Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas

 

L’illusion que nos problèmes puissent être le développement de ce qui s’est passé avant, est tenace. Elle nous vient de ce que nous sommes plongés dans la chronologie de souvenirs commençant peu après notre naissance. Cela nous laisse croire que nous sommes issus de cette chronologie.

 

Nous voyons alors notre vie comme le résultat naturel d’une cascade de causes et d’effets, et nous avons l’illusion que nos actes dépendent eux aussi de ce qui leur a précédé.

 

Par exemple, nous ne concevons pas le pardon sans un dédommagement préalable, l’engagement sans la promesse d’un retour sur investissement, la confiance sans un minimum de précaution… et nous projetons automatiquement vers le futur, les conséquences que nous pouvons en attendre. Ainsi, le passé nous contraint et le futur, exprimant le développement de cette contrainte, devient l’endroit où l’on projette toutes les impasses.

 

Prenez par exemple un randonneur qui serait bloqué devant un torrent lui barrant le chemin. Pour continuer, il n’a pas d’autres possibilités que de longer le cours d’eau à la recherche d’un gué. Mais la pente est raide de ce côté-là ! Quitter le chemin et gravir cette pente, va être difficile. Le randonneur est découragé. Or, pourquoi se décourage-t-il ?

 

Il se décourage uniquement parce qu’il se projette dans les conséquences fatigantes de cette ascension. Il s’imagine que l’ascension sera éprouvante. Pris par un enchaînement de causes à effets, il s’imagine dans une impasse.

 

Il n’est pas présent au seul pas qui compte et sur lequel il pourrait vraiment  agir : celui qu’il pourrait faire maintenant.

 

Si le randonneur était suffisamment présent au pas qu’il a à faire maintenant, il ne penserait au prochain que lorsqu’il pourrait le poser à son tour. De pas en pas, il oserait monter cette pente. Il ne se découragerait pas. Le torrent ne serait plus pour lui la raison d’une impasse. Il deviendrait une simple péripétie.

 

Finalement, ce n’est pas parce que la pente est trop raide que le randonneur se décourage. C’est au contraire parce qu’il se décourage qu’il trouve la pente trop raide.

 

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. (Sénèque, Lettres à Lucilius, Livre XVII, Lettre 104)

 

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