JEAN DE LA FONTAINE : “on rencontre sa destinée par des chemins qu’on prend pour l’éviter”

JEAN DE LA FONTAINE : “on rencontre sa destinée par des chemins qu’on prend pour l’éviter”

Bonjour,

ON RENCONTRE SA DESTINÉE

SOUVENT PAR DES CHEMINS QU’ON PREND POUR L’ÉVITER.

 

Ces vers sont tirés de L’Horoscope,

la seizième fable du livre VIII de Jean de La Fontaine,

édité pour la première fois en 1678.

 

On rencontre sa destinée

Souvent par des chemins qu’on prend pour l’éviter.

 

Dans ce poème, La Fontaine commence par donner deux exemples pour illustrer cette phrase.

 

Le premier exemple concerne un enfant dont le père avait consulté un oracle. L’oracle avait annoncé que pour le salut de l’enfant, il fallait l’éloigner des lions, jusqu’à 20 ans. Ce que fit le père. Il interdit à l’enfant de sortir de la maison. L’enfant grandit, devint un jeune homme. Et un jour, le jeune homme, âgé de 20 ans, aperçoit un lion sur une tapisserie. Plein de colère de ne pouvoir sortir de chez lui à cause d’un tel animal, il le frappe du poing. Il rencontre un clou sous la tapisserie. La plaie s’infecte et il meurt. Il meurt par la faute d’un lion dont on voulait l’éloigner.

 

L’autre histoire, que raconte La Fontaine dans cette fable, est celle d’Eschyle, le Grec. Un oracle lui ayant annoncé qu’il mourrait de la chute d’une maison, Eschyle s’enfuit à la campagne pour y dormir à la belle étoile. Un aigle transportant une tortue dans ses serres et cherchant un rocher pour fendre la carapace de sa proie, considère la tête d’Eschyle, la prend pour un rocher, lâche la tortue. Eschyle meurt. Eschyle meurt de la chute d’une maison qu’il cherchait à éviter.

 

Si La Fontaine nous raconte ces histoires, ce n’est pas pour appuyer la phrase qu’il place en ouverture de sa fable, à savoir que l’on rencontre sa destinée souvent par des chemins qu’on prend pour l’éviter, mais pour défaire cette idée et conclure que ce que l’on a ici, ce sont des corrélations fortuites et non la réalisation de prophéties. Ce sont des hasards, relevés là où mille autres situations tombent à côté d’une corrélations troublantes comme celles-ci.

 

LA FABLE S’EN PREND AUX PROPHÉTIES.

 

Les prophéties n’existent pas, dit Jean de La Fontaine en ce grand siècle de Louis XIV. Je n’irai pas débattre de cela avec le poète. Ce ne sera pas le sujet. Mais s’il se tenait devant moi, si la possibilité de le rencontrer se donnait, je  lui raconterais l’histoire de cette personne qui avait peur des guêpes :

 

Un jour de grand soleil immobile à midi,

alors que sous les arbres les ombres tapies

se réduisent soudain à trois fois pas grand-chose,

une guêpe attirée par un drap recouvert

de raisins, de pâtés, de pain, de camembert,

choisit pour atterrir – légère comme la rose,

mais rayée comme un tigre – la main d’un convive.

Celui-ci, apeuré, semble pris de folie,

Souffrant de la morsure avant qu’elle n’arrive !

Elle va te piquer, préviennent ses amis.

Arrête-toi ! Écoute-nous ! Reste de marbre !

En vain !  Il continue, il s’agite et se bouge,

effrayé, à tel point que l’insecte voit rouge.

Dans la chair, il lui plante vivement son sabre.

Je le savais, se plaint la victime éplorée.

Je savais bien que la guêpe allait me piquer !

 

Ainsi, cette personne avait peur des guêpes. À force de s’agiter elle avait rencontré sa destinée par le chemin qu’elle voulait prendre pour lui échapper. Même si Jean de La Fontaine ne tient pas les prophéties astrologiques pour sérieuses, il est un prophète de malheur qu’il pourra reconnaitre : c’est la peur. La peur qui nous montre ce qui pourrait arriver, nous pousse à tout faire pour que ça n’arrive pas, et nous conduit à mettre en place exactement ce qui rendra la prophétie réelle.

 

La peur est à la base de prophéties auto-réalisatrices.

 

 –  Si le convive du piquenique n’avait pas eu peur d’être piquée par la guêpe, il n’aurait pas cherché à s’en débarrasser, ne se serait pas agité et n’aurait probablement pas été piqué.

 –  Si le jeune homme de la fable n’avait pas été enfermé par son père, de peur qu’il ne meure du fait d’un lion, il n’aurait pas frappé du poing contre la tapisserie, ne se serait pas blessé à un clou et ne serait pas mort.

 –  Eschyle n’aurait pas reçu de tortue sur la tête s’il n’avait pas eu peur de rester dans sa ville.

 

CERTAINS DIRONT QUE LA PEUR EST UNE ALLIÉE

 

Certains diront que la peur est une alliée, puisqu’elle nous prévient d’un danger. Sans peur, nous nous placerions inutilement dans des situations dangereuses. Nous irions caresser le lion du jardin des plantes ou ferions de la trottinette sur l’autoroute.

 

Mais en fait, la peur nous aide aussi longtemps que nous ne sommes pas présents à ce qui est. Elle nous épargne d’être attentif à ce qui est, en nous montrant ce qui pourrait être.

 

Si nous étions attentifs à ce qui est, nous serions en lien avec la réalité et n’irions pas caresser inutilement le lion du jardin des plantes. Ce serait la présence au lion qui nous inviterait à rester à distance et non la peur d’être mangé. En revanche, quand la peur nous montre ce qui pourrait arriver, elle nous projette dans un film irréel. Elle nous montre une irréalité que nous prenons pour argent comptant. Et l’on ne voit plus la guêpe qui s’est posée sur la main, mais la piqure qui n’est pourtant pas arrivée. On est projeté dans un futur certes possible mais irréel.

 

Les actes que nous poserons seront guidés par la peur. Ils ne seront pas fondés en eux-mêmes mais conditionnés par elle. Ce que nous mettrons alors en place pour calmer cette peur, tout en compensant habilement la présence qui nous manque, nous enfermeront dans pire encore. Ils nous enfermeront dans ce que l’on voulait éviter. Et c’est assez logique, quand on y songe : si la peur est à l’origine des actions que l’on pose, elle ne saurait être supprimée par ces mêmes actions.

 

En fait, la peur nous pousse à mettre en place les circonstances des prophéties qu’elle nous livre. Ce sont des prophéties auto-réalisatrices. Et l’on finit par rencontrer sa destinée par des chemins qu’on avait pris pour l’éviter.

 

 

Voyez plutôt :

 

1- Peur du monde intérieur :

 

C’est la peur des sentiments. Peur de s’ouvrir à quelqu’un et que cela fasse mal s’il nous laisse tomber. Alors on se méfie. On réfléchit pour savoir si l’on peut se livrer en confiance. On devient tellement analytique que l’on devient froid, rationnel, distant. À force d’avoir peur de s’ouvrir, on se ferme et la personne que l’on avait peur de voir partir s’en va.

 

2- Peur du monde extérieur :

 

On peut avoir peur d’être submergé par ce qui nous entoure. Il y a trop d’informations, trop à percevoir. Trop de petits détails. On se met à traquer tout ce qui pourrait nous envahir, pour tout remettre à sa place. Et c’est sans fin. On devient de plus en plus performant, de plus en plus exigent et plus on range, plus on organise, plus on perçoit de détails qui pourraient nous submerger.

 

3- Peur de la mort :

 

On peut avoir peur d’être terrassé par un obstacle, un rival, un ennemi. Alors on s’entoure d’alliés. Les alliés nous donnent du courage et l’on devient dépendant d’eux, au point qu’ils nous tiennent dans une position de faiblesse et pouuraient nous trahir et devenir des rivaux ou des ennemis.

 

4- Peur de la vie :

 

On peut avoir peur que les événements tournent mal. Peur de la vie, c’est aussi peur de demain. Alors on se rassure avec quelque chose qui redonne de l’espoir. Cette chose de valeur devient essentielle pour combattre la peur. Mais bientôt on va avoir peur que les événements tournent mal et que cette chose disparaisse.

 

 

Bref, il est possible de donner à ces histoires d’autres formes, d’autres détours pour un même résultat. La peur qui nous fait agir nous fait mettre en place une situation dans laquelle on se retrouve à vivre la peur que l’on combattait. Et c’est assez logique, quand on y songe : si la peur est à l’origine des actions que l’on pose, elle ne saurait être supprimée par ces mêmes actions.

 

(D’ailleurs ces considérations me font penser à la situation actuelle et aux espoirs que certains placent dans la vaccination de masse. La peur que les événements tournent mal sans elle, la peur de mourir sans elle, la peur d’être terrassé par de petits virus, la peur de s’ouvrir à quelqu’un qui pourrait nous rendre malade… Ce sont les peurs du monde intérieur vulnérable, du monde extérieur dangereux, la peur de la mort et la peur de la vie, toutes réunies en une même grande folie. Ce que l’on fait pour lutter là contre, pour l’instant, c’est analyser, organiser, s’allier (plus on est nombreux…), se rassurer avec des mesures… qui ne peuvent supprimer la peur. La peur sera toujours là. Alors pour calmer la peur, on va  intensifier les mesures, même si aujourd’hui l’impression dominante est que ça se détend un peu.)

 

Bien à vous

Guillaume Lemonde

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ON EST ADULTE QUAND ON A PARDONNÉ À SES PARENTS

ON EST ADULTE QUAND ON A PARDONNÉ À SES PARENTS

Buste de Goethe (Photo GL)

« On est adulte quand on a pardonné à ses parents. »

 

Cette sentence serait de Johann Wolfgang Goethe[1]. Récemment, je lisais les commentaires que bon nombre d’internautes ont laissé à son sujet et remarquait la difficulté qu’elle procure à certains. Dans le cas extrême d’un inceste, disait une personne assez remontée contre une telle affirmation, on ne peut pas pardonner ! Est-on alors condamné à rester enfant ? Une autre personne écrivait : pour pardonner, il faut qu’il y ait eu une faute. Mais là, je ne vois pas en quoi la faute des parents serait nécessaire pour devenir adulte…

 

Manifestement, cette phrase de Goethe ne laisse pas indifférent. Ou du moins sa traduction, tirée de je ne sais où. Je n’ai effectivement pas réussi à trouver la phrase originale en allemand et donc encore moins le contexte dans lequel cette phrase se trouve (si vous savez d’où cette phrase est tirée, merci de l’indiquer dans les commentaires).

 

À défaut de connaitre le contexte, je ne vais donc pas m’aventurer à chercher ce que Goethe voulait dire d’une façon si lapidaire. Je vais juste essayer d’exprimer comment je comprends cette phrase.

 

***

 

« On est adulte quand on a pardonné à ses parents. »

 

Cette phrase peut se lire depuis le passé ou depuis l’avenir.

 

Depuis le passé :

 

Lire cette phrase depuis le passé, c’est la lire d’après le point de vue chronologique habituel : le temps s’écoulant depuis le passé vers le futur, il enchaine des causes passées à des effets ultérieurs. De ce point de vue, la phrase « On est adulte quand on a pardonné à ses parents », signifie que l’on pardonne à ses parents et donc on devient adulte. Il y a un rapport de causalité. Le fait d’être adulte, dans ce cas, est le développement du pardon que l’on accorde. Si l’on ne pardonne pas, on ne devient pas adulte. D’où la protestation de certains internautes qui trouvent que la barre est placée un peu trop haut dans des cas extrêmes, comme dans celui d’un inceste, par exemple.

 

En fait, regarder la vie depuis le passé, c’est-à-dire en considérant qu’aujourd’hui est la résultante d’hier, nous conduit à considérer notre existence comme non fondée en elle-même. Elle dépend de paramètres nous échappant absolument : elle dépend de notre éducation, de notre biologie, et donc de nos parents et des aïeux qui ont transmis leur patrimoine génétique.

 

Ajoutez à cela qu’il faudrait pardonner afin de pouvoir être adulte, et vous obtenez une vie à laquelle il est impossible de présider. En effet, même le pardon, dans un tel cas-là, est conditionné par ce qui s’est passé avant et ne dépend pas de nous. Il dépend de l’ampleur de la faute à pardonner. Petite faute : le pardon est encore possible. Grande faute : le pardon est impossible.

 

 

Depuis l’avenir :

 

Que serait un pardon s’il était conditionnel ? Que serait un pardon s’il n’était possible qu’à la condition que la faute à pardonner ne soit pas trop importante ? Ce ne serait pas un pardon !

 

Le pardon ne peut pas s’expliquer depuis le passé. Tout comme il est absurde d’expliquer que l’on a du courage à la condition qu’il n’y ait pas d’obstacles, ou confiance à condition que tout aille bien… On a du courage, ou on n’en a pas ! De la confiance, ou on n’en a pas ! Quelle que soit la faute, quand on pardonne, c’est entièrement ou pas du tout.

 

Ainsi, ce qui en nous peut pardonner ne peut pas être conditionnel. Cela n’est pas un développement du passé. Cela n’est pas chronologiquement compréhensible. Cela vient d’ailleurs. Cela transcende toute chronologie.

 

Et ce qui n’est pas chronologique, dans notre perception chronologique du temps, nous apparait comme venir de l’autre côté, de l’avenir : cela advient. Cela surgit et on a le choix de le rendre possible, ou de le laisser passer. Et quand ce choix se présente, il s’impose comme une évidence librement consentie. Pardonner s’impose comme une évidence librement consentie.

 

À ce sujet, vous pouvez lire l’article : l’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le rendre possible.

 

Pièce de travail de Goethe (photo GL)

 

Nous connaissons tous ces moments où nous avons le choix de suivre nos inclinations, nos peurs, nos aversions, nos désirs de vengeance, ou de ne pas les suivre.

 

Gandhi parlait à ce sujet d’une mécanique de l’âme (voir l’article Êtes-vous pour ou contre ?) que l’on suit ou que l’on renonce à suivre. La mécanique de l’âme est ce qui se fonde dans le passé et réclame un dédommagement. Cette mécanique dira : œil pour œil et dent pour dent. Ne pas suivre la mécanique de l’âme, nécessite un renoncement. Un renoncement qui n’est le développement de rien, mais qui procède d’un choix le rendant possible. Le choix de renoncer.

 

Ce à quoi il s’agit de renoncer, c’est avant tout à suivre le besoin de compensation. Quelle que soit le reproche que l’on puisse faire à ceux qui nous ont précédés, nous avons le choix de renoncer à une compensation et de donner le meilleur de nous-mêmes dans le contexte que nous avons à disposition.

 

Quand un acteur sur la scène d’un théâtre souffre de ne pas avoir les bons accessoires, il peut soit aller se plaindre au costumier et à l’accessoiriste et passer des années à se plaindre, soit improviser avec ce qu’il a à disposition. Plutôt que de repousser ce qui ne lui va pas, il peut décider de s’y lier et d’improviser avec.

 

C’est cela que je comprends dans la phrase « On est adulte quand on a pardonné à ses parents. ». Cette phrase renvoie au plus intime d’un choix qui ne se discute pas en fonction des circonstances propres à chacun. Elle nous appelle juste à devenir responsable de notre vie, c’est-à-dire de ce que nous allons faire de ce qui nous a été donné de vivre.

Pour en savoir plus, lire l’article : C’est moi qui suis responsable de ce qui m’arrive.

 

***

 

Friedrich Schiller, le grand ami de Goethe, avait écrit en 1794, dans les Lettres sur l’éducation esthétique de l’Homme : L’Homme n’est pleinement Homme que lorsqu’il joue.

Cette phrase a pour moi la même signification que celle de Goethe.

Vous trouverez un article à ce sujet en suivant ce lien.

 

 

 

Si cet article vous a parlé, partagez-le avec vos proches.

Les commentaires sont bienvenus.

Bien à vous,

Guillaume Lemonde

 

[1] Extrait de la fiche Wikipédia : Johann Wolfgang von Goethe, né le 28 août 1749 à Francfort et mort le 22 mars 1832 (à 82 ans) à Weimar, est un romancier, dramaturge, poète, théoricien de l’art et homme d’État allemand. L’œuvre littéraire de Goethe comprend aussi bien de la poésie, que du théâtre, de l’épopée, de l’autobiographie, une théorie littéraire ainsi que des écrits scientifiques, Goethe étant passionné entre autres par l’optique, la géologie et la botanique. De plus, sa correspondance est d’une grande importance littéraire. Son roman, Les Souffrances du jeune Werther le rendit célèbre en Europe. Napoléon lui a demandé audience lors de l’Entrevue d’Erfurt. Avec Schiller et avec Herder et Wieland, il incarne le classicisme de Weimar. Son Faust est reconnu comme l’une des œuvres les plus importantes de la littérature de langue allemande.

NOUS SOMMES LA CAUSE DE NOUS-MÊME !

NOUS SOMMES LA CAUSE DE NOUS-MÊME !

 

Giordano Bruno, né en 1548 en Italie à Nola et mort en février 1600 à Rome, est un frère dominicain et philosophe napolitain. À partir des travaux de Nicolas Copernic et de Nicolas de Cues, il développe la théorie de l’héliocentrisme et démontre philosophiquement, la pertinence d’un univers infini, qui n’a ni centre ni circonférence.

Il est accusé d’athéisme et d’hérésie (pour sa théorie de la réincarnation des âmes) par l’Inquisition et condamné à être brûlé vif.

Depuis le XIXe siècle, une statue de bronze à son effigie (image ci-dessus) a été placée au Campo de’ Fiori à Rome, sur les lieux de son supplice.

La citation ci-dessous ne peut pas être attribuée avec certitude à Giordano Bruno mais elle est dans la ligne de sa pensée:

′ Que nous le voulions ou non, nous sommes la cause de nous-mêmes. En train de naître dans ce monde, nous tombons dans l’illusion des sens ; nous croyons ce qui apparaît. Nous ignorons que nous sommes aveugles et sourds. (…) Nous oublions que nous sommes divins, que nous pouvons modifier le cours des événements, même le Zodiaque “.
v
(Jourdain Bruno, ′′ Dialogue avec Sagredo ′′).
N
n
Note de lecture :
Il est naturel de s’imaginer comme la résultante de multiples causes : des causes biologiques, contextuelles, sociales, pédagogiques ont contribué à “construire” la personnalité que nous sommes. Ce point de vue est naturel mais lorsque l’on s’imagine être ainsi un produit du passé, on ne se voit pas comme fondé en soi-même mais en ce qui nous a précédé. Du coup, on est comme dérésponsabilisé de ce qui peut nous arriver; et c’est à cause de notre biologie héritée des ancêtres, à cause de la pédagogie que nous avons reçue, et donc à cause de nos enseignants, mais aussi à cause du milieu qui fut celui de notre enfance, que nous rencontrons telle ou telle difficulté.
Être la cause de soi-même, c’est se voir soi-même comme en train d’advenir à partir de ce que nous sommes en ce moment. Ce retournement nous place au coeur de la vie en responsabilité. Nous sommes en train de nous approcher de nous-même depuis l’avenir. Les ressources que nous sommes appelés à découvrir projette sur l’instant présent des ombres, des épreuves, des difficultés que nous traverserons en rendant présentes ces ressources à venir.

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Mgr BLOOM : “DEMEURER EN SILENCE AVEC L’AUTRE”

Mgr BLOOM : “DEMEURER EN SILENCE AVEC L’AUTRE”

Tous nous savons bien que, dans nos relations humaines, amour et amitié n’atteignent leur profondeur que lorsque nous pouvons demeurer en silence avec l’autre.

Tant que l’on a besoin de parler pour garder le contact, on peut présumer à coup sûr, et avec tristesse, que la relation est encore superficielle ; aussi, si nous voulons prier Dieu, devons-nous apprendre avant tout à nous sentir bien, dans le silence, auprès de lui.

C’est là chose plus aisée qu’on ne le penserait d’abord ; il y faut un peu de temps, de la confiance et le courage de s’y mettre.

Mgr Antoine Bloom (1914-2003)

médecin, résistant, puis métropolite de l’Église orthodoxe russe.

Note de lecture : sous ce lien quelques réflexions sur le même sujet.

 

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ANDRÉE CHEDID : Qui reste debout ?

ANDRÉE CHEDID : Qui reste debout ?

Qui reste debout ? (1968)

D’abord,

Efface ton nom

Abolis ton âge

Supprime tes lieux

Déracine ce que tu sembles

Qui reste debout ? 

Maintenant,

 Ressaisis ton nom

Revêts ton âge

Adopte ta maison

Pénètre ta marche

Et puis…

 À n’en plus finir,

Recommence ?

Andrée Chédid[1]

 

Note de lecture :

Andrée Chedid propose un entre-deux… Une expérience non-duelle, un intervalle dans lequel il est possible de se déposer. Ce à quoi je m’identifie est présent pendant un moment puis ne l’est plus. Puis l’est de nouveau…

 

J’efface mon corps.

il est pour la vie qui le traverse, comme la montre qui mesure le temps. La montre n’est pas à l’origine du temps qu’elle mesure. Le corps n’est pas à l’origine de la vie qui le traverse. Il est pénétré par elle.

 

J’efface la vie qui pénètre ce corps.

Je ne suis pas fait des cycles de la vie qui traversent le corps, ni de ceux qui traversent mon existence. La biologie, ni même la double hélice de l’ADN ne sont à l’origine de ce que je suis devenu. De même les cycles des saisons comme ceux des habitudes qui sont les miennes… C’est au contraire ce que je suis devenu qui se saisit de cette vie.

 

J’efface ce que je suis devenu.

Mon nom, mon âge, ma profession, ma fonction sociale, mes valeurs… Tout ça, ce n’est qu’un grand feu de joie qui se consume dans le vent qui l’alimente. Le vent qui tournoie… comme le sentiment d’être tout cela, alors que je ne le suis pas.

 

J’efface le sentiment d’être tout cela.

Je ne suis pas non plus ce mouvement de mes sentiments dans lesquels je m’anime. Je suis animé par mes sentiments comme le bateau par le vent. Mais le vent ne décide pas du trajet du marin. C’est le marin qui décide de la direction qu’il fera jouer avec le vent.

 

Et pourtant je suis ce corps, cette vie qui le traverse, cette identité, ces sentiments animés.

 

Et je ne le suis pas.

Et je le suis.

Et je ne le suis pas…

 

Qui reste debout ?

 

[1] Fiche Wikipedia : Andrée Chedid, née Andrée Saab le 20 mars 1920 au Caire (Sultanat d’Égypte) et morte le 6 février 2011 à Paris, est une femme de lettres et poétesse française d’origine syro-libanaise.

Elle écrit son premier roman en 1952 et écrit des nouvelles, des poèmes, des pièces de théâtre, des romans, et de la littérature jeunesse. Elle déclare son humanisme entre autres avec son livre Le Message, écrit en 2000, en écrivant sa colère envers la guerre et la violence, à travers deux amants séparés par des guerres. Les héroïnes de ses œuvres sont décidées, prêtes à tout pour atteindre leur objectif.

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RILKE : “Le partage total entre deux êtres est impossible”

RILKE : “Le partage total entre deux êtres est impossible”

 

“Le partage total entre deux êtres est impossible”.


“(…)
Mais lorsque l’on a pris conscience de la distance infinie qu’il y aura toujours entre deux êtres humains, quels qu’ils soient, une merveilleuse “vie côte à côte” devient possible. Il faudrait devenir capable d’aimer cette distance grâce à laquelle chacun des deux aperçoit l’autre entier, découpé dans le ciel.”

R. M. Rilke

NOTE DE LECTURE : ce passage de R.M. RILKE est à rapprocher de cette autre citation du poète : “une seule chose est nécessaire : la solitude. Vous trouverez quelques réflexions à ce sujet en suivant ce lien.

Guillaume Lemonde

AUTRES CITATIONS DE R. M. RILKE, SUR LE SITE SALUTO

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