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Des Grandes Causes, il y en a tant à défendre !

Il suffit d’introduire « Grandes Causes » dans un moteur de recherche pour se retrouver devant une impressionnante liste dont je ne reproduis ici qu’un extrait :

  • la protection de l’environnement,
  • le développement durable,
  • la lutte contre les discriminations,
  • la lutte contre la pauvreté,
  • la lutte contre les monopoles,
  • la lutte contre la famine dans le monde,
  • la lutte contre l’illettrisme,
  • la prise en compte du handicap,
  • la pénibilité professionnelle,
  • la cause animale,
  • etc.

Selon la sensibilité de chacun, d’autres causes peuvent se trouver et chacune d’elles se déploie en de multiples sous-chapitres.

Cependant, il y a un piège ! J’aimerais en exposer ici la nature.

Ce piège est redoutable. Il est facile d’y tomber, ce qui rend le combat entrepris avec la meilleure volonté possible, absolument stérile.

En effet, ce piège conduit à rencontrer des obstacles de toutes sortes. La plupart du temps, ce sont des personnes qui font barrage. Par idéologie, par intérêt, par bêtise…

Ce n’est pas important de savoir pourquoi certaines personnes font barrage aux grandes causes que l’on embrasse. Ce qui est important, c’est de savoir comment ne pas rester bloqué sur le chemin. Et pour cela, comment ne pas tomber dans le piège dont il me faut désormais exposer la nature.

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Ce piège, c’est de croire qu’il faille être nombreux pour défendre la cause qui nous importe.

 

C’est d’imaginer qu’il faille changer les consciences pour qu’enfin la situation bascule du côté que l’on estime être le bon. C’est le piège du prosélytisme, cherchant à susciter voire forcer l’adhésion d’autres personnes.

Vouloir susciter l’adhésion, c’est avoir besoin de se sentir plus fort. C’est donc en soi un aveu de faiblesse. Une faiblesse relative à l’obstacle que l’on imagine devoir dépasser pour que la cause soit gagnée.

Bien des manifestations n’ont comme objectif que de démontrer une force. Elles sont un aveu de faiblesse face à un obstacle pour lors insurmontable.

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Quand, dans l’ordre des priorités, on estime devoir vaincre un obstacle pour atteindre l’objectif, c’est que l’on place l’obstacle avant la cause. On lui donne plus d’importance qu’à la cause elle-même !

Tel est le piège dans lequel il est tellement facile de tomber : oublier la cause qui nous est importante et se concentrer sur l’obstacle.

On ne l’aura évidemment pas oublié dans sa mémoire, mais dans son engagement.

Car on aura confondu engagement et prosélytisme : on brasse beaucoup d’énergie pour mobiliser des gens et on se réjouit quand il y a du monde lors de la manifestation.

On oublie que l’engagement ne peut être qu’individuel.

 

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Pour ne pas tomber dans le piège, il est essentiel de ne pas oublier que l’engagement ne peut être qu’individuel.

La cause pour laquelle je m’engage est forcément un objectif à la portée des actes que je peux poser moi-même. Des autres ne dépend pas mon engagement !

(Par exemple, cela ne sert à rien de mobiliser du monde sur Facebook !)

Si je ne sais pas quel est le premier pas que je pourrais faire moi-même, alors je ne suis pas saisi dans ma volonté et ce n’est pas un engagement. C’est une idée, une belle idée générale, une valeur, mais pas un engagement. Je me retrouverai dans une manifestation à crier contre ceux qui ne partage pas ma belle valeur et à espérer que plus de gens viennent me rejoindre.

COMMENT SAVOIR QUEL EST LE BON PROJET ?

Un article pour aller plus loin.

La tâche que je me donne est telle que je sais où poser le premier pas.

Je ne sais pas où cela me mènera, ni comment je m’y prendrai, mais seul compte ce que je peux faire maintenant.

Même si cette cause est énorme et me dépasse, comme le Mont-Blanc dépasse de loin la taille de l’alpiniste, je sais quel est le premier pas à faire. Si l’alpiniste veut aller au sommet, il sait qu’il doit se rendre au pied du Mont-Blanc et avancer. Et ce pas étant fait, poser encore un pas et de pas en pas avancer. Pour l’alpiniste, dans chaque pas, le sommet est déjà présent. Complètement présent.

La tâche que l’on se donne dans le monde ne peut donc pas être une contribution à une tâche plus grande. Elle se tient en elle-même. Elle a des contours concrets. L’objectif est clair. Ce ne peut pas être « sauver la planète », « lutter contre la pauvreté dans le monde ». Mais ça peut être « mettre en place une ferme en bio-dynamie », « mettre en place un service de récupération des surplus alimentaires pour les démunis », « aller mettre en place des puits dans une zone où règne la sècheresse ». La tâche que l’on se donne est forcément concrète.

En rester à une idée générale, c’est rester hors de la volonté et de ce qu’elle peut mettre en mouvement.

Est-ce que l’alpiniste reste à se dire, « Je veux aller sur un sommet » ? Non, il choisit un sommet et s’y rend concrètement. Le voyage jusque là-bas, ne dépend que de lui.

Lorsque Gandhi a décidé que les Indiens devaient avoir le droit d’exploiter le sel de la mer, il n’a pas organisé une grande manifestation. Il s’est mis lui-même en chemin vers la mer. L’indépendance de l’Inde était complètement dans ce chemin. D’autres l’ont perçu et l’ont rejoint.

Lorsque le Général De Gaulle a décidé que la guerre contre le IIIème Reich n’était pas terminée, il est allé lui-même à Londres pour parler à la BBC. La résistance et la libération de la France étaient déjà complètement dans ce pas vers l’Angleterre. D’autres l’ont perçu et l’ont rejoint.

Lorsque l’abbé Pierre a voulu aider les indigents, il est allé lui-même en parler à radio Luxembourg. Il a fait un pas vers ce qu’il lui semblait à faire et de pas en pas, est apparu Emmaüs. D’autres l’ont perçu et l’ont rejoint.

Emmaüs était déjà dans le premier pas qu’il a fait, tout comme le sommet du Mont-Blanc se trouve dans le premier pas que l’alpiniste fait en sa direction.

Alors quel pas puis-je faire pour servir la cause que je trouve juste ? Quelle tâche vais-je me donner dans le monde ? Quelle que soit la tâche que je me donne en rapport avec cette idée générale, toute l’idée générale se tient dans cette tâche qui est à ma portée.

Cette tâche est une tâche dans le monde.

Conformer son quotidien à la nature d’une l’idée générale, comme par exemple recycler ses ordures, éteindre la lumière quand on sort de la pièce, éviter de manger des animaux, est très bien sans doute, mais ce n’est pas du tout ce dont je parle ici. Ici, il est question de mettre en place quelque chose au-delà de sa sphère privée; de s’engager au-delà de sa sphère privée, sans prosélytisme.

Sinon je reste avec l’idée générale que je soutiens avec des bonnes actions privées. Et je vais m’énerver de voir que certains ne respectent pas la même idée. Cette idée générale est en effet une valeur. Or les valeurs ont ceci de particulier qu’elles ne peuvent être universellement partagées. Elles conduisent donc forcément à un affrontement qui se nourrit de la valeur que l’on porte. Ainsi, en suivant une valeur, on fait du conflit une fin en soi et l’on arrive nulle part.

Tel est le piège dans lequel nous fait tomber la fascination que nous pouvons avoir pour de grandes causes, un piège tellement commun.

Voilà pour aujourd’hui.

Vos commentaires sont bienvenus.

Guillaume Lemonde

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