RILKE : « ESSAYEZ D’AIMER VOS QUESTIONS »

RILKE : « ESSAYEZ D’AIMER VOS QUESTIONS »

« Soyez patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur.

Essayez d’aimer vos questions elles-mêmes. Ne cherchez pas des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne saurez pas les vivre. Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez, pour l’instant, que vos questions. Peut-être simplement finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. »

Cette phrase se trouve dans les Lettres à un jeune poète de RAINER MARIA RILKE.

Rilke est un écrivain autrichien né le 4 décembre 1875 à Prague et mort le 30 décembre 1926 à Montreux en Suisse.

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TRANSCRIPTION DE LA VIDÉO (29.7.2020)

« Soyez patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur.

Essayez d’aimer vos questions elles-mêmes. Ne cherchez pas des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne saurez pas les vivre. Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez, pour l’instant, que vos questions. Peut-être simplement finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. »

Ce passage se trouve dans les Lettres à un jeune poète que RAINER MARIA RILKE publia en 1929.

Rilke est un écrivain autrichien né le 4 décembre 1875 à Prague et mort le 30 décembre 1926 à Montreux en Suisse.

Ce texte m’évoque ce qu’un ami m’avait confié il y a maintenant bien longtemps. Je l’ai déjà raconté une fois, mais j’aimerais vous le partager ici de nouveau.

Cet ami habitait sur les pentes de la Croix-Rousse à Lyon. Il était âgé de plus de 80 ans et avait passé son existence à l’étude de textes anciens. Durant plusieurs années, j’allais lui rendre visite chaque semaine, heureux d’apprendre ce qu’il savait. Mon ignorance était colossale. J’avais soif de l’entendre me parler des vieilles civilisations : Sumer, Babylone… Je grimpais les escaliers des Chartreux, jusqu’à sa petite piaule, dont il avait entrebâillé la porte en signe de bienvenue.

Il prenait le temps de finir d’écrire la phrase qu’il avait commencée, posait son stylo, se levait, me donnait une vigoureuse accolade, puis me regardant d’un air complice, tendait un doigt noueux devant sa bouche en chuchotant : D’abord mangeons, ensuite causons.

Nous partagions un repas cuisiné avec les produits trouvés le matin même sur le marché de la Croix-Rousse : des andouillettes ou des rognons arrosés copieusement d’huile d’olive dont il raffolait. Cela mitonnait sur un réchaud électrique posé à même une petite étagère, dans un angle de la pièce. La tapisserie, huileuse jusqu’au plafond, se souvenait des splendeurs que Robert préparait pour ses convives quotidiennement.

Un jour, à la fin d’un repas conclu d’une goutte de génépi, il m’avait fait le cadeau d’une jolie métaphore : il s’était saisi d’un crayon et avait tracé sur un bloc-notes, un tout petit cercle avec application. Puis il avait assombri la surface de la feuille tout autour. Après une longue minute de coloriage, je vis apparaître un disque blanc sur un large fond noir.

Alors sans détourner son regard du croquis, il me dit à peu près ceci : tu vois ce disque blanc ? C’est tout ce que j’ai appris dans ma vie. C’est la somme de mes connaissances. Et là, cette obscurité infinie, c’est tout ce que j’ignore encore. À la périphérie du cercle, ce que je connais touche à l’inconnu, et des questions se forment…

Il fit une pose et me fixa pour voir si je suivais. Robert aimait les silences éloquents. Il ménageait ainsi son effet et après un instant poursuivit enfin : À la fin de ma vie, le disque a grandi, considérablement ! Mais sa circonférence est désormais tellement étendue, qu’elle est en rapport avec bien plus d’obscurité que jamais… Les questions que je me pose sont beaucoup plus nombreuses aujourd’hui qu’avant. Alors comprends bien qu’avec ce disque blanc, que je n’ai eu de cesse de faire prospérer, c’est mon ignorance qui est devenue colossale…

Nous sommes trop intelligents… Nous croyons devoir puiser de nos connaissances les solutions aux problèmes qui nous préoccupent. En réalité, nos connaissances ne nous servent qu’à mettre en lumière ce que nous ne savons pas. Elles nous font toucher l’ombre. Et ce sont les réponses qui sont encore dans l’ombre, qui font naître les questions que l’on se pose. En quelque sorte, les réponses que l’on ignore, précèdent les questions. Quand nous nous posons une question, c’est que la réponse est déjà là, devant nous, dans l’ombre.

Mais comme elle est dans l’ombre, pour la découvrir, il est très important de ne pas s’aveugler avec tout ce que l’on croit déjà savoir. Ni avec ce que d’autres nous disent savoir. Il est donc important d’apprendre à cesser un instant de penser au sujet de la question mais de la tenir en conscience. Avec persévérance. C’est-à-dire toujours de nouveau rendre conscient le vide que cette question creuse en vous, tout en renonçant à chercher la réponse. C’est à cette condition que la question que l’on porte se remplira d’elle-même de la réponse qui l’a fait naître.

Et maintenant que je vous ai raconté ce que Robert disait, je relis le texte de Rilke :

Soyez patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur.

Essayez d’aimer vos questions elles-mêmes. Ne cherchez pas des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne saurez pas les vivre. Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez, pour l’instant, que vos questions. Peut-être simplement finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses.

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Cette phrase se trouve dans les Lettres à un jeune poète de RAINER MARIA RILKE.

Rilke est un écrivain autrichien né le 4 décembre 1875 à Prague et mort le 30 décembre 1926 à Montreux en Suisse.

 

 

 

 

 

 

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