VOULOIR AVOIR RAISON – une affaire de peur…

VOULOIR AVOIR RAISON – une affaire de peur…

VOULOIR AVOIR RAISON – une affaire de peur…

 

Vouloir avoir raison… ce sujet qui m’a été soufflé par une lectrice du blog Saluto (que je remercie), est d’une actualité nouvelle. Si la volonté d’avoir raison est sans doute vieille comme le monde, la polarisation des débats actuels lui donne une intensité toute particulière.

 Le sujet des mesures sanitaires, du virus et du vaccin a semé la zizanie dans tant de famille, qu’il est temps de se demander ce que cette propension à vouloir défendre un point de vue signifie. Qu’est-ce que cela a à nous apprendre sur nous-même ?

 Si un ami vous dit qu’il veut, ou qu’il ne veut pas se faire vacciner, dans un cas comme dans l’autre votre sang pourrait ne faire qu’un tour avant d’approuver ou de désapprouver son choix.

 Si c’est une désapprobation qui s’en vient, c’est que la décision de l’ami vous importe et qu’elle ne vous laisse pas tranquille.

Écoutez encore un peu en vous et vous trouverez que derrière cette désapprobation, il y a de la peur.

Alors il n’est pas étonnant qu’en cette période où les peurs sont exacerbées par les médias, beaucoup de gens veuillent que l’on sache qu’ils ont raison…

 

a- La peur de souffrir

Peut-être que cette décision de ne pas se faire vacciner vous fait peur car l’ami pourrait souffrir de la maladie. Souffrir de la maladie ou souffrir des effets secondaires du vaccin. Vous ne supporteriez pas de le voir souffrir.

Vous avez essayé de le raisonner et trouvé de nombreux arguments. Mais ne reste plus que la colère ou l’argument d’autorité. Vous voulez avoir raison de son aveuglement et vous êtes aveuglé vous-même à la peur de voir souffrir l’ami et vous le détestez pour cela.

Vous l’aimez et vous le détestez. Et c’est pour ça que vous voulez avoir raison : pour enfin retrouver la quiétude de ne plus avoir de sentiments négatifs.

Vouloir avoir raison, c’est ce que l’on fait quand on ne peut plus se tenir en soi d’une façon stable. C’est le dernier recours, la fin des haricots… Ça ne mène à rien.

Alors comment fait-on pour retrouver cette stabilité ?

Un article le décrit : Comment faire quand nous sommes déchirés par des sentiments opposés

 NB: Parfois la peur de souffrir se traduit par la peur de ne pas être compris, de ne pas être apprécié… L’exercice est le même.

 

 

b- La peur du chaos.

Peut-être que cette décision quant à la vaccination provoque un chaos ; un chaos dans le corps, avec toutes sortes de réactions, ou entre les gens qui deviendraient dangereux les uns pour les autres. Toutes sortes de théories circulent à ce sujet. Je n’ai pas ici à les commenter. Ce n’est pas le sujet. Le sujet est de comprendre que lorsque l’on veut avoir raison de l’ignorance de l’ami pour s’épargner la peur d’un chaos supplémentaire, on n’est pas présent à l’ami, mais à sa peur.

Et la peur nous place dans un monde polarisé. Il y a ce que l’on estime correct et ce que l’on n’estime pas correct.

Être présent, c’est intégrer les polarités.

Par exemple prendre un moment pour vivre : « Tout le monde est vacciné ». Restez avec ça et laisser vivre ce que cela déclenche chez vous. Ne raisonnez pas à ce sujet. Ressentez juste comment cela fait en vous, quand vous rendez cette proposition présente.

 Puis recommencez avec : « Personne n’est vacciné ». De nouveau, ne raisonnez pas à ce sujet. Ressentez juste comment cela fait en vous, quand vous rendez cette proposition présente.

 Dans un troisième temps, laissez résonner ces deux propositions ensemble. Ces deux expériences, souvenez-vous en ensemble, sans essayer, évidemment de les rendre compatibles. Elles ne le sont pas. Juste les garder ensemble comme on se souvient de deux notes de musique que l’on a entendu successivement et qui forme dans notre mémoire un intervalle.

 L’attention nécessaire pour le faire, donne une profondeur à partir de laquelle il est possible de rencontrer l’ami, sans vouloir le convaincre. On s’aperçoit que les convictions que l’on a, sont des biais cognitifs que l’on veut confirmer par ses lectures, refusant tout ce qui ne va pas dans leur sens. La profondeur exercée par cet exercice, permet de s’ouvrir à plus large que ce que l’on supportait et à rencontrer l’autre véritablement, plutôt que la peur que sa décision provoquait chez nous.

 

c- La peur que quelque chose fasse obstacle au projet que vous portez.

Peut-être que cette décision de ne pas se faire vacciner contrevient aux espoirs de voir tout le monde vacciner pour atteindre une immunité collective (que ce soit avéré ou pas qu’une vaccination de masse le permette). L’ami vous apparait alors comme un obstacle sur le chemin du mieux. Il est un ennemi des projets que vous portez et qui ne peuvent se réaliser à cause de lui. Bref, la peur de l’obstacle et de la mort de votre projet.

 Peut-être qu’à l’inverse vous désapprouvez cette décision de se faire vacciner car la vaccination fait peut-être, à grande échelle, le jeu de nouveaux variants et que, là aussi, l’ami vous apparait alors comme un obstacle sur le chemin du mieux. Il est un ennemi des projets que vous portez et qui finalement ne pourront se réaliser à cause de lui.

 Vous voulez le convaincre de faire ce qu’il faut pour que vous n’ayez plus peur. En fait cet ami et son choix sont bien loin de l’essentiel. L’essentiel, lorsque l’on avance avec un projet, c’est de ne pas oublier le projet. En général on l’oublie en focalisant sur l’obstacle. On a l’impression que la lutte contre ce qui fait obstacle est plus important que le projet lui-même, comme si le projet devenait la destruction de l’obstacle.

En réalité, ce qui fait obstacle, comme lors d’une ascension en montagne, n’est que l’occasion de repenser aux prochains pas. Si un rocher se dresse sur le chemin que j’arpente, je n’ai pas à me projeter derrière le rocher et vouloir coûte que coûte le dynamiter pour passer. Il est possible de faire un détour, qui n’en est pas un finalement, puisque le sommet que je vise est déjà dans les choix que je fais lorsque j’avance. 

Alors n’oublions pas que cette crise est une occasion offerte pour reformuler le projet en fonction des circonstances actuelles, sans attendre que l’ami se vaccine ou que tout redevienne comme avant.

Tant que l’on veut avoir raison et convaincre l’ami, on oublie de se poser une question des plus importantes :  qu’est-ce qui, dans mon projet empêché, est le plus important et ne peut être empêcher ? Par exemple, qu’est-ce que je peux faire, tandis que mon activité est arrêtée, été qui pourrait être utile pour la suite ? Cette question, même si elle ne change peut-être pas tout de suite la situation extérieure, va rendre possible et concrètes des choses qui dormaient jusque-là.

 

d- La peur du néant.

Peut-être que cette décision de ne pas se faire vacciner vous fait peur car l’ami est quelqu’un d’important pour vous et vous avez peur qu’il ne meure de l’épidémie.

À l’inverse, s’il veut se faire vacciner, vous avez peut-être peur car l’ami pourrait mourir des effets secondaires du vaccin.

En fait l’ami que vous voulez convaincre joue pour vous un rôle dans votre vie. Vous le savez : elle n’aurait pas le même goût s’il n’était plus là. Il est pour vous comme un soleil dans l’existence.

En somme, vous voulez le convaincre de faire ce qu’il faut pour que ce soleil ne s’éteigne pas.

Finalement, c’est le manque de confiance en la vie qui nous pousse à vouloir convaincre l’ami.

Peut-être est-ce l’occasion de découvrir comment vous ouvrir à la vie sans faire jouer ce rôle à cet ami. Cela permettrait à rencontrer l’ami pour lui-même et non comme l’objet précieux de votre vie à vous. Cela n’empêche pas que vous ayez vos convictions, mais en prenant garde de ne pas faire jouer ce rôle à l’ami, vous pourrez le rencontrer autrement.

Comment faire ?

Je vous laisse consulter l’article suivant : l’exercice qui le permet y est décrit.

La confiance de Mgr Myriel.

 

 

Bien à vous

Guillaume Lemonde

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

PROPAGANDE : la fabrique de l’obéissance

PROPAGANDE : la fabrique de l’obéissance

PROPAGANDE : la fabrique de l’obéissance.

S’éveiller à l’essentiel dans un monde bouleversé.

 

Si vous souhaitez une visioconférence sur ce sujet, laissez un commentaire en bas d’article.

À partir de douze personnes, je la mettrai en place courant juin 2021.

 

 

Chaque jour, à travers les journaux, la radio, la télévision, l’affichage publique et internet, nous sommes soumis à de la propagande.

Nous n’en avons évidemment pas conscience. Une propagande réussie sait se faire oublier. Mais de fait, par tous les moyens disponibles, de multiples messages nous sont adressés pour que nous soyons conduits à adopter les opinions et le comportement souhaité.

 

 

QUELQUES NOTIONS HISTORIQUES AU SUJET DE LA PROPAGANDE

 

 

–       La propagande politique moderne apparait au XIXe siècle

 

Avec l’industrialisation, se concentre dans les villes une importante main d’œuvre ouvrière que les leaders du mouvement socialiste cherchent à amener à une action collective. Pour ce faire, ils adoptent le vocabulaire de la religion nommant « doctrine » leur discours politique et appellent « propagande » les méthodes de sa diffusion au sein de la population ouvrière.

 

–       Dans ce contexte est théorisée une « psychologie des foules »

 

Dans l’ouvrage « Psychologie des foules » Gustave Le Bon esquisse les bases de la manipulation des masses[1].

Pour Le Bon, « L’âge où nous entrons sera véritablement l’ère des foules. […] Aujourd’hui ce sont les traditions politiques, les tendances individuelles des souverains, leurs rivalités qui ne comptent plus, et, au contraire, la voix des foules qui est devenue prépondérante. »

— Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895.

 

 

–       Avec l’apparition du suffrage universel apparait la nécessité de convaincre.

 

L’arrivé des partis politiques et l’émergence des médias de masse redéfinissent les rapports entre gouvernants et gouvernés.

 

La propagande devient alors l’ensemble des méthodes destinées à diffuser une idée et à la faire accepter.

 

 

–       Edward Bernay, met en pratique la manipulation de foule.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, Edward Bernay, publiciste, considéré comme le père de la propagande moderne, est engagé par le président des États-Unis Woodrow Wilson pour faire basculer l’opinion américaine en faveur de l’entrée en guerre. La campagne de propagande est si intense qu’une hystérie antiallemande en résulte. Cela impressionne l’industrie américaine, qui découvre que l’on peut influencer l’opinion publique d’un pays entier et qu’il devient possible de transformer les citoyens en consommateur. Acheter ne doit plus relever du strict besoin mais du désir.

 

 

–       En 1919 Edward Bernay remplace le mot propagande par relations publiques

 

Il veut enlever à ce mot la connotation négative qu’il avait acquise. Il écrit en 1928 :

« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. Nous sommes, pour une large part, gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées. C’est là une conséquence logique de l’organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d’une société au fonctionnement bien huilé. »

— Edward Bernes, Propaganda, 1928.

(Vous pouvez lire le livre de E. Bernay en suivant ce lien)

 

–       Dans une société basée sur le pouvoir décisionnel de la majorité, ceux qui peuvent générer une opinion majoritaire, ont le pouvoir.

 

 ***

MAIS COMMENT S’Y PRENDRE pour que la propagande soit efficace ?

 

Comment s’y prendre pour contraindre des gens, sans qu’ils ne s’aperçoivent qu’ils ne sont pas à l’origine de leurs opinions. Comment manipuler des gens au point qu’ils soient satisfaits de penser ce que l’on veut leur faire penser ?

 

Il faut évidemment pouvoir les endormir ; endormir leur attention, ne pas leur parler individuellement mais les noyer dans une masse anonyme et s’adresser à cette masse de gens comme à un être, une sorte d’âme groupe. La masse des gens a en effet des caractéristiques particulières qui la rende bien plus vulnérable à la suggestion que chaque individu pris isolément.

 

Lorsqu’on connait ces caractéristiques, on devient le maître.

 

 

***

 

LES CARACTÉRISTIQUES DE LA MASSE ANONYME

(psychologie des foules)

 

Gustave Le Bon montre dans Psychologie des foules que le comportement d’une masse de gens diffère de ceux d’individus isolés, en effet, une masse anonyme, une foule a des caractéristiques qui se déduisent de l’attention endormie des individus isolés.

 

 

Être attentif, c’est être présent à ce qui est.

 

Quand on est inattentif, on pense à autre chose, on n’est pas présent à ce qui est, mais à ce que l’on aimerait qui soit. On redoute ce qui pourrait arriver et l’on espère ce qui pourrait nous rassurer.

 

Ainsi, par nature, une foule redoute et espère.

 

C’est le propre des foules. Quand on manifeste par exemple, c’est que l’on redoute quelque chose et que l’on espère que ça change…

 

 

a-   C’est pourquoi, pour qu’une masse anonyme (et donc utilisable par la propagande) puisse se former, il faut d’abord faire redouter quelque chose. Faire peur !

 

Que les gens puissent redouter quelque chose et leur présenter ensuite ce que l’on veut leur faire adopter, comme ce qui permettra d’espérer une sortie de crise.

 

Par exemple, vous profitez d’une situation sanitaire difficile en la présentant comme encore plus catastrophique qu’elle n’est et vous aggravez la catastrophe en empêchant les médecins de soigner. Vous interdisez les médicaments qui pourraient être utilisés et renvoyez les patients à la maison avec du Paracétamol. Laissez les malades saturer les services de réanimation sans permettre aux cliniques de venir en aide. Déclarez : « Nous sommes en guerre » et faites peur par tous les moyens en désignant l’ennemi, ici un virus.

 

Ce faisant, vous paralysez en chaque individu la confiance en la vie. La confiance est cette faculté d’attention qui permet d’être disponible et ouvert à tout ce que la vie propose, même à la mort. Quand on est attentif à chaque instant, chaque instant apparait dans son unicité, dans sa particularité. Il n’y a pas deux moments identiques. La vie est alors surprenante, inédite, extraordinaire. Quand on est ouvert à tous les possibles, il n’y a pas de mauvais ou de bons moments en soi. Ils ne sont mauvais ou bons qu’en rapport à ce que l’on espère ou redoute. Quelqu’un de confiant est en paix. Il aime la vie qui est bonne en soi (même si des épreuves se présentent) et ne redoute pas la mort.

 

Ainsi, quand on fait peur aux gens et qu’on leur dit que le moment que l’on traverse est pire que tout, ils basculent facilement dans un monde où il n’y a plus de perspectives. Leur attention à l’extraordinaire de la vie est mise à l’épreuve. N’étant plus disposés à être ouverts à tous les possibles, n’ayant plus confiance, ils se retrouvent enfermés dans leur quotidien et ont besoin de quelque chose ou de quelqu’un qui leur redonne espoir. Ils ont incorporé une foule anxieuse, prête à accepter tout ce qui pourrait donner un espoir de s’en sortir. Par exemple un vaccin que l’on voit bientôt comme la seule issue possible.

 

À ce stade vous avez sapé la confiance. Vous avez votre foule et pouvez commencer à la travailler !

 

 

b-   Par définition, ce que vous voulez apporter est contraire à ce que veulent beaucoup de gens, sinon il n’y aurait pas besoin d’exercer sur eux une propagande.

 

Ainsi, ceux qui ne se sont encore incorporés dans la foule anonyme et n’adhèrent pas encore à votre produit ou à votre idée pour se rassurer, pourraient vous échapper. Leur confiance ébranlée par votre manœuvre les a rendus peureux, mais ils ont également peurs de la solution que vous voulez leur proposer…

 

Par exemple, dans un cas d’épidémie, ils ont peur du virus que vous avez présenté comme le mal absolu afin de vendre votre vaccin. Mais ils ont également peur des effets secondaires du vaccin. C’est dommage.

 Faire en sorte que le mal que représente à leurs yeux ce à quoi vous voulez qu’ils adhère leur apparaisse comme un moindre mal. (un moindre mal est encore un mal, mais une foule ne raisonne pas).

 

Dresser sur le chemin de cette foule anonyme des obstacles tels qu’elle sera bloquée dans ses projets. Et votre produit sera là pour la libérer.

 

Quand on est attentif, éveillé, présent, on chemine avec son projet. On le porte de pas en pas et chaque obstacle est l’occasion d’imaginer le prochain pas. Mais quand on ne parvient pas à rester présent au pas que l’on fait en ce moment, on se projette dans le résultat escompté et on bute contre toutes sortes d’obstacles que l’on avait pas vu venir. On a l’illusion qu’il faut les anéantir pour servir son projet. On a l’impression que ce sont eux qui empêchent le projet. On bute contre eux sans plus être attentif à trouver des voies alternatives.

Alors mettez en place toutes sortes d’obstacles, bloquer les mouvements de la foule, fermez lui les frontières, fermez les magasins, les entreprises, les salles de spectacles, les lieux de loisirs… La foule, cet être anonyme, va se débattre en vain et capituler dans l’attente que les choses reviennent en ordre.

 

Les gens éveillés n’attendent pas que les choses reviennent en ordre : ils revisitent leur projet à la lumière des circonstances actuelles et posent un pas dans une nouvelle direction. Ils restent au présent, attentifs et imaginent des solutions et des chemins nouveaux pour avancer avec ce qui leur est important.

 

Mais quand l’obstacle est trop grand et qu’il n’est même pas possible d’aller voir les gens qui pourrait donner courage ou assistance dans cette situation… il est facile de le perdre ce courage et de s’agglutiner à la foule anonyme qui espère qu’on lui donne enfin la clef qui lui permette de se libérer des obstacles présents.

Bref, à ce stade, vous avez sapé le courage d’avancer et les gens courent se faire vacciner pour pouvoir voyager et aller au restaurant.

 

 

c-   À ceux qui n’ont pas de projet à concrétiser, reste le réconfort des rencontres, des liens sociaux.

 

Quand on est présent à ceux que l’on aime, on découvre que cette présence est indépendante de la proximité. On est avec ceux que l’on aime même si l’on ne peut pas les voir (C’est quand on n’est pas présent que l’on peut dire « loin des yeux, loin du cœur »).

Mais quand on est assigné à résidence, que les frontières sont fermées et que les familles ne peuvent voir leur proches, sans savoir combien de temps cela va durer, alors on se projette dans la peur que cela dure longtemps. On se projette et on oublie d’être présent. L’attention est de nouveau mise à l’épreuve. Les conditions carcérales de la distanciation mise en place participent à faire plonger chacun dans une foule manipulable à souhait.

Les sentiments, au milieu desquels il n’est alors plus possible de se tenir en paix, se vivent de façon polarisée. On n’aime et on n’aime pas de façon tranchée. On adore ou on déteste. Ainsi ressent la foule. Il y a ceux que l’on aime et qui nous manquent et ceux que l’on n’aime pas parce qu’ils nous empêchent de voir ceux que l’on aime. Il y a les anti-vax et les pro-vax, les anti-masques et les pro-masques, les conspirationnistes et les moutons…

Cette polarisation est le fait de la foule anonyme manipulable. D’ailleurs la foule est polarisée elle aussi. Il y a la foule qui suit la propagande et la foule qui ne la suit pas encore mais qui à son insu fait le jeu de la propagande en tombant dans cette pensée binaire (qui n’est pas une pensée).

 À chaque fois que l’on demande à quelqu’un s’il est pour ou contre les vaccins ou telle personnalité, on s’adresse à ce qui chez lui est noyé dans une foule manipulable.

 

Et la foule, dans ses excès de sentiments polarisés, va exercer à la place de ceux qui tirent les ficelles de la propagande, une pression sur les réfractaires, de façon à ce que tout redevienne comme avant.

Bref, à ce stade vous avez sapé la stabilité intérieure. Les gens sont pris par leurs émotions. Ils jugent, deviennent susceptibles, émotifs. Ils se sentent seuls et ont besoin d’être protégés (de ceux qui ne se protègent pas, et par ceux qui veulent leur vendre leur produit pour que cesse ce calvaire).

 

d-   Cependant, certains vous échappent encore : ceux qui réussissent à analyser la situation.

 

Il va falloir endormir leur attention une fois encore, car les informations qui circulent pourraient trahir votre projet de manipulation de masse. Il est important que l’attention, que les gens peuvent diriger vers ces informations, soit mise à mal.

 

Quand on est attentif, on est présent aux informations que l’on reçoit et on peut donc les tenir toutes ensemble, même si elles sont paradoxales. On peut se tenir au cœur même d’un paradoxe sans choisir l’information que l’on préfère. On peut ainsi atteindre une certaine objectivité. Sinon, inattentif, on éjecte ce qui du paradoxe ne nous plait pas et on reste avec la pensée qui nous plait. On est subjectif. La foule est subjective. Elle ne pense pas. Elle juge. Ceux qui lui déplaisent sont appelés conspirationnistes. Un scientifique quant à lui n’a pas à avoir de préférences et de sentiments dans son travail de pensée. Il analyse les informations et les gardent toutes, même les plus paradoxales. Même celles qui ne lui plaisent pas.

 

Donnez des informations paradoxales et incohérentes à n’en plus finir, et vous mettrez à mal l’attention des gens. Vous les rendrez subjectifs et donc manipulables une fois encore.

 

Permettez les transports dans le RER parisien sans distanciation possible et interdisez aux gens de se baigner en Bretagne alors qu’ils sont seuls dans l’eau. Laissez certains commerces ouverts et fermez-en d’autres. Dites tout est son contraire, que tel médicament fonctionne bien et qu’il ne fonctionne pas. Invitez des experts sur les plateaux de télévision. Beaucoup sont caviardés de conflits d’intérêts (conflits d’intérêt en faveur de ceux qui exercent la propagande). Ils vous diront blanc quand les autres diront noir. Changez les normes épidémiologiques en cours de route. Comptez d’abord les malades, puis les cas de laboratoire. Dites que les cas sont malades et mélangez les courbes. Ne remettez pas le nombre de décès à zéro une fois par an comme cela se fait normalement pour toutes les autres épidémies.

 

Comme il n’est pas possible d’effacer toutes les vidéos de vos contradicteur sur YouTube, semer de l’ignorance en noyant le poisson dans une multitude de données. Financez des recherches biaisées dans le Lancet et basez-vous dessus, même si le Lancet récuse deux semaines après l’article en question. Et changez les données souvent : l’heure du couvre-feu, la couleur des zones, le nombre de convives acceptés à un mariage, qui doit être différent du nombre de gens prenant part à un enterrement, différent du nombre de participants à un cours…

Bref, à ce stade vous avez sapé la profondeur intérieure qui permet de percevoir la réalité du monde dans toute sa profondeur. Et voilà que les gens sont occupés avec des détails qui sont tous sur le même plan. Ils focalisent sur une multitude de faits et perdent la vue d’ensemble. Ils ont perdus leur esprit critique et n’osent pas penser certaines choses de peur que la foule se retourne contre eux en les traitant de complotistes.

 

 ***

 

C’EST À CELA QUE RESSEMBLE LA GUERRE FAITE À LA FACULTÉ D’ATTENTION

 

« Une guerre est une lutte armée, en vue de défendre un territoire, un droit ou de les conquérir, ou de faire triompher une idée »[2]. La guerre faite à la faculté d’attention vise à endormir les individus de façon à orienter le consentement des masses, en vue de faire triompher une idée.

La guerre faite à la faculté d’attention a pour objectif l’obéissance de la masse.

 

C’est une lutte armée par la propagande.

Elle nous appelle à être présent, à sortir de la foule anonyme où certains voudraient nous voir sombrer.

Les guerres du XXIème siècle sont et seront essentiellement des guerres de la pensée, menées par des moyens de propagande.

Exercer la confiance, le courage, la stabilité intérieure et la profondeur n’est plus une option. Il en va de notre humanité. De notre liberté.

Aucune crise ne viendra nous réveiller. Les crises s’épanouissent au contraire grâce à notre assoupissement.

Notre attention est requise et ne peut s’éveiller que par une décision individuelle. Chacun en a l’occasion, à chaque instant.

Il suffit pour cela de rencontrer et de reconnaitre la peur qui est prête à nous engloutir dans une foule manipulable à souhait et de décider de ne pas la fuir ou de la calmer.

Décider de contempler sans tomber dedans ni se reculer :

a- La peur de ne plus jamais retrouver le monde d’avant, qui n’est autre que la peur de la vie ;

b- La peur de ne plus pouvoir voyager, de ne pas pouvoir circuler, que les obstacles qui se dressent soient trop durs à franchir. La peur de la mort de son entreprise ;

c- La peur d’être seul, isolé, loin de ceux que l’on aime. La peur de souffrir ;

d- La peur de ne rien y comprendre, de ne rien maitriser. La peur du monde.

Exercer la présence dans ces quatre domaines est essentiel aujourd’hui. Notre époque est une opportunité pour le faire.

Ne pouvant exposer ces exercices dans le cadre de cet article déjà assez long, je vous laisse consulter le site Saluto.

Vous trouverez ce que vous chercher en suivant ce lien et je donne le soin à  Sénèque de conclure par cette phrase : 

La preuve du pire, c’est la foule.

Si vous souhaitez une visioconférence sur ce sujet afin d’aller plus avant avec ce sujet et d’aborder les exercices en question, laissez un commentaire en bas d’article. À partir de douze personnes, je la mettrai en place.

Bien à vous.

Guillaume Lemonde

 

 

 

 

[1] Les idées contenues dans Psychologie des foules jouèrent un rôle important au début du XXe siècle. Hitler (Goebbels), Mussolini, Staline et Mao, passent pour s’être inspirés de Gustave Le Bon, ainsi que des républicains, comme Wilson, Roosevelt, Clemenceau, Churchill, de Gaulle, etc.

[2] Centre national de ressource textuel et lexical.

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

LE PRÉSENT EST-IL IMPOSSIBLE ?

LE PRÉSENT EST-IL IMPOSSIBLE ?

Cet article fait suite à

COMMENT EXERCER LA VIGILANCE DU CHAT

 

L’IMPOSSIBLE PRÉSENT ? 

Tandis que je suis attentif aux pensées qui me traversent, une pie se met à jacasser du côté de la rivière. Notez qu’en réalité cela fait plusieurs jours que cette pie jacasse, mais je ne la remarque que depuis que j’essaie d’être présent à mes pensées. Lorsque le moteur d’un appareil électroménager s’arrête, on remarque à travers le silence qu’il laisse, que son bruit dérangeait depuis un moment, sans pouvoir l’identifier. Pareil pour la pie : elle jacasse depuis plusieurs jours, je fais silence en moi et je la perçois. La vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, ne sont pas plus impressionnés par le passé que par le futur. Ils sont au présent. C’est pourquoi lorsqu’on essaie d’être présent aux pensées qui pourraient nous traverser, la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, semblent s’éveiller.

 

Et voilà qu’à présent je pense à la pie. Je revois celle qui lorgnait sur les semis du potager de notre grand-père. Il l’avait aperçue par la fenêtre du salon. Il avait poussé un juron et dare-dare était allé chercher son fusil. Il avait ouvert la fenêtre sans bruit et mis la pie en joue. Il lui avait tiré dessus sans scrupule. Légitime défense potagère. Elle était tombée raide à vingt mètres, au pied du peuplier. Son aile déployée et ses plumes noires au reflets verts et bleus métalliques, m’avait fasciné un long moment. J’avais ensuite sorti une bêche pour une inhumation en règle au fond du jardin. C’est incroyable comme un jacassement suffit à faire surgir un souvenir. J’essaie d’être présent à mes pensées et la pie du grand-père s’impose. Tant que mes yeux demeuraient fermés et ma chambre silencieuse, j’arrivais à rester attentif à la prochaine pensée. Je pouvais percevoir cette paisible vacuité intérieure. Mais ce n’est pas facile de rester attentif lorsqu’une pie jacasse. Les pensées semblent soudain faire ce qu’elles veulent et l’on se souvient d’un coup de feu tiré autrefois sur une pie depuis la fenêtre du salon.

 

 Le chat, lui, à l’affût dans la cour du château, n’était pas perturbé par le jacassement des pies. Il orientait à peine une oreille vers la source du bruit. Il la ramenait aussitôt à sa place. Il restait attentif à ce qu’il faisait.

 

En réalité, le problème n’est pas qu’une pie jacasse. Ce n’est pas elle qui est responsable de mon inattention. Le problème est qu’au présent, il n’y a que le présent : les souvenirs par lesquels nous conservons une certaine conscience de nous-mêmes, ne s’y trouvent pas. Du coup, en essayant d’être présents, sans préparation, nous perdons le contact avec ce qui en nous est capable de se souvenir. La conscience que nous avons de nous-mêmes s’envole, et avec elle, notre attention. Nous ne pilotons plus rien. Nous laissons notre activité mentale reprendre le dessus. Nous suivons d’obscurs enchainements qui nous conduisent à nous souvenir passivement de toutes sortes de choses.

 

Nous avons besoin de nos souvenirs. Nous avons besoin de garder un lien avec le passé pour conserver la conscience de nous-mêmes et une continuité dans nos actes. Si nous n’étions qu’au présent, nous irions tels des amnésiques à travers le monde, suivant nos perceptions au gré de ce qui se présente. Alors comment, dans ces conditions, parvenir à être attentifs à nos pensées et à nos perceptions, sans pour autant oublier ce que nous avons à faire ? Une réponse s’impose : il va être nécessaire d’apprendre à introduire du souvenir dans l’instant présent !

 

L’EXERCICE DU SOUVENIR IMMÉDIAT

Je me souviens qu’hier matin, le soleil éclaboussait d’une frise rose le sommet enneigé du Gramont. Le ciel était clair et la lune, pleine à demi, répondait au jour naissant. Je prenais mon petit déjeuner, soufflais sur l’eau chaude dans le bol de thé. Avec un petit effort, il est possible de me remémorer tout le tableau. Et puis, je peux, de la même façon, me souvenir d’il y a une heure. J’attendais le train sur le quai de la gare. À cette évocation, certaines images s’imposent d’elles-mêmes. Mais je dois aller chercher tout le reste : la façon dont la lumière glissait sur le bâtiment de la gare, le vol des mouettes au-dessus, le sentiment paisible dans mon cœur. Je peux également décider de me souvenir d’il y a cinq minutes. Que s’est-il passé il y a cinq minutes ? Là aussi je perçois l’activité qu’il faut déployer pour se souvenir d’il y a cinq minutes. Ce n’est pas si facile, mais c’est justement ça qui importe : je me remémore les images, les sons, les odeurs d’il y a cinq minutes et je perçois l’activité qui s’efforce de se souvenir. À présent, je décide que cette activité du souvenir s’exerce sur le moment le plus immédiat. Je veux me souvenir de maintenant. Je me souviens, alors même que les souvenirs ne sont pas encore là.

Lorsque l’on s’exerce à cela, on s’aperçoit que l’activité du souvenir est ce qui veille dans l’instant présent. Je suis attentif, en train de veiller. Et cela ne demande plus aucun effort de rester attentif aux pensées, avant même qu’elles ne surviennent. Si une pie jacasse, je ne me laisse pas prendre par ce jacassement. Je perçois la pie qui jacasse et la laisse jacasser sans que les pensées n’aient elles-mêmes à accompagner ce jacassement.

 

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

LE PRÉSENT EST-IL IMPOSSIBLE ?

COMMENT EXERCER LA VIGILANCE DU CHAT

 

 

 

 

La vigilance du chat…

Notre activité mentale est tissée de pensées qui nous traversent sans cesse. Elles nous occupent avec des choses qui ne sont plus ou qui ne sont pas encore. On se souvient, on se projette. Et c’est ma foi très bien que nous puissions soudain nous souvenir qu’il faudra passer chez le boulanger pour acheter du pain.

 

Mais tout bien considéré, ces pensées ont également un inconvénient, celui de parasiter le présent. En effet, nos sens ouverts au présent, sont parasités par les jugements que l’on porte sur eux, les peurs que l’on a, les aversions qui nous habitent… Les jugements, les peurs, les aversions… sont des produits du passé. S’ouvrir à quelque chose de nouveau tout en restant encombré par le passé, n’est pas évident, voire impossible. Écouter quelqu’un raconter ce qu’il a à nous dire tout en se laissant traverser par les pensées qui se forment en nous, est également impossible. On n’entend bientôt plus ce qui est dit mais ce que nous pensons au sujet de ce qui est dit.

 

Aussi, dans certaines circonstances est-il important de devenir le maître chez soi et de ne pas se laisser encombrer par des pensées parasites… Il est important de pouvoir faire silence en soi.

 

Bref, il nous faudrait découvrir la vigilance du chat…

 

 

LA VIGILANCE DU CHAT

 

Autour du château, entre les poules et les oies de la marquise, rodait un chat. Un chat tigré à qui l’on donnait à boire mais qui se débrouillait seul pour le reste. Je ne suis pas sûr qu’il ait eu un nom. Il était de garde et non de compagnie. Ce jour-là, je m’apprêtais à l’appâter avec un bout du gruyère de mon quatre-heures. Si tu lui donnes à manger, il va laisser échapper une souris qui se régalera d’un sac de grains, me dit le marquis en déposant la brouette qu’il poussait devant lui. Le marquis avait fait son droit. Il avait de l’instruction et souvent un mot savant, suivi d’une référence qui invitait à réfléchir. Il citait Homère ou Cicéron. À onze ans je n’y comprenais pas grand-chose, mais cela m’impressionnait. Son allure m’impressionnait également. Il ressemblait à un citadin déguisé depuis trop longtemps en paysan. Il portait, sous une veste de velours élimé, une chemise de toile originellement blanche. Son pantalon côtelé était protégé par de lourdes bottes en caoutchouc crottées. D’une main calleuse il remonta le rebord de sa casquette et s’essuya le front du revers de l’autre. Le chat venait de repérer quelque chose. Prêt du sol, vibrisses dressées, il fixait un point caché dans les orties, derrière le grand portail ouvert. Quand il ne se prélassait pas au soleil sur une botte de foin, il était à l’affût. Derrière une brouette, sous le tracteur, sur une marche fraîche de l’escalier, il attendait son déjeuner, complètement immobile. Le marquis, absorbé par l’attention inébranlable dont l’animal faisait preuve, se tut un instant. Il passa ses ongles noirs sur sa joue rappeuse et se tourna enfin vers moi. Laissons-le travailler ! dit-il, en empoignant la brouette en direction de l’étable.

 

 

Exercer la vigilance du chat à l’égard de nos pensées,

c’est être attentifs à ne pas suivre les pensées qui pourraient se présenter, tel le chat guettant la prochaine souris et qui ne se laisse pas divertir par ce qui se trouve autour de lui. Le chat est présent à tout ce qui se passe, mais il reste à son affaire.

 

Alors prenons ne serait-ce qu’une minute pour essayer : si une pensée survient et nous traverse, nous remarquons que nous allons la suivre et penser au sujet de ce qui nous traverse. Cette pensée nous a pris au dépourvu. Là commence l’exercice : il s’agit de remarquer qu’il est possible de renoncer à suivre cette pensée. La laisser filer et attendre la prochaine pensée pour renoncer à la suivre. Il ne s’agit pas d’essayer de bloquer les pensées, mais de découvrir cet endroit à partir duquel il est possible de renoncer à les suivre. C’est un endroit attentif qui s’affermit au point qu’à un moment, plus aucune pensée ne vient nous emporter. Un calme intérieur se fait, une paix inhabituelle, née de l’attention.

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

LE SAVIEZ-VOUS ? LES RAISONS DE CE QUI VOUS ARRIVE NE SE TROUVENT PAS DANS VOS SOUVENIRS !

LE SAVIEZ-VOUS ? LES RAISONS DE CE QUI VOUS ARRIVE NE SE TROUVENT PAS DANS VOS SOUVENIRS !

 

https://pixabay.com/fr/users/jarmoluk-143740/

 

 

Résumé : Lors d’un entretien, que ce soit un entretien d’accompagnement biographique ou thérapeutique, nous sommes amenés à entendre des souvenirs. Mais que faisons-nous de ces souvenirs ? À quoi devrions-nous être attentifs pour ne pas subir un effet de Larsen psychique ?

 

***

 

– Je vous ai dit que mon père était un coureur de jupons ? me demande un homme à l’humeur joviale. Sans attendre ma réponse, il poursuit : Un jour, ma mère me présente à une de ses amies. J’avais quoi, sept ans ? – Fais un bisou à la dame, me dit-elle. Moi, je ne voulais pas. Elle insiste et me demande pourquoi je ne veux pas. – Parce que l’autre jour, quand papa lui a fait un bisou, elle l’a giflé ! Je vous laisse imaginer le malaise. En tout cas, j’ai compris que dans la vie, pour s’en tirer, on a besoin d’une bonne dose de dérision.

En entendant cette histoire, je repense à une femme qui m’expliquait que sa vie n’avait été qu’une longue vallée de larmes parce que sa mère avait trompé son père.

Ça m’a tellement déçue… Je me suis sentie coupable. C’est incompréhensible cette culpabilité. Comme s’ils ne s’aimaient pas à cause de moi.

La juxtaposition de ces deux témoignages est troublante : est-ce que la raison pour laquelle cette femme et cet homme ont réagi si différemment aux écarts d’un de leur parent, est l’écart lui-même ou autre chose prenant le souvenir de cet écart comme prétexte ?

Le problème avec les souvenirs, c’est que nous les croyons capables de nous renseigner sur l’origine des problèmes que nous rencontrons. Or, quand ils nous reviennent en mémoire, ils sont comme les vagues que nos mouvements provoquent lorsque nous nageons dans un lac : elles sont centrées sur nous. Elles se propagent depuis l’endroit où nous nous trouvons et forment des cercles concentriques qui se répondent : les vaguelettes que nous apercevons au loin, reflètent notre façon de nager. Elles ne sont pas à l’origine de notre façon de nager.

En se souvenant de l’adultère de sa mère, cette femme perçoit au loin, dans les vaguelettes les plus anciennes, le reflet de ses difficultés actuelles. Et comme l’adultère est le plus ancien reflet qu’elle puisse apercevoir, elle en fait l’origine de ses problèmes. Or l’origine de ce souvenir est à chercher aujourd’hui dans sa façon d’être en lien à la vie. C’est cela qui détermine l’importance qu’elle accorde à ce souvenir en particulier.

Il est urgent de comprendre que les souvenirs qui nous reviennent sont les reflets dans le passé des expériences que nous faisons aujourd’hui. Ils sont la conséquence et non la cause de ce que nous vivons maintenant. Autrement dit, notre façon de nous souvenir d’un événement de notre enfance dépend de notre façon d’être aujourd’hui dans la vie.

Des faits se sont produits, mais c’est la façon d’être aujourd’hui dans notre vie qui nous fait voir tel ou tel aspects de ces souvenirs.

C’est pourquoi il n’est pas pertinent de chercher dans le souvenir d’anciens traumatismes ce qui pourrait expliquer nos difficultés actuelles. En revanche, la façon d’en parler révèle notre actuelle sensation profonde.

C’est le point central de cet article. Il est développé dans une brève vidéo intitulée « Le larsen psychique ».

Quand on prend le souvenir comme la source du problème vécu aujourd’hui et non comme la conséquence de ce que l’on vit aujourd’hui, on produit un “larsen psychique”.

C’EST AU PRÉSENT QUE NOUS AVONS À TRAITER LES SOUVENIRS.

Nous avons à nous intéresser au présent de la nage de celui qui provoque toutes ces vagues s’éloignant au loin ; au présent de la nage de celui qui rencontre ici et maintenant les vagues qui reviennent à lui, après avoir rebondi sur le bord (la métaphore a ses limites…). C’est au présent qu’il s’agit de faire quelque chose pour qu’un jour le lac se calme. Plus on trouve de l’assurance à la nage et plus il est simple de rencontrer l’agitation du lac. La paix du lac est à chercher au présent.

La plupart du temps, nous prenons nos souvenirs pour de vieilles choses, que l’on classe en bonnes ou mauvaises, selon que notre passivité en supporte ou non la présence. Pourtant, la « mauvaise » vague qui nous fait boire la tasse, n’est qu’une vague qui a rencontré un nageur qui s’ignore.

https://pixabay.com/fr/users/free-photos-242387/

Quand le nageur est présent à son affaire, il ne connaît que des vagues toujours assez bonnes pour son crawl ou sa brasse. Pour lui, le lac est comme il convient. S’il maîtrise la plongée, il peut même découvrir, dans les profondeurs, une zone bien loin de l’agitation de surface. Une zone paisible. Derrière chaque souvenir, même les plus difficiles, existe une telle zone. Seulement, pour ne pas boire la tasse en cherchant cet endroit, l’activité du souvenir demande, comme pour la nage, un apprentissage.

Il s’agit d’être présent à son affaire. Comment pourrions-nous sans cela nous élancer avec confiance ? Comment pourrions-nous sans cela, aller plus loin que là où nous avons pied et découvrir des bancs de poissons et la lumière qui joue dans les algues ?

Ce qui fait qu’un souvenir est bon, n’est pas le plaisir que nous avons éprouvé lorsque nous avons vécu ce dont nous nous souvenons.

Si ce ne devait être que le plaisir d’alors, j’ai le regret de vous annoncer que votre souvenir est mort. Il est passé. Il est tombé au rang des nostalgies. Ce n’est qu’une vague sans nageur. Il appartient à un musée, comme l’une de ces vieilles momies dont on devine la gloire sous la poussière.

Ce qui fait qu’un souvenir est bon, c’est la quantité de vigilance que nous sommes capables d’éveiller pour plonger en lui avec confiance.

Le souvenir est une affaire de présence. Le passé qui s’offre à nous, est de toute façon lu au présent. Lorsque la vague, ayant rebondi au bord du lac, nous revient et pourrait nous faire boire la tasse, c’est maintenant que nous la rencontrons. Alors toute la question est de savoir si nous sommes assez présents à nous-mêmes pour la rencontrer.

Parvenons-nous à lire nos souvenirs au présent ? Quand je dis lire, je ne dis pas interpréter, avec une grille de lecture. Au présent, on n’interprète rien du tout. L’interprétation s’appuie sur un référentiel, c’est à dire sur un modèle conservé du passé. Nous ne sommes pas présents à nous-mêmes lorsque nous interprétons. Plutôt que de dire qu’un souvenir est lu au présent, peut-être vaudrait-il mieux dire, qu’il est nagé au présent. Oui, c’est cela : un souvenir se nage. Et alors, quel que soit le souvenir, le nageur qui s’efforce de plonger en lui a devant lui tous les possibles, toutes les destinations, tous les jeux, tout l’avenir.

Le lac s’est formé il y a des dizaines de milliers d’années et pourtant, c’est aujourd’hui que nous nageons en lui et que les poissons que nous allons rencontrer s’approchent de nous. Si nous visitons notre vie comme nous plongeons dans un lac, nous découvrirons peut-être les poissons qui s’approchaient déjà de nous autrefois, mais que nous n’avions pas vus. Ce sont les mêmes poissons.

Ainsi, chaque évènement passé peut devenir l’endroit de tous les possibles, alors que nous étions trop peu présents à nous-mêmes à l’époque pour le vivre ainsi. Si nous apprenons à devenir présents aujourd’hui, nous vivrons cette présence jusqu’au cœur de nos souvenirs. Nous éprouverons un élargissement intérieur plein de présence. Et notre passé, si besoin était, avec le lac se calmera.

ALORS, COMMENT EXERCER CETTE PRÉSENCE ?

 

De nombreux articles ont été écrits à ce sujet.

Je vous laisse consulter la page Saluto-exercices en suivant ce lien.

Vous y trouverez, entre autres articles, les quatre suivants, que j’ai choisi pour vous :

En vous souhaitant une bonne lecture et de bons moments d’exercices.

GL

 

LÉA EST HYPOCONDRIAQUE : CAUSES ET RESSOURCE

LÉA EST HYPOCONDRIAQUE : CAUSES ET RESSOURCE

Photo : Patrick Marioné

 

Léa est hypocondriaque. Elle s’examine. Elle note chaque petite sensation corporelle et découvre à travers elles les pires maladies qui puissent être. Pour Léa, c’est le cancer. Elle a peur d’avoir un cancer. Un cancer du cerveau par exemple, ou du pancréas. Elle téléphone au cabinet et demande un rendez-vous pour être examinée et en avoir le cœur net. Cependant, quelques heures ou quelques jours après, la peur revient, paralysante. C’est terrible à vivre pour elle.

 

Léa est suivie par un psychologue qui l’aide à explorer différentes pistes, comme par exemple le décès d’un ami, il y a environ quinze ans. Cet événement semble être assez central dans la genèse de sa maladie. Cette mort a été brutale, foudroyante, surprenante… confirme-t-elle. J’y pense souvent et heureusement, mon psychologue m’offre l’espace pour en parler.

 

Il est précieux d’entendre que Léa est suivie. Néanmoins, force est de constater qu’après de nombreuses années de thérapie, l’hypocondrie est toujours aussi invalidante.

 

J’ai reçu moi-même Léa durant quelques années à mon cabinet, sans résultats décisif. Et puis un jour, lors d’une consultation, elle m’a raconté un événement qui m’a mis la puce à l’oreille. Mais avant de vous le raconter, j’aimerais poser quelques bases essentielles à cette compréhension.

 

 

LORSQUE NOUS VIVONS UNE DIFFICULTÉ, NOUS POUVONS ENVISAGER LA SITUATION DE DEUX FAÇONS

 

Lorsque nous vivons une difficulté, nous pouvons envisager la situation de deux façons :

 

  • Soit nous cherchons les causes dans le passé (les causes sont dans le passé, vu qu’elles précèdent toujours leurs conséquences, n’est-ce pas ?) Dans le cas de Léa, nous retrouvons la mort d’un ami qui aura été traumatisante. Nous retrouvons également un état anxieux que l’on met en rapport avec une éducation exigeante… Nous pouvons alors, ayant identifié ces causes, essayer d’en compenser les effets… Vous en conviendrez, nous procédons la plupart du temps de cette façon.

 

  • Soit nous cherchons la cause dans l’avenir ! La cause dans l’avenir – drôle d’expression – c’est une ressource à venir. Autrement dit, c’est du fait de l’absence de cette ressource que ce que nous vivons est éprouvant.

 

Photo : Télomi

Prenons un exemple : un marin du dimanche a le mal de mer. La cause dans le passé du mal de mer de ce marin, est facile à identifier : c’est la houle qui bouscule le bateau. Une particularité météorologique a entrainé une houle sur le lac et la houle a entrainé une nausée dans l’estomac du marin. C’est le point de vue du passé, celui pour lequel la cause précède la conséquence.

éDu point de vue de l’avenir, ce n’est pas la houle qui est responsable de la nausée du marin, mais le fait qu’il n’ait pas le pied marin. Quand on a le pied marin, la houle n’est plus une épreuve. C’est juste une houle. On peut toujours l’expliquer avec toute sortes de connaissances météorologiques, mais elle n’est plus une épreuve.

 

Le pied marin, la stabilité intérieure du marin, est dans notre exemple, une ressource encore à venir. Il serait intéressant de savoir comment la rendre présente de façon à ce que la houle ne pose plus de problème.

 

De même, si Léa est hypocondriaque, c’est parce qu’une ressource (encore à venir) lui manque. Si elle pouvait la rendre présente, elle n’aurait plus à souffrir d’hypocondrie.

Au sujet des causes passées et à venir, je vous invite à regarder une vidéo en suivant ce lien.

 

Alors comment aider Léa à rendre présente cette ressource qui manque encore ?

 

 

RENDRE UNE RESSOURCE PRÉSENTE

Rendre une ressource présente, ne va évidemment pas sans être présent.

Si, pour Léa, la ressource qui lui serait nécessaire pour ne plus souffrir d’hypocondrie, n’est pas présente mais encore à venir, c’est que Léa elle-même n’est pas présente.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Être présent, c’est se tenir en cet instant où l’on ne se laisse dériver ni vers le passé à essayer de comprendre les pourquoi et les comment, ni vers le futur, à imaginer les conséquences de ce que l’on a perçu.

Par exemple, quand on espère un mieux, on n’est pas au présent. On est dans ce mieux que l’on imagine plus tard.

Quand on redoute de perdre un bien, on n’est pas présent. On est dans ce futur qui fait peur.

Quand on a peur, on n’est pas présent non plus : l’objet de la peur n’est pas l’araignée que l’on évoque lorsqu’on dit avoir peur des araignées, mais de ce qu’elle pourrait nous faire. De même, nous n’avons pas peur de l’obscurité, mais de ce qui pourrait s’y cacher et de ce que ces être pourraient nous faire. Nous n’avons pas peur de l’avion, mais de l’éventuel accident. La peur a pour objet l’idée que l’on se fait de ce qui pourrait suivre le moment présent. Dans le cas de Léa, la peur des maladies, c’est la peur de l’idée qu’elle se fait des conséquences.

 

En fait, dès que l’on éprouve de la peur, nous ne sommes plus présents. Et c’est même parce que nous ne sommes pas au présent que nous pouvons éprouver de la peur.

 

 

LORSQUE NOUS NE SOMMES PAS PRÉSENTS, NOUS VIVONS DANS UN MONDE POLARISÉ ENTRE LE PASSÉ ET LE FUTUR

 

Lorsque nous ne sommes pas présents, nous vivons dans un monde polarisé entre le passé et le futur. Et de cette polarisation temporelle naissent toutes les polarisations :

Par exemple, « il fait jour » et « il fera nuit ». « Il fait nuit » et « il fera jour ». « La porte est ouverte » et « la porte sera fermée ». « Cette pièce est en désordre, elle sera rangée ». « Je suis malheureux, mais je serai heureux ». « Je suis heureux, j’ai peur de devenir malheureux ». « Je suis vainqueur, j’ai peur de perdre ». « J’ai perdu, mais je gagnerai ». Après la pluie vient le beau temps, etc.

 

Vous avez compris le principe.

 

La polarisation met en opposition deux aspects d’une même chose, l’une étant jugée comme positive et l’autre négative.

Ainsi, quand on n’est pas au présent, on aime la moitié du monde et on repousse l’autre moitié : par exemple, il y a des sentiments que l’on dit positifs et d’autres que l’on dit négatifs.

 

Si je m’ouvre et suis touché par les gens, j’ai peur d’être déçu et d’avoir mal. Je vais fuir tout sentiment désagréable. Et je les fuis en montant dans la tête. J’analyse, je réfléchis, je juge et préjuge. Cela me permet de prendre de la distance par rapport aux sentiments et de mon souffrir. Mon analyse me donne un semblant de stabilité. Elle m’évite surtout de ressentir les sentiments que je n’aime pas…

 

À l’inverse, si je suis présent, il n’y a plus de sentiments positifs et de sentiments négatifs. Ils ont tous leur place dans le monde des sentiments. Je n’ai pas à choisir ceux qui me conviennent ou ne me conviennent pas. Ils sont là. Et non seulement ils sont là, mais encore ils ne s’opposent plus et peuvent exister ensemble.

JE PEUX VOUS DIRE À PRÉSENT L’ÉVÉNEMENT QUE LÉA M’A RACONTÉ

Je peux vous dire à présent l’événement que Léa m’a raconté et qui m’a mis la puce à l’oreille. Léa m’a raconté avoir vu dans un train, une femme chauve : elle semblait épuisée. Elle suivait probablement une chimio. Et cela m’a touchée énormément. Mais la peur du cancer s’est réveillée… Alors j’ai détourné le regard.

 

Entendez-vous dans les sentiments de Léa, la tension, la polarisation dont il était question ?

 

Cela m’a touchée énormément : ouverture pour cette femme dans le train.

J’ai détourné le regard : retrait, fermeture par rapport à cette femme.

 

Il y a là matière à explorer la présence.

 

J’ai demandé à Léa de « rentrer » dans « Cela m’a touchée énormément », et de rester un instant dans cette sensation. Elle a fermé les yeux et commencé à dire ce qui la traversait : J’ai envie de la prendre dans les bras, de la rassurer. Je suis comme ça, je suis souvent touchée par les gens et je ressens très fort ce qu’ils vivent. Trop ouverte peut-être. Mais en repensant à cette femme, j’ai la peur du cancer qui revient.

La peur du cancer qui revient, c’est après l’ouverture, la fermeture…

J’ai donc demandé à Léa de « rentrer » un instant dans cette peur. C’est facile, me dit-elle. Cette peur est tout le temps là.

– Vous la sentez où dans votre corps ?

– Dans le ventre, dans la gorge aussi…

-Alors à présent, essayer de ressentir, en même temps que cette peur, « J’ai envie de la prendre dans les bras, de la rassurer ».

 

L’EXERCICE A ÉTÉ EFFICACE

Vivre ces deux expériences extrême en même temps, n’est possible qu’en devenant présent. En faisant cet exercice, on devient présent. Il fait sortir de la polarisation et les opposés se réunissent.

Lorsqu’elle se vit dans la sphère des sentiments, cette expérience de présence devient une expérience de stabilité intérieure. (il en a déjà été question dans un article précédent)

 

Quand la stabilité manque, on la cherche en réfléchissant beaucoup. On se concentre et on analyse les petits détails, on rationalise… Ce surinvestissement de la réflexion est en quelque sorte une ressource de substitution. N’est-ce pas ce que Léa faisait en observant les petits symptômes et en les analysant ?

 

Son hypocondrie était donc une tentative maladroite de trouver de la stabilité intérieure. C’était une crispation, une concentration sur des détails, en quête de stabilité, exactement comme la crispation du marin au bastingage, est une quête de stabilité dans la tempête.

 

On ne peut pas demander à une personne hypocondriaque de lâcher ses pensées hypocondriaque, sans lui proposer d’éprouver une réelle stabilité intérieure.

C’est en éprouvant une réelle stabilité intérieure, que Léa a pu cesser d’investir sa tête. L’hypocondrie s’est calmée.

Elle a continué de pratiquer ce petit exercice. Elle m’a dit récemment que des peurs parfois se présentent, mais qu’elle peut facilement s’en dégager. Elles n’ont plus la même force qu’avant. Il est toujours plus facile d’en sortir.

 

Voilà ce que je voulais vous raconter. J’espère que cet article vous aura intéressés.

Merci pour vos commentaires.

À bientôt

GL