SI TU VEUX RENAITRE, LAISSE-TOI MOURIR…

SI TU VEUX RENAITRE, LAISSE-TOI MOURIR…

 

Si tu veux être entier,

laisse-toi être partiel.

Si tu veux être droit,

laisse-toi être tordu.

Si tu veux être plein,

laisse-toi être vide.

Si tu veux renaître,

laisse-toi mourir.

Si tu veux que tout te soit offert,

renonce à tout ce que tu as.

(…)

Le Maître, parce qu’il n’a aucun but,

réussit tout ce qu’il fait.

Extrait du Tao Te King

(«Livre de la Voie et de la Vertu» du «Mystère originel suprême») qui aurait été écrit autour de 600 av. J.-C. par Lao Tseu, le fondateur du taoïsme.

Note de lecture :

Finalement, ce n’est pas entier, droit et plein que l’on devient ainsi. Entre l’entier et le partiel, on se découvre comme on est, sans jugement. L’entier que l’on voulait était en lutte avec le partiel.

Entre le droit et le tordu, on se découvre stable. La droiture n’était qu’une carapace qui luttait contre ce qui est tordu.

Entre le plein et le vide, on ne se sent ni plein ni vide. Ni fort ni faible, ou plutôt les deux en même temps. Ce qui devient alors essentiel, c’est le courage d’avancer que l’on découvre, que l’on soit plein ou vide. Le projet est plus important alors que ce que l’on voudrait de soi-même.

De même, renaitre et mourir en même temps… Et c’est la vie qui s’ouvre avec tous les cadeaux qu’elle offre.

Pour approcher de ce que Lao Tseu nous propose, essayez ceci :

ÉPICTÈTE : « VEUILLE QUE LES CHOSES ARRIVENT COMME ELLES ARRIVENT »

ÉPICTÈTE : « VEUILLE QUE LES CHOSES ARRIVENT COMME ELLES ARRIVENT »

« Ne demande pas que ce qui arrive, arrive comme tu veux. Mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux ».

 

Manuel d’Épictète

 

 

Notes de lecture :

 

Il est bien compréhensible de souhaiter que ce qui arrive, arrive comme on le veut. Mais a-t-on conscience que, ce faisant, on se met au centre du monde qui ne s’est pourtant pas mis en place autour de nos désirs ?

 

Des choses que l’on ne désire pas arriveront quoi qu’il en soit et entreront en conflit avec ce que l’on porte.

 

Alors comment concilier les désirs que l’on porte avec la vie et ses nécessités ?

Vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent ?

Que fait-on des projets qui nous sont importants ? Doit-on les laisser de côté et accueillir ce qui vient comme ça vient ?

 

La pensée d’Épictète implique-t-elle de renoncer à ce que l’on désire ? Conduit-elle à une certaine passivité et l’abandon des projets importants pour nous ?

 

Si l’on devait renoncer à ce que l’on désire afin de désirer que les choses arrivent comme elles arrivent, si l’on devait renoncer à désirer, on serait coupé du monde : sans désir il n’y a à terme aucune satisfaction, or, c’est par la satisfaction que le monde se donne à nos sens pour qu’on le connaisse.

 

En fait, vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent ne peut pas exclure que les choses que l’on désire arrivent.

 

Ce paradoxe en apparence insoluble se résout pourtant lorsque l’on parvient à être présent à ce qui nous entoure :

On avance avec le projet que l’on porte jusqu’à l’obstacle que la vie semble mettre sur notre chemin. Plutôt que de lutter contre l’obstacle, on s’ouvre à lui : on prend conscience qu’il n’est un obstacle que pour les projections que nous nous sommes faites. Nous voulions être arrivé à notre but plus vite que la vie ne le permettait… Nous voulions concrétiser notre projet ailleurs que la vie ne le permettait ? Nous pensions y parvenir d’une manière que la vie pourtant semble remettre en question.

Mais l’obstacle ne remet jamais en question ce que l’on veut vraiment. L’essence du projet n’est pas atteinte par lui. Seule la façon de se représenter le résultat et le chemin sont mis à l’épreuve.

 

L’obstacle permet juste de repréciser le prochain pas. Les obstacles sont ce qui permet d’avancer. En se frottant à eux, les projections que l’on se faisait au sujet de notre projet tombent. Et bientôt, plutôt que d’aller vers le projet que l’on porte, en essayant de forcer un chemin à travers l’adversité, c’est le projet que l’on voit s’approcher de nous à mesure que l’on ouvre la voie d’obstacle en obstacle.

Veuille que les obstacles arrivent comme ils arrivent.

Ils sont les bornes d’un chemin que l’on découvre à mesure de leur rencontre. Le projet est premier. Il est celui qui éclaire le chemin depuis l’avenir. Nous ne faisons que rendre possible sa venue, aidés par les obstacles qui nous remettent sur le chemin lorsqu’on avait perdu de vue l’essentiel.

 

 

 

 

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

SIMONE WEIL : L’ATTENTION ET LA FOI

SIMONE WEIL : L’ATTENTION ET LA FOI

L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir des ressources permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources fondamentales encore à venir et permettre d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

Attention et foi

« Quand on écoute du Bach ou une mélodie grégorienne, toutes les facultés de l’âme se taisent et se tendent pour appréhender cette chose parfaitement belle, chacune à sa façon. L’intelligence entre autres ; elle n’y trouve rien à affirmer et à nier, mais elle s’en nourrit.

La foi ne doit-elle pas être une adhésion de cette espèce ?
On dégrade les mystères de la foi en en faisant un objet d’affirmation ou de négation, alors qu’ils doivent être un objet de contemplation. »

 

Simone Weil[1], Œuvres complètes, Gallimard, Cahiers (septembre 1941-février 1942), 1997, 348.

 

Notes de lecture :

cette citation de Simone Weil est à rapprocher de celle de Goethe partagée sur ce blogue récemment.

 

À l’occasion, j’avais proposé

Un exemple d’exercice de contemplation en suivant ce lien.

 

 

 

[1] Née à Paris, Simone Weil étudie au lycée Henri IV avec le philosophe Alain. Suivant le modèle de son frère, brillant mathématicien, elle entre à l’École normale supérieure et passe son agrégation de philosophie en 1931. Elle enseigne ensuite au Puy, à Roanne et à Saint-Etienne, où elle se rapproche de la classe ouvrière. Elle écrit ses premiers essais en confrontant sa conception du marxisme avec la réalité du travail qu’elle expérimente ensuite dans les usines Alsthom et Renault. Toujours en quête d’absolu, Simone Weil rejoint le Front républicain espagnol en 1936 et connaît sa première révélation mystique à l’abbaye de Solesmes, deux ans plus tard. Dès lors, elle veut comprendre la volonté de Dieu et l’articuler intellectuellement avec ses propres expériences religieuses. Elle donne dans ‘Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu’ une interprétation mystique de la religion chrétienne, pleine de son désir de sacrifice. En 1942, forcée de se réfugier aux États-Unis, Simone Weil refuse de quitter ses compatriotes et revient aider les Forces françaises libres en Angleterre. Atteinte de tuberculose, elle s’éteint à 34 ans dans un sanatorium anglais. http://evene.lefigaro.fr/celebre/biographie/simone-weil-469.php

 

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

KHALIL GIBRAN : « VOS ENFANTS NE SONT PAS VOS ENFANTS »

KHALIL GIBRAN : « VOS ENFANTS NE SONT PAS VOS ENFANTS »

L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir des ressources permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources fondamentales encore à venir et permettre d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

Vos enfants ne sont pas vos enfants,

Ils sont les fils et les filles de la Vie qui se désire.
Ils viennent par vous, mais ne sont pas de vous.
Ils sont avec vous mais n’appartiennent qu’à eux-mêmes.

Donnez-leur votre amour mais pas votre pensée
Car ils ont leur propre pensée.
Offrez un logis à leur corps, mais pas à leur âme,
Car leur âme loge dans la maison de demain
Que vous ne pouvez pas visiter, pas même en rêve.

Vous pouvez vous efforcer de leur ressembler,
Mais ne cherchez pas à ce qu’ils vous ressemblent,
Car la vie ne va pas à reculons, ni ne s’attarde sur hier.

Vous êtes les arcs d’où vos enfants,
Telles des flèches vivantes, sont propulsées.
L’Archer voit la cible sur le chemin de l’infini,
Et vous courbe de toute Sa puissance
Pour que Ses flèches volent vite et loin.
Que votre courbure aux mains de l’Archer se fasse dans la joie,
Car s’Il aime la flèche qui s’envole,
Sachez qu’Il aime aussi l’arc qui est stable.

Khalil Gibran

 

Note de lecture : Quand on regarde l’enfant d’un point de vue chronologique, on le sait issu d’une rencontre et on le prend pour le produit de cette rencontre. De ce point de vue, nos enfants sont nos enfants, puisqu’ils sont le produit biologique de leurs parents. Ce sont des pages vierges sur lesquelles les adultes viendront écrire.

Mais quand on regarde l’enfant en prenant une perspective différente, comme si l’on pouvait se placer plus tard dans l’avenir et se retourner pour le voir aujourd’hui à partir de là, alors tout change : devient perceptible, en cet enfant, ce qui est en train de s’élever hors de la condition naturelle qui le déterminait. Une qualité d’être qui lui est propre. C’est alors que l’on comprend que nos enfants ne sont pas nos enfants.

Lire plus

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

ANTOINE DE SAINT EXUPÉRY : RENDRE L’AVENIR POSSIBLE.

ANTOINE DE SAINT EXUPÉRY : RENDRE L’AVENIR POSSIBLE.

 

L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir des ressources permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources fondamentales encore à venir et permettre d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

L’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le rendre possible.

Cette phrase se trouve dans Citadelle, un roman d’Antoine de Saint-Exupéry.

 

 

Prévoir, c’est imaginer que ce qui se passera est le prolongement de ce qui s’est passé jusque-là. Quand on prévoit, on a l’esprit comptable. Les événements qui se produiront semblent avoir une dette envers le passé. Mais finalement, ce que l’on prévoit n’est pas l’avenir, c’est le futur. C’est le prolongement du passé. L’avenir quant à lui ne se trouve pas au bout d’un chemin que l’on prolonge vers demain : il vient à notre rencontre, au contraire. Il advient. Il ne se déduit donc pas de ce qui a été. Il est inédit, nouveau toujours, surprenant, inattendu.

 

Prévoir, c’est rester dans le connu. Mais sommes-nous capables de nous laisser surprendre ? Sommes-nous disponibles à tous les possibles ? Sommes-nous suffisamment ouverts pour que les obstacles que l’on rencontre deviennent pour nous des opportunités d’apprentissage ? Avons-nous la confiance qui le permet ? Le courage nécessaire ? La profondeur qui offre de garder une vue large, et la stabilité qui permet de ne pas être renversé par le premier imprévu ? Rendre l’avenir possible, c’est découvrir ces ressources qui rendent libres de l’accueillir, là où la prévoyance nous installait dans la sécurité confortable de ce que l’on connait.

 

Bien-sûr, rendre l’avenir possible n’implique pas que l’on ne prévoie plus rien. De toute façon nous prévoyons sans cesse bien plus que nécessaire. Nous nous projetons dans toutes sortes de scenarii, des plus favorables aux plus angoissants. Nous espérons et redoutons ce qui va arriver.

 

Rendre l’avenir possible, c’est, lorsqu’un imprévu survient, parvenir à se tenir dans un intervalle, un entre-deux, entre le passé que l’on connait et l’avenir qui nous surprend, au présent. Disponible. Silencieux. Attentif.

 

Guillaume Lemonde

 

Un autre article sur le sujet en suivant ce lien.

 

 

 

Ci-dessous, d’autres articles au sujet de citations d’Antoine de Saint-Exupéry :

BLOG – DERNIERS ARTICLES MIS EN LIGNE

J.W. VON GOETHE : « Mon application à voir les choses comme elles sont… »

J.W. VON GOETHE : « Mon application à voir les choses comme elles sont… »

L’originalité de la démarche Saluto est de donner les moyens de percevoir l’origine des difficultés rencontrées, non dans des causes passées à résoudre, mais dans la nécessité de faire advenir des ressources permettant de jouer librement avec ce qui se présente. Caractériser, identifier ces ressources fondamentales encore à venir et permettre d’exercer à les rendre présentes, est au centre de son expertise.

 

« Mon application à voir et à enregistrer les choses comme elles sont, […] à me laisser instruire par mes yeux, mon éloignement absolu de toute prétention, me servent de nouveau à merveille, et me font goûter en silence une grande félicité. Tous les jours, un nouvel objet digne de remarque, tous les jours des images vives, grandes, singulières, et un ensemble auquel on pense et l’on rêve longtemps, sans que jamais l’imagination puisse l’atteindre. »

Johann Wolfgang von Goethe, Le voyage en Italie, traduction de Jacques Porchat, Paris, 2003.

 

 

Notes de lecture :

enregistrer les choses comme elles sont… Comment s’y prend-t-on pour enregistrer les choses comme elles sont ? Comment s’y prend-t-on pour ne pas percevoir simplement ce que l’on reconnait, mais ce qui est. Cela demande bien-sûr une attention toute particulière : une attention portée à ce qui est et non aux pensées qui s’imposent au grès de ce que l’on perçoit.

En fait, des pensées accompagnent toujours nos perceptions. Elles s’imposent et s’enchainent au point qu’il est difficile de ne pas les suivre, à moins de ne pas enchainer les perceptions elles-mêmes : si, au lieu de passer d’un détail à un autre et de focaliser sur chacun d’eux, on procédait autrement…

Plutôt que de passer d’un détail à l’autre, il devrait être possible de conserver de chaque détail une trace, un souvenir, comme si chacun d’eux avait laissé sur la toile de notre regard intérieur une empreinte. Tout en focalisant sur une partie, on serait attentif de laisser résonner dans le même tableau ce qui aurait été perçu juste avant. C’est comme si on gardait le tableau général tout en focalisant sur chaque partie. Comme si on focalisait sur toutes les parties en même temps.

Cette qualité d’attention est silencieuse. C’est très probablement celle qu’évoque Goethe. Plus aucune pensée ne vient juger ce qui est perçu. Ce qui est perçu l’est pour soi-même. On touche, par cette qualité d’attention à ce que l’on peut nommer la contemplation.

 

Un exemple d’exercice de contemplation en suivant ce lien.

G. Lemonde