Photo : Antony Pinto

Certains neuroscientifiques remettent en question la possibilité même de libre arbitre, c’est à dire de la faculté à opérer un choix en toute liberté. Les expériences que Benjamin Libet a mené en 1983 à l’aide d’un électroencéphalographe, semblent par exemple démontrer que les personnes deviennent conscientes seulement après que la décision est prise dans leur cerveau[1]. L’expérience en question est sans doute sur-interprétée : est-ce la décision qui est déjà prise ou est-ce que l’électroencéphalogramme ne fait qu’objectiver la préparation à la décision. Toujours est-il que John-Dylan Haynes qui mena d’autres expériences en 2011 à l’aide d’une IRM fonctionnelle[2], arrive aux mêmes conclusions. Si elles sont valides et que l’on part du principe qu’une action n’est libre que si elle résulte d’une décision prise sciemment pour l’exécuter, et si par ailleurs les décisions que nous prenons semblent déjà prises non-consciemment avant qu’elles n’émergent à la conscience, alors avons-nous un libre arbitre ?

D’ailleurs, bien avant ces recherches, Spinoza n’avait-il pas lui aussi déclaré que le libre arbitre n’est qu’une illusion ? À la question de savoir si nous avons un libre arbitre, il répondrait que l’Homme a certes conscience de ces actions, mais pas de ce qui le détermine à agir.

[1] Libet, B. et al. « Time of conscious intention to act in relation to onset of cerebral activity (readiness-potential). The unconscious initiation of a freely voluntary act », Brain 106, p. 623–642, 1983.

[2] « Internally Generated Preactivation of Single Neurons in Human Medial Frontal Cortex Predicts Volition », Neuron 69, p. 548 – 562, 10, 2011.

 

Photo: FabLéa-Fabienne-Carreira

NOTRE CONSCIENCE DE NOUS-MÊMES, DES AUTRES ET DU MONDE

Nous savons aujourd’hui que notre conscience de nous-mêmes, des autres et du monde, sont influencés à notre insu. Elles sont influencées par le milieu dans lequel nous sommes nés, la langue que nous parlons, le prénom, le nom que nous portons, notre date de naissance, le lieu de notre naissance, les histoires de notre famille, la génétique, les hormones,…

Les psychologues, les psychogénéalogistes, les biologistes, les généticiens, les numérologues, les astrologues, et bien d’autres encore, tous à leur façon et selon leur champ de compétence, explorent ce passé qui nous détermine. Tous regardent les conséquences que l’on peut attribuer à tel ou tel fait. Ils aimeraient nous permettre en les comprenant mieux, et, à défaut de nous guérir de ces influences, au moins de nous en libérer.

Par exemple, pour le psychogénéalogiste, même si nous pensons agir en fonction de nos propres décisions, nous sommes conduit à suivre les injonctions de l’inconscient familial. D’ailleurs des études scientifiques semblent confirmer l’impact des transmissions émotionnelles entre les générations. Certains évènements non réglés à une génération, tel que des deuils non faits, créent des blocages émotionnels qui se transmettent aux descendants. Du coup, le psychogénéalogiste va essayer de repérer ces blocages émotionnels dans l’arbre généalogique, afin de dénouer les conflits et libérer l’individu de charges qui ne lui appartiennent pas.​

Photo : Rookuzz

La démarche est logique : identifions les causes pour nous en libérer ! Devenons libre d’agir en comprenant ce qui nous détermine !

Seulement voilà, cela ne marche pas comme ça. Nous faisons fausse route en croyant que le libre arbitre est une affaire de compréhension ou de connaissance !

Nous faisons du libre arbitre une affaire cognitive, alors que c’est en réalité une affaire de volonté et de responsabilité. En anglais, libre arbitre se dit free will, en allemand, freier Wille, volonté libre. Ce n’est pas la compréhension et la conscience que nous avons des choses qui nous permettent d’avoir un libre arbitre, mais la volonté que nous pouvons librement engager dans chaque situation. Qu’est-ce que cela veut dire ? À quel moment la volonté est-elle libre ? Et libre de quoi d’ailleurs ?

Photo : Mickael-Lusk

NOTRE PENSÉE EST ORIENTÉE VERS LE PASSÉ 

Notre pensée est orientée vers le passé : lorsque nous pensons, nous sommes à la fin d’un chemin que nous remontons à rebours pour trouver la cause, l’origine, la raison primordiale. La pensée cherche les causes et peut en projeter les effets vers le futur. C’est elle qui nous permet de comprendre les enchaînements de causes à effets.

Elle sait que toute cause, dans les mêmes circonstances, entraine les mêmes effets. Le monde de la pensée et un monde de lois que l’on ne peut transgresser. Et si l’univers n’était vu que par la lorgnette de la pensée, alors notre vie nous semblerait elle aussi contrainte par ces enchainements. Elle serait absolument déterminée par tout ce qui a précédé et il n’y aurait effectivement pas de place pour le libre arbitre.

La pensée ne peut pas nous permettre de faire l’expérience du libre arbitre. Elle nous donne au contraire l’illusion que la liberté de choix n’est possible qu’a la condition de comprendre comment ces enchainements nous contraignent. En somme, de ce point de vue – celui de Spinoza – l’homme libre est précisément celui qui sait qu’il ne l’est pas. Il accepte ce qu’il a compris de la situation.

Photo : Denis-Colette

 

NOTRE VOLONTÉ EST ORIENTÉE VERS L’AVENIR

Notre volonté est ouverte non pas au passé comme la pensée, mais à l’avenir : quand nous voulons, quand nous agissons, nous sommes au début d’un chemin dont nous ne connaissons pas l’issue. Nous rendons possibles certaines choses, sans connaître toutes les conséquences que notre acte pourra avoir plus tard. Tout est possible selon les choix que nous faisons. 

 

Autant le passé est écrit, autant l’avenir offre tous les possibles selon les choix que nous faisons. Si nous choisissons en fonction de ce qui était avant, l’avenir nous apportera ce qui a toujours été. Le passé se prolongera. Du point de vue de la pensée, nous l’avons vu, que nous en ayons conscience ou pas, nous choisissons de toute façon toujours en fonction de ce qui s’est passé avant. Nous sommes prédéterminés par toutes sortes de choses et nous n’avons pas de libre arbitre.

Pour ouvrir l’avenir, il conviendra donc de sortir de cette logique-là. C’est ce qu’il faudra pour exercer notre libre arbitre, puisque le libre arbitre ne se trouve pas du côté du passé. Alors comment fait-on ?

Photo : Antony Pinto

Ce n’est pas ce que nous avons compris de la situation qui est déterminant, mais ce que nous allons vivre au moment du choix.

(À ce sujet, je vous invite à visionner la vidéo : le décor de notre vie).

Ce que nous allons éprouver, indépendamment de tout ce que nous savons et avons compris (j’insiste lourdement), c’est qu’au moment de choisir, le passé nous rattrape. Il nous rattrape par la peur ou par la haine.

La peur ou la haine qui montent au moment de choisir, c’est le passé qui s’invite dans notre choix. La peur et la haine contraignent notre volonté, car elles demandent d’être calmées.

  • Vais-je réussir à choisir ce que je dois faire sans essayer de calmer la peur que je ressens ? (la peur d’être blessé, déçu, submergé par toute sortes de choses, vaincu, ennuyé…)
  • Vais-je réussir à choisir ce que je dois faire sans assouvir la haine que je ressens ? (Renoncer à se venger)

 

Bon nombre de choix essentiels se font pour calmer une peur ou assouvir une haine. Ils poursuivent la logique venant du passé. Ils nous sont imposés par la situation et se font de ce fait sans notre libre arbitre. Ils suivent une mécanique écrite d’avance.

En matière de libre arbitre, le moment où l’on renonce à assouvir la haine ou à calmer la peur est donc capital.

Par ce renoncement, la logique du passé, les enchainements inexorables des causes à effets se rompent et l’avenir s’ouvre. Quelque soit la situation, cet instant de choix se présente.

Il nous demande de trouver en nous, selon les cas :

  • la stabilité nécessaire au milieu de sentiments contradictoires,
  • la profondeur remettant à une juste place les perceptions qui nous envahissent,
  • le courage d’avancer pas à pas,
  • la confiance que les choses sont en ordre…

Autant de ressources (voir formation à la démarche Saluto) qui s’exercent justement au moment où l’on est en train de choisir de renoncer à assouvir la haine et à calmer la peur qui nous tiennent.

Ce renoncement nous demande d’être bien présents et cette présence, est celle qui est capable de libre arbitre.

 

Je vous laisse expérimenter cela et vous invite à partager cet article avec vos amis.

Bien à vous

GL