ANTOINE DE SAINT EXUPÉRY : RENDRE L’AVENIR POSSIBLE.

ANTOINE DE SAINT EXUPÉRY : RENDRE L’AVENIR POSSIBLE.

 

 

L’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le rendre possible.

Cette phrase se trouve dans Citadelle, un roman d’Antoine de Saint-Exupéry.

 

 

Prévoir, c’est imaginer que ce qui se passera est le prolongement de ce qui s’est passé jusque-là. Quand on prévoit, on a l’esprit comptable. Les événements qui se produiront semblent avoir une dette envers le passé. Mais finalement, ce que l’on prévoit n’est pas l’avenir, c’est le futur. C’est le prolongement du passé. L’avenir quant à lui ne se trouve pas au bout d’un chemin que l’on prolonge vers demain : il vient à notre rencontre, au contraire. Il advient. Il ne se déduit donc pas de ce qui a été. Il est inédit, nouveau toujours, surprenant, inattendu.

 

Prévoir, c’est rester dans le connu. Mais sommes-nous capables de nous laisser surprendre ? Sommes-nous disponibles à tous les possibles ? Sommes-nous suffisamment ouverts pour que les obstacles que l’on rencontre deviennent pour nous des opportunités d’apprentissage ? Avons-nous la confiance qui le permet ? Le courage nécessaire ? La profondeur qui offre de garder une vue large, et la stabilité qui permet de ne pas être renversé par le premier imprévu ? Rendre l’avenir possible, c’est découvrir ces ressources qui rendent libres de l’accueillir, là où la prévoyance nous installait dans la sécurité confortable de ce que l’on connait.

 

Bien-sûr, rendre l’avenir possible n’implique pas que l’on ne prévoie plus rien. De toute façon nous prévoyons sans cesse bien plus que nécessaire. Nous nous projetons dans toutes sortes de scenarii, des plus favorables aux plus angoissants. Nous espérons et redoutons ce qui va arriver.

 

Rendre l’avenir possible, c’est, lorsqu’un imprévu survient, parvenir à se tenir dans un intervalle, un entre-deux, entre le passé que l’on connait et l’avenir qui nous surprend, au présent. Disponible. Silencieux. Attentif.

 

Guillaume Lemonde

 

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ANTOINE DE SAINT EXUPÉRY : RENDRE L’AVENIR POSSIBLE.

CE QUE DIT LE RENARD AU PETIT PRINCE

LE RENARD ET LE PETIT PRINCE

C’est alors qu’apparut le renard.

– Bonjour, dit le renard.

-Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.

– Je suis là, dit la voix, sous le pommier…

– Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli…

– Je suis le renard, dit le renard.

– Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste.

– Je ne puis jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.

– Ah ! Pardon, fit le petit prince.

Mais après réflexion, il ajouta :

– Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?

(…)

– C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens ».

– « Créer des liens » ?

– Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde.

En lisant ce texte extrait du Petit Prince de Saint Exupéry, me vient que ce qui est unique n’a jamais été et ne sera jamais plus.

Et c’est très important de se représenter ce mystère, car ce faisant, c’est tout l’avenir qui s’ouvre. Permettez-moi de développer…

 

Quand on se tourne vers le passé pour expliquer la rencontre de deux êtres, quand on dit que X et Y se sont rencontrés parce qu’ils étaient au même endroit au même moment et qu’ils avaient des intérêts communs, a-t-on perçu ce qu’il y a d’unique entre eux ?

Les explications s’appuient sur le passé. Elles s’appuient sur la recherche de causes. Chercher des explications, c’est regarder vers le passé. Et dans le passé, comme tout ce qui se passe n’est jamais que le développement de ce qui était avant, rien de nouveau ne peut apparaitre. Juste des développements, des variations de la même chose. C’est pour ça que l’on dit que l’histoire bégaie… Et c’est pour cela que ce qui est unique ne peut pas s’expliquer à partir du passé.

Ce qui est unique vient depuis l’autre côté. Cela vient de l’avenir. Cela s’approche depuis l’avenir et se trouve accueilli ou pas, selon que l’on s’ouvre à l’avenir ou pas.

Accueillir l’avenir, c’est se rendre disponible à ce qui n’est pas prévisible.

Cela demande donc de ne pas rester dans le passé.

Or, dans le passé on y est quand on a des attentes, car les attentes nous font voir ce qui se présente en fonction d’elles. Évidemment les attentes ne sont pas un problème en soi, mais il est important de réaliser qu’elles conditionnent ce qui vient à nous, en fonction de ce que le passé a installé en nous de manques. Elles sont fermées à tous les possibles. Elles ferment l’avenir.

Alors est-il possible de découvrir en soi l’endroit à partir duquel nous pouvons vivre nos attentes, sans subir la nécessité de les satisfaire ? Découvrir que la satisfaction n’est pas un butin que l’on prend à l’autre mais un cadeau que l’on reçoit. Est-il possible, pour ce faire, de supporter la solitude que l’on rencontre quand on n’attend de rien ni de personne de combler les attentes qui nous habitent ?

C’est dans cette solitude apprivoisée que l’on s’ouvre à ce qui est et non à ce que l’on aimerait qui soit.

Et alors, chaque instant, chaque être qui croise notre chemin deviennent uniques au monde. Et ce n’est plus pour combler un manque mais dans la joie de vivre cette rencontre que l’on a besoin de l’autre.

“…si tu m’apprivoises nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde.

Chaque rencontre est un trésor. Chaque rencontre est sacrée.

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ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY : “L’éducation passe avant l’instruction : elle fonde l’homme.”

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« L’éducation passe avant l’instruction : elle fonde l’homme. »

Carnets – Antoine de Saint-Exupéry

 

NOTE DE LECTURE :

Quand on regarde l’enfant d’un point de vue chronologique, on le voit grandir et accumuler du savoir. On le voit s’instruire. L’instruction ajoute à ce qui est, des couches supplémentaires. (On le voit également accumuler des épreuves, que l’on essaie alors de lui éviter à tout prix).

Quand on regarde l’enfant en prenant une perspective différente, comme si l’on pouvait se placer plus tard dans l’avenir et se retourner pour le voir aujourd’hui à partir de là, alors tout change.

Devient perceptible, en cet enfant, ce qui est en train de s’élever hors de la condition naturelle qui le déterminait. Une qualité d’être qui lui est propre.

Œuvrer en ce sens, c’est éduquer…  Lire plus

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ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY : “CHACUN EST SEUL RESPONSABLE DE TOUS”

« Chacun est responsable de tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous. »

Pilote de guerre (édition 1942) – Antoine de Saint-Exupéry

NOTE DE LECTURE :

La plupart du temps, la responsabilité est prise pour une notion chronologique : serait responsable celui qui a causé un événement particulier. Mais comme on peut toujours trouver des causes à cette cause-là, la responsabilité se reporte immanquablement en amont sur d’autres faits et devient vite collective. On parle de responsabilité partagée, ou de circonstances atténuantes. (Regarder la responsabilité en cherchant dans le passé, est déresponsabilisant.)

Mais on peut considérer la responsabilité en prenant une perspective différente, comme si nous pouvions nous placer plus tard dans l’avenir et nous retourner pour voir ce que nous allons faire aujourd’hui dans cette situation. De ce point de vue, est responsable celui qui répond de la situation, qu’elle qu’en soit la cause identifiée. Répondre de la situation, c’est l’embrasser à bras le corps et en faire l’opportunité du meilleur.

À ce titre, on est seul maître à bord pour en décider, mais aussi responsable de tous, même de ceux qui nous auraient fait du mal…    Lire plus

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SAINT-EXUPÉRY ET LA LIBERTÉ : ELLE NE S’ARRÊTE PAS OÙ COMMENCE CELLE DES AUTRES…

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Ayant oublié l’homme, nous avons défini notre liberté comme une licence vague, exclusivement limitée par le tort causé à autrui. Ce qui est vide de signification, car il n’est point d’acte qui engage autrui. (“Pilote de guerre” – 1942)

 

Cette phrase est d’Antoine de Saint-Exupéry.

Antoine de Saint-Exupéry est né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le au large de Marseille le 31 juillet 1944. Il est écrivain, poète, aviateur, reporter.

 

 

***

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Lettre au général X, 30 juillet 1944

« (…) Aujourd’hui, je suis profondément triste. Je suis triste pour ma génération qui est vide de toute substance humaine. Qui n’ayant connu que les bars, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd’hui plongée dans une action strictement grégaire qui n’a plus aucune couleur.

On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a cent ans. Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fut répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de l’homme. Aujourd’hui nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (il n’est pas de victoire aujourd’hui, il n’est que des phénomènes de digestion lente ou rapide) tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaîne. Comme dit la jeunesse américaine, “nous acceptons honnêtement ce job ingrat” et la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir.

De la tragédie grecque, l’humanité, dans sa décadence, est tombée jusqu’au théâtre de Mr Louis Verneuil (on ne peut guère aller plus loin). Siècle de publicité, du système Bedeau, des régimes totalitaires et des armées sans clairons ni drapeaux, ni messes pour les morts. Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.

Ah ! Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde.

Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du 15ème siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots.

Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources : les impasses du système économique du XIXème siècle et le désespoir spirituel. Pourquoi Mermoz a-t-il suivi son grand dadais de colonel sinon par soif ? Pourquoi la Russie ? Pourquoi l’Espagne ? Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors des sciences de la nature, cela ne leur a guère réussi.

Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. Ça déborde le problème de la vie religieuse qui n’en est qu’une forme (bien que peut-être la vie de l’esprit conduise à l’autre nécessairement). Et la vie de l’esprit commence là où un être est conçu au-dessus des matériaux qui le composent. L’amour de la maison -cet amour inconnaissable aux États-Unis – est déjà de la vie de l’esprit.

Et la fête villageoise, et le culte des morts (je cite cela car il s’est tué depuis mon arrivée ici deux ou trois parachutistes, mais on les a escamotés : ils avaient fini de servir). Cela c’est de l’époque, non de l’Amérique : l’homme n’a plus de sens.

Il faut absolument parler aux hommes. (…) » 

(le texte intégral en suivant ce lien) 

 En lisant la lettre d’Antoine de Saint Exupéry :

Vos lignes d’il y a 76 ans n’ont pas vieilli. Elles évoquent la pente que nous avons vu se prolonger plus avant, plus profondément dans la matière. Nous sommes allés plus loin que Louis Verneuil dans le superficiel, plus loin que dans l’adoration des Bugatti. La médecine se flatte aujourd’hui de marier les hommes aux robots.

Vos lignes sont poignantes. Elles témoignent du désarroi de leur auteur en cette époque de guerre mondiale. Vous alliez mourir le lendemain au large de Marseille et je peux comprendre que vous puissiez ne pas aimer le siècle que vous avez quitté. Pourtant, si je pouvais vous rencontrer, vous écouter me dire ce que vous percevez de cette évolution, pour vous insensée, je vous demanderais si les étoiles que l’on entend rire du même rire que celui du Petit Prince, peuvent briller dans le ciel quand il fait encore jour. Ne faut-il pas que tombe la nuit pour les apercevoir ? Ne faut-il pas s’abîmer dans une société de frigidaires et de mots croisés pour avoir l’occasion de se saisir un jour d’autre chose ? Ce qui nous était donné collectivement de vivre et de chanter encore au XVème siècle, ne fallait-il pas le perdre pour avoir le goût de le reconquérir et d’en devenir responsable ?

Il est vrai qu’il faudra du temps pour apprivoiser ce qui autrefois nous était donné sans effort, comme malgré nous-mêmes. Cela ne se fera pas tout seul. Comme vous le laissez entendre, il faudra que montent des inquiétudes à la mesure de ce que nous cherchons à conquérir. Toutefois ce temps passé à chercher ce que l’on ne voit plus, rendra unique ce que l’on découvrira. Unique et totalement nouveau.

Nous aurions pu danser longtemps avec les villageois. Cependant, se pourrait-il qu’en les quittant, nous ayons reçu en partage, la chance de goûter au manque de ce qu’ils vivaient ? Le goût de l’eau, on le découvre quand on a soif. Alors si l’homme meurt de soif aujourd’hui, dans ce siècle sec comme une brique, ne serait-ce pas justement parce qu’il est en train de marcher vers un puits nouveau ? Je vous poserais ces questions-là si je pouvais vous rencontrer.

Oui, une lumière s’est éteinte, mais une autre se lève. Celle d’autrefois parlait à l’intelligence et au cœur. C’était celle des tragédies grecques et des danses villageoises. La nouvelle se montre d’abord par les ombres qu’elle projette, parce qu’elle vient de se lever et qu’elle est encore rasante.

Lorsque j’étais enfant, vous me racontiez, à travers un livre, que les déserts sont beaux car ils cachent des puits. Se pourrait-il que notre époque – la vôtre et la mienne-, soit belle de l’aspiration spirituelle que l’on attend de voir pleuvoir sur les hommes, comme jamais sans doute avant ? Cette aspiration dont vous parlez si bien et que vous portez douloureusement, ayant vu les ombres de cette lumière invisible pour les yeux.

Aujourd’hui, le vaudeville est devenu la norme, comme est devenu la norme une pensée grégaire qui normalise les activités humaines à force de statistiques et de bilans. Nous sommes serrés en ce siècle dans une griffe d’acier qui rédige règlement sur règlement pour contrôler les produits que nous consommons. Nous sommes devenus nous-mêmes des produits et nous nous vendons, nous nous prostituons, devrait-on dire, aux grandes industries qui collectent nos données pour notre bien, notre santé, notre sécurité. Nous vendons notre âme à la matière, mais finalement cela procède d’une nécessité. La nécessité à laquelle nous pouvons désormais librement consentir : celle d’apprivoiser notre époque en déversant sur elle, mieux que des chants grégoriens, cette lumière naissante : la volonté de créer des liens au delà de ce que l’intelligence et le coeur permettent, au-delà des sympathies et des antipathies, des liens dont nous serons responsables à jamais.

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