SÉNÈQUE : « NOTRE SOUFFRANCE, NOUS L’AUGMENTONS, NOUS L’ANTICIPONS, NOUS L’INVENTONS »

SÉNÈQUE : « NOTRE SOUFFRANCE, NOUS L’AUGMENTONS, NOUS L’ANTICIPONS, NOUS L’INVENTONS »

 

 

Il y a ce qui nous tourmente plus que nécessaire, ce qui nous tourmente avant qu’il soit nécessaire, ce qui nous tourmente alors que ce n’est absolument pas nécessaire. Notre souffrance, nous l’augmentons, nous l’anticipons, nous l’inventons.

 

 Sénèque, Lettres à Lucilius

 

 

Nous sommes tourmentés par ce qui pourrait arriver. Même lorsque nous vivons une situation difficile, le tourment vient des conséquences que nous imaginons. Et quand ce que nous imaginions arrive, alors le tourment provient encore et toujours des conséquences que nous imaginons.

 

Je vous laisse lire la suite en suivant ce lien

Guillaume Lemonde

 

 

 

 

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RAINER MARIA RILKE : « Une seule chose est nécessaire : la solitude. »

RAINER MARIA RILKE : « Une seule chose est nécessaire : la solitude. »

« Une seule chose est nécessaire : la solitude.

La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. »

Rainer Maria Rilke

Note de lecture :

Le silence qui répond à la lettre que l’on faisait parvenir à un ami… L’incompréhension de ce silence. Et dans ce silence, l’endroit où l’on renonce à comprendre ou à espérer une réponse. Aller en soi-même et ne rencontrer personne.

L’absence de la personne aimée, le manque de cette personne, trop lointaine pour être rejointe.

Découvrir l’endroit en soi qui ne souffre pas de ce manque.

Quelle est la place de l’autre dans ma vie ?

Si j’ai besoin de l’autre, n’est ce pas qu’il n’est qu’un moyen pour moi ?

un moyen de vivre des sentiments agréables. On souhaite qu’il nous offre sa sympathie, d’une façon éternelle si possible. Cela évite de sentir que l’on est instable dans ses sentiments. On fait jouer à l’autre le rôle d’un parent, d’un tuteur.

un moyen de se détourner des multiples sollicitations du quotidien. Cela évite de vivre notre difficulté à nous tenir dans le monde. On fait jouer à l’autre le rôle d’une récréation.

un moyen de se sentir plus fort devant un obstacle. Cela évite de sentir qu’il nous manque le courage d’avancer pas-à-pas. Il nous manque la force d’y aller pas à pas. On puise sa force en l’autre. On fait jouer à l’autre le rôle d’un allier, d’un conseiller.

un moyen de communier ensemble en un quelque chose qui rend la vie plus belle. Cela évite de sentir que nous ne pouvons pas nous ouvrir à la beauté de la vie. On fait jouer à l’autre le rôle de celui qui valide ce quelque chose d’important.

Ainsi, les rôles que l’on fait jouer à l’autre dépendent des manques que nous avons.

Rencontrer la solitude, c’est renoncer à faire de l’autre un moyen.

C’est traverser l’épreuve qu’il nous aurait épargner de vivre. C’est découvrir l’endroit à partir duquel on devient acteur de ce qui nous arrive. L’endroit à partir duquel il est possible de rencontrer l’autre véritablement.

Comment rencontrer quelqu’un sans cette solitude ? On ne rencontre sinon que ses propres manques.

La solitude que l’on accueille est la clef de la rencontre. La clef de ce qui peut se donner sans prendre, sans attendre rien en retour.

Il n’y a pas d’amour sans rencontrer cette grande solitude intérieure.

Et la personne aimée, qu’elle soit proche ou trop lointaine pour être rejointe, peut être aimée véritablement.

 Ceci dit, la satisfaction des besoins qui viennent d’être évoqués n’est pas un mal… Simplement, en apprivoisant la solitude, elle se fait cadeau, plutôt qu’un joyau que l’on dérobe.

Guillaume Lemonde

AUTRES CITATIONS DE R. M. RILKE, SUR LE SITE SALUTO

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LA CITATION DU MARDI – Sénèque

LA CITATION DU MARDI – Sénèque

« Si c’est l’intérêt et un vil calcul qui me rendent généreux,

si je ne suis jamais serviable que pour obtenir en échange un service,

– je ne ferai pas de bien à celui qui part pour des pays situés sous d’autres cieux, éloignés du mien, qui s’absente pour toujours;

– je ne donnerai pas à celui dont la santé est compromise au point qu’il ne lui reste aucun espoir de guérison;

– je ne donnerai pas, si moi-même je sens décliner mes forces, car je n’ai plus le temps de rentrer dans mes avances.

Et pourtant (ceci pour te prouver que la bienfaisance est une pratique désirable en soi) l’étranger qui tout à l’heure s’en est venu atterrir dans notre port et qui doit tout de suite repartir reçoit notre assistance : à l’inconnu qui a fait naufrage nous donnons, pour qu’il soit rapatrié, un navire tout équipé. Il part, connaissant à peine l’auteur de son salut : comme il ne doit jamais plus revenir à portée de nos regards il transfère sa dette aux dieux mêmes et il leur demande dans sa prière de reconnaître à sa place notre bienfait : en attendant nous trouvons du charme au sentiment d’avoir fait un peu de bien dont nous ne recueillerons pas le fruit.

Et lorsque nous sommes arrivés au terme de la vie, que nous réglons nos dispositions testamentaires, n’est-il pas vrai que nous répartissons des bienfaits dont il ne nous reviendra aucun profit ?

Combien d’heures l’on y passe ! Que de temps on discute, seul avec soi-même, pour savoir combien donner et à qui ! Qu’importe, en vérité, de savoir à qui l’on veut donner puisqu’il ne nous en reviendra rien en aucun cas ?

Pourtant, jamais nous ne donnons plus méticuleusement :

jamais nos choix ne sont soumis à un contrôle plus rigoureux qu’à l’heure où, l’intérêt n’existant plus, seule l’idée du bien se dresse devant notre regard. »

 

Sénèque, Les Bienfaits

Note de lecture :
Lorsque l’on agit pour l’autre sans attendre de notre action un quelconque bénéfice ou un retour sur investissement, le bien qui sera accompli n’a rien de personnel. Il nous dépasse absolument. Il revêt une qualité universelle. D’aucun appelle ce bien, amour.

La présence nécessaire pour y parvenir demande un accueil absolu de ce qui est. Elle nécessite un absolu désintéressement. Si l’on espère autre chose que ce qui est, c’est que l’on a placé un intérêt personnel dans le monde et l’action qui nous guide retombe au rang des biens personnels.

BORIS VIAN : “On a toute la vie pour réussir.”

BORIS VIAN : “On a toute la vie pour réussir.”

 

-J’ai le sentiment que toute ma vie dépend de cet instant précis. Si je le rate…  

-Moi je pense le contraire. Si on rate ce moment, on essaie celui d’après, et si on échoue, on recommence l’instant suivant. On a toute la vie pour réussir.

 

Boris Vian, Dialogue avec Boris Vian (qui est l’auteur de la seconde phrase)

 

 

Note de lecture :

si la suite des événements dépendait d’un instant précis, la vie ne serait qu’une mécanique déterminée. Elle ne serait que le produit de contingences auxquelles nous serions soumis, impuissants à y changer quoi que ce soit. Tout ne serait que le développement de ce qui était avant. Rien de neuf n’arriverais jamais.

 

Imaginer que la suite des événements puisse dépendre d’un instant précis, c’est nier l’imprévu qui porte avec lui l’inédit. C’est nier toute possibilité de changement et de métamorphose.

 

Il y a évidemment des actes irréparables, mais ils ne le sont que du point de vue du passé, c’est-à-dire du point de vue qui regarde comment la vie dépend d’une antériorité et d’un instant précis.

 

Certes, un instant précis peut tout faire basculer, mais lorsque tout bascule, lorsqu’un évènement irrémédiable arrive, ne reste-t-il pas celui qui le vit ?

Et celui qui le vit ne peut-il pas, contre toute attente, contre toute prévision, faire de ce ratage, de cet échec, de cette crise, de cette épreuve, de ce deuil, le meilleur qui soit ? Une opportunité pour découvrir en lui cet espace à partir duquel il peut se relever et accueillir ce qui est arrivé comme une occasion de grandir ?

 

Une occasion de s’ouvrir à la vie justement quand elle semblait adverse ? De s’ouvrir à un projet, justement lorsque les obstacles semblaient insurmontables ?

 

« On rate ce moment et on essaie l’instant d’après », écrit Boris Vian. C’est comme l’enfant qui tombe et se relève et découvre la marche en se relevant.

 

Et lorsque Boris Vian écrit encore qu’on a toute la vie pour réussir, j’aimerais préciser qu’il ne s’agit pas de réussir « un jour enfin ». La réussite est au présent, jamais plus tard. Penser la réussite plus tard, à force d’entrainement, à force de préparation, c’est faire de la réussite une donnée soumise à une antériorité. C’est de nouveau se fermer à tout changement et à toute métamorphose.

Ce qui importe dans le projet que l’on a ou dans l’exercice que l’on pratique, c’est le pas que l’on fait maintenant, pas le résultat que l’on projette. Il ne s’agit pas de réussir le projet, mais de poser le prochain pas qui le fera advenir, car le projet se tient tout entier dans le pas que l’on fait en ce moment, pas dans la projection que l’on s’en fait.

Donc, oui, on a toute la vie pour être au présent du pas que l’on pose dans une direction choisie. Toute la vie pour être au présent. Toute la vie pour être. Et peu importe la longueur du chemin. On est.

 Il s’agit finalement plus d’une expérience que d’une réussite, puisqu’une réussite est le résultat d’une attente. Il s’agit d’une expérience d’être, dans le moment où l’on devient soi-même à l’origine de ce qui arrive. Une origine dans l’instant et non dans une antériorité. Non pas responsable de ce qui est arrivé, mais de ce que l’on en fait maintenant.

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ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY : “L’éducation passe avant l’instruction : elle fonde l’homme.”

ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY : “L’éducation passe avant l’instruction : elle fonde l’homme.”

« L’éducation passe avant l’instruction : elle fonde l’homme. »

Carnets – Antoine de Saint-Exupéry

 

NOTE DE LECTURE :

Quand on regarde l’enfant d’un point de vue chronologique, on le voit grandir et accumuler du savoir. On le voit s’instruire. L’instruction ajoute à ce qui est, des couches supplémentaires. (On le voit également accumuler des épreuves, que l’on essaie alors de lui éviter à tout prix).

Quand on regarde l’enfant en prenant une perspective différente, comme si l’on pouvait se placer plus tard dans l’avenir et se retourner pour le voir aujourd’hui à partir de là, alors tout change.

Devient perceptible, en cet enfant, ce qui est en train de s’élever hors de la condition naturelle qui le déterminait. Une qualité d’être qui lui est propre.

Œuvrer en ce sens, c’est éduquer…  Lire plus

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« CE N’EST PAS PARCE QUE C’EST DIFFICILE QUE NOUS N’OSONS PAS… » SÉNÈQUE

« CE N’EST PAS PARCE QUE C’EST DIFFICILE QUE NOUS N’OSONS PAS… » SÉNÈQUE

 Cette citation est tirée des lettres à Lucilius. Elle est de Sénèque, un philosophe stoïcien, homme d’État, dramaturge et célèbre écrivain romain, né autour de l’an 4 av. J.-C. et mort en 65 ap. J.-C. Il fut le précepteur de Néron.

 

Quand Sénèque nous dit : Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas, que c’est difficile, il nous propose un retournement fondamental. Il suggère une inversion de causalité.

 

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