de l’autre. Qu’est ce que l’air en moi ? Comment se manifeste-t-il ? Qu’est ce que la terre en moi ? Comment se manifeste-t-elle ?

Il devenait possible d’apprendre à percevoir cet intervalle. Je sortais du cercle étroit des considérations familiales : la Salutogénéalogie s’élevait à une démarche Saluto plus large, non médicale. Elle devenait un repère pour lire ce qui vient de l’avenir et comment le rendre possible.

Encore fallait-il préciser l’écoute, ne pas s’en tenir à une impression, résister à la tentation de conclure trop vite. La question importante était de découvrir comment percevoir distinctement et d’une façon transmissible, la bonne ressource et comment l’exercer. Il fallait devenir concret, présent, laisser la perception directe se déployer.

Des exercices spécifiques se mirent en place.

Souvent, quand nous rencontrons une difficulté, nous ne regardons pas au bon endroit. Nous cherchons les causes qui sont derrière, alors qu’une raison essentielle est que nous sommes appelés à découvrir une aptitude encore inconnue. Comment savoir quelle aptitude exercer ? Comment l’exercer ? C’est à ces questions que la démarche Saluto s’intéresse.

En suivant la formation Blogueur-Pro d’Olivier Rolland, j’ai désormais décidé de créer le blog saluto.fr. Je reparlerai d’Olivier, car avec ce qu’il appelle la « méthode Ikea », il décrit sans le savoir, une des quatre ressources essentielles que la démarche Saluto développe.

L’objectif de ce blog est de partager avec vous cette recherche, de façon à ce qu’elle devienne pour vous concrète et pratique. La pédagogie, l’accompagnement thérapeutique, la connaissance de soi, en profitent.

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