Imaginez ! Un homme marche au bord de la route. Il fait nuit. Un pneu de sa voiture vient de crever. Il se dirige vers un garage indiqué à cinq kilomètres de là. Mais le garagiste doit être couché en ce moment, se dit l’homme. Il va être fâché quand je vais le réveiller. Moi en tout cas, je n’aimerais pas qu’on me réveille pour un pneu. Je le vois d’ici ! Il va ouvrir sa fenêtre et m’insulter parce que je l’aurais dérangé. Mais c’est franchement malpoli de réagir comme ça ! Il y a des gens qui n’ont aucun savoir vivre. Je ne supporte pas ces gens !

Sur ces entrefaites, l’automobiliste arrive sous les fenêtres du garagiste. Il l’appelle, la lumière s’allume, un visage encore endormi apparaît et l’automobiliste en colère lui crie : Allez vous recoucher ! Si vous le prenez comme ça, je me débrouillerai tout seul !

Nous nous faisons des films. Cet automobiliste n’est qu’une caricature à peine exagérée de ce que nous arrivons à faire nous-mêmes ! À toute occasion, nous interrogeons les raisons de ce qui se passe et nous nous projetons dans ce qui va arriver. Nous anticipons.

 

Si nous y prêtons attention, il est facile de remarquer à quel point le discours mental qui nous parasite, est exclusivement tissé de ce genre de pensées. Il nous occupe avec le passé quand nous essayons de comprendre les causes, et avec le futur quand nous imaginons les conséquences. L’instant présent est l’endroit où nous sommes le moins. Pour tout dire, si nous y étions vraiment, ce discours intérieur cesserait ! Radicalement !

 

Par exemple, je sens une odeur. Je l’identifie comme étant une odeur de brûlé et, à partir de là, l’activité mentale se met en marche. Je me souviens que le repas est en train de cuire. Il cuit depuis trop longtemps. J’explore l’origine, la cause de cette odeur. Et en même temps, d’après ce que j’ai compris des causes, j’imagine les conséquences. Le futur que j’imagine n’est finalement que la projection du passé dans un peu plus tard : vite, il faut sortir le plat du four, sinon, nous ne pourrons pas le manger.

 

Tout ça est tellement banal que je n’ai pas besoin de l’expliquer davantage. Et en soi, ce n’est pas un problème. Bien au contraire ! Serions-nous encore en pleine possession de nos capacités humaines si nous n’avions pas cette possibilité de nous orienter dans le temps ? Nous errerions tels des amnésiques, posant des actes absurdes, sans aucune cohérence avec ce qui aurait précédé. Nous avons besoin du passé, de notre lien au passé, pour être pleinement maître de nos facultés humaines.

 

Mais là où cela devient un problème, c’est quand notre lien au passé déploie en nous ses enchainements logiques et nous dirige, alors que c’est nous qui devrions diriger nos pensées. Du coup, plutôt que d’agir conformément à ce que l’instant demande, nous réagissons aux idées que nous nous faisons au sujet de la situation. Nous sommes souvent tellement peu présents que cela se passe même à notre insu.

 

En imaginant que le repas a brûlé, nous voyons les causes conduire à des effets et imaginons la soirée fichue, les invités déçus. Un peu plus loin, nous pensons qu’ils ne voudront plus revenir. Une odeur de brûlé suffit pour que nous puissions redouter un drame diplomatique, voire le déclenchement d’un conflit intercontinental… Tout cela avant même d’avoir vérifié ce qu’il en est réellement du repas. Et quand bien même le repas serait fichu, nous pensons trop loin. Nous imaginons le pire et nous coupons de toute possibilité de composer avec ce qui est. Envolées la possibilité d’improviser ! À force de penser trop vite et d’anticiper, nous manquons de présence d’esprit. Cela semble paradoxale, et pourtant…

 

Je trouve important de remarquer ce phénomène. En portant notre attention sur cette prédisposition naturelle à penser à ce qui va se passer et à réfléchir aux causes de ce qui nous arrive, il est possible de prendre la mesure de la difficulté que nous avons de faire autrement. Il est vrai que cette difficulté nous confine d’abord à l’impuissance. Mais l’impuissance permet l’éveil de ce qui en nous est appelé à devenir le maître chez soi. En définitive, c’est ça qui permet un jour d’ouvrir les yeux sur la situation telle qu’elle est plutôt que telle qu’on croit qu’elle sera !!!

 

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