AYEZ DES PROJETS IMPOSSIBLES !

AYEZ DES PROJETS IMPOSSIBLES !

AYEZ DES PROJETS IMPOSSIBLES !

 

 

Il y a tellement de raisons de ne pas oser entreprendre ce dont on rêve. Des contraintes de toutes sortes nous enferment. Elles nous relient à des choix passés que nous devons assumer. Changer de situation, changer de métier, de lieu de vie, changer quoi que ce soit dans notre existence parait vite impossible du fait de contraintes multiples, affectives, organisationnelles, financières, spirituelles, etc.

 

Alors on préfère rêver que ce changement sera possible plus tard au lieu de l’accomplir maintenant. C’est plus confortable et ça fait surtout moins peur.

 

À la rigueur, on se demande si l’on pourrait faire surgir quelque changement tout en ménageant ces contraintes.

 

Mais cette tentative est autobloquante.

 

Le nouveau, le réellement nouveau, ne peut pas devenir réel en ménageant ce qui est déjà-là. Le nouveau ne peut pas être soumis à une antériorité…

 

Il ne serait sinon pas nouveau. Il ne serait qu’un développement de ce qui existe déjà. Un pis-aller.

 

Ce qui est nouveau s’approche depuis l’autre côté, de l’avenir. Cela advient. Cela ne se prévoit pas, cela se rend possible.

À un moment où à un autre, il y aura des renoncements à faire. Le renoncement de ce qui conditionne notre sécurité. Et la peur sera au rendez-vous, elle qui n’est jamais que l’ombre portée des renoncements qui se préparent.

 

Alors ayez des projets impossibles ! Prenez-les au sérieux. Envisagez qu’ils soient possibles tout en sachant qu’ils sont impossibles. Tenez-vous dans cet espace, fermement.

 

Et posez un pas pour préciser votre projet. Ce qui vous semble irréaliste, trouvez-en les contours. Renseignez-vous sur tous les détails, tous les paramètres de ce que vous voulez entreprendre. Gardez les renseignements collectés bien présents en renonçant de les prendre pour autant de prétextes de ne pas y arriver. Chaque nouvelle information pourrait allonger la liste des choses impossibles à résoudre.

 

Pourtant, continuez de procéder ainsi :

 

D’un côté les détails qui rendent votre projet impossible car vous regardez à travers eux comment ils portent à conséquence. Vous regardez à travers eux le passé qui se déploie vers plus tard.

 

De l’autre côté, le projet qui vous tient à cœur. Gardez-le au présent, comme une évidence. Ne cherchez pas à imaginer quand il se réalisera, ni comment… Vous le regarderiez sinon depuis le passé qui se déploie, alors qu’il est en train d’advenir…

 

Restez dans cet espace… Ces détails qui vous paraissent insurmontables vous conduiront à vous mettre en mouvement. Ils vous conduiront à visiter chaque aspect de votre vie.

 

Vous allez rafraichir d’une bienfaisante attention tout ce que vous tenez pour acquis, mais qui n’est jamais qu’une prolongation du passé dans votre présent.

 

Vous allez devenir présent à ce qui est là et découvrir que seul compte le pas que vous faites maintenant.

 

Imaginez quelqu’un, comme cet homme rencontré récemment, qui voudrait voyager pendant un an. Comment fait-il pour trouver une source de revenu ? Gérer un patrimoine resté sur place ? Clarifier les questions fiscales ? Scolariser les enfants ? etc. 

 

Ou cet autre qui veut changer de métier, alors que le revenu actuel permet un équilibre et que le suivant sera beaucoup plus bas ?

 

Est-ce impossible ?

 

Ça l’est aussi longtemps qu’on le croit – par peur.

 

Mais attention, à l’inverse, décider que ça soit possible, ne suffit pas non plus à rendre le projet réel. Il convient de se méfier de cette pensée magique.

 

Ce qui compte, c’est toute l’attention que l’on porte à ce projet complètement impossible et complètement possible EN MÊME TEMPS.

 

Si on parvient à se tenir dans cet écart sans mettre en balance ce qui semble s’opposer, on forme un espace dans lequel plus grand vient s’installer. La vie commence à se mettre en place dans cet attention-là.

 

Ainsi, la magie de la vie qui se met en place comme on le voudrait, ne vient pas à travers un décret que l’on prend une fois pour toute. Elle répond à l’attention que l’on offre à chaque pas du chemin ; laquelle attention s’exerce à chaque étape de ce processus et tout particulièrement quand il s’agit de renoncer à suivre les pensées anxieuses qui se présentent. La magie de la vie n’est pas un butin, mais un cadeau.

 

 

Un chemin de mille pas commence avec le premier, disait le sage.

 

À cet égard, le premier pas n’est pas différent du dernier. Le projet est déjà complètement contenu en lui.

 

Mais il ne s’agit pas de s’en convaincre. Il s’agit de le vivre. Cela ne se fait pas en se raisonnant mais en s’engageant. C’est une affaire de mobilisation intérieure.

 

Alors que nous pensons être non libre de pouvoir décider ce que nous voulons, bloqués par maints prétextes, il est important de ne pas oublier que notre libre arbitre ne provient pas de la connaissance que nous avons des tenants et des aboutissants.

 

Il n’est pas le fruit de la raison.

 

Il s’exerce dans le pas à pas d’un projet que l’on estime complètement impossible, tout en portant en soi comme complètement possible.

 

Ce pas à pas nous fait rencontrer la peur et, à chaque étape, l’attention pour le pas que l’on fait maintenant est la seule qui compte.

 

Alors ayez des projets impossibles !

 

N’attendez pas de meilleures conditions. Elles ne viendront jamais toute seule. Elle ne se présenteront qu’en réponse à votre engagement.

 

Comme l’écrit  W.H. Murray dans The Scottish Himalayan Expedition (1951) :

« Tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, la possibilité de se rétracter demeure et l’inefficacité prévaut toujours. »

 

Mais lorsque l’on s’engage, alors… lire la suite

 

 

Guillaume Lemonde

 

 

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LES RENCONTRES HUMAINES – l’avenir s’annonce

LES RENCONTRES HUMAINES – l’avenir s’annonce

LES RENCONTRES HUMAINES – l’avenir s’annonce / https://pixabay.com/fr/users/stocksnap-894430

 

En souvenir d’Athys Floride

UN JOUR QUELQU’UN APPARAÎT DEVANT VOUS, QUELQU’UN QUI SERA IMPORTANT DANS VOTRE VIE

 

Un jour quelqu’un apparait devant vous, quelqu’un qui sera important dans votre vie, mais vous ne le savez pas encore. Vous allez percevoir cette personne, peut-être même lui parler. Cependant, pour toutes sortes de raisons, il est possible que vous vous perdiez de vue pendant un temps. La rencontre n’ira pas plus loin pour le moment. Pourtant, peut-on dire que la rencontre ne se soit pas faite ?

 

Cela dépendra de la suite, me direz-vous. En effet, cette personne pourrait bien réapparaitre. La vie pourrait permettre un nouvel échange ouvrant soudain, cette fois-ci, un champ d’expériences inattendues. Et alors on se souviendra de cette première fois, de ce premier instant. On comprendra que la rencontre s’annonçait déjà à cette époque. On se souviendra s’être déjà croisé ici ou là et avoir échangé quelques mots ou vécu ensemble un même événement. La rencontre à venir s’annonçait à notre insu. On la reconnaitra après coup.

 

La reconnaissance « après coup » des moments importants qui ont précédé la rencontre déterminante, nous renseignent sur la nature même des rencontres. Les rencontres viennent de l’avenir… Il faut se trouver plus loin dans le temps pour mesurer l’importance de la première fois. La première fois n’est d’ailleurs une première fois que parce qu’il y eu d’autres fois après…

 

 

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LES RENCONTRES SE PRÉPARENT DEPUIS L’AVENIR

 

Les rencontres se préparent depuis l’avenir. C’est pour ça qu’elles nous prennent par surprise. Par hasard, dira-t-on, nous nous sommes retrouvés au même endroit, au même moment.

 

Elles ne se laissent pas prévoir. Autrement dit, elles ne suivent pas une logique selon laquelle chaque événement serait le développement de causes passées. S’intéresser aux raisons qui dans le passé ont permis une rencontre, c’est passer à côté de la rencontre : ce qui vient du passé est soumis à une antériorité et ne peut être que le développement de ce qui existe déjà.

 

Ce qui vient du passé ne peut jamais apporter quelque chose de fondamentalement nouveau.

 

« Et puis il y ceux que l’on croise, que l’on connait à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. » [1]

 

Le cours de la vie est changé car les rencontres ne viennent pas du passé. Elles viennent de l’avenir. C’est pourquoi elles sont susceptibles de rendre possible quelque chose de totalement nouveau et donc d’unique. Chaque rencontre est un trésor qui s’annonce. Chaque rencontre est sacrée.

 

 

Mais voilà, l’avenir par nature nouveau, bouscule le passé par nature toujours pareil…

Quand quelque chose de l’avenir veut se manifester, le passé est remis en question. Et cela peut faire peur. Il va falloir renoncer à quelque chose. Un point de vue ? Une situation de vie ? Cela est pour le moins inconfortable. Cela demande de la présence pour ne pas se laisser prendre par cette peur qui à tout prix ne voudrait pas nous voir remettre quoi que ce soit en question.

 

Sommes-nous prêts à offrir cette présence ? La plupart des rencontres s’achève avant ce choix. Elles s’installent dans un cours chronologique au grès des sentiments qui fluctuent. Elles perdent leur rapport à l’avenir. C’est affaire d’alchimie : il faut être deux pour se rencontrer et bien des trésors se perdent.

 

 

ACCUEILLIR L’AVENIR, ACCUEILLIR LA RENCONTRE NE VA DONC PAS SANS UN RENONCEMENT.

 

Intérieurement, nous allons être appelés à renoncer à ce que nous croyons, ce que nous pensons… Si nous voulons nous ouvrir à la rencontre et offrir à l’avenir un espace de concrétisation, nous allons avoir à faire silence intérieurement. Ne pas nous projeter dans un résultat par exemple. Vouloir la rencontre et son développement sans se projeter dans un résultat. Autrement dit, rendre l’avenir possible tout en s’en tenant au pas qui est à faire maintenant. Il n’y a pas de stratégie, pas de plan. Juste un chemin sur lequel on avance sans savoir quand il aboutira. D’ailleurs, quand on ne se projette pas, le chemin est complet dans le pas qui se fait actuellement. La rencontre ne peut se vivre qu’au présent.

 

Afin de ne pas nous projeter, nous allons apprendre à ne pas suivre les pensées qui pensent toutes seules en nous. Les sentiments qui résonnent avec elles, nous allons apprendre à découvrir un endroit à partir duquel nous pouvons être stables en leur cœur.

 

Les difficultés que nous éprouvons (ou éprouverons) au contact de l’autre ne sont que les ombres portées de cette présence qui se cherche.

 

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EN EFFET, CETTE RENCONTRE QUI S’ANNONCE EST COMME UNE LUMIÈRE QUI PROJETTE DEPUIS L’AVENIR UNE OMBRE DANS LE DÉCOR DE LA VIE.

 

Cette ombre peut être chatoyante et susciter une forte sympathie. Elle peut être obscure et faire peur. En tout cas, elle change avec le temps, alors que la lumière s’approche. Allons-nous rester aveuglés par l’obscurité ou à la chatoyance de ces ombres ?

 

Les épreuves intérieures (comme celles que Goethe et Schiller ont connues à six reprises avant que leur amitié ne se scelle), sont de telles ombres portées. Elles ne signifient pas que la rencontre ne doit pas avoir lieu… Ce serait déterminer l’avenir à partir du passé… Elles signifient au contraire qu’une lumière est à accueillir et qu’une présence est requise chez chacun des partenaires pour traverser l’ombre. Une stabilité au cœur des sentiments qui se brusquent, du courage, de la confiance, etc. Cela se fera-t-il ? C’est affaire de chacun et absolument libre.

 

L’avenir, on ne peut pas le prévoir. On peut juste le permettre.

 

 

Parfois, c’est extérieurement que l’ombre se manifeste. Par exemple, le développement de la rencontre est rendu difficile par un nombre vertigineux de kilomètres. C’est la même ombre, projetée à l’extérieur. De la même façon, elle nous demande de déployer de la confiance, du courage, de la tempérance, de la stabilité intérieure.

 

En tout cas, l’intensité de ces épreuves est à la mesure du trésor qui s’approche.

 

Si les deux le veulent.

Si les deux s’offrent à lui.

 

 

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ALORS UN ESPACE SE FORME ENTRE LES DEUX PARTENAIRES

 

Et dans l’espace de la rencontre que chacun offre à l’autre, plus grand qu’eux deux se dépose.

 

La rencontre est un être, un troisième, présent entre les deux partenaires.

 

Athys Floride évoquait à ce sujet, une transsubstantiation.

 

De fait, ce qui vient du passé, les expériences traversées, le contexte de vie, se font réceptacle pour ce que la rencontre a de sacré. Et comme ce sacré de la rencontre est ce qui a mis en place le décor et ses épreuves, ceux-ci changent de nature et se clarifient. Les ombres se dissipent et les kilomètres fondent.

 

Ainsi, la rencontre est un présent. Elle se vit au présent. Elle s’offre comme une grâce, en réponse à l’attention que l’on offre à son partenaire. Une attention qui par essence suppose l’amour, puisqu’elle se donne sans attente.

 

Guillaume Lemonde

 

 

[1] Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi – Katherine Pancol

 

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L’IMPOSTURE AMBIANTE – quelques mots…

L’IMPOSTURE AMBIANTE – quelques mots…

 

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On ne sait plus qui croire, n’est-ce pas ? C’est ce que me disent quotidiennement les personnes qui viennent à mon cabinet. On entend tout et son contraire. Et ça ne date pas de l’épidémie de coronavirus. Tout le monde semble avoir une opinion sur chaque grand sujet. Mais plutôt que de débattre et d’essayer de s’approcher ensemble du réel, en confrontant des hypothèses, nous assistons à des discours qui ne se rencontrent plus. Ils coexistent sans liens les uns avec les autres.

 

Il semblerait même que la recherche de vérité soit devenue moins importante que la mise en valeur de ces opinions. C’est à qui saura convaincre, séduire, subjuguer. À qui aura le plus de pouces bleus sur Facebook. On ne sait plus qui croire, car lorsque l’on essaie de convaincre, on prend quelques libertés avec la réalité. On tourne les faits comme ils nous arrangent. On leur fait dire ce que l’on veut.

 

Comme l’explique Roland Gori[1], professeur de psychologie et de psychopathologie clinique à l’Université Aix-Marseille, notre époque est celle du triomphe du sophisme[2]. ( je dois à Roland Gari l’idée de cet article. Son travail est remarquable. Je ne peux que vous inviter à le découvrir).

 

Les sophistes ne sont pas ceux qui réfléchissent, ou qui ont le courage d’agir et de s’engager. Ils ne cherchent pas la vérité. Ils sont ceux qui veulent persuader et convaincre. Ce sont les bonimenteurs d’une société de publicité et de spectacle.

Et comme chacun de leurs discours s’appuie sur des données sélectionnées et interprétées selon les intérêts à défendre, la réalité devient avec eux polymorphe. Elle devient insaisissable.

 

C’est pourquoi on ne sait plus qui croire : quand la réalité n’est plus un appui, le sol s’échappe sous nos pieds.

 

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L’OPINION ET LA VÉRITÉ

 

Une opinion dépend de celui qui l’émet. Avoir une opinion, c’est devenir le porte-parole de soi-même. Le sophiste a des opinions. Il réalise, à travers l’opinion émise, une autopromotion. Cette autopromotion est la plupart du temps non consciente, mais elle se mesure à la satisfaction de convaincre le plus de personnes possibles.

 

Ainsi, l’opinion est une donnée quantitative.

Elle est appréciée au nombre de gens qui lui succombent. Il y a de forts courants d’opinion et de faibles courants d’opinion.

 

La vérité (quand bien même, elle est difficile à cerner), est quant à elle l’expression d’une réalité du monde.

Elle exprime l’essence d’une réalité du monde. Elle est donc qualitative. Ce n’est pas la somme des gens qui pensent la même chose, qui confère à cette chose sa véracité. C’est la confrontation au réel à laquelle nous sommes prêts à la soumettre.

 

Il n’y a aucun intérêt personnel immédiat à penser le réel. Cette démarche est désintéressée par nature.

 

Et d’ailleurs, il s’agit bien d’une démarche : quand on cherche la vérité, on tente de s’approcher de ce qui nous dépasse. On s’approche à petits pas. L’opinion n’étant que la mise en valeur de soi-même, ne demande aucune mise en route vers plus grand que soi ou vers un autre que soi. Elle ne requière aucune démarche. Elle est pleine et entièrement aboutie dans ce qu’elle propose.

 

Il est assez troublant d’assister à des émissions où les journalistes ont une opinion qu’ils veulent imposer à la personne qu’ils sont sensés interviewer. L’interviewé ne peut pas déployer sa pensée. Il est bloqué par l’opinion du journaliste qui essaie de lui montrer la bêtise de son propos. Le journaliste devient un gardien de l’opinion générale, de celle qui fait de l’audimat. Il se contrefiche de la vérité.

 

L’audimat, tout comme l’opinion, est une donnée quantitative. Il mesure l’adhésion du public. Quand on se réfère à l’audimat, ce n’est pas ce que l’émission peut apporter de réflexions au public qui compte, mais la capacité que cette émission a de mobiliser le plus grand nombre de gens. L’audimat est un critère de valeur pour ceux qui voient la quantité plutôt que la qualité. La forme, plutôt que le fond. L’habit plutôt que le moine.

 

 

L’HABIT PLUTÔT QUE LE MOINE…

 

C’est ainsi que notre société est devenue experte pour mesurer la trajectoire des produits (la traçabilité). Elle prend en compte les étiquettes sur le produit, mais n’essaie pas de connaitre le produit.

 

Il faut juste que l’étiquette soit conforme à ce qui est demandé.

 

NOUS SOMMES EN PLEIN TARTUFFE DE MOLIÈRE.

 

Tartuffe, l’imposteur, le faux dévot, se montre tel qu’on attend de lui qu’il se montre.

 

Dans un monde où la vérité compte moins que l’opinion, il est normal que chacun devienne Tartuffe.

 

Dans les écoles, les élèves qui réussissent le mieux aux tests (évaluation quantitative des connaissances validée par une note), sont ceux qui s’adaptent le mieux aux questions qu’on leur pose. Ils se conforment.

 

De même, les entreprises qui font le meilleur bénéfice sont celles qui savent « se vendre », c’est-à-dire paraitre comme on l’espère. Elles se conforment à l’air du temps. L’imposture est la sœur du conformisme.

 

De même, dans les institutions spécialisées, peu importe si les éducateurs sont de bons éducateurs, pourvus que les procès-verbaux des réunions soient correctement rangés dans les classeurs.

 

Une société qui prend la quantité comme valeur, est une société d’imposture. On se conforme à ce qui est attendu, perdant de vue le lien que l’on peut avoir à la réalité du monde et donc à soi-même.

 

Et d’ailleurs, il est facile d’imaginer des complots de toute part dans un monde d’imposteurs. L’imposture est en soi un complot privé.

 

 

CEPENDANT, J’AIMERAIS PORTER UN AUTRE REGARD SUR CET ÉTAT DES LIEUX.

 

Certes, nous vivons dans une imposture permanente… certes, ce que l’on croit découvrir dans les articles de journaux et les déclarations officielles, est l’expression d’un monde où règne la quantité.

 

Mais c’est de ce fait également l’expression d’un monde qui a soif de ce qui n’attend pas de retour sur investissement, de profit, d’effet. Un monde qui a soif de découvrir que l’on peut faire des choses qui ne rapportent rien, qui ne servent à rien.

 

Des choses qui sont entièrement fondées en elles-mêmes, sans attente d’un profit.

 

Des choses gratuites.

 

Un sourire à quelqu’un que l’on croise dans la rue,

La main chaleureuse d’un soignant qui rassure,

Un échange avec un étranger dans le bus,

Etc.

 

Et voyez-vous, ces choses gratuites, qui ne sont commandées par rien, lorsque rien en retour n’est espéré, naissent d’un espace de liberté qui est le même à partir duquel il est possible de penser plutôt que de juger et d’avoir une opinion.

 

Penser ne va pas sans être stable intérieurement, au point de pouvoir s’ouvrir absolument à ce que l’on perçoit sans se perdre dans une volonté d’aboutir à quoique ce soit.

 

Penser est gratuit.

 

Si je veux obtenir une réponse, je ne ferai que satisfaire ma curiosité, mon besoin de compréhension, mon désir d’affirmation. La pensée qui me viendra aura été produite par mes efforts et ne parlera de rien d’autre que de mes efforts. Elle ne sera pas le témoin d’une réalité mais de mon petit sujet pensant et satisfait d’avoir comblé un vide.

 

Penser ne va pas sans renoncement. Renoncer à savoir. Pouvons-nous dire « je ne sais pas » ? L’opinion s’insinue dans les difficultés que nous avons de dire « je ne sais pas ».

 

Penser nécessite un espace libre du désir de trouver la réponse –

un espace tenu par la ferme attention de ne pas lâcher la question.

 

Notre époque demande cette attention. Elle a soif de cette attention.

 

Guillaume Lemonde

 ****

[1] Roland Gori, La Fabrique des Imposteurs.

 

[2] Extrait de la note Wikipédia : Un sophisme est un procédé rhétorique, une argumentation, à la logique fallacieuse. C’est un raisonnement qui porte en lui l’apparence de la rigueur, voire de l’évidence, mais qui n’est en réalité pas valide au sens de la logique, quand bien même sa conclusion serait pourtant « vraie ».

À la différence du paralogisme, erreur dans le raisonnement d’un émetteur de bonne foi, ne cherchant pas à tromper le récepteur, le sophisme est quant à lui fallacieux : il est prononcé et énoncé avec l’intention cachée de tromper le destinataire ou l’auditoire afin, par exemple, de prendre l’avantage sur lui dans une discussion, dans le cadre d’un désaccord de fond, d’un débat entre deux thèses.

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RAINER MARIA RILKE : « Une seule chose est nécessaire : la solitude. »

RAINER MARIA RILKE : « Une seule chose est nécessaire : la solitude. »

« Une seule chose est nécessaire : la solitude.

La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. »

Rainer Maria Rilke

Note de lecture :

Le silence qui répond à la lettre que l’on faisait parvenir à un ami… L’incompréhension de ce silence. Et dans ce silence, l’endroit où l’on renonce à comprendre ou à espérer une réponse. Aller en soi-même et ne rencontrer personne.

L’absence de la personne aimée, le manque de cette personne, trop lointaine pour être rejointe.

Découvrir l’endroit en soi qui ne souffre pas de ce manque.

Quelle est la place de l’autre dans ma vie ?

Si j’ai besoin de l’autre, n’est ce pas qu’il n’est qu’un moyen pour moi ?

un moyen de vivre des sentiments agréables. On souhaite qu’il nous offre sa sympathie, d’une façon éternelle si possible. Cela évite de sentir que l’on est instable dans ses sentiments. On fait jouer à l’autre le rôle d’un parent, d’un tuteur.

un moyen de se détourner des multiples sollicitations du quotidien. Cela évite de vivre notre difficulté à nous tenir dans le monde. On fait jouer à l’autre le rôle d’une récréation.

un moyen de se sentir plus fort devant un obstacle. Cela évite de sentir qu’il nous manque le courage d’avancer pas-à-pas. Il nous manque la force d’y aller pas à pas. On puise sa force en l’autre. On fait jouer à l’autre le rôle d’un allier, d’un conseiller.

un moyen de communier ensemble en un quelque chose qui rend la vie plus belle. Cela évite de sentir que nous ne pouvons pas nous ouvrir à la beauté de la vie. On fait jouer à l’autre le rôle de celui qui valide ce quelque chose d’important.

Ainsi, les rôles que l’on fait jouer à l’autre dépendent des manques que nous avons.

Rencontrer la solitude, c’est renoncer à faire de l’autre un moyen.

C’est traverser l’épreuve qu’il nous aurait épargner de vivre. C’est découvrir l’endroit à partir duquel on devient acteur de ce qui nous arrive. L’endroit à partir duquel il est possible de rencontrer l’autre véritablement.

Comment rencontrer quelqu’un sans cette solitude ? On ne rencontre sinon que ses propres manques.

La solitude que l’on accueille est la clef de la rencontre. La clef de ce qui peut se donner sans prendre, sans attendre rien en retour.

Il n’y a pas d’amour sans rencontrer cette grande solitude intérieure.

Et la personne aimée, qu’elle soit proche ou trop lointaine pour être rejointe, peut être aimée véritablement.

 Ceci dit, la satisfaction des besoins qui viennent d’être évoqués n’est pas un mal… Simplement, en apprivoisant la solitude, elle se fait cadeau, plutôt qu’un joyau que l’on dérobe.

Guillaume Lemonde

AUTRES CITATIONS DE R. M. RILKE, SUR LE SITE SALUTO

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L’HISTOIRE DU GROS NAVET – Saluto-pédagogie de la petite enfance

L’HISTOIRE DU GROS NAVET – Saluto-pédagogie de la petite enfance

 

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Connaissez-vous l’histoire du GROS NAVET d’Alexis Tolstoï ? Alexis Tolstoï, parent par son père de Léon Tolstoï, a rédigé avec cette histoire une comptine appréciée des petits enfants.

 

Je ne connaissais pas cette histoire. Elle m’a été indiquée par une amie, jardinière d’enfants. Dans cette histoire, il est question d’un gros navet qu’un grand-père essaie en vain d’arracher du sol. Il est aidé par la grand-mère qui tire avec lui. Mais cela ne réussit pas mieux. Leur fille vient à la rescousse. Elle tire avec eux. En vain. Puis le petit fils… Puis le chien qui tire également. Et le chat…

 

Vous trouverez ici une version pdf de cette histoire

 

En fouillant un peu ce que les moteurs de recherches proposent au sujet de cette histoire de gros navet, j’ai trouvé beaucoup de documents utilisant ce conte à des fins pédagogiques. Le conte a été modifié pour l’occasion. Le grand-père et la grand-mère y sont aidés par une grosse vache qui vient tirer avec eux sur le navet, puis par deux cochons ventrus, trois chats, quatre poules, cinq oies, et six canaris… Les fiches pédagogiques invitent à remplir des fiches où l’on nomme les personnages, on compte jusqu’à 6 canaris, on imagine de nouveaux animaux qui pourraient venir tirer sur le navet. Les fiches pédagogiques sont innombrables.

 

Cependant, il m’apparait que si cette histoire convient parfaitement à des enfants de 2 ou 3 ou 4 ans, ce n’est justement pas parce qu’elle les fait compter jusqu’à six. Il n’est certes pas inintéressant de compter jusqu’à six, mais c’est pour une toute autre raison, bien plus essentielle et fondamentale que cette histoire est importante.

 

Prenons un petit moment pour penser à ces petits enfants. Les réflexions que je vais vous proposer vont peut-être sembler prendre un détour. Nous allons nous éloigner un moment de l’histoire du gros navet. Mais nous y reviendrons tout à l’heure.

 

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QU’EST-CE QUE LES PETITS ENFANTS DE 2, 3, 4 ANS ONT DE PARTICULIER ?

 

Du point de vue du développement, ce qu’ils ont de particulier, c’est que leur corps est substantiellement inachevé. La structure physique d’un corps humain prend environ 7 ans pour se mettre en place. 6½ ans nous disent les neurologues, avec l’achèvement des voies neurologiques qui permettent, entre autres, la coordination de mouvements automatiques, dont le célèbre mouvement alternatif des « petites marionnettes » : les deux mains en l’air, le sujet exécute un mouvement alternatif des avant-bras, selon la chorégraphie de la comptine. Quand des enfants de 2, 3, 4 ans, « font les petites marionnettes », les coudes ne restent pas au repos.

 

Il faut donc environ 6 ou 7 ans pour que le corps soit structurellement achevé. Il restera beaucoup à faire dans les années qui suivront. Le corps devra encore croître et diverses fonctions vitales se développeront. On assistera à un développement fonctionnel s’exprimant à travers différents rythmes physiologiques, jusqu’à la faculté de se reproduire qui viendra clore ce murissement corporel à la puberté.

 

Mais structurellement, c’est vers 7 ans que le corps est achevé.

 

Autrement dit, pendant 6 ou 7 ans, la structure physique corporelle n’est pas encore achevée. Elle est encore à venir. C’est comme si elle se tenait devant l’enfant sur son chemin.

 

Et c’est donc sans la stabilité qu’une structure corporelle peut offrir, que les petits enfants sont au monde. Ils sont offerts à leur environnement, vulnérables.

 

Rendez-vous compte… ne pas avoir de corps physiquement achevé, c’est comme ne pas avoir de sol sous les pieds, ni d’espace intérieur délimité.

 

Les adultes pourront-ils proposer la stabilité qui manque ?

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LA TERRE D’ACCUEIL DU JARDIN D’ENFANTS

 

Pour un petit enfant, l’adulte fait autorité entièrement à travers la terre d’accueil qu’il peut lui offrir. C’est la présence stable de l’adulte qui permet à l’enfant de trouver un appui dans le monde ; un appui qui lui manque, alors qu’il est en train de chercher celui de son propre corps physique encore inachevé.

 

Ainsi, la ressource pédagogique essentielle, pour cette période de l’enfance, sera de trouver en soi la stabilité de la terre que le petit enfant recherche. Comment pourrions-nous sans cela la lui offrir ? C’est cela qui importe. Cela importe bien plus que les fiches techniques permettant de compter jusqu’à six en voyant apparaitre tour à tour dans le conte modifié du gros navet, une grosse vache, deux cochons ventrus, trois chats, quatre poules, cinq oies et six canari…

 

Observons-nous un instant. Sommes-nous paisibles intérieurement ? Sommes-nous stables dans nos sentiments. Nous connaissons tous ces moments où la sympathie pour quelqu’un nous emporte et où, quand le vent tourne, l’antipathie nous prend. Pouvons-nous vivre ces mouvements intérieurs sans pour autant être ballotés par eux ?

 

Par exemple, pouvons-nous offrir toute notre attention à un enfant sans pour autant avoir besoin d’obtenir pour soi je ne sais quel plaisir d’être avec lui ? Un sourire, un câlin… Ils sont tellement sympathiques, ces petits. Et à certains moments, tellement pénibles. Ne trouvez-vous pas ? Pouvons-nous nous tenir entre cette sympathie et cette antipathie qui alternativement nous balancent ?

 

Parvenons-nous à rester stable au lieu de parlementer ou de se rassurer avec des : Nous allons maintenant faire ça. D’accord ? ou de menacer avec des : Attention, si tu ne fais pas ça, tu vas voir ce que tu vas voir !

 

 

UN EXERCICE PERMETTANT DE DÉCOUVRIR LA TERRE STABLE QUE L’ENFANT ATTEND DE NOUS, PEUT ÊTRE PROPOSÉ ICI.

 

·      Prenez le temps de penser à un enfant que vous connaissez.

 

Et goûtez la sympathie que vous pouvez avoir pour lui. Prenez le temps de bien ressentir comment cela fait quand vous imaginez cet enfant avec toute la sympathie que vous avez pour lui.

 

·      Ensuite, prenez le temps de penser à cet enfant dans les moments que vous n’aimez pas.

 

Prenez le temps de bien ressentir qu’à ces moments, vous n’avez absolument pas de sympathie pour lui. Quand il met les pieds au mur, par exemple. Quand il boude, chougne, crise, etc.

 

En deux temps, vous venez de mettre en place un grand écart dans les sentiments. Un écart allant d’un extrême à l’autre.

 

Vous êtes en train de prendre un appui sur votre jambe droite et un appui sur votre jambe gauche. Comme le marin dans la tempête, vous allez maintenant intégrer les deux appuis ensemble. Il s’agit de ne pas se tenir sur une jambe ou sur l’autre, mais de se tenir en équilibre entre les deux appuis…

 

·      Ainsi, la consigne pour la troisième partie de cet exercice est de laisser résonner ces deux expériences ensemble.

 

Naturellement, nous ne les vivons jamais en même temps. Nous passons alternativement de la sympathie à l’antipathie. Ici, je vous invite à laisser ces deux expériences ensemble, sans que l’une d’elles ne vienne compenser l’autre. Elles sont toutes les deux sur le même niveau, en même temps.

 

Cet exercice permet de découvrir un endroit calme à partir duquel on peut être avec l’enfant paisiblement. Ce n’est toutefois jamais gagné. Il s’agit de s’exercer chaque jour et de remarquer qu’il est alors toujours plus facile de retrouver cette stabilité.

 

Tandis que la sympathie a besoin d’être satisfaite par un comportement adéquat de l’enfant, la stabilité n’attend rien. Stable intérieurement on se découvre pour l’enfant un engagement complet qui n’attend rien en retour. Et l’enfant est alors porté par cette paix qui se manifeste dans le jardin d’enfants par le calme de certaines activités.

 

Les petits enfants mangent soudain en silence sans que rien n’ait été demandé. Ils dessinent tranquillement, ils jouent calmement. Ils sont en paix.

 

https://pixabay.com/fr/users/pexels-2286921/

 

 

GRÂCE À LA STABILITÉ INTÉRIEURE DE L’ÉDUCATEUR, LES ENFANTS EXPÉRIMENTENT L’UNITÉ DANS LA RONDE

 

Même si de plus en plus d’enfants arrivent au jardin d’enfants avec des problèmes, cela ne change rien au geste intérieur de l’éducateur : la stabilité intérieure.

 

Certes, les enfants qui vont moins bien sont moins agréables que les enfants qui vont bien et qui s’offrent à notre sympathie, mais il s’agit justement de ne pas être dans la sympathie ou l’antipathie. Il s’agit de trouver cette stabilité qui permet d’aimer – c’est-à-dire d’être avec l’enfant dans un lien, engagé, sans attente pour soi.

 

Et l’éducateur devient alors celui qui fonde par sa présence la qualité de la ronde des enfants. Il est le point fixe, le point stable pour la ronde des enfants et le jardin d’enfants lui-même – suffisamment stable pour qu’autour de lui les enfants puissent expérimenter toutes sortes d’activités qui les éveillent au monde.

 

Ce n’est pas un éveil qui passe par la tête, mais par le corps, justement. Plus jeune, on s’était dressé sur les jambes, on avait cherché l’équilibre, on s’était lâché et on avait fait ses premiers pas… Au jardin d’enfant, on continue d’investir ce corps inachevé. On construit des cabanes, des tours, on grimpe, on va dessus, dessous, en haut, en bas. On pétrit, on tisse, on peint, on danse. On mange ensemble, on chante ensemble, on fait des rondes…

 

L’activité corporelle est au centre.

Et les éventuelles activités artistiques que l’on entreprend, sont essentiellement là pour soutenir l’activité corporelle.

 

 

LE CORPS EST STRUCTURELLEMENT ENCORE INACHEVÉ

 

De ce qui précède, il est évident que l’attention portée aux choses matérielles, corporelles, au sens du toucher, mais aussi au bien-être corporel, au mouvement, à l’équilibre, et même au corps du groupe des enfants, est essentielle. Tout cela constitue l’appui terrestre que réclame le petit.

 À ce sujet je vous invite à découvrir le programme MASSAGE-ÉCOLE. Fondamental !

 

 

PENDANT CE TEMPS, DANS CE JEUNE CORPS SE DÉROULE UNE ALCHIMIE BIEN PARTICULIÈRE :

 

Tandis que le corps trouve sa structure physique définitive, les processus vitaux qui président à leur élaboration, se libèrent. En effet, quand un os a fini de durcir, quand un tissu conjonctif a terminé sa maturation, les processus qui conduisaient cette élaboration deviennent disponibles.

 

Ils deviennent disponibles pour mettre en forme autre chose que de la substance physique… Ils deviennent, en dehors du corps, ce qui va donner sa structure à la vie représentative. Autrement dit, quand on arrive à se représenter « grand », « petit », « léger », « lourd », « demain », « hier », avant-hier », « bleu », « 1 », « + », etc., on sollicite ce qui autrefois agissait comme processus vitaux dans le corps. La vie représentative de l’enfant se développe pendant toute la période préscolaire, à mesure que le corps achève sa maturation.

 

Ainsi, lorsque l’on stimule la pensée représentative, c’est-à-dire lorsque l’on oblige l’enfant à essayer de comprendre plus qu’il ne le peut, on l’oblige à puiser dans l’organisme les processus vitaux qui sont en train de structurer son corps. C’est pourquoi l’apprentissage de la lecture, du calcul, etc. nécessite des compétences cognitives qui, à aux âges préscolaires, épuisent les processus vitaux encore indisponibles. (D’ailleurs, selon les données des neurosciences, l’âge idéal du début de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture se situe autour de 6, 7 ans. (Source : Ghislaine Dehaene, chercheuse au CNRS)

 

En revanche, soutenir les liens qui peuvent se faire entre les représentations déjà présentes, est essentiel. Car ce faisant, plutôt que d’aller puiser à de nouvelles représentations, on offre aux enfants la possibilité de laisser émerger celles qui sont disponibles.

 

Lorsque nous pensons, nous ne faisons d’ailleurs pas autrement : une pensée en appelle une seconde, tandis que dans la tension qui apparait entre elles-deux une troisième peut survenir.

Comment fait-on ça avec les enfants ?

 

C’est tout simple à vrai dire. Si nous mettons en liens deux représentations, c’est que nous avons perçu des analogies entre elles. D’une certaine manière, un certain motif se répète et c’est la répétition d’un aspect que nous saisissons.

 

Ainsi, la répétition soutient l’apprentissage et donne au petit enfant de quoi accueillir et faire siennes ses nouvelles acquisitions.

 

Que ce soit la répétition de la même histoire, toujours recommencée exactement de la même façon. Que ce soit des ritournelles que l’on chante. Ou encore des jeux qui se font dans des mouvements répétitifs, comme la balançoire. Le principe de la répétition qui va jusque dans les rythmes du jour et de la semaine, toujours recommencés de la même façon, nourrit la faculté de pensée à venir. Il nourrit le corps physique en train de maturer, sans pour autant épuiser les forces vitales dont il a encore besoin.

 

REVENONS MAINTENANT À L’HISTOIRE DU GROS NAVET

 

L’histoire du gros navet est avant tout une comptine. Elle propose un motif qui se répète et pourrait se répéter autant que l’on veut, jusqu’à ce que la petite souris vienne prêter main forte à ses amis pour arracher du sol le gros navet.

Le principe de la comptine, c’est la répétition, le rythme.

Il ne s’agit pas, à travers une comptine, de focaliser le jeune enfant d’âge préscolaire, sur le nombre des canaris ou des oies de l’histoire, mais de lui offrir un motif qui se répète :

 

« (…) Alors le chat prit la queue du chien, le chien prit le pantalon d’Émile, Émile prit la jupe de sa mère, sa mère prit le tablier de grand-mère, grand-mère prit la taille de grand-père, grand-père mit ses deux, mit ses deux pieds bien par terre, prit le feuillage et ensemble ils tirèrent, tirèrent, tiiiirèrent, mais rien à faire, le gros navet ne voulait pas sortir de terre. (…) »

 

CONCLUSION

 

La pensée libre, cette pensée apte à se tenir entre deux représentations sans focaliser sur l’une d’elle (donc sans tomber dans l’opinion), trouve ses bases au jardin d’enfants. Elle est rendue possible par la stabilité intérieure de l’adulte, qui offre aux enfants de se saisir de leur corps et du monde environnant à travers les rythmes de la journée, de la semaine, mais aussi à travers les rituels et les habitudes que l’on met en place et la répétition d’histoires et de jeux.

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Bien à vous

Guillaume Lemonde

 

 

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CORONAVIRUS – L’humanité semble se scinder en deux

CORONAVIRUS – L’humanité semble se scinder en deux

CORONAVIRUS – L’humanité semble se scinder en deux.

photo : https://pixabay.com/fr/users/engin_akyurt-3656355/

Un article dédié à Judith von Halle.

 

Septembre 2020 – D’un côté, il y a ceux qui suivent scrupuleusement les décisions des autorités. Ils appliquent ce qu’ils entendent à la télévision : il faut protéger les autres en portant un masque et en respectant les mesures de distanciation. Une deuxième vague serait possible et la raison voudrait qu’il faille être prêts pour la recevoir.

 

D’un autre côté, il y a ceux qui refusent ces mesures bio-sanitaires. Ils les qualifient de totalitaires, à un moment où l’épidémie a perdu sa virulence et où le nombre de morts ne cesse de décroître, ayant atteint à bien des endroits son plancher. Les nouveaux cas sont essentiellement des malades sans gravité, voire même des personnes asymptomatiques dépistées en masse et dont le nombre suit mécaniquement le nombre des tests effectués.

 

Les premiers disent que ce sont les mesures qui ont été prises qui ont permis de voir le nombre de morts diminuer. Les seconds affirment qu’il n’en est rien.

 

 

TOUT LE MONDE Y VA DE SON AVIS

 

Tout le monde y va de son avis. Dans les deux camps, on trouve de solides arguments, fréquemment mélangés à de petits intérêts égoïstes : le besoin d’avoir raison et de faire valoir son opinion, pour calmer les frustrations, les peurs et les énervements que l’on peut ressentir.  

Et plus les frustrations, les peurs et les énervements sont forts, plus les arguments sont tranchés et les esprits incapables d’accepter le débat contradictoire. Les discutions prennent l’allure réflexe de joutes stériles.

Bref, l’humanité semble se scinder en deux camps. Le camp des « Pour » et celui des « Contre ».

 

Cette scission n’est pas nouvelle en soi. Il y a toujours eu, pour tout sujet, des « Pour » et des « Contre ».

 

Pendant la dernière guerre mondiale, par exemple, certains se reconnaissaient comme bons citoyens respectueux des lois et du gouvernement, désignant les autres de terroristes ; tandis que ceux-ci se nommaient résistants, désignant les premiers de collaborateurs.

 

Aujourd’hui les « bio-responsables » montrent du doigt les égoïstes qui ne pensent pas à protéger leur grand-mère, tandis que ceux-ci se disent lucides, qualifiant les autres de moutons formatés par les journaux télévisés.

Quoi qu’il en soit, tout se focalise sur les mesures gouvernementales, la distanciation sociale, les masques. Les propos sont appuyés par des arguments plus ou moins étayés. On défend des théories où se mélangent la 5G et les nanoparticules qu’il y aurait dans un vaccin à venir dont personne ne connait la composition.

Que ces propos émanant de ces deux camps soient fondés ou à côté de la réalité, n’importe pas ici. Ce qui importe, c’est que pendant ce temps…

 

 

 

https://pixabay.com/fr/users/fotografiekb-13613919/

 

 

PENDANT CE TEMPS, L’ESSENTIEL EST COMPLÈTEMENT PERDU DE VUE

 

Pendant ce temps, l’essentiel est complètement perdu de vue. L’attention et les forces de millions de gens, qu’ils soient occupés à faire respecter les mesures ou à les combattre, se retrouvent distraites de l’essentiel.

 

Est-ce que ceux qui aujourd’hui réclament le port généralisé du masque pour être protégés de la contagion, voient que le virus n’est rien à côté de la peur virulente à laquelle nous sommes contagieusement soumis ?

 

Nous avons peur du monde qui nous entoure, peur de l’autre, peur de la maladie, peur de la mort, peur de la vie. Le virus n’est que l’empreinte dans le monde microscopique de ces peurs-là. Il n’est que le détail cristallisant toutes les angoisses. Il n’est pas premier. Lutter contre le virus et haïr ceux qui ne le prennent pas au sérieux, c’est se voiler (masquer) la face.

 

On se voile la face de ne pas avoir encore découvert cet espace en soi, à partir duquel il est possible de se tenir devant la peur et la haine sans les fuir ni être pris par elles.

 

Imaginez que nous le puissions. Nous aurions dans cette situation les idées claires et des mesures adaptées.

 

Est-ce que ceux qui aujourd’hui réclament d’avoir la liberté de respirer un air frais, sans masque devant le nez, voient que ce qui manque d’air, bien plus que nos organismes, ce sont nos pensées, saturées de la peur de ce que le gouvernement et les grands financiers pourraient encore inventer, et de la haine que l’on retourne contre eux ?

 

Le coronavirus et tout ce qui se dit à son sujet, les mesures prises et le reste, ne sont qu’un torchon rouge agité devant le nez de chacun, bien pire que le masque en papier bleu réglementaire.

 

On proteste d’autant plus fort que l’on n’a pas encore découvert cet espace en soi à partir duquel il est possible de se tenir devant la peur et la haine sans les fuir ni être pris par elles.

 

Imaginez que nous le puissions. Nous aurions dans cette situation les idées claires et des mesures adaptées.

 

 

https://pixabay.com/fr/users/nickype-10327513/

 

 

LA PEUR ET LA HAINE QUI S’EMPARENT DE NOUS, ABUSENT NOS INTENTIONS

Elles ne s’emparent pas seulement de nous à travers nos recherches de sécurité et de confort, mais aussi dans nos luttes contre ces mesures de sécurité, lorsque l’essentiel est perdu de vue.

 

L’humanité qui semble se scinder en deux camps, n’est pas scindée, quand on la rencontre intérieurement. Elle est unie dans une grande manœuvre de diversion. Et cette grande manœuvre n’est là que pour offrir à tous, le cadre nécessaire à un éveil.

 

Elle est un peu comme la 7ème trompette de l’Apocalypse (pour ceux qui connaissent la référence), un moment où le « Je suis » est appelé à s’éveiller.

 

Cette grande manœuvre de diversion n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Elle est offerte à ce qui en nous aspire à trouver l’espace à partir duquel il est possible de renoncer à calmer la peur et à assouvir la haine – de façon à ne pas rester leur marionnette.

 

Renoncer à calmer la peur et à assouvir la haine, c’est devenir attentif à laisser glisser les pensées qui s’imposent à nous, sans les combattre, ni les suivre. Les laisser couler et faire silence. Les laisser couler comme l’eau sur les feuilles du nénuphar.

 

Ce silence intérieur est tout sauf désengagé. Il ne se place pas en dehors du monde. Bien au contraire, libre des pensées qui s’imposent et se pensent toute seules en nous, il devient libre de rencontrer la situation qui se propose telle qu’elle est et non telle que l’on craint ou que l’on voudrait qu’elle soit.

 

 

 

https://pixabay.com/fr/users/bob_dmyt-8820017/

 

LE COMBAT À MENER N’EST PAS FORCEMENT LÀ OÙ L’ON CROIT

 

Le virus, les mesures sanitaires, les “mauvais citoyens” qui ne portent pas le masque et la lutte contre le gouvernement qui devient totalitaire, ne constituent que le décor de nos apprentissages.

Oui, des choses devront être faite dans ce décor, mais avant ça, il s’agit de s’éveiller à l’essentiel – de ne pas rester sous le joug de nos peurs et de nos haines, qui font de nous ce qu’elles veulent.

Cela demande un combat, mais un combat au-dedans. Un combat qui est toutefois très particulier, car c’est un combat sans lutte.

Il ne s’agit pas de lutter contre la peur ou la haine. Lutter contre elles reviendrait à rester déterminé par elles. Il s’agit simplement de prendre le temps, toujours de nouveau, jusqu’à ce que cela devienne une seconde nature, de laisser passer les pensées qui nous viennent automatiquement et qui sans cesse nous habitent, sans rester accrochés à elles et les suivre.

 

Car les pensées qui nous habitent et pensent en nous toute seules, sont tissées de peurs et de haines. Elles sont là pour calmer la peur de ne pas savoir, de ne pas comprendre, de ne pas pouvoir organiser le monde environnant comme on le voudrait, la peur de la maladie, de la mort, de la vie, etc.

 

Alors il est essentiel d’expérimenter cet instant où l’on renonce à suivre une pensée qui vient de se présenter et remarquer qu’une autre pensée surgit juste après, parce que l’on s’était un peu endormi… C’est alors que l’on peut renoncer encore. Et de renoncement en renoncement, on s’éveille au présent des pensées et au présent du monde.

 

Bien à vous

 

Guillaume Lemonde

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