Je vous partage certaines réflexions qui pourraient vous intéresser au sujet de la démarche Saluto. Comme elles ont été développées dans divers articles, elles sont parfois assez lapidaires, mais vous trouverez les références de certains articles pour aller plus loin.

En vous souhaitant une bonne lecture.

Guillaume Lemonde

Constat n°1 :

La logique tient pour évident que chaque événement est la conséquence de causes qui le précèdent.

De ce point de vue, chaque événement est le développement d’une antériorité et aucun évènement ne peut être totalement nouveau, puisqu’il est forcément conditionné par le passé (cf. Spinoza).

Ainsi, lorsque l’on cherche à comprendre une situation à partir des causes qui l’ont engendrée dans le passé, on ne prend en compte rien de ce qui pourrait fondamentalement changer cette situation. Ce que l’on peut obtenir par cette voie, ce sont des inflexions, des pauses, des accélérations du cours attendu des événements.

C’est pourquoi en ce qui concerne la nature humaine, tout ce que l’on peut comprendre à partir du passé (explications biologiques, psychologiques, contextuelles, familiales, etc.) permet d’identifier des possibilités d’inflexions, de pause, d’accélérations du cours naturel des événements. Mais on ne peut pas s’attendre à changer fondamentalement une situation juste en comprenant les causes qui dans le passé l’ont engendrée.

Pour un développement de ce qui vient d’être énoncé, voir l’article Renoncer à savoir, ne serait-ce qu’un instant.

Constat n°2 :

Certaines ressources qui ne sont pas conditionnées par une antériorité.

Par exemple, on ne s’attend pas à ce que la confiance nécessite que tout aille bien pour se manifester, ni que le courage nécessite l’absence d’obstacle à franchir. De même l’amour. L’amour est-il fondamentalement conditionnel ?

Cette part de la nature humaine montrant du courage, de la confiance, de l’amour, etc. n’est donc pas fondée sur le passé. Elle ne dépend pas d’une chronologie. Elle la surmonte au contraire. Elle est hors de la chronologie ; et donc avant et après toute chronologie et tout ça en même temps, puisque hors de toute chronologie.

Stricto sensu, cette part de la nature humaine, dans un temps non chronologique, se trouve dans un temps éternel. Elle ne se projette pas dans les effets de ses actes (futur) ni ne s’assure de ce qui s’est mis en place (passé). Elle est au présent. Un temps éternel au présent. Tout le passé et tout l’avenir au présent.

Ainsi, pour que du nouveau émerge, là où tout semble bloqué ou sans issue, il est incontournable de prendre en compte cette part de la nature humaine.

Voir l’article : L’Homme-machine et la relation d’aide.

 

Constat n°3 :

Nous vivons la plupart du temps au passé.

Lorsque nous pensons nous sommes à la fin d’un chemin que nous parcourons à rebours pour trouver la cause, la raison, la loi de ce qui nous occupe. Nous projetons ensuite ce que nous avons compris vers plus tard afin de prévoir ce qui va se passer. Et nous agissons évidemment en conséquence. (Cette prolongation du passé après maintenant est ce que nous appelons le futur. Le futur est ce que nous pouvons prévoir. Il appartient en quelque sorte au passé.)

Tant que nous procédons de la sorte (tout savoir-faire procède de la sorte), nous connaissons ce qui de la nature humaine est fondé sur le passé (donc non fondée en elle-même).

Et nous méconnaissons en même temps cette part de la nature humaine qui n’agit pas chronologiquement (logiquement, raisonnablement). Nous méconnaissons cette part de la nature humaine qui est au présent.

Ainsi, pour qu’un réel changement soit rendu possible, il est nécessaire de s’exercer à être présent.

 Voir l’article : À quel point sommes-nous présents ?

De nombreux exercices sont proposés pendant la formation de base. Vous en trouverez quelques uns sur le site (dans chaque article portant un bandeau jaune).

Constat n°4 :

Notre conscience habituelle étant chronologique (discursive, logique), elle ne connait pas le présent autrement que comme un point fuyant, une abstraction philosophique ou mathématique.

Pour elle, ce qui n’est pas chronologique ne peut pas être conçu au présent mais comme l’inverse de la chronologie qu’elle connait : des événements imprévisibles adviennent. Ils viennent à nous. Notre conscience habituelle reconnait en eux des hasards, des moments fortuits qu’elle tente après coup d’expliquer. L’explication après coup est d’ailleurs souvent possible puisque l’évènement étant alors tombé dans le passé, il est plus simple de lui trouver une antériorité.

En somme, l’avenir est ce qui vient à nous, imprévisible.

Tandis que le futur n’est que la prolongation prévisible du passé. Tout ce que l’on peut prévoir se réfère au passé.

Ce qui vient du passé est prévisible au point que la suite ne peut être qu’une modification de ce qui existe déjà.

Ce qui permet un réel changement advient et remet en cause ce qui était déjà-là.

Ainsi, les ressources qui permettent un réel changement de situation viennent de l’avenir…

Il s’agit de leur permettre de devenir présentes.

Au sujet du futur et de l’avenir, voir l’article : Ne serions-nous pas superstitieux ?

Constat n°5 :

Toute épreuve reste éprouvante tant qu’il nous manque les ressources pour la traverser.

Les ressources qui nous manquent et que l’on pourrait découvrir plus tard (dans l’avenir), sont, par leur absence, la raison située dans l’avenir des épreuves actuelles. Autrement dit, les épreuves actuelles sont les ombres projetées de ressources à venir.

Le contexte que nous traversons s’explique chronologiquement, mais ce que nous ferons dans ce contexte pour le traverser s’explique à partir d’une ressource qu’il s’agit de laisser advenir.

Donc, le fait de caractériser ces ressources à venir, permet de caractériser les épreuves que nous traversons, de manière à ce que soit pris en compte ce qui en nous a les ressources pour les traverser.

 

Questions :

Comment caractériser ces ressources et les épreuves qui leurs répondent ?

Comment exercer ces ressources et les rendre présentes ?

Pour aller plus loin, nous vous recommandons de suivre la formation de base. 

 

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(Trop) BREF EXPOSÉ DE QUELQUES ASPECTS DE LA DÉMARCHE SALUTO

 

Les ressources à venir sont au nombre de quatre.

Elles sont au nombre de quatre, car elles sont en rapport avec les quatre aspects de notre constitution, qui peuvent nous mettre à l’épreuve :

  • Notre corps est fait de matière, comme l’est le monde environnant que nous pouvons percevoir. Nous pouvons être éprouvés par ce que nous percevons: comme la difficulté à avoir une vue d’ensemble, à faire des liens entre les choses, à prendre du recul, …

 

  • Notre corps est parcouru de cycles vitaux qui le pénètrent selon leurs propres lois, tout comme est parcouru le monde environnant de cycles divers… Nous pouvons être éprouvés par ces cycles, ces répétitions : comme la répétition d’évènements et le manque de perspective lié à la routine, ou encore par la répétition de motifs qui s’imposent dans des analogies, des souvenirs…
  • Notre corps abrite un monde intérieur sensible, qui s’ouvre et se ferme au monde environnant. Nous pouvons être éprouvés par notre difficulté à nous ouvrir sans nous perdre ou à nous fermer sans perdre le lien.
  • Notre corps est l’objet d’une identification. Nous lui prêtons certaines valeurs, tout comme notre monde environnant est vu à travers un système de valeurs identificatoires. Nous pouvons être éprouvés par des différends qui sont toujours en lien avec des systèmes de valeur opposés.

Ce que nous percevons, ce que nous vivons dans ces répétitions, ce que nous ressentons, ce que nous partageons de valeurs, est au cœur des épreuves que nous pouvons traverser.

Il n’est pas possible de développer ce sujet ici.

Pour en savoir plus à ce sujet, voyez Les paysages de nos quêtes, ou le fascicule “La Saluto pour commencer”, que vous obtiendrez sur ce site. Ou mieux encore, la formation de base.

 

 

Ces quatre aspects de notre nature et du monde nous mettent à l’épreuve dans la mesure où nous manquent certaines ressources (Constat n°5 ci-dessus)

 

Ainsi, il est possible de dire que ces ressources sont la raison, dans l’avenir, des épreuves que nous traversons.

Autrement dit, c’est parce que nous sommes en train de découvrir ces ressources (souvent à notre insu) que nous sommes mis à l’épreuve.

Or, les ressources que nous sommes en train de découvrir au cœur des épreuves traversées, il est possible de les exercer.

La démarche Saluto repose sur la pratique de ces exercices. Les moyens de le faire sont développés lors des formations.

 

Platon évoque ces apprentissages dans le Ménon, lorsqu’il parle de vertus. Il parle également des vertus dans La République, suivi par Aristote puis les stoïciens. Il distingue quatre vertus (la prudence, la tempérance, la force et la justice), qui seront plus tard qualifiées de cardinales. Le mot « vertu » vient du latin « virtus » qui désigne « la force, la discipline ». L’adjectif « cardinal » vient du latin « cardo » qui signifie « charnière, pivot ».

Ainsi, les vertus cardinales s’acquièrent à travers une discipline, donc à travers des exercices, qui permettent de faire « pivoter » une situation : autrement dit, elles offrent la possibilité d’un retournement de situation.

Voir l’article : La Saluto et les 4 vertus platoniciennes.

Ces quatre vertus sont à rapprocher de ce que la démarche Saluto qualifie de ressources à venir.

 

La stabilité intérieure, au cœur des sentiments.  

La profondeur intérieure, face aux perceptions.

Le courage d’avancer pas-à-pas, devant l’obstacle ou le conflit.

La confiance, dans la vie qui semble sans perspective.


 

La ressource que l’on cherche à rendre présente détermine par son absence une épreuve typique.

 

Il y a donc quatre épreuves typiques.

Ce sont les quatre épreuves brièvement suggérées plus haut au sujet des quatre aspects de notre constitution humaine. Elles seront à caractériser lors de la formation de base.

 

Pour chacune de ces épreuves se met en place une stratégie typique.

Ce sont les moyens que l’on trouve pour aller au mieux avec l’épreuve tant que l’on n’a pas découvert la ressource à venir.

 

Ces stratégies font intervenir ce que la démarche Saluto appelle

  • des ressources de substitution (des ressources qui se substituent aux ressources à venir manquantes),
  • des ressources de renfort (qui soutiennent les ressources de substitution),
  • des ressources palliatives (qui pallient la mise en échec des ressources de substitution).

Pour chaque ressource à venir, on trouve une ressource de substitution typique, une ressource de renfort typique et une ressource palliative typique.

 

Ces stratégies sont à l’origine des dynamiques intrapsychiques et interpersonnelles bien connues de la psychologie.

 

(Par exemple, les travaux d’Éric Berne au sujet de l’analyse transactionnelle, mettent en évidence trois états du moi qui correspondent aux interrelations se jouant entre la ressource à venir, l’épreuve, la ressource de substitution et la ressource palliative. Il y a là un champ de recherche prometteur entre l’analyse transactionnelle et la démarche Saluto.)

Le fait de regarder ces dynamiques intrapsychiques et interpersonnelles à partir de la ressource à venir manquante, donne à la rencontre, qu’elle soit thérapeutique, éducative ou autre, une perspective nouvelle.

De multiples applications sont possibles, permettant de s’adresser chez ceux qui requièrent une aide, à ce qui est en train d’advenir.

Par exemple, pour l’analyse transactionnelle, cela contribue à donner les moyens de laisser émerger l’adulte ou l’enfant libre dans la transaction, grâce à des exercices spécifiques.

Pour l’éducation, cela permet de percevoir ce qui pour l’enfant est important pour qu’il devienne libre intérieurement. Des perspectives éducatives découlent directement de cette perspective.

En bref, cela rend l’avenir possible, aurait dit Antoine de Saint Exupéry :

Voir l’article : “L’avenir, tu n’as point à le prévoir, mais à le permettre.”