LÉA EST HYPOCONDRIAQUE : CAUSES ET RESSOURCE

LÉA EST HYPOCONDRIAQUE : CAUSES ET RESSOURCE

Photo : Patrick Marioné

 

Léa est hypocondriaque. Elle s’examine. Elle note chaque petite sensation corporelle et découvre à travers elles les pires maladies qui puissent être. Pour Léa, c’est le cancer. Elle a peur d’avoir un cancer. Un cancer du cerveau par exemple, ou du pancréas. Elle téléphone au cabinet et demande un rendez-vous pour être examinée et en avoir le cœur net. Cependant, quelques heures ou quelques jours après, la peur revient, paralysante. C’est terrible à vivre pour elle.

 

Léa est suivie par un psychologue qui l’aide à explorer différentes pistes, comme par exemple le décès d’un ami, il y a environ quinze ans. Cet événement semble être assez central dans la genèse de sa maladie. Cette mort a été brutale, foudroyante, surprenante… confirme-t-elle. J’y pense souvent et heureusement, mon psychologue m’offre l’espace pour en parler.

 

Il est précieux d’entendre que Léa est suivie. Néanmoins, force est de constater qu’après de nombreuses années de thérapie, l’hypocondrie est toujours aussi invalidante.

 

J’ai reçu moi-même Léa durant quelques années à mon cabinet, sans résultats décisif. Et puis un jour, lors d’une consultation, elle m’a raconté un événement qui m’a mis la puce à l’oreille. Mais avant de vous le raconter, j’aimerais poser quelques bases essentielles à cette compréhension.

 

 

LORSQUE NOUS VIVONS UNE DIFFICULTÉ, NOUS POUVONS ENVISAGER LA SITUATION DE DEUX FAÇONS

 

Lorsque nous vivons une difficulté, nous pouvons envisager la situation de deux façons :

 

  • Soit nous cherchons les causes dans le passé (les causes sont dans le passé, vu qu’elles précèdent toujours leurs conséquences, n’est-ce pas ?) Dans le cas de Léa, nous retrouvons la mort d’un ami qui aura été traumatisante. Nous retrouvons également un état anxieux que l’on met en rapport avec une éducation exigeante… Nous pouvons alors, ayant identifié ces causes, essayer d’en compenser les effets… Vous en conviendrez, nous procédons la plupart du temps de cette façon.

 

  • Soit nous cherchons la cause dans l’avenir ! La cause dans l’avenir – drôle d’expression – c’est une ressource à venir. Autrement dit, c’est du fait de l’absence de cette ressource que ce que nous vivons est éprouvant.

 

Photo : Télomi

Prenons un exemple : un marin du dimanche a le mal de mer. La cause dans le passé du mal de mer de ce marin, est facile à identifier : c’est la houle qui bouscule le bateau. Une particularité météorologique a entrainé une houle sur le lac et la houle a entrainé une nausée dans l’estomac du marin. C’est le point de vue du passé, celui pour lequel la cause précède la conséquence.

éDu point de vue de l’avenir, ce n’est pas la houle qui est responsable de la nausée du marin, mais le fait qu’il n’ait pas le pied marin. Quand on a le pied marin, la houle n’est plus une épreuve. C’est juste une houle. On peut toujours l’expliquer avec toute sortes de connaissances météorologiques, mais elle n’est plus une épreuve.

 

Le pied marin, la stabilité intérieure du marin, est dans notre exemple, une ressource encore à venir. Il serait intéressant de savoir comment la rendre présente de façon à ce que la houle ne pose plus de problème.

 

De même, si Léa est hypocondriaque, c’est parce qu’une ressource (encore à venir) lui manque. Si elle pouvait la rendre présente, elle n’aurait plus à souffrir d’hypocondrie.

Au sujet des causes passées et à venir, je vous invite à regarder une vidéo en suivant ce lien.

 

Alors comment aider Léa à rendre présente cette ressource qui manque encore ?

 

 

RENDRE UNE RESSOURCE PRÉSENTE

Rendre une ressource présente, ne va évidemment pas sans être présent.

Si, pour Léa, la ressource qui lui serait nécessaire pour ne plus souffrir d’hypocondrie, n’est pas présente mais encore à venir, c’est que Léa elle-même n’est pas présente.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Être présent, c’est se tenir en cet instant où l’on ne se laisse dériver ni vers le passé à essayer de comprendre les pourquoi et les comment, ni vers le futur, à imaginer les conséquences de ce que l’on a perçu.

Par exemple, quand on espère un mieux, on n’est pas au présent. On est dans ce mieux que l’on imagine plus tard.

Quand on redoute de perdre un bien, on n’est pas présent. On est dans ce futur qui fait peur.

Quand on a peur, on n’est pas présent non plus : l’objet de la peur n’est pas l’araignée que l’on évoque lorsqu’on dit avoir peur des araignées, mais de ce qu’elle pourrait nous faire. De même, nous n’avons pas peur de l’obscurité, mais de ce qui pourrait s’y cacher et de ce que ces être pourraient nous faire. Nous n’avons pas peur de l’avion, mais de l’éventuel accident. La peur a pour objet l’idée que l’on se fait de ce qui pourrait suivre le moment présent. Dans le cas de Léa, la peur des maladies, c’est la peur de l’idée qu’elle se fait des conséquences.

 

En fait, dès que l’on éprouve de la peur, nous ne sommes plus présents. Et c’est même parce que nous ne sommes pas au présent que nous pouvons éprouver de la peur.

 

 

LORSQUE NOUS NE SOMMES PAS PRÉSENTS, NOUS VIVONS DANS UN MONDE POLARISÉ ENTRE LE PASSÉ ET LE FUTUR

 

Lorsque nous ne sommes pas présents, nous vivons dans un monde polarisé entre le passé et le futur. Et de cette polarisation temporelle naissent toutes les polarisations :

Par exemple, « il fait jour » et « il fera nuit ». « Il fait nuit » et « il fera jour ». « La porte est ouverte » et « la porte sera fermée ». « Cette pièce est en désordre, elle sera rangée ». « Je suis malheureux, mais je serai heureux ». « Je suis heureux, j’ai peur de devenir malheureux ». « Je suis vainqueur, j’ai peur de perdre ». « J’ai perdu, mais je gagnerai ». Après la pluie vient le beau temps, etc.

 

Vous avez compris le principe.

 

La polarisation met en opposition deux aspects d’une même chose, l’une étant jugée comme positive et l’autre négative.

Ainsi, quand on n’est pas au présent, on aime la moitié du monde et on repousse l’autre moitié : par exemple, il y a des sentiments que l’on dit positifs et d’autres que l’on dit négatifs.

 

Si je m’ouvre et suis touché par les gens, j’ai peur d’être déçu et d’avoir mal. Je vais fuir tout sentiment désagréable. Et je les fuis en montant dans la tête. J’analyse, je réfléchis, je juge et préjuge. Cela me permet de prendre de la distance par rapport aux sentiments et de mon souffrir. Mon analyse me donne un semblant de stabilité. Elle m’évite surtout de ressentir les sentiments que je n’aime pas…

 

À l’inverse, si je suis présent, il n’y a plus de sentiments positifs et de sentiments négatifs. Ils ont tous leur place dans le monde des sentiments. Je n’ai pas à choisir ceux qui me conviennent ou ne me conviennent pas. Ils sont là. Et non seulement ils sont là, mais encore ils ne s’opposent plus et peuvent exister ensemble.

JE PEUX VOUS DIRE À PRÉSENT L’ÉVÉNEMENT QUE LÉA M’A RACONTÉ

Je peux vous dire à présent l’événement que Léa m’a raconté et qui m’a mis la puce à l’oreille. Léa m’a raconté avoir vu dans un train, une femme chauve : elle semblait épuisée. Elle suivait probablement une chimio. Et cela m’a touchée énormément. Mais la peur du cancer s’est réveillée… Alors j’ai détourné le regard.

 

Entendez-vous dans les sentiments de Léa, la tension, la polarisation dont il était question ?

 

Cela m’a touchée énormément : ouverture pour cette femme dans le train.

J’ai détourné le regard : retrait, fermeture par rapport à cette femme.

 

Il y a là matière à explorer la présence.

 

J’ai demandé à Léa de « rentrer » dans « Cela m’a touchée énormément », et de rester un instant dans cette sensation. Elle a fermé les yeux et commencé à dire ce qui la traversait : J’ai envie de la prendre dans les bras, de la rassurer. Je suis comme ça, je suis souvent touchée par les gens et je ressens très fort ce qu’ils vivent. Trop ouverte peut-être. Mais en repensant à cette femme, j’ai la peur du cancer qui revient.

La peur du cancer qui revient, c’est après l’ouverture, la fermeture…

J’ai donc demandé à Léa de « rentrer » un instant dans cette peur. C’est facile, me dit-elle. Cette peur est tout le temps là.

– Vous la sentez où dans votre corps ?

– Dans le ventre, dans la gorge aussi…

-Alors à présent, essayer de ressentir, en même temps que cette peur, « J’ai envie de la prendre dans les bras, de la rassurer ».

 

L’EXERCICE A ÉTÉ EFFICACE

Vivre ces deux expériences extrême en même temps, n’est possible qu’en devenant présent. En faisant cet exercice, on devient présent. Il fait sortir de la polarisation et les opposés se réunissent.

Lorsqu’elle se vit dans la sphère des sentiments, cette expérience de présence devient une expérience de stabilité intérieure. (il en a déjà été question dans un article précédent)

 

Quand la stabilité manque, on la cherche en réfléchissant beaucoup. On se concentre et on analyse les petits détails, on rationalise… Ce surinvestissement de la réflexion est en quelque sorte une ressource de substitution. N’est-ce pas ce que Léa faisait en observant les petits symptômes et en les analysant ?

 

Son hypocondrie était donc une tentative maladroite de trouver de la stabilité intérieure. C’était une crispation, une concentration sur des détails, en quête de stabilité, exactement comme la crispation du marin au bastingage, est une quête de stabilité dans la tempête.

 

On ne peut pas demander à une personne hypocondriaque de lâcher ses pensées hypocondriaque, sans lui proposer d’éprouver une réelle stabilité intérieure.

C’est en éprouvant une réelle stabilité intérieure, que Léa a pu cesser d’investir sa tête. L’hypocondrie s’est calmée.

Elle a continué de pratiquer ce petit exercice. Elle m’a dit récemment que des peurs parfois se présentent, mais qu’elle peut facilement s’en dégager. Elles n’ont plus la même force qu’avant. Il est toujours plus facile d’en sortir.

 

Voilà ce que je voulais vous raconter. J’espère que cet article vous aura intéressés.

Merci pour vos commentaires.

À bientôt

GL

 

LES ÉPREUVES SONT LES OMBRES PORTÉES DE RESSOURCES À VENIR

LES ÉPREUVES SONT LES OMBRES PORTÉES DE RESSOURCES À VENIR

 

LES ÉPREUVES SONT LES OMBRES PORTÉES DE RESSOURCES À VENIR

 

Les épreuves que nous traversons, les moments difficiles qui se présentent, enferment en leur sein des trésors d’abord imperceptibles. Ces trésors, on les découvrira plus tard, quand on se retournera sur ce qui aura été vécu. On regardera le chemin parcouru et dans le souvenir de ce qui était, on prendra la mesure de ce qui est advenu. Une ressource que l’on n’avait pas à l’époque, sera devenue nôtre avec le temps. Sans doute l’aurons-nous exercée en traversant l’épreuve. Mais nous n’en aurons pas eu conscience sur le moment. Ce n’est qu’après coup, que nous le remarquerons.

 

Les épreuves enferment des trésors qui se présentent à l’heure du bilan, mais que jamais nous ne pouvons imaginer au moment le plus sombre.

 

Dans la tempête, par exemple, le marin déstabilisé s’agrippe à ce qu’il peut. Ce n’est que bien plus tard, après des années d’expériences, qu’il se découvre une stabilité, un équilibre qui lui manquaient alors. Un équilibre qui fera des prochaines tempêtes des moments plus simples à vivre que lorsqu’il était jeune matelot et soumis au mal de mer.

 

AINSI, LES ÉPREUVES QUE L’ON TRAVERSE SONT LES OMBRES PORTÉES DE RESSOURCES QUE L’ON CHERCHE.

 

En devenant présentes, elles changent l’épreuve en une simple péripétie. C’est parce qu’elles ont à devenir présentes que nos épreuves ne sont pas de simples péripéties… Autrement dit, les ressources que l’on cherche sont, dans l’avenir, la raison des épreuves que l’on traverse…

 

Mais comme nous n’en avons pas conscience, c’est depuis le passé que nous cherchons à expliquer nos épreuves.

 

  • Pourtant, si une rupture sentimentale nous chamboule, ce n’est pas parce qu’un précédent est à découvrir dans notre passé… ce n’est pas parce que l’enfance a peut-être été le terrain de je ne sais quel traumatisme, mais parce qu’une stabilité intérieure nous manque encore et s’approche depuis l’autre côté. La stabilité que nous avons à rendre présente est, dans l’avenir, la cause de notre naufrage sentimental.

 

Alors comment exercer la stabilité intérieure ? Comment la rendre présente ?

 

 

Remarque : il est toujours possible de trouver des traumatismes ou des manques faisant le lit des épreuves que nous traversons. Mais ces traumatismes ou ces manques que nous avons vécus, ont été vécus de façon traumatique justement parce qu’une ressource, essentielle pour les traverser, était encore à découvrir.

 

Bien-sûr, comme les enfants ne peuvent pas encore se saisir de ces ressources, ils sont complètement livrés à ce que les adultes leur font. De fait, l’enfance est « traumatisable »… Mais l’adulte que nous sommes devenus, quelle que soit l’enfance traversée, peut être amené à découvrir et à exercer ce qui permet de guérir les traumatismes passés.

 

Poursuivons…

 

 

  • Si le désordre du monde, le chaos des perceptions nous envahissent, si nous ne savons plus où donner de la tête quand l’agenda est plein, ce n’est pas parce qu’il y a trop à faire, mais parce que nous manque la juste mesure qui permet de garder une vue s’ensemble plutôt que de passer d’une information à l’autre. Nous courrons d’une information à la suivante, essayant de les traiter le plus efficacement possible pour enfin pouvoir avoir du temps, alors que c’est la profondeur, par laquelle on prend le temps de percevoir l’ensemble, qui nous manque. Du coup, plus rien n’a de perspective, il n’y a plus de hiérarchisation et nous nous retrouvons dans un monde où toutes les informations sont sur le même plan.

 

Alors comment exercer la profondeur intérieure ? Comment la rendre présente ?

 

  • Si un obstacle se dresse sur notre chemin et vient empêcher notre projet, ce n’est pas parce que je ne sais qui nous met des bâtons dans les roues. Certes, quelqu’un, par ses choix, peut bien être à l’origine de notre déconvenue, mais la cause du blocage est à chercher dans l’avenir. Elle est à chercher dans notre difficulté à garder notre projet en conscience et de ne pas nous projeter dans un résultat. C’est notre projection qui est déçue par l’obstacle. Le projet, lui, reste le même si nous sommes attentifs à ne pas l’abandonner et à choisir le prochain pas. Avancer pas à pas et ne pas oublier que le projet est entièrement contenu dans chacun des pas que l’on pose, telle est la ressource à découvrir lorsqu’un obstacle se dresse.

 

Alors comment exercer la persévérance du pas à pas ? Comment trouver ce courage qui nait de ce pas à pas ? Comment le rendre présent ?

 

 

  • Si un évènement malheureux se présente et vient assombrir la vie, donnant peut-être même l’impression qu’elle n’a plus de goût, ce n’est pas parce que ça s’est mal goupillé, mais parce qu’il nous est difficile de nous ouvrir à tous les possibles. Notre ouverture à l’avenir est tellement sélective que tout ce qui ne rentre pas dans nos canons, nos critères, nos valeurs, est repoussé. Du coup nous restons avec ce que nous connaissons et redoutons que ce que nous connaissons soit remis en question.

 

Alors comment exercer cette ouverture à tous les possibles ? Comment la rendre présente ?

 

Et avant même d’exercer la stabilité intérieure, la profondeur intérieure, le courage du pas à pas, l’ouverture à ce qui se présente, il est essentiel d’apprendre à percevoir laquelle de ces quatre ressources est requise selon les épreuves que nous traversons.

 

D’ailleurs, s’il était possible pour un éducateur, un médecin, un psychologue… de percevoir, en toute situation, la ressource à venir qui leur serait à eux-mêmes nécessaire d’exercer pour aller à la rencontre d’une situation difficile avec un élève, un patient, un client… ils auraient, comme le marin découvrant la stabilité dans la tempête, de quoi rencontrer les tempêtes de leur quotidien plus sereinement.

 

Ils pourraient alors mieux discerner les enjeux propres à leur élève, leur patient, leur client et devenir créatif pour les aider à aller mieux.

 

Tel est le sujet de la démarche Saluto.

Vous pouvez vous informer en suivant ce lien.

 

Bien à vous

 

Guillaume Lemonde

 

LE PRINCIPE ANTISOCIAL DU COMBAT POUR LES MINORITÉS

LE PRINCIPE ANTISOCIAL DU COMBAT POUR LES MINORITÉS

 

Depuis bon nombre d’années, probablement depuis les années 60, 70, on a fait du droit des minorités de toute nature, un sujet. Un sujet de révolution sociale, pourrait-on dire. Comme l’expose l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté, les années 1950 avaient montré les limites de la révolution soviétique et il devenait difficile, pour les penseurs de gauche, de s’identifier à ce que Staline en avait fait. Le communisme qui avait été pour bon nombre de gens une grande espérance, se changeait en un enfer sibérien.

 

Dans les milieux intellectuels français on se demandait alors, après avoir défendu la cause du prolétariat, quel pourrait être le nouveau sujet révolutionnaire, sans pour autant le trouver : était-ce le droit des femmes, des minorités ethniques, des personnes handicapées, des aliénés, des détenus ?

 

Tous ces sujets étaient sans rapport les uns avec les autres. Mais ils avaient toutefois un point en commun : celui d’être à la périphérie de l’ordre social.

 

 

IL FALLAIT DONC DÉCONSTRUIRE CET ORDRE SOCIAL

 

À partir des années 80 on se dit qu’il fallait déconstruire cet ordre social ne laissant pas de places aux minorités. Un ordre social qui fut, de ce fait, bientôt vu comme phallocrate, raciste, xénophobe…

 

Cette pensée de la déconstruction fut développée par le philosophe Michel Foucault qui devint, en agrégeant ces subjectivités dispersées, sinon une sorte de nouveau Marx, du moins un maître à penser important. Là où les soviétiques critiquaient le capitalisme, on critiquerait désormais la civilisation occidentale. Il fallait la déconstruire car aliénante pour les minorités. Là où le bourgeois était critiqué, on critiquerait désormais l’Homme blanc et ses privilèges.

 

Cette thèse trouva un écho dans certaines universités américaines, d’où émergea une nouvelle idéologie, celle de la convergence des luttes : comme il y avait différentes minorités, il fallait qu’elles s’appuient les unes sur les autres pour permettre une transformation sociale permanente sous le signe de la déconstruction. Le mot d’ordre ne fut plus de faire accéder le prolétariat au pouvoir, mais les minorités au pouvoir !

 

Lorsque le président Macron évoquait récemment le privilège blanc, il s’appuyait (peut-être à son insu) sur cette idéologie du nouvel ordre diversitaire. Une idéologie selon laquelle les minorités sont victimes d’une majorité privilégiée. Il s’agit donc de défaire cette majorité considérée comme tyrannique…

 

Ceci est aux antipodes de la démocratie telle que nous la connaissons, basée sur la décision de la majorité et l’acceptation de cette défaite par la minorité. Désormais les minorités ne peuvent être défaites car elles sont censées être des victimes de la majorité. On ne peut pas se dresser contre des victimes !

 

 

JE VOUS LAISSE ÉCOUTER L’APPORT

DE MATHIEU BLOCK-CÔTÉ À CE SUJET.

 

Mathieu Block-Côté nous explique que lorsque la souveraineté populaire prend le masque de la tyrannie de la majorité, la démocratie ne peut plus s’exprimer dans le cadre des débats parlementaires. Elle se déplace dans les tribunaux. C’est là que l’on juge les préjugés que la majorité des gens est supposée avoir au sujet des minorités.

 

Ainsi, tandis que les références culturelles de la nation sont « déconstruites », on assiste à la naissance d’un langage devant être adopté si l’on veut montrer sa non-appartenance à la majorité soi-disant haineuse des minorités, et ne pas être attaqué en justice. On assiste également à la naissance d’une écriture adaptée, l’écriture inclusive. Nous nous devons d’être « politiquement corrects ».

 

D’aucun rétorquera qu’il fallait bien s’occuper du droit des femmes, mais aussi du droit des prisonniers, des aliénés, des personnes handicapées, des minorités ethniques, etc. et qu’il y a d’ailleurs encore beaucoup à faire. Certes.

 

 

MAIS EST-CE QUE LES MOYENS QUE L’ON S’EST DONNÉ POUR Y RÉPONDRE OUVRENT OU FERMENT L’AVENIR ?

 

Est-ce que ce sont des moyens qui ouvrent l’avenir, c’est-à-dire qui permettent de faire advenir le meilleur, ou des moyens qui ferment l’avenir en intensifiant finalement ce contre quoi on était supposé lutter ?

 

Reprenons le sujet depuis le début : il y a des minorités. À dire vrai, chaque fois que l’on s’identifie à quelque chose de non majoritaire dans certains cercles, on forme avec d’autres, une minorité. Il y a donc beaucoup de minorités de toutes sortes. Plus l’identification repose sur un point précis et plus la minorité est petite. On le voit avec les mouvements LGBT : avec le temps, de multiples sous-groupes se sont formés.

 

Ces minorités veulent avoir les mêmes droits que tout le monde et se battent pour être reconnues.

 

Mais là est le paradoxe : le droit doit-il être adapté spécifiquement pour respecter les minorités qui le réclament ou bien être le même pour tout le monde ?

 

S’il doit être le même pour tout le monde, nous avons à nous démener pour qu’il soit appliqué de la même façon pour tout le monde, indépendamment du sexe, de l’origine ethnique, de la religion, etc. Indépendamment de la minorité à laquelle on s’identifie. C’est ce que voulait par exemple Martin Luther King. Ses sermons n’étaient pas destinés à promouvoir le droit des afro-américains. Ils étaient là pour promouvoir le droit de tous les américains, quelque soit leur couleur de peau.

 

 

À CE SUJET, L’ARTICLE : COMMENT ÉCHAPPER À LA GÉNÉRALISATION DU RACISME.

 

Martin Luther King avait en vue plus grand que les intérêts de la minorité ethnique à laquelle il appartenait. Il avait en vue toute la société américaine. Il allait vers plus grand que lui-même, vers l’altérité. Il était concerné par la façon dont la justice était rendue pour tout le monde.

 

Chacun a ses spécificités, mais chacun est soumis aux mêmes règles du jeu. Il est alors important de faire respecter les règles du jeu de façon non spécifique. Il est important qu’il ne puisse pas y avoir deux poids deux mesures. Jamais. C’est le principe d’égalité qui devrait régir de ce fait la justice.

 

À l’inverse, en essayant de faire respecter les droits spécifiques d’une minorité, en promouvant par exemple la discrimination positive, la parité et en adoptant un langage policé pour protéger les susceptibilités de chacun, on s’éloigne de l’altérité.

 

On ne rencontre pas l’autre, mais des critères l’identifiant à une minorité. Et l’on agit selon ces critères. Or, agir selon des critères identifiant une personne à une minorité, c’est, selon le niveau identificatoire, agir d’une façon sexiste, xénophobe, raciste…

 

Par exemple, l’écriture inclusive procède d’un sexisme qui ne dit pas son nom. De même, retirer « Autant en emporte le vent » des plateformes de streaming, au motif que l’on y voit des « personnes de couleur » sous la domination blanche, est un racisme qui ne dit pas son nom.

 

En s’identifiant à une minorité, chacun reste dans un quant à soi opposé à l’identité des autres.

 

Alors parviendrons-nous à nous identifier à ce que nous avons d’unique et non à un groupe ? Parviendrons-nous à découvrir que chaque personne est différente ? L’autre est par essence différent (même s’il a la même couleur de peau que la mienne ou le même sexe…)

 

CELUI QUE JE CROIS ÊTRE COMME MOI N’EST PAS L’AUTRE, MAIS UNE PROJECTION SUR L’AUTRE DE CE À QUOI JE M’IDENTIFIE.

 

Et d’ailleurs, si je m’identifie à ce quelque chose que j’ai en commun avec d’autre, alors ce critère ne peux pas désigner qui je suis, mais un groupe anonyme qui me tient lieu d’identité, et qui n’est pas moi.

 

DONC, REPRENONS : CELUI QUE JE CROIS ÊTRE COMME MOI N’EST PAS L’AUTRE, MAIS UNE PROJECTION SUR L’AUTRE DE CE À QUOI JE M’IDENTIFIE, ET QUI N’EST PAS MOI.

 

Tant que l’on ne prend pas conscience de ça, on s’éloigne des autres et c’est la guerre de tous contre tous que l’on prépare.

 

Guillaume Lemonde

 

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SI J’AVAIS SU…

SI J’AVAIS SU…

 

“Si j’avais su, j’aurais pas venu”, disait Tigibus dans la Guerre des Boutons[1].

Je me souvenais de cette phrase alors que j’entendais un jour dans un restaurant, deux dames discuter à une table voisine à la mienne. Après un échange animé, elles étaient manifestement tombées d’accord et s’enthousiasmaient de l’avoir remarqué. Leurs voix dominaient les conversations feutrées des autres convives.

– Si j’avais su, disait l’une… Si j’avais su tout ce qu’il faudrait traverser en me mariant…

– C’est sûr, confirmait l’autre. Heureusement qu’on ne sait pas à l’avance ! C’est comme de vouloir un enfant… Il faut une bonne dose d’inconscience pour se lancer. Petits enfants, petits problèmes…

– Grands enfants, grands problèmes. Et pour le boulot, c’est pareil… Si j’avais su tous les ennuis qu’on rencontrerait, sûre que je n’aurais jamais postulé.

– Pareil…

En entendant ces dames philosopher sur le thème de l’avenir-on-ne-le-connait-pas-et-c’est-tant-mieux, je constatais également leur connivence. Elles étaient manifestement de bonnes amies. Je comprenais qu’elles étaient collègue de travail et qu’elles s’étaient rencontrées dans cette entreprise qu’elles n’auraient jamais choisie, si elles avaient su.

Bref, pour le dire encore autrement, je me disais que si ces elles avaient su, ces dames ne seraient pas devenues de bonnes amies !

SI J’AVAIS SU

Lorsqu’on se dit « Si j’avais su », on se transpose dans le passé en imaginant un autre choix que celui que l’on avait fait à cette époque-là. C’est comme si on voulait agir dans le passé. On s’imagine d’autres conséquences. Or, vouloir agir dans le passé, (ce qui est la définition même de la nostalgie), c’est se conformer à la loi du passé, selon laquelle chaque situation est due à un événement passé. Si j’avais su, j’aurais fait autrement et ce serait différent aujourd’hui… Cette loi de causalité, à la base de la logique, déclare qu’il y a pour chaque effet, une cause ou un faisceau de causes à trouver. Aucun évènement ne peut survenir sans qu’une cause ne le précède.

Ainsi, le « Si j’avais su » repose sur la croyance que tout ce qui survient n’est que le prolongement du passé. Et si l’on prend ça au sérieux, cela signifie également que rien de nouveau ne peut survenir, puisque ce qui arrive n’est que le développement de ce qui existe déjà.

Lorsqu’on se complet à se dire, « si j’avais su », on s’enferme dans un monde au passé, dans lequel rien de nouveau ne peut apparaitre. Comme dit, si les deux dames du restaurant avaient su ce qui les attendaient à leur poste de travail, elles n’auraient pas postulé et elles ne se seraient pas non plus rencontrées… Cette nouveauté dans leur vie n’aurait pas pu survenir !

SI JE SAVAIS

Dans le Petit Prince de Saint Exupéry, la rose réclame un globe pour être protégée des chenilles. Si une de ses feuilles devait être grignotée par une chenille, la rose pourrait légitimement se dire : si j’avais su, j’aurais insisté davantage pour que l’on m’installe un globe. J’aurais été tranquille. Mais cette rose, en ne pouvant pas accueillir les chenilles, passerait également à côté de la possibilité de connaître les papillons.

Ainsi, si nous pouvions accueillir ce qui nous arrive, sans nous dire pour autant : « Si j’avais su », nous pourrions sortir de la logique du passé. Nous pourrions nous ouvrir à ce qui vient de l’avenir. Bien-sûr, cette ouverture implique de trouver en soi la ressource qui le permet. Et cette ressource, comme on ne sait pas de quoi est fait l’avenir, est celle qui permet d’accueillir tous les possibles.

C’est parce qu’un papillon est à venir, qu’une chenille se trouve là. Le papillon est la cause à venir de la chenille qui embête la rose.

Peut-elle accueillir la possibilité qu’une chenille trouble son confort ?

Il est certain que si elle savait ce qui s’annonce à travers l’épreuve de la chenille, ce serait plus simple à vivre. Mais on ne sait pas de quoi est fait l’avenir…

IL FAUT BIEN QUE JE SUPPORTE DEUX OU TROIS CHENILLES SI JE VEUX CONNAÎTRE LES PAPILLONS.

« Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux connaître les papillons. »[2] constate finalement la rose.

Il est important de comprendre que le passé est immuable. Ce qui est toujours pareil se développe depuis le passé. Ce qui est toujours nouveau, en revanche, s’explique à partir de l’avenir. Le hasard, l’imprévu, l’irrationnel, ne s’expliquent pas à partir de causes passées. Ils remettent en cause ce à quoi on peut s’attendre, et donc ce qui est toujours pareil.

Le toujours pareil étant bien connu, il peut être également rassurant. Aussi, l’avenir, en remettant le passé en question, remet en question ce qui nous rassure. Quand l’avenir survient, ce n’est pas forcément agréable. On se dit alors facilement, si j’avais su, j’aurais tout fait pour que rien ne change.

Mais si on savait ce qui vient s’offrir à travers cet inconfort…

RECEVOIR LES CADEAUX QUE LA VIE NOUS FAIT, C’EST CE QUE PERMET LA CONFIANCE.

Recevoir les cadeaux que la vie nous fait, c’est ce que permet la confiance. La confiance n’est pas la projection que tout va bien aller. Avoir confiance ce n’est pas être prévoyant au point de ne plus à avoir se dire : Si j’avais su.

Non ! Avoir confiance, c’est pouvoir accueillir ce qui est comme ça vient. C’est accueillir tous les possibles, même ce qui ne me convient pas et qui brusque notre confort ou nos habitudes.

Accueillir les chenilles et découvrir les papillons à venir qui en sont la cause.

À chaque fois que nous nous disons « Si j’avais su », nous pourrions nous arrêter un instant et compléter cette affirmation d’un « Si je savais » salutaire…

 

À méditer.

 

Un article à ce sujet pourrait vous intéresser : CHANCE OU MALCHANCE ?

Un autre ici : UN MOYEN D’EXERCER LA CONFIANCE EN LA VIE

Un autre encore : AVOIR CONFIANCE ! COMMENT FAIT-ON ?

Et enfin : L’AVENIR, TU N’AS POINT À LE PRÉVOIR !

 

Cet article vous a-t-il plu ? N’hésitez pas à le partager avec vos amis et à laisser un commentaire.

Guillaume Lemonde

[1] Louis Pergaud, La guerre des boutons

[2] Antoine de Saint Exupéry, Le Petit Prince.

 

 

 

 

 

LE TRIOMPHE DU DOCTEUR KNOCK

LE TRIOMPHE DU DOCTEUR KNOCK

 

 Vous souvenez-vous du canton de Saint Maurice, celui que le célèbre docteur Knock transforma en laboratoire d’expérience de sa théorie médicale ?

Eh bien nous y sommes… La planète entière est devenue le canton de Saint Maurice !

Dans Knock ou le Triomphe de la médecine (1924), Jules Romain décrit une dystopie qui est devenue notre réalité en l’espace de quelques mois. Si vous n’avez pas vu cette pièce de théâtre, je ne peux que vous en recommander la lecture.

Jules Romain nous raconte l’histoire édifiante d’un médecin qui prend la succession du docteur Parpalaid et qui parvient, en seulement trois mois, à confiner tout le canton en rendant ses habitants hypocondriaques. Chacun traque le moindre symptôme avec angoisse.

Comment s’y prend-il ?

Le plus naturellement du monde : en poussant à fond et jusque dans ses dernières conséquences, une politique sanitaire cohérente avec la compréhension que l’Université se fait de l’humain et de la maladie.

 

Pour l’Université, l’humain est le produit d’un code génétique et d’un milieu.

Elle enseigne les rouages d’une mécanique biologique douée de conscience. Mais comme la mécanique est complexe, celle-ci est vouée à subir les affres de sa complexité, à tomber en panne, et même, panne ultime, à mourir.

Ainsi, pour l’Université, la maladie s’explique par un dysfonctionnement, une altération d’un système à un niveau quelconque (moléculaire, mental, émotionnel…).

On comprendra aisément qu’avec une telle compréhension mécaniste de la maladie, compréhension devenue aujourd’hui toute naturelle pour la plupart d’entre nous, il vaut mieux prévenir que guérir. Il faut mettre en place des examens préventifs. Tandis qu’on emmène sa voiture chez le garagiste pour une révision, on fait un check-up. On essaie de débusquer le petit grain de sable qui pourrait enrailler la mécanique.

Ce petit grain de sable, c’est ce que l’on appelle un facteur pathogène. Il développe ses effets plus ou moins rapidement et il est donc important de le découvrir à temps, avant que les dégâts ne soient trop avancés et peut-être irréversibles.

Ce qui fait dire au docteur Knock que « les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ! »

LES GENS BIEN PORTANTS SONT DES MALADES QUI S’IGNORENT !

Cette phrase fait rire dans le texte de Jules Romain, mais elle fait rire jaune. Elle est l’exacte conséquence de notre compréhension mécaniste de l’humain.

Que faisons-nous aujourd’hui en suspectant tout le monde d’être porteur d’un virus ? La même chose. « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ! » Alors dépistons ! Dépistons !

« Leur tort, c’est de dormir dans une sécurité trompeuse, dont les réveille trop tard le coup de foudre de la maladie. »

« On peut se promener avec une figure ronde, une langue rose, un excellent appétit, et receler dans tous les replis de son corps des trillions de bacilles de la dernière virulence capables d’infecter un département ! »

C’est pourquoi le docteur Knock met ses patients au lit – par prudence. On ne l’est jamais assez. Et les conseils scientifiques du monde entier semblent avoir lu Knock : positif ou négatif, nous sommes tous considérés comme malades, par précaution. Même en bonne santé, vous devez vous confiner et prendre votre température et suivre les procédures que les autorités ont préparées pour vous.

Les bienportants ? « Mon rôle, c’est de les déterminer, de les amener à l’existence médicale ». Alors personne ne doit prendre le risque de sortir. On se confine et l’on vit comme si on était souffrant.

Il n’y a plus de personnes en bonne santé. Toutes sont qualifiées d’asymptomatiques… Des malades sans symptômes… Nous sommes tous a priori contagieux et potentiellement menaçants.

La maladie étant comprise comme la conséquence d’un grain de sable venu enrailler un système complexe, l’expertise de la médecine est de débusquer les grains de sables les plus minuscules soient-ils. Aujourd’hui avec les PCR, on ne se contente même plus de trouver un virus : on augmente la sensibilité des tests pour trouver des fragments d’ARN, des restes de virus…

Lorsque l’on emprunte ce chemin, on ne peut plus se contenter de soigner les maladies déclarées. On veut trouver les grains de sables que personne n’avait encore vus. Le sujet qui vient consulter est forcément malade de quelque chose et si l’on ne trouve rien de suspect, il faut le revoir plus tard pour se donner une deuxième chance de trouver.

Quand je rencontre un visage, mon regard se jette, sans même que j’y pense, sur un tas de petits signes imperceptibles…”

Le docteur Knock scrute, questionne. « Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille ? » Il traque les symptômes et les habitants de Saint Maurice poursuivent cette traque, tels les patients modernes qui s’en remettent à internet pour se découvrir toutes sortes de pathologies abominables. Ce mal de ventre est le tout premier symptôme d’une tumeur du pancréas, lisent-ils sur le site Doctissimo. Cette céphalée annonce possiblement une tumeur cérébrale. Demandez à votre médecin une IRM…

Docteur, je respire un peu moins bien… C’est la Covid ? On traque la perte d’odorat et de goût, la fièvre… On se dépiste, certains le font même chaque semaine. Ils craignent de contaminer leur grand-mère. Ils sont malades à l’idée de la rendre malade.

 

Cette crise sanitaire révèle l’humain dans sa mécompréhension de lui-même.

Elle permet d’aller jusqu’au bout de l’absurdité pour toucher à la chance de se réveiller à l’essentiel. L’absurdité, c’est de se prendre pour le fruit d’une biologie et d’un contexte, se prendre pour une mécanique biologique pensante. Se croire le produit d’une biologie, c’est donner à la biologie une prééminence. Les Hommes ne se perçoivent pas fondés en eux-mêmes, mais en quelque chose qui les a produits. Ils sont la mise en œuvre d’un code génétique. Du moins, ils le pensent trop souvent et la biologie devient pour eux ce dont tout est issu. Elle est le Dieu vivant qui les engendre. Et pour ce Dieu, ils ont des grands prêtres en blouse blanche capables de décider ce qui est bon pour eux ou ce qui ne l’est pas.

Pourtant, si nous n’étions que le fruit d’une biologie, nous ne répondrions qu’à sa mécanique. Aucun acte ne pourrait être posé sans qu’il ne soit une réponse à un stimulus, un manque, un besoin, une soif, un appétit… Il n’y aurait pas d’acte désintéressé, pas d’amour dans un tel monde. Certains penseurs sont allés loin dans cette illusion mécaniste, jusqu’à décréter que le libre arbitre n’existe pas. Comment le pourrait-il si nous ne faisons que répondre à une mécanique ?

AVONS-NOUS UN LIBRE-ARBITRE ?

Mais là se tient l’enjeu de cette crise sanitaire : percevons-nous cet endroit en nous, capable de ne pas répondre aux mécanismes qui nous poussent à agir dans un sens ou dans un autre ? Et par exemple capable de ne pas répondre à la peur qui demande biologiquement à être calmée ? Vite mon test PCR ! Vite mon vaccin ! Vite mon passeport vaccinal ! Mais également : Vite mon post pour dénoncer ce que j’ai entendu ! Vite rameuter le plus de gens possible pour que l’on sache ce que l’on nous cache !

Quand on se prend pour une machine, on a peur des grains de sable. Et de fait, notre corps est une merveilleuse mécanique biologique, mais sommes-nous identiques à ce corps ? Sommes-nous ce corps ou dans ce corps ? C’est là exactement que se trouve l’enjeu. Qui sommes-nous ?

La crise sanitaire et tout ce qu’elle révèle, est l’occasion de découvrir qu’il est possible de trouver en soi cet endroit à partir duquel nous pouvons traverser la peur.

 

L’ÉPIDÉMIE, LA PEUR ET SAINT LOUIS

La confiance, l’engagement, la mesure que l’on pourrait nommer profondeur intérieure, ainsi que la stabilité intérieure qui permet de se tenir dans des paradoxes, ne sont pas les produit du passé. Ils ne sont pas les produits d’un contexte ou d’une biologie… Je l’affirme ici, mais vous conviendrez qu’il serait étrange de subordonner la confiance ou le courage à un contexte favorable. N’est-ce pas au contraire quand tout semble aller mal que ces vertus sont requises ? De même, la mesure et la stabilité sont justement à trouver lorsque le contexte et la biologie nous envahissent ou nous déstabilisent.

Alors il est temps de remarquer que cette crise sanitaire nous fait réagir. Nous réagissons à notre peur, comme nous réagissons aux aversions que nous éprouvons envers ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous réagissons, comme réagissent les mécaniques aux stimuli qui les mettent en mouvement et nous étonnons d’être traités comme des mécaniques et non comme des humains fondés en eux-mêmes. On nous prive de libertés essentielles, mais les mécaniques qui réagissent à la peur et à la haine n’en ont pas.

Le triomphe du docteur Knock provient de ce que nous avons oublié, ou peut-être pas encore découvert que nous sommes bien plus grand qu’une mécanique biologique. Simplement il ne s’agit pas de le clamer. Il s’agit de remarquer combien nous suivons la peur en agissant de toutes sortes de manières pour la calmer.

S’ils avaient eu confiance en la vie, s’ils s’étaient engagés pour une tâche plus grande que leur confort, s’ils avaient eu cette profondeur qui permet de ne pas focaliser sur de petits détails et s’ils avaient été stables à ne pas se laisser influencer par le docteur Knock, les habitants du canton de Saint Maurice ne seraient pas entrés dans le jeu morbide de « l’âge médical ». Cela n’aurait même pas été compliqué. Le docteur Knock n’aurait trouvé chez eux aucun écho.

Guillaume Lemonde

 

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QU’EST-CE QUI EST À L’ORIGINE DU COMPLOTISME ?

QU’EST-CE QUI EST À L’ORIGINE DU COMPLOTISME ?

 

Dans complotisme, il y a complot…

Un complot est un projet plus ou moins répréhensible d’une action menée en commun et secrètement. Telle est la définition du dictionnaire Larousse.

 

Il serait naïf d’affirmer qu’il n’existe pas de complots. Dans le domaine de la finance par exemple, il est évident que les campagnes de prise de position sur des valeurs boursières, nécessitent des actions menées en commun et secrètement. De même, les services secrets de chaque nation agissent par nature à travers des complots.

En somme, des actions secrètes peuvent être menées dans le cadre de stratégies par tout un chacun.

 

Mais s’il est naïf de croire en l’absence de complots, en imaginer là où il n’y en a pas forcément est tout aussi problématique.

 

CETTE PROPENSION À TENIR POUR RÉELS DES COMPLOTS LÀ OÙ IL N’Y EN A PAS, EST CE QUE L’ON APPELLE LE COMPLOTISME.

 

Il est vrai que la plupart du temps il n’est pas aisé de départager le vrai du faux. Par nature, un complot étant secret, il n’est pas facile à éventer.

L’accident de Lady Die a-t-il été orchestré sur ordre de la famille royale, comme le pensent certains ?

JFK a-t-il été assassiné par la CIA ?

Je vous passe les complots d’actualité, comme ceux que l’on impute (à tort ou à raison…) à Bill Gates, l’OMS et aux grands fabricants de vaccins.

Entrer dans ces polémiques ne nous servirait à rien : ce n’est pas le sujet de cet article. Le sujet qui nous intéresse ici, c’est le complotisme, cette propension à voir des complots où il n’y en a pas forcément. On confond aujourd’hui complotisme et dénonciation de complot…Celui qui dénonce un complot le fait sur des faits. Tout comme le médecin diagnostique une maladie à partir de faits. Le complotiste, quant à lui, croit aux faits qu’on lui fournit, tout comme l’hypocondriaque croit à sa maladie.

Ce que nous voulons ici, c’est caractériser ce phénomène nommé complotisme et qui s’est emparé des réseaux au point de pouvoir avoir une influence sur les comportements sociaux.

L’influence complotiste sur l’opinion publique est jugée comme très inquiétante par certains. Tandis que d’autres expliquent que si ces informations envahissent les réseaux sociaux, c’est bien parce que ces réseaux sont le seul espace possible pour dénoncer ces complots que les grands médias nous cachent… Et pourquoi les cacheraient-ils ? Parce qu’il y a complot justement…

 

IL N’EST PAS POSSIBLE DE DÉBATTRE AVEC LA PENSÉE COMPLOTISTE

C’est impossible car un débat (étymologiquement débat cela signifie, sortir du combat), demande de cesser de combattre l’opinion de l’autre, mais de l’accueillir, au contraire, en la tenant un moment au même niveau que sa propre opinion. Cela demande une présence à ce qui est énoncé par l’autre et une présence à l’intervalle que forme ces opinions contradictoires. Ainsi, pour qu’il y ait débat il faut pouvoir se tenir dans un paradoxe fermement tout en se disant : « je ne sais pas. ».

Si aucun des deux partenaires ne peut s’ouvrir au point de vue de l’autre, on aura un combat d’opinion, de la propagande, comme trop souvent avec certains journalistes qui oublient la charte de Munich.

 

ALORS POUR ALLER PLUS LOIN AU SUJET DU COMPLOTISME, OFFRONS-NOUS L’ESPACE D’UN DÉBAT INTÉRIEUR…

 Essayons nous-mêmes de nous tenir entre deux opinions opposées :

Opinion n°1 : l’OMS, la fondation Rockefeller, Bill Gates et les grands fabricants de vaccins… sont responsables de complots.

Opinion n°2 : il n’y a pas de complot.

 

1.   OPINION N°1

 

L’OMS, Bill Gates et les grands fabricants de vaccins… sont responsables de complots. Prenons le temps de l’imaginer.

Que vous en soyez convaincus ou que cela vous semble absurde, glissez-vous un moment dans l’évidence que tout ça existe. Restez avec cette idée. Faites-la vôtre.

Quelles sensations montent en vous, ce faisant ?

Pour ma part, si j’imagine que l’existence de ces complots est réelle, je constate que la connaissance de ces complots ordonne mon univers autour d’eux.

À vrai dire, si je suis certain qu’un complot est en marche, les faits n’ont plus aucune importance en eux-mêmes : ils sont assujettis à ma certitude. Ce ne sont pas les faits que je lis, mais ma certitude que j’illustre à travers eux.

 Bref, je suis sous l’influence d’un biais de confirmation : je ne garde que les informations qui vont dans le sens de ma certitude. Tous les autres me semblent manipulés par les comploteurs eux-mêmes.

Donc tout devient très simple. Il y a les informations que je comprends et qui corroborent ma certitude. Celles-là, je les garde. Il y a les informations qui infirment mes certitudes. Celles-là, je les repousse.

Et je m’active pour chercher des informations qui vont dans mon sens, les combiner correctement de façon à ce qu’elles s’emboitent bien. Je suis devant un grand puzzle et je cherche les pièces manquantes.

Lorsque j’en trouve une qui confirme ma certitude, j’éprouve une grande satisfaction.

Ainsi, en imaginant qu’il y a un grand complot, deux impressions me viennent :

 

  • La première est que l’identification de ces complots rend le monde enfin intelligible! Il est simple à comprendre (quand on sait ce que l’on nous cache…)
  • La seconde est que le monde est mauvais ou dangereux (il y a un grand complot).

2.    OPINION N°2

Il n’existe aucun complot nulle part.

Prenons le temps de l’imaginer.

Quelles sensations montent en vous, ce faisant ?

Pour ma part, ce que je ressens, c’est de l’insouciance. La tête est calme. Le petit moulin mental qui voulait vérifier que toutes les pièces du puzzle sont en place, s’est arrêté de tourner. C’est léger. Il y a de la lumière….

Et en même temps, si j’évince toute idée de complot, le monde me parait d’abord incohérent. Au moins, la pensée complotiste proposait une grille de lecture. Sans cette grille-là, je me retrouve devant un fouillis d’informations sans aucune hiérarchisation.

Je suis comme devant un puzzle géant dont on aurait décollé l’image de chaque pièce… Il me manque soudain une grille de lecture !

 

 

NOUS AVONS TOUS BESOIN D’UNE GRILLE DE LECTURE OU D’UN CRITÈRE DE HIÉRARCHISATION POUR SUPPORTER LE CHAOS DE NOS PERCEPTIONS.

 

Nous avons besoin d’ordonner ce que nous percevons, donner une perspective aux faits qui nous sont rapportés. Nous cherchons à les relier entre eux.

Nous nous appuyons d’abord sur des analogies de formes, de couleurs, de fonctions… Par exemple, tous les ustensiles de cuisines sont rangés dans la cuisine. Des analogies de sujets : on peut classer les informations économiques ensemble, et les politiques dans un autre paquet…

 

Mais lorsqu’il s’agit de trouver l’agencement global, celui qui prenne tout en compte, on ne sait plus comment s’y prendre. Il y a tellement de possibilités de classements, de hiérarchisations…

 

LORSQUE NOUS SOMMES INCAPABLES D’HIÉRARCHISER PAR NOUS-MÊMES, NOUS IMAGINONS UNE HIÉRARCHISATION CACHÉE.

Une hiérarchisation cachée, c’est une intentionnalité qui ne dépend pas de nous.

Et cette intentionnalité peut être bonne comme mauvaise, selon que le monde nous semble bon ou mauvais.

 

Aux époques où l’on évoquait encore Dieu et le diable,  c’est à eux que l’on imputait l’intentionnalité des faits que l’on ne comprenait pas.

 

– Avec Dieu, on se disait que l’intentionnalité ne pouvait être que bonne.

Avec Lui, même les épreuves étaient méritées et si on ne savait pas pourquoi elles arrivaient, Lui le savait et elles étaient forcément bonnes pour nous.

 

– Avec le Diable (et avec celles et ceux censés lui avoir fait allégeance : les sorcières, les pestiférés, les loges secrètes…), on se disait que l’intentionnalité ne pouvait être que mauvaise.

Il fallait se méfier de tout, même de ce qui pouvait sembler bon.

 

Ainsi, en imaginant qu’il n’y a pas d’intentionnalité malveillante pouvant expliquer les incohérences du monde, et donc pas de complots, deux impressions me viennent :

  • Le monde est bon.
  • Mais le monde est inintelligible, complexe. Et c’est assez vite insupportable…

 

En somme, la tendance à voir des complots là où il n’y en a pas, provient du besoin de supporter la complexité du monde que l’on éprouve comme mauvais.

 

 

IL Y A UN COMPLOTISTE EN CHACUN DE NOUS

 

Sans aller jusqu’au complot planétaire, la pensée complotiste nait du besoin de supporter la complexité du monde en trouvant une manière de hiérarchiser les informations d’emblée incohérentes. Ce besoin est universel.

 

Et ce besoin bien légitime, est ici orienté par l’idée sous-jacente, que le monde est mauvais…

 

 

1-   LE MONDE EST-IL MAUVAIS ?

 

Dans le cadre d’un débat intérieur, je peux prendre cette hypothèse pour vraie et prendre en même temps pour vraie l’hypothèse que le monde est bon. Si je me tiens dans cet intervalle, il m’apparait assez vite que le monde n’est ni l’un ni l’autre. Il est. Il est comme il doit être.

Aucun fatalisme là-dedans. Arriver à la perception intérieure que le monde est comme il doit être, demande de pouvoir se tenir dans la vie en accueillant toutes les possibilités sans les classer soi-même en bonne ou mauvaise.

Cette attention portée à la vie en ce sens, s’appelle confiance.

 

 

Le complotisme, en classant les évènement selon un système de valeur, est la marque d’un manque absolu de confiance en la vie.

Et cela nous concerne tous : la confiance n’est pas une ressource naturelle. Elle ne nous est pas donnée avec le biberon. Elle s’accueille, elle s’exerce. Elle se découvre quand il s’agit de s’ouvrir à de l’imprévu, de l’inconfort, des pertes, des deuils…

Elle se vit en grand sur le seuil de la mort. Elle s’approche de nous depuis ce seuil-là.

Soigner le complotiste en soi, c’est exercer la confiance en la vie !

 

À ce sujet lire l’article : Nous entrons dans la vie par la porte de la mort.

 

 

2-   SUPPORTER LA COMPLEXITÉ DU MONDE

La somme de perceptions avec lesquelles nous avons à faire, est effarante. Elles s’accumulent au fil des jours et non seulement elles sont parfois incompréhensibles, mais encore elles semblent souvent ne pas avoir de lien entre elles.

Alors on cherche à mettre ces éléments en lien pour calmer cette incompréhension. Plutôt que de laisser parler les faits, on cherche l’explication soi-même… On combine des données pour trouver une explication qui nous satisfasse.

Cependant, les connections que l’on cherche à faire ne parlent pas du monde mais de notre arbitraire. Elles parlent de notre difficulté à accueillir le monde comme il est.

Or on ne comprend pas le monde en associant des faits les uns aux autres, on s’en éloigne au contraire.

On s’enferme dans l’illusion d’une histoire que l’on se raconte et que l’on cherche à se confirmer en gardant tous les éléments congruents avec elle et en repoussant les autres.

Nous succombons au biais de confirmation. Les scientifiques connaissent les dangers de ce biais. Ils apprennent à laisser parler les faits et non à confirmer leurs hypothèses en repoussant les observations qui ne leur conviennent pas.

 

Par le biais de confirmation, nous faisons de coïncidences des corrélations et de corrélations des causalités. Nous les faisons… Nous ne les percevons pas. Nous sommes aveugles à la réalité.

 

La seule façon de s’en sortir pour connaitre le monde, c’est d’avoir suffisamment d’attention pour garder les éléments que nous percevons sans essayer de les relier, ni de les classer en bons ou mauvais, en souhaitables ou non souhaitable.

 

De nouveau, la confiance dont il vient d’être question est requise (pouvoir se tenir dans la vie en accueillant toutes les possibilités sans les classer soi-même en bonne ou mauvaise).

 

Sans confiance, on choisit l’idée que l’on préfère. On ne parvient pas à tenir les faits les uns avec les autres sans les relier soi-même. On ne supporte pas les paradoxes.

 

 

Le complotisme, cette propension à tenir pour réels des complots là où il n’y en a pas, nait d’un besoin de s’exercer à la confiance.

Je ne dis pas qu’il n’existe pas de complots. Mais ne pas pouvoir envisager un instant que ceux auxquels on croit ne soient pas réels, est une forme de pathologie née de l’absence de confiance en la vie. C’est tout aussi problématique que l’hypocondrie qui pousse à reconnaitre les symptômes d’une maladie cachée, là où il n’y en a pas forcément. Allez convaincre un hypocondriaque qu’il est possible qu’il n’y ait pas de cancer en train de germer dans l’obscurité de son corps…

 

Alors, comme la confiance en la vie est une vertu appelée à devenir présente chez absolument tout le monde, nous pourrions interroger le complotiste qui sommeille en nous tous, en méditant cette question :

 

Puis-je éprouver que la vie est fondamentalement bonne, indépendamment des péripéties humaines et de ce qui nous arrive ?

Il y a un chemin intérieur à parcourir avec cette question.

 

Bien à vous

 

Guillaume Lemonde

 

 

 

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