COMMENT FAIRE QUAND VOUS MANQUE CE À QUOI VOUS TENEZ…

COMMENT FAIRE QUAND VOUS MANQUE CE À QUOI VOUS TENEZ…

Il y a quelques mois, Olivier Roland a publié un de mes articles sur son site, Habitudes Zen. Je vous livre ci-dessous le lien pour aller le découvrir.

Vous y trouverez un exercice très simple et aidant (aidant quand on le pratique, évidemment ).

Cet exercice est tiré de la démarche Saluto.

Je serais heureux que vous reveniez ensuite ici, sur le site Saluto, pour me dire ce que vous en pensez en laissant un commentaire ci-dessous.

À bientôt

Je me réjouis de vous lire.

POUR DECOUVRIR L’ARTICLE, C’EST PAR ICI.

Guillaume Lemonde

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LA CONFIANCE DE Mgr MYRIEL – Victor Hugo

LA CONFIANCE DE Mgr MYRIEL – Victor Hugo

Dans son roman, Les Misérables, Victor Hugo nous raconte qu’à la fin de l’année 1815, Jean Valjean fut libéré du bagne de Toulon. Sans ressources, il trouva le gite et le couvert chez Mgr Myriel, évêque catholique du diocèse de Digne. Il trouva également la promesse de quelques richesses en avisant l’argenterie du prélat. Il lui vola des chandeliers, s’enfuit, mais fut repris par les forces de l’ordre et présenté à l’évêque qui déclara ne pas avoir été volé. Les chandeliers étaient un don.

Il disculpait ainsi l’ancien forçat qui fut remis en liberté.

Ce que Mgr Myriel offre à Jean Valjean, bien plus que des chandeliers, c’est sa confiance.

Cette scène des Misérables fonde tout ce qui va suivre. Elle offre à Valjean sa rédemption, laquelle se poursuit dans le reste de l’œuvre. À l’annonce de la mort de l’évêque, Jean Valjean devenu notable sous le nom de Monsieur Madeleine, prendra le deuil.

 

LA CONFIANCE DE Mgr MYRIEL

Jean Valjean est-il digne de confiance ? Compte tenu des circonstances et du pédigrée de Jean Valjean, l’évêque ne devrait-il pas se méfier ? Comment pourrait-il encore espérer quelque chose de bon d’un tel homme ? En lui donnant une main, ne va-t-il pas y laisser un bras ?

Ces questions sont bien naturelles. Dans d’autres situations, elles pourraient conduire à établir un contrat qui serait à respecter, de façon à ce que la confiance soit rétablie. Fais tes preuves, et je t’accorderai ma confiance…

Le fameux contrat de confiance dont l’enseigne Darty a fait son slogan. Mais, comme le dit Julia de Funès, un contrat de confiance est un non-sens. C’est même un oxymore ! Un contrat est l’exact inverse de la confiance. Avec un contrat on essaie de rendre le futur cohérent, alors que la confiance se lève au milieu du risque.

Lorsqu’une personne est fiable, il n’est pas besoin de lui faire confiance. C’est bien quand une personne n’est pas fiable que notre confiance est requise.

Imaginer que la confiance n’exclue pas le contrôle, est hypocrite.

LA CONFIANCE N’EST POUR AUTANT PAS UNE PRISE DE RISQUE. ELLE S’OFFRE AU CONTRAIRE AU RISQUE.

À travers la confiance, le risque est intégré comme une possibilité pleinement vécue. La confiance, par essence, est l’accueil de toutes les possibilités, même des pires, au point que le pire n’existe pas, puisqu’il est accueilli aussi bien que le meilleur. Il n’y a pas de pire ou de meilleur lorsque l’on est confiant.

Le meilleur et le pire sont les deux faces que l’on croit reconnaitre à la vie, selon qu’elle nous convient ou nous disconvient. Ce sont des qualificatifs issus de notre manque de confiance. Ce sont les qualificatifs qui se rapportent à nos espoirs.

Lorsque l’évêque accorde sa confiance, il n’espère pas que Valjean se conduira mieux qu’il ne l’a fait jusque-là. Il n’espère pas qu’il se rachète. Il n’espère rien car la confiance s’exerce au présent et ne se projette pas dans un résultat.

Ainsi, l’évêque offre à Valjean bien plus que l’opportunité d’une seconde chance. L’opportunité d’une seconde chance serait un cadeau conditionnel.

Ce qu’il lui offre, à l’instant même où il lui accorde sa confiance, ce sont tous les possibles. Il ouvre devant l’ancien bagnard, tout l’avenir dont Valjean peut se saisir.

C’est pourquoi la confiance que l’on accorde à quelqu’un, offre à celui qui la reçoit, le cadre permettant de découvrir en soi l’espace à partir duquel il est possible d’agir librement. Recevoir la confiance de quelqu’un ne peut pas être contraignant. Car si c’est de la confiance, elle ne sera pas déçue.

AINSI, LA CONFIANCE REND L’AVENIR POSSIBLE.

La confiance rend l’avenir possible. Elle ne s’appuie sur aucune antériorité. Elle s’offre à l’instant où on la donne. Elle ne se commande pas. Elle est un don.

En accordant la confiance, on se met dans une situation asymétrique de vulnérabilité. D’une certaine façon, on prend un risque. Mais ce risque est celui de voir un espoir déçu. Il n’est pas là lorsque l’on a confiance, car la confiance est au présent. Elle est l’attention que l’on porte à l’instant sans besoin d’espérer le meilleur. Il n’y a pas de place pour l’espoir dans la confiance que l’on offre.

Donc, une vulnérabilité qui peut être blessée, mais qui n’est pas altérée par la blessure.

CECI ÉTANT, COMMENT EXERCE-T-ON LA CONFIANCE ?

Si la confiance ne se décrète pas, si elle ne se commande pas, si elle ne repose sur aucune antériorité, il est néanmoins possible de l’exercer, de la rendre présente.

Comment peut-on s’y prendre ?

Je vous invite à prendre un moment pour penser à une personne à qui vous aimeriez accorder votre confiance.

·       Je décide d’envisager que la personne en qui j’ai placé ma confiance ne fera pas ce que j’espère.

Je prends juste un moment pour goûter cette affirmation : elle ne fait pas ce que j’espère. Quelle saveur a-t-elle cette pensée-là ? Où est-ce que je sens ce que ça me fait dans mon corps ? La gorge ? Le ventre ? Le cœur ? Ailleurs ?

Si nous nous en tenions là, nous ne serions pas plus avancés. Il y aurait une sensation désagréable et rien de très aidant pour être confiant, puisque la confiance n’a rien à voir avec espérer. Alors allons plus loin !

·       Je décide d’envisager que la personne en qui j’ai placé ma confiance se comportera comme je l’espère.

Je prends juste un moment pour goûter cette affirmation : elle fait ce que j’espère. Quelle saveur a-t-elle cette pensée-là ? Où est-ce que je sens ce que ça me fait dans mon corps ? La gorge ? Le ventre ? Le cœur ? Ailleurs ?

Si nous nous en tenions là, nous ne serions pas plus avancés. Il y aurait une sensation agréable et rien de très aidant pour être confiant, puisque la confiance n’a rien à voir avec espérer. Alors allons plus loin !

 

·       Je laisse résonner ces deux expériences ensemble.

Je ne balance pas de l’une à l’autre, je vis simplement les deux ensembles.

Ce qui est impossible pour la raison (il n’est pas possible que la personne à qui j’aimerais accorder ma confiance fasse et ne fasse pas ce que j’epère…), l’est tout à fait dans les sentiments que l’on observe. On devient observateur de deux expériences opposées. Dans cet intervalle, on se trouve au présent.

Je vous invite à essayer cet exercice. Prenez le temps de le faire et de le refaire chaque jour. Passez du temps avec cet exercice, plusieurs semaines, pour commencer.

Vous vous apercevrez que la personne qui est au centre de votre attention, est comme pour elle-même indépendamment de ce que vous espérez.

Vous découvrirez en vous que l’activité que vous déployez est paisible. Et cette paix est confiante, réellement confiante. Elle est apte à accueillir ce qui vient comme ça vient. Les évènements en rapport avec cette personne seront ce qu’ils seront. Quelles que soient les difficultés rencontrées, chaque instant permettra de faire des choix ouvrant le meilleur avenir possible.

Et à partir de cet endroit paisible, vous pourrez décider de vous continuer à vous ouvrir à cette personne, ou non.

Bien à vous

Guillaume Lemonde

“Les Misérables” de Victor Hugo, 1er épisode : “Valjean” avec Jean Vilar et Georges Wilson


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LE BUG HUMAIN. Comment reprendre la main !

LE BUG HUMAIN. Comment reprendre la main !

 

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Sujet : Un aspect de « l’Homme-machine » dont il était question dans un article précédent, est bien connu des neurosciences. Il s’appelle STRIATUM.[1]

***

Si l’on devait chercher un responsable à la fuite en avant de nos technologies et de ses innovations détruisant la planète, mais aussi de nos économies, recherchant une croissance infinie, c’est le striatum qu’il faudrait évoquer. Si l’on devait chercher un responsable à nos appétits, nos désirs, nos aspirations insatiables, c’est encore le striatum qu’il faudrait évoquer.

Le striatum est une structure nerveuse située sous le cortex (donc agissant en-dessous de la conscience). Beaucoup plus ancien que le cortex, il est moteur de l’action de nombreuses espèces animales, du poisson jusqu’aux mammifères en passant par les oiseaux, les reptiles et les marsupiaux. Depuis des millions d’années, il contrôle le système de récompense du cerveau en délivrant de la dopamine[2] lorsqu’une activité lui convient. La dopamine procure un sentiment de plaisir et renforce les circuits neuronaux qui ont supervisé cette activité avec succès.

DANS LE « BUG HUMAIN »[3] (que je vous invite à lire),

Sébastien Bohler, docteur en neurosciences, rédacteur en chef de la revue Cerveau et Psycho, montre comment nous sommes pilotés par ce fameux striatum qui récompense, en dessous du seuil de la conscience, les activités qui assurent la survie biologique. Ces activités sont :

  • Acquérir des informations
  • Se nourrir
  • Se reproduire
  • Avoir du pouvoir et un statut social

 

1-   Acquérir des informations

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Dans un monde hostile comme la savane d’il y a bien longtemps, percevoir à temps un élément insolite, pouvait sauver la vie. L’empreinte d’un gibier dans un sol meuble, une branche cassée, un feulement que l’on entend dans son dos… Se nourrir et se défendre, découvrir de quoi se vêtir et s’abriter, etc. dépendait de cette activité qui pouvait mettre en lien une perception avec quelque chose de connu. Faire des liens essentiels, mettre de l’ordre dans le monde des perceptions et extraire l’information importante, est encore aujourd’hui récompensé d’une bouffée de dopamine par le striatum. Bref, cela fait plaisir d’identifier ce que l’on perçoit.

Aujourd’hui, comme hier, nous sommes à l’affut de la moindre information. Nous surveillons les notifications de nos téléphones, les fils d’info que nous ne pouvons plus éteindre. Ils nous apportent nos bouffées pluriquotidiennes de dopamine et font fonctionner l’industrie du numérique.

2-   Se nourrir

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Dans un monde où le lendemain était incertain, il valait mieux manger tout de suite tout ce qui était à disposition (et se goinfrer, comme les moineaux que j’observais récemment dans une barquette de riz thaï, abandonnée sur un trottoir) en prévision de la famine, plutôt que d’épargner la nourriture qui aurait pu se perdre.

Aujourd’hui, comme hier, nous mangeons plus qu’il ne faut, dès que nous en avons la possibilité. On dénombre sur Terre 13% d’obèses, entretenus au prix d’une agriculture intensive qui détruit les écosystèmes. On meurt plus d’obésité que de faim sur la Terre. Un biscuit, une barre chocolatée, un excellent jambon, un verre d’une boisson que l’on apprécie et le striatum envoie sa bouffée de dopamine.

3-   Se reproduire

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Les relations sont également pilotées par le striatum qui les récompense d’une bouffée de dopamine, lorsqu’elles sont agréables, comme un bon Hug ou a fortiori, une relation sexuelle.

Ce plaisir dopaminergique est tel qu’aujourd’hui les sites de rencontres et les sites pornographiques représentent 35% du contenu internet.

La relation des mères à leur petits sont également récompensées de dopamine (c’est pourquoi les vidéos de petits chats montrant leur visage sympathique aux traits proches des petits humains – petit menton, petit nez, grands front – arrivent juste derrière les vidéos porno sur internet).

4-   Avoir du pouvoir et un statut social

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Être le plus fort, le plus apprécié, le plus aimé, le plus riche, le plus grand, être mieux que le voisin, était il y a bien longtemps dans la savane, une assurance sur la vie. Le chef a plus d’informations utiles, plus à manger, plus de relations. Le striatum pilote la recherche de statut en procurant du plaisir à qui obtient une ascension sociale.

Aujourd’hui comme hier, un plaisir certain est obtenu à avoir une bonne position sociale et à renvoyer une bonne image. L’auto-suréquipée, vantée par la publicité, joue sur cette corde-là. Les marques vestimentaires, la chirurgie esthétiques, mais aussi Facebook et la possibilité de collectionner des pouces bleus, tout comme gagner à une partie de cartes.

 

LE PROBLÈME EST QUE LE STRIATUM NE CONNAIT PAS DE LIMITES

Seul un résultat supérieur aux attentes donne une récompense. Ainsi par exemple, quand nous anticipons un bon repas dans un restaurant, notre striatum libère de la dopamine. Lorsque nous dégustons le repas, si le résultat est inférieur à nos attentes, la libération de dopamine est réduite. Cela engendre un déplaisir. Si le résultat est identique à nos attentes, le striatum n’émet aucune décharge de dopamine supplémentaire et le repas ne procure aucun surplus de plaisir. Enfin, si le repas est supérieur à nos attentes, le striatum émet davantage de dopamine, renforce les circuits neuronaux qui amènent à choisir ce restaurant et considère le plaisir atteint comme la nouvelle norme pour les expériences futures. Ce système nous pousse donc à en vouloir toujours plus, afin de recevoir plus de dopamine à l’anticipation et à la réalisation.

Toujours plus ou la même chose avec toujours moins d’effort (ce qui revient au même).

Toujours plus d’infos faciles, toujours plus à manger, toujours plus de sexe, toujours plus de statut social – toujours plus d’argent grâce aux crédits, toujours plus haut dans la hiérarchie, toujours plus de followers sur Facebook, Instagram…

La machine à vapeur, le TGV, le tout-confort domestique, le numérique, les plats commandés à distance, l’eau courante, les assistants vocaux, les sites de rencontre, sont réclamés par notre striatum qui veut toujours plus avec toujours moins d’efforts, et pousse notre économie dans une croissance que l’on voudrait infinie.

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LE « TOUJOURS PLUS » EST ÉGALEMENT UN « TOUJOURS PLUS VITE »

La nature même du striatum est de récompenser les effets les plus proches. Il est impatient et nous enchaine aux effets obtenus le plus vite possible.

« Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », dit le striatum.

Si l’on suit sa logique, on se projette sans cesse dans les effets des actes que l’on pose.

Le striatum ne connait pas le présent. En se projetant dans l’effet le plus imminent, il nous projette sans cesse vers après.

Ainsi, il nous conduit à ne pas nous satisfaire de maintenant et nous mène par le bout du nez… la plupart du temps.

ET POURTANT, NOUS AVONS BESOIN DU STRIATUM

Les personnes qui ont une lésion de cette zone cérébrale, n’éprouvent plus de désirs. Elles restent inertes, sans initiative et finissent par mourir. Sans le striatum, le désir ne peut pas s’exercer, la volonté ne peut pas s’exercer.

ALORS, COMMENT SORTIR DE LA DICTATURE DU STRIATUM ?

Lutter avec la raison (le neurologue dirait « avec le cortex », instance beaucoup plus jeune) contre le striatum et ses exigences de toujours plus d’informations, de nourriture, de sexe et de statut social, est voué à l’échec.

Il sera toujours plus insistant que toute la raison que nous pourrons déployer.

Par exemple, un régime alimentaire que l’on suit raisonnablement, tiendra un temps et lâchera à un moment ou à un autre, conduisant à une prise de poids supplémentaire. C’est le fameux effet yoyo.

De même, interdisez aux prêtres catholiques d’avoir des relations sexuelles, et le besoin de gratification dopaminergique risque de se manifester sur un autre mode (pouvoir social, nourriture, collecte d’informations allant jusqu’à l’exégèse…) ou sur le même mode sexuel d’une façon parfois détournée et terrible.

https://pixabay.com/fr/users/stevepb-282134/

Comme dit l’adage : CHASSEZ LE NATUREL ET IL REVIENT AU GALOP !

Nous avons corporellement besoin de ce qui stimule la dopamine. Autrement dit, nous avons besoin du plaisir pour entrer en lien avec le monde. Par le plaisir, le monde s’offre à nous.

Comme le dit Sébastien Bohler, vouloir réduire au silence les impératifs du striatum est probablement aussi vain que dangereux.

Cependant, continuer à promouvoir un système économique qui se met à son service le plus absolu – comme nous le faisons depuis plus d’un siècle – est la pire des choses à faire.

 

LA SEULE FAÇON DE NE PAS RESTER SOUS LE DICTAT DU STRIATUM, C’EST DE DÉCOUVRIR LE SEUL ENDROIT SUR LEQUEL IL N’AIT PAS DE PRISE : LE MOMENT PRÉSENT.

Le plaisir d’être en lien avec le monde, au présent. Ce plaisir qui ne répond à aucune antériorité, à aucune condition préliminaire, puisqu’il se vit au présent. C’est un plaisir qui devient joie…

Le plaisir vécu au présent, est joie.

Une façon de s’y prendre passe par une attention portée aux pensées qui nous traversent et qui nous prennent avec elles. Car ces pensées sont des projections vers un après ou un avant. Elles sont, neurologiquement parlant, pilotées par le striatum.

Percevoir ces pensées, sans lutter contre elles et les laisser passer. Il est très important de ne pas s’interdire d’avoir certaines pensées qui viennent (cela équivaudrait à vouloir contraindre le striatum avec le cortex et cela serait voué à l’échec ou nous rendrait malades…) Il est en revanche important de remarquer le moment toujours renouvelé où l’on peut décider de ne pas suivre la pensée qui s’impose.

Restez une minute en silence, en observant que des pensées s’imposent et laissez-les passer. Parfois ça va, parfois pas. On continue, tout simplement.

Vous remarquez, avec un peu d’exercice, que les pensées sont de plus en plus périphériques et que les sens s’ouvrent à ce qui est ici. On devient, ce faisant, plus attentif à maintenant. On entend tout d’un coup des choses que l’on n’entendait pas, on voit des choses auxquelles on ne prêtait pas attention.

En s’ouvrant au présent, on s’ouvre à la qualité du moment plutôt qu’à une quantité de stimulations.

Renoncer à suivre les pensées qui s’imposent, c’est par exemple, renoncer à chercher la réponse à une question.

Il s’agit d’être très attentif à garder la question en conscience et de la tenir, tout en ne s’accrochant pas aux réponses que l’on voudrait trouver pour se satisfaire. La réponse finira par s’imposer d’elle-même.


 Cela m’évoque d’ailleurs une phrase de R.M. Rilke : voir ici

En renonçant à suivre les pensées qui s’imposent, en ne leur offrant aucune aspérité sur lesquelles elles pourraient s’accrocher, on devient disponible pour ce qui est ici. Les sens s’ouvrent. Et comme le dit Sébastien Bohler, on peut prendre le temps de manger un minuscule grain de raisin en le regardant d’abord, le humant, le palpant, le mastiquant lentement plutôt qu’en en gobant des dizaines en regardant la télévision.

Les circuits de dopamine s’activent alors tout autant voire plus, avec beaucoup moins de quantité. L’idée n’est pas de se restreindre, de se brider en se culpabilisant comme nous l’a enseigné notre religion judéo-chrétienne (action vaine du cortex sur le striatum) mais bien d’élargir son attention, en étant présent.

En conclusion,

Si l’on devait chercher un responsable à la fuite en avant de nos technologies et de ses innovations détruisant la planète, c’est le striatum qu’il faudrait évoquer. Mais en face de cette cause agissant depuis le passé de l’évolution humaine, il y a une cause à venir. En effet, c’est par ce que nous sommes appelés à nous éveiller à la qualité du monde plutôt qu’à la quantité, que nous sommes soumis aux exigences impérieuses de notre organisme. Cet éveil se prépare. Il est, pour l’humanité, encore à venir. Il laisse donc libre cours au striatum et à la surenchère de ses exigences toujours plus folles. Autrement dit, la destruction de la planète est l’ombre portée de cet éveil à venir.

J’espère que ces lignes vous donneront matière à réflexion. Je ne peux que recommander la lecture du livre de Sébastien Bohler, LE « BUG HUMAIN »[4].

De plus, si cet article vous a intéressé, sachez que la formation Saluto offre d’approcher ce qui a été exposé ici d’une manière neurologique, d’une façon plus large et en proposant des exercices adaptés.

Bien à vous

Guillaume Lemonde

[1] Le striatum est une structure nerveuse située le cortex. Il est impliqué dans le mouvement volontaire, la motivation alimentaire ou sexuelle, la gestion de la douleur (via le système dopaminergique) et la cicatrisation voire la régénérescence de certains tissus cérébraux.

[2] La dopamine est une substance chimique produite par le cerveau qui participe à notre bienêtre naturellement. En effet, la libération de cette molécule est perçue comme une sorte de récompense. Votre niveau de dopamine augmente en réponse à une activité agréable. C’est le cas, par exemple, après avoir mangé ou après un rapport sexuel

[3] Sébastien Bohler, Le bug Humain, Ed. Robert Laffont, Février 2019

[4] Sébastien Bohler, Le bug Humain, Ed. Robert Laffont, Février 2019

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QUELS FURENT LES DERNIERS MOTS QU’ÉCRIVIT VICTOR HUGO ?

QUELS FURENT LES DERNIERS MOTS QU’ÉCRIVIT VICTOR HUGO ?

Vous lisez un article invité écrit par Romain Wargnier. 

« AIMER, C’EST AGIR » (Victor Hugo, Œuvres complètes, 1970)

Tels furent les derniers mots qu’écrivit Victor Hugo, trois jours avant de mourir, le 19 mai 1885.

Au crépuscule d’une vie d’engagement total, on peut gager que le grand homme savait de quoi il parlait, et que ces mots, dans sa plume, exprimaient la quintessence de toute son existence.

Mais comment les comprendre ? Ne sont-ce pas là tièdes paroles et creux verbiage ?

La plupart du temps, lorsque nous parlons d’amour, nous voulons signifier que nous avons de la sympathie, de l’affection, ou de l’attirance pour quelqu’un ou quelque chose. Dans ce geste d’âme, nous ne sommes absolument pas libres.

En effet, nous ne choisissons pas nos sympathies ou nos attirances, celles-ci s’imposent à nous en vertu d’une nécessité inhérente à notre vie psychique. Si nous souhaitons trouver les causes de nos sympathies, nous devrons obligatoirement nous tourner vers le passé. Il résulte nécessairement, d’après tout notre passé, que nous aurons de la sympathie pour telle chose et non pour telle autre.

Si c’était ça l’amour, cela voudrait dire qu’il serait conditionné par le passé de tout un chacun. Il ne serait donc pas choisi ni voulu, mais subit.

D’ailleurs, il en va de même pour toutes nos antipathies et répulsions. Elles aussi sont un produit du passé ; elles sont un donné qui s’impose à nous et face auquel nous ne pouvons tout d’abord rien.

Sympathies et antipathies constituent la trame même de notre vie de sentiment.

L’observateur attentif remarquera d’ailleurs qu’il est impossible d’avoir tout le temps de la sympathie pour un être cher. Même l’être le plus important au monde peut de temps à autre générer en nous de l’antipathie par ses comportements ou habitudes.

Ainsi, si l’amour est égal à la sympathie que nous éprouvons en notre âme, nous avons un sérieux problème : nous aimerons notre prochain à condition que son attitude corresponde à ce pour quoi nous éprouvons naturellement de l’inclination, et nous cesserons de l’aimer chaque fois que ça ne sera plus le cas. L’amour que nous dirons alors éprouver sera déterminé par les circonstances de la vie. Il sera totalement réactif.

Si l’amour est égal à notre sympathie, nous pourrons alors écrire contre Victor Hugo que « Aimer, c’est réagir ».

En règle générale, nous vivons mal cet état naturel de la vie intérieure qui, dans son essence même, alterne entre des sentiments positifs et agréables et d’autres dits « négatifs », que nous voudrions ne pas éprouver.

Nous autres humains aimons nous sentir en sympathie, mais nous répugnons à vivre l’antipathie. Dès qu’un sentiment négatif se profile à l’égard d’une personne ou d’une situation, nous éviterons si possible de le ressentir par diverses réactions. Celles-ci pourront être très différentes selon les personnes mais auront toutes pour objet de supprimer le vécu de quelque chose qui nous déplaît. Nous tenterons, par ces réactions, de sauver la sympathie qui par nature ne peut pourtant pas demeurer éternellement. Encore une fois, pour continuer d’aimer, il nous faudra réagir.

Je suis professeur. Les sympathies et antipathies, je connais bien.

Certains élèves me sont naturellement sympathiques, d’autres franchement moins. En tant qu’enseignants, lorsqu’un élève nous cause des difficultés, de telle sorte que nous éprouvons, ce qui est bien normal, de l’antipathie pour lui, nous tentons de la faire taire au plus vite. Les moyens les plus usités sont la colère, la menace et la punition. Ces moyens, en agissant sur l’élève, tendront à empêcher, chez lui, la manifestation de ce qui nous pose problème.

Il n’aura échappé à personne que ces moyens ne sont que des réactions visant, non à faire grandir l’élève dont nous avons à nous occuper, mais à nous préserver nous-mêmes de la situation négative qui ne nous convient pas. C’est d’ailleurs le propre d’une réaction que d’être au service de celui qui la commet. Le plus vite les choses seront rentrées dans l’ordre, et le mieux ce sera.

Et si nous tentions une autre voie ?

Si tout d’abord, au lieu de réagir contre quelque chose que nous éprouvons au-dedans, nous nous tenions simplement là, en face d’un élève ou de toute autre personne, en considérant tout ensemble ce que nous appelons ses bons et ses mauvais côtés ? Faire cela ne signifierait rien d’autre qu’unir en notre âme sympathie et antipathie.


Comment fait-on ça ? Un article pour aller plus loin.

Si nous tentions l’expérience, il se pourrait bien que quelque chose de surprenant se produise. Ne luttant plus contre l’autre car il nous pose problème, nous le verrions finalement tel qu’il est. Nous pourrions nous lier à lui, au-delà des sympathies et antipathies que nous éprouvons naturellement. L’instance qui permet de se tenir dans cette expérience est la même que celle qui s’affranchit de tous les déterminismes. Elle n’est pas conditionnée par le passé, elle est libre.

Et dans cette liberté, elle éprouve la véritable attention pour ce qui est, le véritable intérêt, ou si vous préférez, le véritable Amour. Ce n’est qu’à partir de ce vécu qu’elle pourra cesser de réagir pour se sauver elle-même. Ses paroles et ses actes prendront une autre dimension, ils se mettront entièrement au service de l’autre.

Alors elle pourra proclamer, avec Victor Hugo que oui, Aimer, c’est agir.

Un article de Romain Wargnier

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SIMONE WEIL : “QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE !”

SIMONE WEIL : “QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE !”

 

« Ne jamais penser à une chose ou à un être qu’on aime et qu’on n’a pas sous les yeux sans songer que peut-être cette chose est détruite ou que cet être est mort.

Que cette pensée ne dissolve pas le sentiment de la réalité, mais le rende plus intense.

Chaque fois qu’on dit : “Que ta volonté soit faite“, se représenter dans leur ensemble tous les malheurs possibles. »

 

Simone Weil[1], La Pesanteur et la Grâce, chapitre 4 – Détachement, Librairie Plon, 1947

***

Simone Weil nous invite ici à un exercice.  Ne jamais penser à une chose ou à un être qu’on aime et qu’on n’a pas sous les yeux sans songer que peut-être cette chose est détruite ou que cet être est mort. Cet exercice, je le pratique depuis plusieurs années et j’aimerais partager avec vous quelques pensées à ce sujet.

***

Comme nous allons le voir, Simone Weil nous offre ici un exercice de confiance, laquelle confiance est facilement confondue avec l’espoir.

IL Y A UNE DIFFÉRENCE FONDAMENTALE ENTRE L’ESPOIR ET LA CONFIANCE :

L’espoir attend un mieux. L’espoir est une projection vers un événement que l’on juge positif, selon le système de valeur par lequel on classe les bons et les mauvais évènements. L’espoir est une forme de fatalisme, puisqu’on attend quelque chose de déterminé sans pouvoir présider complètement à sa survenue.

La confiance, elle, se vit au présent.

Pour aller plus loin : En suivant ce lien, vous trouverez l’article : l’espoir fait vivre ? Vraiment ?

De même,

IL Y A UNE DIFFÉRENCE FONDAMENTALE ENTRE LE FATALISME ET LA CONFIANCE :

Le fatalisme est l’attente passive de quelque chose en particulier. Par exemple j’attends le malheur, tout en le craignant, et sais qu’il surviendra à un moment ou un autre. Je suis comme la mère de Napoléon qui s’exclamait en assistant à l’ascension vertigineuse de son fils : Pourvu que ça dure !

 

La confiance est une non-attente active : j’attends activement, mais rien en particulier. Je suis disponible pour accueillir tous les possibles, même ce qui ne me plait pas du tout. La confiance est une activité d’ouverture à ce qui se présente à tout instant, même le pire. Par exemple, il devient possible d’envisager que l’être qu’on aime et qu’on n’a pas sous les yeux soit mort.

Quand on est dans la disposition d’accueillir tous les possibles, il n’y a plus de bien ou de mal. Le système de valeur par lequel on classe les bons et les mauvais évènements selon qu’ils semblent nous convenir ou non, n’a plus lieu d’être. Tout ce qui arrive est comme cela doit arriver et l’on peut alors dire Que ta volonté soit faite.

Cela demande une grande activité intérieure, une disponibilité absolue aux imprévus.

Ainsi, l’exercice de Simone Weil est un exercice de confiance.

Pour aller plus loin : Vous trouverez, en suivant ce lien, un article traitant de ce sujet, intitulé Chance ou malchance.

***

S’EXERCER À ACCUEILLIR TOUS LES POSSIBLES

S’exercer à accueillir tous les possibles nécessite, selon ce que dit Simone Weil, que nous nous représentions en plus de toutes les attentes, tous les espoirs que l’on peut avoir, tous les malheurs possibles.

Ne jamais penser à une chose ou à un être qu’on aime et qu’on n’a pas sous les yeux sans songer que peut-être cette chose est détruite ou que cet être est mort.

En réalité, il ne s’agit pas de peindre la muraille en noir, mais de tenir le pire avec le meilleur, et en même temps. Il ne s’agit pas de se persuader du pire pour y être préparé, mais de se tenir dans un intervalle qui permet d’affermir l’activité intérieure disponible pour tous les possibles. C’est l’intervalle entre les deux qui affermit la confiance.

 

En pratique, il est possible de procéder ainsi :

Plongez dans la sensation que cela fait de se dire : « L’être que j’aime est présent dans le monde ».

Toutes sortes de sentiments peuvent survenir. Il est important, pendant l’exercice, de ne pas réfléchir au sujet de ces sentiments, mais de les vivre : ressentir comment cela fait quand on se dit « L’être que j’aime est présent ». Peut-être même à quel endroit dans mon corps, puis-je ressentir ce que cela me fait de me le dire.

Ensuite, ressentez ce que cela fait quand vous vous dites : « L’être que j’aime est absent de ce monde ». Voyez comment cela fait. Là aussi toutes sortes de sentiments peuvent survenir. Là aussi, il est important de ne pas essayer de les analyser. Juste ressentir comment cela fait quand on se dit cela. À quel endroit dans mon corps, puis-je ressentir ce que cela me fait de me dire : « L’être que j’aime est absent de ce monde».

Enfin, pour sortir de la dualité, souvenez-vous des deux expériences en même temps. Laissez ces deux expériences résonner en vous en même temps. La difficulté est de ne pas balancer entre les deux. Essayez de simplement les contempler ensemble, comme si ces deux expériences avaient laissé un écho en vous.

Comme tout exercice, celui-ci est à répéter chaque jour.

Au bout d’un temps, vous remarquerez que vous vous affermissez dans cet intervalle et que cet affermissement est paisible. Et cette paix est faite de la confiance que les choses sont en ordre comme elle sont.

Je ne vous demande pas de me croire, mais vous propose d’essayer de votre côté.

Lancez-vous et revenez raconter, dans les commentaires, les expériences que vous aurez faites. Les difficultés également. Cela aidera les autres et enrichira ce témoignage. Et si cet article vous a plu, partagez-le avec vos amis !

[1] Née à Paris, Simone Weil étudie au lycée Henri IV avec le philosophe Alain. Suivant le modèle de son frère, brillant mathématicien, elle entre à l’École normale supérieure et passe son agrégation de philosophie en 1931. Elle enseigne ensuite au Puy, à Roanne et à Saint-Etienne, où elle se rapproche de la classe ouvrière. Elle écrit ses premiers essais en confrontant sa conception du marxisme avec la réalité du travail qu’elle expérimente ensuite dans les usines Alsthom et Renault. Toujours en quête d’absolu, Simone Weil rejoint le Front républicain espagnol en 1936 et connaît sa première révélation mystique à l’abbaye de Solesmes, deux ans plus tard. Dès lors, elle veut comprendre la volonté de Dieu et l’articuler intellectuellement avec ses propres expériences religieuses. Elle donne dans ‘Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu’ une interprétation mystique de la religion chrétienne, pleine de son désir de sacrifice. En 1942, forcée de se réfugier aux États-Unis, Simone Weil refuse de quitter ses compatriotes et revient aider les Forces françaises libres en Angleterre. Atteinte de tuberculose, elle s’éteint à 34 ans dans un sanatorium anglais. http://evene.lefigaro.fr/celebre/biographie/simone-weil-469.php

NE FAISONS PAS DE LA SANTÉ, UNE VALEUR !

NE FAISONS PAS DE LA SANTÉ, UNE VALEUR !

 

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Résumé : Nous avons fait de la santé une valeur à défendre. Cela paraît louable. Pourtant, ce faisant, c’est l’humain que nous perdons de vue.

Avril 2020 – Nous voici collectivement inquiets d’une même inquiétude. Un virus a cristallisé les peurs les plus élémentaires et quatre milliards d’humains se terrent. Tous aux abris ! comme pendant un bombardement.

J’aurais bien quelques pensées à formuler aux sujets des mesures qui ont été prises, mais d’autres l’ont déjà fait avec plus de compétences sur le sujet (par exemple l’excellente interview de Jean-Dominique Michel. Ce Genevois est l’un des plus grands spécialistes mondiaux de santé publique. Il a travaillé nuit et jour ces dernières semaines pour comprendre ce qui nous arrive).

De mon côté, j’aimerais m’attarder sur cette distanciation imposée. J’aimerais la considérer au même titre que n’importe quel symptôme lors d’une consultation médicale et découvrir ce qui se cache derrière. Comment sinon contribuer à remettre en équilibre ce qui ne l’est plus ?

 

 

CETTE DISTANCIATION, QUE L’ON QUALIFIE DE « SOCIALE » …

 

(À vrai dire, il vaudrait mieux la qualifier de « physique » que de « sociale ». Mais l’adjectif a son importance dans le tableau, alors gardons-le.)

Cette distanciation, que l’on qualifie de sociale est motivée par la volonté d’éviter des contaminations supplémentaires.

Elle est donc motivée par la peur qu’il y aurait plus de contaminations si elle n’était pas appliquée. Il y aurait plus de gens atteints et parmi ces personnes, des personnes fragiles qui pourraient mourir.

En somme, c’est la peur de la mort qui provoque ce repli. Que ce soit la mort de l’autre ou la nôtre n’a pas d’importance ici : la peur de la mort est au centre de l’aventure collective que nous vivons.

Quatre milliards d’individus sont tenus, pour conjurer la mort, de se replier dans la zone sécurisée de leur domicile.

De ce fait, il y a désormais un intérieur sécure et un extérieur dangereux. Il y a un petit horizon lumineux et une périphérie obscure. La santé est préservée dedans et mise en danger dehors. Elle est le bien qu’il s’agit de protéger. C’est pour elle que l’on se terre. Elle est devenue une valeur à protéger !

Ce n’est plus une personne en particulier que l’on protège, mais la santé, dans toute son abstraction…

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NOUS AVONS FAIT DE LA SANTÉ, UNE VALEUR.

Le mot valeur vient du latin « valor », dérivé de « valere » qui signifie « être fort, puissant, vigoureux ». Une valeur se doit d’être forte.

Comme elle se doit d’être forte, une valeur désigne une quantité : ce qui a de la valeur à nos yeux, peut en avoir plus ou moins et n’en aura pas aux yeux d’un autre groupe de personnes qui ne partage pas la même valeur.

Le projet collectif d’une protection de la santé ne va donc pas sans avoir de la santé une idée quantitative dont le point zéro serait la mort. Cela va dans le sens de notre économie comptable qui estime les cas en fonction de ce qu’ils coûtent et manipule des critères qualités qui n’ont rien de qualitatifs mais sont des appréciations quantitatives de données statistiques.

En faisant de la santé une valeur, l’humain est devenu une donnée que l’on comptabilise. L’épidémie s’apprécie en termes de nombre de personnes infectées et de nombre de morts… Nous en avons chaque jour l’exposé dans les médias[1].

Selon une telle conception, personne ne peut être pleinement en santé. Il n’y a pas d’absolu quand on pense d’une façon quantitative. L’infini jamais ne peut être atteint. Il n’y a que du relatif. Quand nous faisons de la santé une valeur à protéger de la mort, nous la rendons relative, et comme telle, en danger à tout moment, devant être protégée par des mesures préventives, comme par des vaccins, par exemple.

C’est pourquoi, dans notre système de valeur, auquel nous avons inclus la santé, chaque personne est un malade potentiel.

Mieux encore, plagiant Jules Romain dans le Docteur Knock, chaque personne est un malade qui s’ignore. Ainsi, chacun d’entre nous est pour le système de santé, c’est-à-dire pour ceux qui font de la santé une valeur, l’objet d’un intérêt. Nous permettons de dégager une certaine quantité de bénéfice si possible supérieure à la quantité des dépenses.

En faisant de la santé une valeur à protéger de la mort, chacun devient un aspect quantitatif de l’équation.

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Cela comporte également un revers : chacun peut devenir une quantité plus ou moins négligeable.

Ne nous étonnons pas que certaines personnes puissent se demander à partir de quel âge il n’est plus bon de prodiguer des soins médicaux. Quand les soins médicaux sont appréciés non selon la qualité de la relation mais selon la quantité des interventions plus ou moins coûteuses mises en œuvre, c’est logique d’avoir ces pensées.

C’est tout aussi logique de se dire que les personnes qui pourraient naître déjà malades du fait d’un trouble génétique, sont moins dignes de vivre que d’autres. Alors pourquoi ne pas procéder à des avortements dits thérapeutiques ? Thérapeutique du point de vue de la valeur-santé que l’on accorde à l’enfant à naître.

De plus, si la santé est une valeur à protéger, la valeur de chacun d’entre nous s’amoindrit avec le temps qui nous approche de la mort. Alors pourquoi dépenser tant pour les vieux ?

Ces questions, que j’ai entendues formulées lors de mes études dans les années 80, sont légitimes lorsque l’on fait de la santé une valeur à défendre de la mort. Et la mort ne peut être pour le médecin que le témoignage de son échec[2]. D’où l’euthanasie : à quoi bon un combat perdu d’avance ?

ON NOUS FAIT COMPRENDRE QUE NOUS DEVONS SAUVER LE PLUS POSSIBLE DE VIES

On nous fait comprendre, en cette période d’épidémie, que nous devons sauver le plus possible de vies et nous terrer pour protéger les plus vulnérables (C’est-à-dire ceux qui sont, du fait de leur maladie ou de leur âge, déjà proches de la mort). Ne pas perdre ce combat… Mais contre quoi luttons-nous réellement ? Que veut dire sauver le plus de vies possibles ? Les sauver de quoi ?

Les sauver du virus ?

Évidemment ! Quelle question ! Le virus est un danger pour les personnes les plus fragiles. Certes, mais autorisons-nous à nous demander un instant si nous sommes réellement en guerre contre un virus, comme l’affirme le président français. Les applaudissements vespéraux offerts aux équipes hospitalières pour les soutenir, sont-ils des applaudissements de supporters dans un combat mené contre un virus ? Si tel est le cas, nous sommes mal partis, car il n’est pas possible de faire la guerre à autre chose qu’à une organisation humaine, comme un État par exemple. Un virus n’est pas un ennemi que l’on puisse faire capituler.

Déclarer la guerre à un virus, c’est déjà accepter qu’elle n’aura pas de fin et que les mesures que l’on prend pour lutter contre lui, pourraient elles aussi ne pas avoir de fin[3].  Est-ce cela que nous voulons ?

Les sauver de la mort ?

D’accord ! Sauvez les gens du virus, c’est vouloir les sauver de la mort. Mais si nous prenons cette réponse au sérieux, cela signifie que nous nous sommes mis en tête de lutter contre la mort elle-même ! Rien que ça ! Un combat perdu d’avance, lui aussi. Monsieur André Comte-Sponville nous rappelait pourtant récemment que 100% d’entre nous allons mourir, et que d’ailleurs très rares sont ceux qui sortirons de cette existence avec le coronavirus.[4]

Et pourtant, je ne suis pas fataliste ! J’écris ces lignes tout en ayant dans chacune de mes fibres la volonté de soigner. Je suis médecin. Si j’écris ces lignes, c’est parce que notre peur collective de la mort, nous fait prendre des mesures (confinement soit disant social, car ayant pour objectif une protection des plus vulnérables) qui vont faire plus de morts que l’épidémie elle-même. (Écoutez la vidéo proposée en début d’article). C’est comme lors d’un dérapage en voiture sur la glace: on dérape à gauche, on contrebraque à droite et on part encore plus dans le décor.

Mais poursuivons…

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LA VALEUR DES CHOSES

La valeur des choses, comme la valeur que nous conférons à la santé, mais aussi, plus simplement, celle d’un bon repas partagé, d’une tradition, d’un être cher, ou même d’un compte en banque… font que certains instants de l’existence, voire l’existence entière, méritent d’être vécus. D’autres ont, par voie de conséquence, moins de mérite.

La valeur est indissociable de la notion de mérite.

On mérite d’une valeur, sinon, ceux qui la partagent avec nous, nous sanctionneront. La valeur des choses nous donne des devoirs vis-à-vis de ces choses. Nous nous devons d’être dignes de cette valeur. Il y a culpabilisation de ceux qui ne la respectent pas.

On peut même être banni, du fait d’une valeur, banni du cercle lumineux que cette valeur dispense sur le groupe qui la partage. On se retrouve dans l’ombre. Il y a par exemple ceux qui ne méritent pas de la valeur-santé : ils sont trop souvent malades et coûtent trop chers : ils sont bannis de la caisse d’assurance maladie.

Or si les valeurs nous sont essentielles, c’est parce qu’elles donnent à la vie, une orientation, un référentiel, un sens.

 

Autrement dit, c’est parce que notre vie n’a pas de sens en soi, que nous avons besoin de valeurs à protéger.

C’est parce que la vie nous fait peur, que ces valeurs nous rassurent. Et ce qui fait peur dans la vie, c’est, en définitive, la mort. L’épidémie de coronavirus, ou plutôt la façon dont les gouvernements ont réagi à cette épidémie, est symptomatique de notre peur de la vie.

La mort étant ce qui fait peur dans la vie, nous voulons l’évincer de la vie. Nous faisons de la mort une ennemie de la vie, alors qu’elle en fait partie.

Mon propos n’est pas de dire qu’il faille accepter la mort avec fatalisme : le fatalisme est une passivité qui attend quelque chose de précis. Or, il ne s’agit pas d’attendre passivement la mort et ne rien faire pour les vivants. Il s’agit au contraire de soigner cette activité intérieure disponible à accueillir toutes les possibilités. Être prêt à accueillir par exemple ce qui ne rentre pas dans notre système de valeur, s’ouvrir à ceux qui pensent autrement, qui font autrement…

Accueillir l’autre dans ce qu’il a d’unique et le moment qui se présente dans ce qu’il a d’unique. Le moment d’un décès est tout aussi plein de l’être qui meurt que celui de sa naissance. Chacun d’entre nous est plus que la liste quantifiable des connaissances acquises, des gènes hérités et des taux sanguins de ses hormones…

Faire de la santé une valeur, c’est réduire l’humain à une machine, quantifiable, comme toute mécanique.

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La santé n’a pas vertu à être une valeur.

Elle est un don qui nous est fait avec la vie que l’on accueille pleinement, c’est-à-dire avec la mort à laquelle on s’ouvre tout en voulant vivre. Elle est à l’équilibre de cette équation impossible du point de vue des quantités : dire oui à la vie et à possibilité de la mort avec la même intensité.

À partir de cet endroit, il est possible d’agir pour ceux qui sont malades tout autrement, et de prendre des mesures sanitaires non angoissées. Ces mesures qui ne seraient pas passées par un confinement de masse, ne sont pas intuitives lorsque l’on panique (exactement comme il n’est pas intuitif de braquer à gauche lorsque la voiture dérape sur la gauche, pour essayer de remettre les roues dans l’axe.) Confiner tout le monde, paradoxalement, pourrait bien conduire à plus de morts. (voyez la vidéo mentionnée ci-dessus).

En repoussant la possibilité de la mort, on se prépare de la rencontrer avec plus de force.

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 Sur un plan, il y a la santé biologique. On s’en occupe avec professionnalisme dans les urgences des hôpitaux. C’est l’aspect de la santé, dont on peut faire une valeur, mais qui passe à côté de l’humain, quand on ne s’en tient qu’à elle. L’humain est réduit à une mécanique quantifiable, manipulable, gérable, comme on gère des boites de conserves dans les grands magasins.

Sur un autre plan, il y a aussi une santé propre à notre condition humaine : c’est celle que l’on découvre, quelle que soit notre santé biologique, lorsque l’on s’approche de l’essentiel, c’est-à-dire de la vie dans tout ce qu’elle a de possibles. Ainsi, on peut être en santé même pendant une fièvre de coronavirus. On peut être en santé sur son lit de mort. On peut être en santé tout en ayant 3 chromosomes 21 dans chacune des cellules d’un organisme.

Les médecins, les thérapeutes, ont pour vocation d’accompagner dans les épreuves, cet éveil à l’essentiel. Ils n’ont fondamentalement pas pour vocation de supprimer les épreuves, mais de permettre à ceux qui les rencontrent, de ne pas rester bloqués par elles. En voulant supprimer les épreuves, on finira par supprimer celui qui fait chemin (cf. plus haut).

Ainsi, nous pouvons tous œuvrer pour notre santé en apprenant déjà à accueillir la possibilité de la mort au cœur même de la gratitude infinie d’être vivants.

 

À ce sujet un article proposant une façon de s’y prendre :

L’épidémie, la peur et Saint-Louis

Et tout ce qui précède me mène à cette brève conclusion : si vous écoutez l’interview de Jean-Dominique Michel proposée au début de cet article, vous concevrez qu’un rapport autre à la santé, à la vie, à la mort, pourrait, lors de prochaines épidémies, nous permettre d’autres mesures qu’un retrait dans un confinement anxieux et mortifère. Il y aurait probablement bien moins de morts à déplorer.

***

[1] NDL : nous sommes en avril 2020 pendant l’épidémie de coronavirus.

[2] C’est là qu’apparaissent les notions d’acharnement thérapeutique et d’euthanasie. Lors d’un acharnement, on refuse l’idée même que la mort puisse advenir. Lors d’une euthanasie, on se rend, le combat étant perdu.

Le problème est que tant l’acharnement que l’euthanasie ne se définissent qu’en fonction de l’appréciation du combat que l’on mène contre la mort. Quand on confère une valeur à la santé, on apprécie les patients en fonction de cette valeur : ils en sont plus ou moins dignes selon l’âge, par exemple. Il risque d’y avoir plus d’euthanasie de vieux et d’acharnement sur les jeunes.

[3] Après l’effondrement des tours du 11 septembre 2001, le président américain avait déclaré la guerre au terrorisme. Cette déclaration de guerre est équivalente à celle qui a été déclarée au virus : le terrorisme n’est pas un État que l’on puisse soumettre. Déclarer la guerre au terrorisme ne peut se solder par aucune victoire et permet de mettre en place des mesures qui ne seront plus abrogées.

[4] Quantitativement, le coronavirus ne représente, en regard de toutes les autres causes possibles de décès, que très peu de choses : environ 0.6 % des décès mondiaux sur la même période…