Avec la théorie de la relativité d’Einstein (1905), le temps est devenu une illusion que nous fabriquons en parcourant des trajectoires. Comme lors d’un voyage en voiture où nous avons l’impression que le paysage bouge, nous avons l’impression que le temps passe.

Einstein nous explique qu’en fait, nous circulons dans une quatrième dimension de l’espace et que les moments à venir existent déjà, tout comme existent la prochaine ville que nous allons rencontrer. D’autres voyageurs sont actuellement sur d’autres routes et rencontrent d’autres villes. Ils ne sont pas au même endroit que nous dans cette dimension temporelle. Ils n’ont pas le même présent. Du coup, le présent n’existe pas en soi. Il n’est que la perception relative à chaque voyageur.

 

Les auteurs de science fiction se sont régalés de ces théories.

Ils ont inventé des histoires où des patrouilleurs doivent protéger les trames du temps, menacées par des voyageurs imprudents.

Effectivement, si le temps est conçu comme un espace dans lequel nous circulons, ce que l’on ne voit pas encore existe tout autant que ce que l’on ne voit plus. Le futur est déjà écrit et ne peut pas être changé. D’autant qu’il est le passé de voyageurs plus lointain.

Rien ne pouvant changer, le libre arbitre disparaît.

 

Mais ce qui est important de souligner, c’est que la théorie de la relativité est une théorie qui s’applique au monde physique et à ses lois.

Ce qu’elle nous donne à penser au sujet du temps est de nature physique.

Il y a plusieurs façons de concevoir le temps et le moment présent.

La conception physique en est une

Quand on s’intéresse à l’humain, ce n’est pas anodin de le souligner : le monde physique, soumis aux lois de la physique, n’intéresse l’humain que pour la part physique qui est la sienne. Il n’est donc pas possible d’extrapoler à l’humain, les théories actuelles au sujet du temps.

 

Nous ne pouvons les extrapoler qu’à notre part physique, c’est à dire, à notre corps… et encore… à la part physique de notre corps, à celle qui est soumise aux lois de la physique.

 

Or notre corps n’est complètement soumis aux lois de la physique qu’à la mort. Alors que durant la vie, quelque chose compense un peu la pleine activité des lois physique et empêche sa désagrégation, c’est avec la mort que le corps va être livré au monde physique et en subir les actions. Il va se désagréger.

Penser le temps d’après ce que les sciences physiques et la théorie de la relativité en disent, revient à réduire l’humain à un corps physique éphémère, une structure mécanique sans libre arbitre.

 

La deuxième façon de considérer le temps est celle qui concerne la vie

Pour la vie, le temps s’écoule selon des rythmes, qu’ils soient biologiques, saisonniers, astronomiques… Pour elle, le temps est ensorcelé dans les cycles d’un éternel recommencement. Il est circulaire. Les grandes civilisations pré-judéo-chrétiennes le considéraient ainsi.

 

Par exemple, la civilisation chinoise perçoit le temps du point de vue de la vie, qu’elle nomme Qi. Le moment présent est donc pour eux, un moment qui revient. Il est à chaque moment particulier, mais dépourvu de singularité, puisque recommençant. Dans la Grèce antique, on parlait de l’éternel retour. Après plusieurs milliers d’années, une même suite d’événements était sensée se répéter à identique de la précédente, avec des éléments recomposés.

 

Le temps circulaire est un temps auquel on peut se préparer, puisqu’il revient selon des motifs connus. On peut se préparer aux saisons, par exemple… Là se trouve l’activité humaine : apprendre à accueillir pour tirer parti de ce qui va arriver. Il s’agit de se conformer aux nécessités du monde, pour éviter d’être en lutte avec l’inéluctable. Cette attitude était celle des anciens stoïciens.

 

La troisième façon de considérer le temps est celle qui concerne notre conscience de tous les jours

Pour notre conscience de tous les jours, le temps suit une progression linéaire. Il est orienté selon une flèche chronologique, selon laquelle les causes précèdent leurs conséquences. Tout ce joue au présent. Le passé, on peut s’en souvenir, mais il n’existe plus. Le futur, on peut le prévoir, mais il n’existe pas encore. Il est la conséquence de ce qui se joue au présent.

Mais le présent est difficile à cerner quand le temps avance sur son fil. À peine a-t-on pris conscience d’une idée, d’un sentiment, et déjà, ils sont passés. Le temps linéaire qui enchaine des causes à leurs conséquences, est donc un temps après lequel on court. « TEMPUS FUGIT ». Et cette fuite du temps, nous fait courir après le moment présent que l’on rêve plus que l’on ne le vit.

On regarde vers le futur les conséquences du moindre événement. On regarde vers le passé, les raisons qui l’on provoqué. On se fait des films à ce sujet. On est occupé avec ce qui pourrait se passer et on oublie de juste ouvrir les yeux sur ce qui est véritablement. Le présent, quand on suit le fil du temps, est totalement déformé par nos peurs, nos haines et nos doutes… Il est subjectif.

 

 

La quatrième façon de considérer le temps est celle qui concerne le Je

Pour le Je, c’est vertigineux… Je vous invite à regarder la vidéo intitulée : LE TEMPS CHRONOLOGIQUE. J’y expose une raison pour laquelle il est possible d’affirmer que le Je, le cœur le plus essentiel de notre nature, n’est pas inséré dans le temps chronologique. Il ne se trouve pas sur le fil du temps de notre conscience de tous les jours. Il n’est donc causé par rien qui l’aurait précédé… Il n’est pas le résultat d’un processus génétique, ni celui d’un conflit intrapsychique ou d’une accommodation à un contexte. Il existait avant tout cela. Il existera après tout ça. Il est éternel.

 

Par exemple, nos aïeux nous ont chronologiquement précédés. Notre conscience de tous les jours, parcourant le fil chronologique des évènements, croit découvrir dans l’histoire familiale, les raisons des problèmes qu’elle rencontre. Et du point de vue des cycles de la vie, notre conscience circulaire du temps nous fait craindre que ce que nos aïeux ont vécu, se répète dans notre vie.

Cependant cette antériorité des aïeux par rapport à nous, n’est pas valable lorsque l’on s’intéresse au Je: par essence, notre Je, puisqu’il est éternel, existait avant même ce contexte familial. Il existait avant la naissance de tous ces personnages. Les aïeux sont donc pour lui placés devant lui, sur son chemin (cf. les recherches au sujet de la Salutogénéalogie).

Ils sont placés devant lui, comme tout le reste[1], c’est à dire l’histoire du lieu où l’on vit, l’histoire du pays qui est le nôtre et même l’histoire de toute l’humanité depuis le début du monde. Le Je de chacun d’entre nous existait avant tout ça. Et tout cela se tient devant nous, entre nous et l’avenir que nous avons à accueillir. Et de l’avenir, ce que nous accueillons à travers ce qui nous arrive, c’est nous-mêmes, puisque le Je n’est pas chronologique et qu’il existera après tout ça également.

Le Je se vit au présent, lorsque le passé et l’avenir peuvent se rejoindre.

Cela signifie qu’être présent ne va pas sans trouver un lien avec tout ce qui fait notre existence. Trouver un lien avec ce qui se tient devant nous sur notre chemin[2].

Le chemin de nous-mêmes vers nous-mêmes passe par l’autre, par l’altérité, par le lien que l’on soigne avec ceux que nous rencontrons. Il ne peut pas y avoir de connaissance de soi sans se décentrer de soi et s’ouvrir aux autres.

 

Je me réjouis de lire vos commentaires.

Bien à vous

GL

 

 

 

 

[1]Comme le Je préexiste à ses enveloppes biologiques et environnementales, et qu’il choisit, depuis l’avenir, le contexte de ses apprentissages, il y a toutes les raisons de penser qu’il choisisse également l’heure et le lieu de sa naissance. Même la trame particulière de notre corps est l’expression des efforts du Je en chemin vers lui-même. Ainsi, le ciel de notre heure de naissance, notre prénom ou notre histoire familiale ne nous conditionnent pas. Il serait plus juste de dire que ces données constituent le champ des expériences que nous avons choisi de surmonter pour nous révéler à nous-mêmes.

[2] Ce n’est pas en coupant les ponts avec les ancêtres, ni avec personne d’ailleurs, que nous rendons l’avenir possible. Ces mesures radicales sont parfois nécessaires, mais elles ne sont qu’un pis-aller au regard de l’avenir, car chaque lien qui se rompt forme une épaisseur de plus, qui se densifie devant nous.