-J’ai le sentiment que toute ma vie dépend de cet instant précis. Si je le rate…  

-Moi je pense le contraire. Si on rate ce moment, on essaie celui d’après, et si on échoue, on recommence l’instant suivant. On a toute la vie pour réussir.

 

Boris Vian, Dialogue avec Boris Vian (qui est l’auteur de la seconde phrase)

 

 

Note de lecture :

si la suite des événements dépendait d’un instant précis, la vie ne serait qu’une mécanique déterminée. Elle ne serait que le produit de contingences auxquelles nous serions soumis, impuissants à y changer quoi que ce soit. Tout ne serait que le développement de ce qui était avant. Rien de neuf n’arriverais jamais.

 

Imaginer que la suite des événements puisse dépendre d’un instant précis, c’est nier l’imprévu qui porte avec lui l’inédit. C’est nier toute possibilité de changement et de métamorphose.

 

Il y a évidemment des actes irréparables, mais ils ne le sont que du point de vue du passé, c’est-à-dire du point de vue qui regarde comment la vie dépend d’une antériorité et d’un instant précis.

 

Certes, un instant précis peut tout faire basculer, mais lorsque tout bascule, lorsqu’un évènement irrémédiable arrive, ne reste-t-il pas celui qui le vit ?

Et celui qui le vit ne peut-il pas, contre toute attente, contre toute prévision, faire de ce ratage, de cet échec, de cette crise, de cette épreuve, de ce deuil, le meilleur qui soit ? Une opportunité pour découvrir en lui cet espace à partir duquel il peut se relever et accueillir ce qui est arrivé comme une occasion de grandir ?

 

Une occasion de s’ouvrir à la vie justement quand elle semblait adverse ? De s’ouvrir à un projet, justement lorsque les obstacles semblaient insurmontables ?

 

« On rate ce moment et on essaie l’instant d’après », écrit Boris Vian. C’est comme l’enfant qui tombe et se relève et découvre la marche en se relevant.

 

Et lorsque Boris Vian écrit encore qu’on a toute la vie pour réussir, j’aimerais préciser qu’il ne s’agit pas de réussir « un jour enfin ». La réussite est au présent, jamais plus tard. Penser la réussite plus tard, à force d’entrainement, à force de préparation, c’est faire de la réussite une donnée soumise à une antériorité. C’est de nouveau se fermer à tout changement et à toute métamorphose.

Ce qui importe dans le projet que l’on a ou dans l’exercice que l’on pratique, c’est le pas que l’on fait maintenant, pas le résultat que l’on projette. Il ne s’agit pas de réussir le projet, mais de poser le prochain pas qui le fera advenir, car le projet se tient tout entier dans le pas que l’on fait en ce moment, pas dans la projection que l’on s’en fait.

Donc, oui, on a toute la vie pour être au présent du pas que l’on pose dans une direction choisie. Toute la vie pour être au présent. Toute la vie pour être. Et peu importe la longueur du chemin. On est.

 Il s’agit finalement plus d’une expérience que d’une réussite, puisqu’une réussite est le résultat d’une attente. Il s’agit d’une expérience d’être, dans le moment où l’on devient soi-même à l’origine de ce qui arrive. Une origine dans l’instant et non dans une antériorité. Non pas responsable de ce qui est arrivé, mais de ce que l’on en fait maintenant.

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