L’HOMME N’EST PLEINEMENT HOMME QUE LORSQU’IL JOUE

L’HOMME N’EST PLEINEMENT HOMME QUE LORSQU’IL JOUE

Portrait de Schiller (Photo GL)

 

L’Homme n’est pleinement Homme que lorsqu’il joue.

Friedrich Schiller

Lettres sur l’éducation esthétique de l’Homme, 1794

 

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Cette phrase est de Schiller[1], un dramaturge et philosophe allemand du XVIIIème siècle. L’Homme n’est pleinement Homme que lorsqu’il joue. Le jeu auquel il fait allusion n’est pas de ceux qui s’organisent en championnats. Il ne connait ni règles, ni arbitres. C’est un jeu libre. Comme au théâtre lorsque l’on improvise.

NOUS SOMMES DANS LA VIE COMME AU THÉÂTRE

Nous sommes dans la vie comme au théâtre. Des accessoires nous sont donnés et nous avons à jouer avec eux. Et c’est bien parce que nous avons à jouer sur la scène de notre vie que des accessoires nous sont donnés. Lorsque la scène d’un théâtre est mise en place, elle est mise en place parce que des acteurs viendront y jouer. Les acteurs sont la cause dans l’avenir de la mise en place de cette scène. Nous sommes, dans notre vie, la cause dans l’avenir de ce avec quoi nous avons à nous expliquer. Et les accessoires avec lesquels nous avons à nous expliquer sont faits de tout ce qui nous entoure, tout ce que nous connaissons.

Pour commencer, il y a notre corps

– l’accessoire le plus proche de nous – C’est un peu comme notre costume. Un costume que nous trouvons plus ou moins bien arrangé.

Pour compléter ce costume, il y a tout ce à quoi nous nous identifions :

notre identité civile, notre nom, nos rôles sociaux, notre date de naissance et toutes les planètes qui étaient à une certaine position du ciel à notre naissance (ça intéressera les astrologues) ; notre identité chromosomique et tout le patrimoine reçu des aïeux (ça intéressera les généticiens) ; nos valeurs, notre histoire familiale et personnelle (ça intéressera les psychologues) ; notre culture, l’histoire de notre pays, l’histoire du monde ;

Le décor est fait également fait de tout ce que nous percevons autour de nous et en nous ;

nos sentiments, nos représentations, nos pensées…

 

Bref, disons que le décor de notre vie est fait de tout ce qui s’est mis en place jusqu’à aujourd’hui[2].

Et que cela nous plaise ou non, tout ce qui s’est mis en place jusqu’à aujourd’hui est là parce que nous avons à jouer avec ces accessoires, le rôle de notre vie !

 

Bureau de Schiller à Weimar (phot GL)

LE JEU DE L’ACTEUR EST LA RAISON POUR LAQUELLE UN DÉCOR EST MIS EN PLACE.

Le jeu de l’acteur est la raison pour laquelle un décor est mis en place. Si l’acteur est dérangé par l’un des accessoires du décor, il peut aller voir l’accessoiriste et essayer de comprendre pourquoi tel ou tel accessoire lui a été fourni. Il peut y mettre beaucoup d’énergie, mais tant qu’il fait ça, il n’a pas commencé à jouer.

Pour jouer, l’acteur devra découvrir que les accessoires ne le déterminent pas. Il est libre de jouer même avec les accessoires qui ne lui plaisent pas.

Jouer, c’est découvrir la possibilité de se mettre en lien avec les accessoires qui sont là, pour donner, dans une improvisation, le meilleur de nous-mêmes.

Jouer est l’expression du lien que l’on découvre avec ce qui nous entoure. Un lien engagé et librement consenti, puisque déterminé par rien.

Nous sommes alors pleinement dans la pleine expression de qui nous sommes.

L’Homme n’est pleinement Homme que lorsqu’il joue.

 

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La phrase “L’Homme n’est pleinement Homme que lorsqu’il joue”, est issue des LETTRES SUR L’ÉDUCATION ESTHÉTIQUE DE L’HOMME (écrites entre 1794 et 1795).

Dans ces lettres, Schiller met en évidence cet espace de liberté.

En lisant ces lettres, on comprend que le jeu dont il est question ici, nécessite que l’on se lance, que l’on décide de se lancer. Ce jeu est celui d’un choix de chaque instant. Il nécessite que l’on cesse d’écouter le souffleur qui se cache dans les plis du rideau de la scène. Et c’est là le plus difficile, mais c’est également là que réside notre liberté la plus essentielle. Le souffleur, celui qui connaît le texte écrit par avance et qui ne veut rien savoir de notre improvisation, c’est notre peur. Nous avons à décider de lâcher la peur que l’on voudrait calmer en écoutant le souffleur. Nous avons également à lâcher la haine que l’on éprouve à l’encontre des accessoires qui nous entourent et qui nous pousse à vouloir les changer.

Expérimenter la peur, expérimenter la haine, les vivre, être témoin du joug sous lequel elles nous placent et ôter ce joug.

C’est au moment où l’on décide de ne rien vouloir changer à la scène sur laquelle nous nous trouvons, que nous devenons libres de jouer notre jeu.

C’est au moment où nous décidons de ne plus refuser les figurants et les accessoires qui nous sont donnés, que nous commençons à pouvoir improviser.

Les situations difficiles que nous pouvons rencontrer deviennent alors l’occasion de faire ce que l’on n’aurait jamais oser faire. Si la peur ne nous bloque plus, nous pouvons décider de quitter une situation dans laquelle nous restions par peur des conséquences.

C’est au moment où nous nous lions intimement à ce qui est et avec ceux qui sont dans notre histoire, que nous devenons libres d’agir d’après nous-mêmes et non d’après ce que la peur ou la haine décident pour nous.

Ce lien qui rend libres, ce lien qui élève à quelque chose de nouveau, est l’expression la plus aboutie de l’amour.

LES RESSOURCES NÉCESSAIRES POUR PARVENIR À CETTE IMPROVISATION LIBRE

Les ressources nécessaires pour parvenir à cette improvisation libre sont mentionnées dans l’article : la Saluto et les quatre vertus platoniciennes.

C’est en les exerçant que l’on parvient à ces moments d’improvisation. Et, paradoxalement, c’est en improvisant que l’on acquière ces ressources.

Voilà pour aujourd’hui.

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Guillaume Lemonde

[1] Extrait de la note Wikipédia : Johann Christoph Friedrich Schiller est un poète, écrivain et théoricien de l’esthétique, né le 10 novembre 1759 à Marbach am Neckar et mort le 9 mai 1805 à Weimar.

Il fait partie des grands classiques de la langue allemande. D’abord célèbre pour ses pièces de théâtre, il est aussi l’auteur de nombreux poèmes et ballades devenus des incontournables du patrimoine littéraire allemand. À cette œuvre poétique et théâtrale s’ajoutent des essais philosophiques traitant de questions esthétiques et sociales, en particulier La Grâce et la Dignité et les Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, qui influenceront l’idéalisme tout autant que le romantisme allemand.

Il enseignera aussi l’histoire, mettant en avant d’idée d’une « histoire universelle ». Son amitié avec Johann Wolfgang von Goethe, autre figure centrale de la culture allemande, marquera fortement la fin de sa vie et de son œuvre.

[2] D’ailleurs, si nous nous croyons le produit de ce qui nous a précédé (le produit de notre génétique, de notre éducation), alors nous nous identifions à ce qui ne sont que des accessoires du décor de notre vie.

SCHILLER : « CELUI-LÀ SEUL CONNAÎT L’AMOUR QUI AIME SANS ESPOIR »

SCHILLER : « CELUI-LÀ SEUL CONNAÎT L’AMOUR QUI AIME SANS ESPOIR »

SCHILLER : « CELUI-LÀ SEUL CONNAÎT L’AMOUR QUI AIME SANS ESPOIR »

 

Cette phrase est tirée du Don Carlos écrit en 1787 par Friedrich Schiller.

Friedrich Schiller est un dramaturge allemand né à Marbach le 10-11-1759 et mort à Weimar le 9 mai 1805.

Ci-dessous, d’autres articles au sujet de citations de F.Schiller sur le site Saluto.

L’ESPOIR FAIT VIVRE? VRAIMENT?

L’ESPOIR FAIT VIVRE? VRAIMENT?

  • L’espoir fait vivre !

L’espoir fait vivre ! proclame le dicton. Vivre sans espoir, c’est cesser de vivre, reprend Dostoïevski. Pourtant, si vraiment l’espoir fait vivre, alors nous devons convenir que notre vie est sous tutelle ! Elle dépend de la patience que nous avons à attendre la réalisation de nos souhaits. Elle demande de faire cet effort-là. Et en définitive, nous la faisons dépendre de la réalisation de ces souhaits eux-mêmes. Nous la mettons en suspend, entre parenthèse, en attendant que ce que nous espérons se réalise.

 

 

Comme cette réalisation ne dépend pas de nous, nous attendons passivement. Comment pourrait-elle dépendre de nous ? Nous ne pouvons agir qu’au présent. Le futur est hors de portée. C’est pourquoi il y a dans l’espoir, un fatalisme qui ne dit pas son nom. Un désir nourri de fatalisme. Nous ne vivons pas, nous espérons vivre. Nous attendons de vivre. Nous rêvons à comment sera notre vie quand tout ira bien.

 

En nous accrochant à nos espoirs, nous vivons de l’attente de vivre… Cela n’a pas beaucoup de sens ! Mais il est vrai que renoncer aux espoirs est difficile. Cela nous confronte trop douloureusement à ce qui ne nous va pas et qui nous fait espérer mieux que nous croyons avoir. Et c’est ainsi que l’espoir nous tient. Il nous enferme dans une fiction plus agréable que la réalité. La prison de l’espoir est dorée.

 

  •  Remarque :

L’espoir n’est pas à confondre avec la confiance. Il y a dans l’espoir l’enjeu passif d’une vie meilleure. Dans la confiance, une activité qui n’attend rien de spécifique et qui donc est ouverte à tous les possibles.

De plus, la passivité de l’espoir demande un effort énorme. Celui d’attendre. Alors que l’activité de la confiance ne coûte rien. Elle a la simplicité de la présence.

 

  • La peur ne peut se passer de l’espoir et l’espoir de la peur.

    Spinoza

L’espoir et la peur entretiennent ensemble un rapport paradoxal : c’est parce que nous avons peur que la situation actuelle pourrait ne jamais changer, que nous espérons un changement. Et c’est également parce que nous plaçons beaucoup d’espoirs dans le changement de cette situation, que nous avons peur qu’elle perdure… C’est un peu comme avec la poule et l’œuf… Qui est le premier, la poule ou l’œuf ? La peur ou l’espoir ?

En fait, les deux sont concomitants parce qu’identiques. La peur et l’espoir sont de même nature. D’ailleurs, le mot latin speres, qui est à l’origine du mot espérer, signifiait pour Cicéron : appréhender, craindre par avance, redouter

 

  • Remarque :

L’espoir est du côté de la peur, tandis que la confiance passe à travers.

 

  •  L’espoir est le désir, mais ouvert à la peur.

    Georges Bataille (L’au-delà du sérieux.)

L’espoir et la peur ont la même origine. Ils proviennent de l’impossibilité d’agir avec ce qui se donne maintenant. En refusant ce qui est donné, on s’en remet à plus tard. Or, il n’y a que maintenant que nous puissions agir ! Les espoirs qu’un hypothétique plus tard pourrait combler, sont inconsistants comme les trésors cachés au pied de l’arc-en-ciel. Ils reculent à mesure que l’on avance vers eux. On peut en rêver, mais on ne peut rien en faire. Ils ne sont pas réels.

Je disais que la prison de l’espoir est dorée, justement parce qu’elle est comme un rêve agréable. L’espoir nous enferme dans un rêve. Mais ce rêve, en se frottant à la réalité, nous fait souffrir et c’est finalement un cauchemar. Et c’est parce que nous refusons d’être au présent que nous faisons ce cauchemar.

 

À ce sujet, je vous invite à revoir la vidéo : L’histoire du sanglier et du vieux fusil.

 

  • Il n’est de pire servitude que l’espoir d’être heureux.

    Carlos Fuentes (Diane ou La chasseresse solitaire)

L’espoir d’être heureux, c’est le rêve d’être heureux. Quand allons-nous nous réveiller ? Nous avons peut-être l’impression d’être réveillés, mais nous ne le sommes pas plus que lorsque nous croyons que notre rêve est la réalité. Entre la peur que tout ce que nous avons traversé se poursuive et l’espoir qu’il n’en soit rien, nous oscillons entre le passé et le futur, oubliant le seul moment d’importance : le moment présent.

À ce sujet, je vous invite à relire l’article : À quel point sommes-nous présents ?

 

  • L’espoir est une mémoire qui désire.

    Balzac

Au présent, la tête se calme. Nous cessons de réfléchir à ce qui s’est passé et à ce qui pourrait arriver. Nous nous souvenons de ce qui s’est passé, mais nous arrêtons de réfléchir à ce sujet. Nous arrêtons d’essayer de comprendre les causes et de supposer les conséquences. Nous nous ouvrons à ce qui est, à ce qui nous entoure maintenant. Les sens s’éveillent. Le souvenir des derniers jours ou des dernières années ne nous encombre pas lorsque nous devenons attentifs au soleil qui caresse la peau ou la pluie qui ruisselle sur la tête, au panorama sonore, aux odeurs, à la lumière…

S’ouvrir à ce qui nous entoure, cela se fait grâce aux organes de sens. Nous retrouvons un lien avec le corps et par le corps un lien avec la Terre. Nous n’avons pas besoin d’espérer quoi que ce soit lorsque nous sommes au présent.

Mais lorsque nous oublions d’être présents, le passé prend trop de place. Plutôt que d’être témoins de notre mémoire, nous nous confondons avec elle. Nous croyons être ce dont nous nous souvenons. Nous nous revoyons souffrir et nous souffrons. Et nous désirons ne plus souffrir. Ce qui fait dire à Balzac : l’espoir est une mémoire qui désire.

  • Celui-là seul connaît l’amour qui aime sans espoir.

    Friedrich Schiller

 L’espoir fait vivre, dit-on… Non seulement il ne fait pas vivre, mais il nous éloigne du réel. Quand on espère que les choses s’arrangent, c’est que ces choses nous font souffrir, et si on souffre de ces choses, c’est parce qu’on refuse qu’elles soient. Or, on les refuse car nous les voyons à travers le filtre de nos enjeux personnels : nous ne les voyons pas pour ce qu’elles sont, mais pour ce que nous croyons qu’elles représentent pour nous. Bref, c’est notre refus du réel qui nous fait souffrir et espérer une autre réalité.

C’est pourquoi ce qui fait souffrir est irréel. C’est notre incapacité à sortir de nos représentations mentales qui nous fait souffrir. 

Que dire alors d’un amour qui fait souffrir, si ce n’est qu’il est irréel lui aussi ? On aime à travers le filtre de nos enjeux personnels, non pas ce qui est, mais ce que l’on voudrait qui soit.

 

  • Exercice :

Prenez le temps d’identifier ce qui vous donne de l’espoir, identifier ces choses sensés rendre votre vie meilleure si elles se réalisaient. Dans un premier temps, projetez-vous dans ce futur espéré et prenez le temps de sentir comment cet espoir résonne en vous. Ressentez le goût que cela a, lorsqu’on se dit que cette chose que l’on attend, est accomplie et réelle. 

Prenez ensuite le temps de retourner dans le passé et de ressentir l’inverse : cette chose qui me donne de l’espoir n’est pas. Elle n’existe pas. Prenez le temps de sentir comment cela résonne en vous. Ressentez le goût que cela a, lorsqu’on se dit que cette chose n’existe pas. 

Alors, ayant bien senti les deux côtés, prenez le temps de vous souvenir des deux expériences en même temps. Tenez-vous entre les deux. Devenez témoin des deux en même temps. Ne réfléchissez pas à ce sujet : ressentez simplement les deux expériences en même temps.

Vous allez faire l’expérience du présent. Au présent, on fait l’expérience que tout est en ordre. On découvre dans l’activité que demande cet exercice, notre propre activité qui s’éveille. Et cet éveil est paisible. Il n’attend rien. Il est. 

 

À ce sujet, je vous invite à relire l’article : Avoir confiance ! Comment fait-on ?

 

Essayez ! Peut-être aurez-vous envie de témoigner de l’expérience et voudrez-vous laisser un commentaire au bas de cette page. Votre commentaire pourra enrichir ce propos et je vous remercie pour les lecteurs de ce blog.

 

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