MONTAIGNE : « Ma vie a été pleine de terribles malheurs dont la plupart ne se sont jamais produits.»

MONTAIGNE : « Ma vie a été pleine de terribles malheurs dont la plupart ne se sont jamais produits.»

 

« Ma vie a été pleine de terribles malheurs dont la plupart ne se sont jamais produits. »

Michel de Montaigne

NOTE DE LECTURE : Lorsque l’on rencontre un malheur, que rencontrons-nous si ce n’est une remise en question de ce qui était ou de ce que l’on pensait qui serait ? Ce qui fait souffrir, dans le malheur, n’est-ce pas la perte d’un acquis ou les conséquences que l’on voit à plus ou moins court terme ? On est au passé et l’on regrette. On est à l’avenir et l’on craint pour la suite.

Se pourrait-il que le malheur ne résulte que des projections que l’on se fait au sujet de ce qui arrive ? Si l’on parvenait à s’en tenir à maintenant, à être attentif de ne pas suivre les pensées qui s’imposent et se pensent en nous toutes seules, le malheur serait-il aussi terrible ? Serait-il encore là ?  Lire plus…

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QUE FAIRE POUR ÊTRE ATTENTIF?

QUE FAIRE POUR ÊTRE ATTENTIF?

Que faire pour être attentif ?

Voyez cette petite vidéo. Comme vous allez voir, pour être attentif, il y a surtout une chose à ne pas faire !

 

 

 

TRANSCRIPTION DE LA VIDÉO

 

Un oncle que j’aimais beaucoup me racontait une histoire.

Il me l’a racontée souvent quand j’étais enfant et j’aimais beaucoup cette histoire. J’aimerais la partager avec vous. Alors, je ne la raconte pas aussi bien que lui, mais j’aimerais la partager parce que c’est une histoire qui illustre tellement bien notre manque présence. C’est l’histoire d’un automobiliste qui vient d’avoir une panne, son pneu a crevé, il est là au bord de la route, il est deux heures du matin et il sait qu’un garage se trouve un peu plus loin sur le chemin. Alors, il se met en route vers le garage.

Puis en chemin, là marchant, dans la nuit, il s’imagine les choses. Il pense au garage et puis il se dit :

– Sans doute que le garagiste habite pas très loin de son garage, je vais trouver l’appartement, peut-être même que c’est au-dessus. Tout sera noir parce qu’il est tellement tard, il doit être en train de dormir, je vais l’appeler : Ohé ! Il y a quelqu’un ? Puis je vais l’appeler encore parce qu’il dort tellement profond… Et puis l’appelant et l’appelant toujours, il va se réveiller, il va ouvrir la fenêtre, il va être énervé ! Et puis je le vois bien d’ici : qu’est-ce que vous me voulez, vous avez vu l’heure qu’il est ? Je le vois bien s’énerver comme ça. Ils sont tellement malhonnêtes les gens, tellement malpolis. Je le vois bien…

Sur ces entrefaites, l’automobiliste arrive dans le village, voit le garage, trouve l’appartement au-dessus du garage et crie :

– si vous le prenez comme ça, dormez encore, je me débrouillerai tout seul.

 

 

Nous sommes très peu présents.

Nous nous imaginons des choses et réagissons avec ces choses que nous avons imaginées. C’est Montaigne, je crois, qui disait, j’ai eu beaucoup de problèmes, mais la plupart ne sont jamais arrivés. C’est ça, on s’imagine des trucs, on en fait des problèmes, mais ils ne sont pas présents. Au présent, on y est tellement peu à toujours chercher le pourquoi des choses et le comment ça va faire, on bascule comme ça… Mais pour être présent, il faudrait une chose fondamentale. Ce serait déjà arrêter de penser. Arrêter ce petit vélo automatique qui associe pensées après pensées toutes sortes de cascades, trouver le calme à l’intérieur.

Cette présence qui permet de trouver le calme permettrait de trouver, en même temps, un lien avec ce qui nous entoure, parce que ce qui nous entoure est au présent. Nous, nous ne sommes pas au présent à nous balader tout le temps. Notre corps est au présent, ce qui nous entoure est au présent, tout l’espace est au présent. Nous deviendrions attentifs sont nous pouvions lâcher ce mental. Simone Weil, je crois dans l’Enracinement, raconte que l’attention, la force d’attention est une force de non pensée. Quelqu’un d’attentif est quelqu’un qui s’arrête de penser.

Quand on est inattentif, c’est qu’on pense trop vite. On n’a pas bien lu l’énoncé. On ne l’a pas bien lu parce qu’on est allé trop vite à la fin, sans le lire correctement. On a suivi des enchaînements logiques trop rapidement, sans regarder ce qu’il en est. Quelqu’un d’inattentif subit une pensée qui pense en lui pour lui. Quelqu’un d’attentif ouvre un espace de non-penser et devient ouvert à ce qui l’entoure.

 

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UN MOYEN TRÈS SIMPLE DE NE PAS AVOIR DE PROBLÈMES !

UN MOYEN TRÈS SIMPLE DE NE PAS AVOIR DE PROBLÈMES !

Sculpture de Montaigne sous la neige devant la Sorbonne.

Il y a quelques années, alors que je traversais une situation difficile, où des montagnes de problèmes compliqués me pesaient sur le cœur comme une dalle, j’avais pris pour habitude de me répéter avant de dormir, demain est un autre jour.

J’essayais de distinguer dans cette montagne de problèmes, ceux qui devaient être traités maintenant et ceux qui pouvaient attendre un autre jour. À chaque jour suffit sa peine, dit un autre dicton du même acabit. Je faisais un tri pour diminuer l’altitude de cette montagne sinon impossible à franchir. Et cela devint une hygiène de chaque soir.

Regarder ce qui peut attendre et prendre les choses les unes après les autres plutôt que toutes de front.

Faire une liste de ce qui est urgent et de ce qui peut attendre plus tard…

(image de Sylke Ibach)

Et puis un jour, alors que je regardais encore plus attentivement, je m’aperçus qu’aucun de mes problèmes, pourtant bien sérieux et bien urgents, n’avait à être traité dans l’instant.

En effet, aucun d’eux ne me pesait autrement que par l’idée que je me faisais des conséquences les plus immédiates. J’avais peur des conséquences. L’idée que je me faisais des conséquences était ce qui me pesait. En fait, la montagne de problèmes qui pesait comme une dalle, n’était qu’une montagne d’idées que je me faisais.

Montaigne aurait écrit (il me manque la référence. Si vous l’avez, merci de la laisser dans les commentaires.) :

Ma vie a été pleine de terribles malheurs dont la plupart ne se sont jamais produits.

Montaigne avait remarqué que lorsqu’on a un problème que l’on dirait bien concret – par exemple une facture impossible pour notre budget – ce qui pèse, ce sont toutes les pensées qui nous viennent alors. Et rien d’autre. La lettre est bien réelle, mais ce qui pèse c’est ce que nous associons à ce papier : toutes sortes de pensées désagréables.

Comment vais-je faire ? Qu’est-ce qui va se passer ? Et le jour où le délai de paiement sera arrivé, ce qui pèsera c’est d’imaginer que nous allons être saisis de notre mobilier… Et le jour où les huissiers arriveront effectivement pour prendre les plus précieux objets que nous possédons, ce qui nous pèsera, ce sera la pensée terrible de savoir ce que nous allons devenir.

Ces situations sont bien réelles et inconfortables, mais elles ne pèsent par ce que nous imaginons de la suite. Nous sommes projetés dans le futur et avons bien du mal à en rester à ce qui est maintenant. Car maintenant, nous avons juste reçu un commandement de payer…

Au même moment, nous nous rendons dans le passé : nous nous souvenons de situations semblables et la répétition de ces situations qui nous pèse également.

Alors, une hygiène essentielle lorsque nous avons un problème, est de prendre conscience que nous pensons trop vite et trop loin.

Trop loin vers le futur et le passé. Nous associons des pensées automatiquement et nous les suivons plus que nous ne les maitrisons. Nous les suivons en oubliant une chose : de rester dans le présent. Nous souffrons parce que nous ne sommes pas dans le présent. Nous souffrons de notre incapacité à résister aux pensées automatiques qui nous conduisent trop loin.

Du coup, nous ne voyons plus la situation telle qu’elle est, mais telle que nous croyions qu’elle pourrait devenir. Nous interagissons avec une anticipation irréelle. Nous interagissons avec une répétition tout aussi irréelle, car ce qui a été n’est pas complètement comme ce qui est maintenant. C’est juste semblable, analogue, proche, mais pas identique.

Alors comment faire pour en rester à ce qui est ?

Devenir le maitre de ses pensées ! Devenir le maître chez soi !

Essayez de repérer, quand elles vous traversent, les pensées qui vont trop loin. C’est à dire celles qui vous parlent d’après et d’avant. Et ces pensées, observez-les sans les suivre : identifiez les. Devenez l’observateur de vos pensées plutôt que leur esclave.

Exercice :

J’essaie de repérer les pensées qui vont trop loin, au point de me faire croire à je ne sais quelle catastrophe en préparation, ou à la récurrence de je ne sais quel événement.

J’élargis mon regard pour essayer d’embrasser toutes les pensées à la fois. Je deviens l’observateur de mes pensées. Je remarque qu’il est difficile de renoncer à les suivre, mais que si j’y parviens, mes pensées se calment. Du coup, plutôt que de me focaliser sur des problèmes, je deviens disponible pour percevoir des solutions.

Mais attention, il ne s’agit pas de lutter contre les pensées qui s’imposent. Il s’agit seulement de remarquer ce moment où l’on renonce à suivre la pensée qui nous occupe actuellement. Ce moment se donne toujours de nouveau, car toujours de nouveau de nouvelles pensées se présentent. Avec le temps, il devient aisé de rester dans une telle attention que plus aucune pensée ne se présente.

Ce qui est difficile dans cet exercice, c’est de s’y mettre ! C’est comme apprendre à marcher sur une corde raide. On perd l’équilibre souvent. Mais plus on essaie et plus cela devient simple.

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Merci pour vos commentaires. Ils enrichiront le sujet.

Et si cet article vous a plu, merci de le partager !

Guillaume Lemonde